Les cahiers de psychologie politique

Lus et relus

Regards sur Démocratie, peuple et populisme

Texte intégral

Au centre de trois ouvrages présentés dans ce numéro de Phénix infos, ces concepts politiquement fondateurs sont examinés sans concessions par leurs auteurs, Alexandre Dorna et Michel Niqueux. Des origines jusqu’aux inévitables dérives soulignées par l’Histoire, la démocratie reste aujourd’hui une question ouverte, le peuple une identité restant à définir et le populisme une notion à manier avec extrême précaution.

Depuis Aristote et son Éthique à Nicomaque, l’exercice d’un pouvoir démocratique a donné lieu à de nombreuses réflexions et des ouvrages célèbres comme Le Prince de Machiavel ont inspiré bon nombre de conseillers politiques. La démocratie elle-même est difficile à cerner par une définition, que certains ont ramenée à quelques formules lapidaires, parfois contradictoires. Si Jules Romains assurait qu’une « démocratie, c’est (…) une façon de vivre où les gens osent se communiquer les choses importantes, toutes les choses importantes, où ils se sentent le droit de parler comme des adultes, et non comme des enfants dissimulés », Alexandre Dorna le rejoint en précisant que « la question démocratique est une question de méthode. C’est une méthode pour gérer les conflits, qui renvoie à un ensemble de règles à respecter : acceptation des opinions de l’autre, des droits de l’autre et concrètement, le respect du temps de parole ou les droits des minorités démocratiques à exercer un contre-pouvoir. C’est un acte décisionnel de majorité, une délégation de pouvoir. Or, en Grèce, il s’agissait d’un acte direct. Elle est aujourd’hui restrictive, répresentative, par convention de groupes sociaux déterminant la méthode de mise en place ». Soulignant la déviation idéologique de la procédure démocratique, l’auteur pointe le XXème siècle et le début du XXIème mondialisé comme période de l’illusion : « La démocratie mondiale est un mythe, une jolie façon de transformer les utopies. L’illusion démocratique a pris forme sur les bases d’une éducation de masse ». Encore faut-il savoir sur quel peuple repose cette illusion démocratique : « S’agit-il du populus ou encore d’une ethnie ? questionne Michel Niqueux. Le peuple est une notion ambiguë et sa culture a aujourd’hui disparu. Autrefois, même les princes avaient un pied dans cette culture, aujourd’hui les élites sont coupées du peuple ». Pour Noam Chomsky « la propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures » et la propagande peut mener aisément au populisme, dont Michel Niqueux démonte deux mécanismes : « L’appel au peuple pour résoudre un problème démocratique, c’est l’émergence du leader charismatique, dont le rôle peut être salutaire ou servir des buts personnels, c’est alors un dictateur. Ou deuxième phénomène, les mouvements de la base contre les élites : si les mouvements sont spontanés, ils sont souvent aussi récupérés par le « haut ». Le populisme peut être associé à n’importe quelle idéologie : dans les épisodes récents, on pense aux anciens pays soviétiques, ou encore à l’Autriche ou aux Pays-Bas. Il y a toujours une dose de populisme dans la démocratie, c’est inévitable : le populisme nie le facteur temps, en promettant des réformes rapides, par exemple, et le peuple mord à l’hameçon ». Sans aller jusqu’au lyrisme d’un Victor Hugo, qui affirmait que «  la Démocratie, c’est la grande Patrie », Alexandre Dorna conclut que « la démocratie est le régime le moins pire. Churchill la comparait à « une jeune fille fragile et consentante ». Il faut défendre la démocratie : il s’agit de pessimisme actif ».

Propos recueillis par Sylvie Huguenin

Pour citer ce document

, «Regards sur Démocratie, peuple et populisme», Les cahiers psychologie politique [En ligne], numéro 8, Janvier 2006. URL : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1074