Les cahiers de psychologie politique

Dossier : Résistances et altérité

Chritèle Fraïssé

De la résistance des genres à la résistance aux genres. Analyse de commentaires d’internautes à propos de l’homme enceint-e

Résumé

Un homme enceint ou un homme enceinte : faut-il accorder l’adjectif qui, après consultation du dictionnaire Le Petit Robert, n’est indiqué qu’au féminin ? Interrogation récurrente des commentateurs sur les forums de discussion internet à l’annonce de l’information que Thomas Beatie est « Le premier homme enceinte ». L’analyse des données textuelles de ces commentaires d’internautes fait apparaître les dynamiques de résistance autour de la question du genre. Les internautes développent en fait deux conceptions différentes de la frontière entre les sexes. En effet, si pour certains, cette frontière est étanche, d’un côté se trouve le masculin et de l’autre, son alter strict, le féminin pensé par la maternité, pour d’autres la frontière est poreuse, féminin et masculin se conjuguant pour définir l’humain.

Abstract

Male pregnancy blurs the boundaries between masculine and feminine. Internauts’ comments taken from French blogs following the announcement of Thomas Beatie’s case as the first « pregnant man » focused on this question: who is this man/woman? The textual data analysis revealed the dynamics of resistance regarding the question of gender. The internauts propose two different conceptions of the boundary between the two sexes. According to some internauts, there is a tight boundary which means there is a clear cut difference between the sexes: male or female. Herre, the female sex is viewed as strictly different, focusing on maternity. According to others, the boundary is porous, feminine and masculine combining to define a human being.

Mots-clés

altérité, résistance, homme enceint, frontière entre les sexes, otherness, resistance, pregnant man, blurred genders, femininity/masculinity

Texte intégral

2 82 07 45 048 381 921

Cette série de chiffre représente un individu de sexe féminin (2), née en 1982 (82) et en juillet (07) dans le département du Loiret (45). S’achevant par 3 chiffres représentant le code de la commune de naissance (048), puis de 3 autres renvoyant au numéro d’ordre du registre d’état civil (381), et enfin d’une clef de contrôle de 2 chiffres (92), cette série correspond au numéro de sécurité sociale2 qui, en France, nous identifie et nous suit notre vie durant (travail, état civil, santé, etc.). Le sexe comme donnée biologique constitue ainsi un critère de définition premier de l’individu français : le premier chiffre de ce numéro identifie un mâle (1) ou une femelle (2), avant tous les autres représentant les identifications secondaires. Approche binaire où l’un ne peut être l’autre, qui fonde, entre autres, l’assignation sexuelle des enfants nés intersexes. En effet, l’ambiguïté des organes génitaux, telle qu’elle est généralement nommée, « provoque une véritable "interruption de naissance" » (Rajon, 2008, p. 371) et conduit souvent à l’effondrement des parents « qui, ne pouvant prénommer leur enfant et surtout le rêver ou comme fille ou comme garçon, doivent pour cela attendre la fin des investigations médicales. (...) La psyché humaine pense avec des représentations sexuées, masculines et féminines, et les soignants comme les parents, sont gênés dans leurs échanges et dans les possibilités de nomination du bébé quand ces représentations disparaissent » (Tamet, 2010, p. 11). C’est pourquoi, les équipes médicales proposent actuellement de « les assigner le plus tôt possible, avant leur troisième année de vie, dans le sexe d’attribution le plus plausible en fonction des données anatomiques et endocriniennes, tout en travaillant avec la conviction des parents autour de cette attribution. » (Rajon, 2008, p. 373).

Il ne s’agit pas dans ce texte de traiter des questions soulevées par l’intersexuation, mais par cet exemple, de relever la dimension fondamentale d’une bi-catégorisation dans la construction de l’identité humaine. La distinction des sexes en constitue bien une donnée fondamentale, tel le titre de cet article d’anthropologie « C’est un garçon ! C’est une fille ! » s’interrogeant sur la pertinence de cette différenciation au moment de la naissance par comparaison entre l’expérience de l’auteure et celle des Vezo de Madagascar (Astuti, 1998).

La problématique autour de l’usage des termes sexe et genre, apparue autour des années 50, traduit bien à notre sens, cette difficile question à la fois de la différenciation entre deux sexes ainsi que de l’ancrage naturel de cette distinction. Avec la création du terme de genre, les auteur-e-s de divers champs scientifiques, souhaitaient prendre de la distance avec la nature, la réservant au sexe. Le genre renvoyait alors aux caractéristiques sociales, les élaborations culturelles comprenant attitudes, rôles, comportements des individus, mettant en avant d’une part la dynamique de création du masculin et du féminin des sociétés et d’autre part, les rapports de pouvoir et la hiérarchie inhérents à cette distinction (Vinet, 2008 ; Lowÿ, 2006 ; Hurtig et Pichevin, 1986). Toutefois, la résistance de la nature fut telle que malgré l’évidente volonté de s’en détacher, elle se trouve réactualisée dans la distinction binaire opérée entre un genre féminin et un genre masculin, ainsi que dans la nécessité d’une concordance entre sexe biologique et genre pour une « bonne » construction identitaire. C’est que la frontière des sexes/des genres se doit d’être étanche assurant de la sorte la domination des hommes sur les femmes (Welzer-Lang, 1994). L’homme de sexe biologique doit avoir un genre en conformité – masculin – afin d’être considéré comme un homme. Un genre incohérent – plus féminin – le fait basculer dans l’autre catégorie – les femmes – mais surtout risque de faire basculer l’ensemble des hommes dans la catégorie inférieure, dominée ou encore dévalorisée selon les auteurs, constituée par les femmes. De la sorte comme l’écrit Revillard (2002), la non concordance entre sexe et genre, ce qu’elle nomme la transgression de la norme de genre, implique des sanctions sociales différenciées en fonction du sexe. La concordance entre sexe et genre apparaît donc fondamentale socialement de même que théoriquement pour une majorité d’acteurs. Mais l’on voit également s’élaborer, en résistance à ce primat de la concordance, des débats sociétaux et théoriques autour d’une non concordance et de ses divers effets s’originant dans les thématiques de l’homosexualité, la transexualité, le transgenderisme ou encore la pensée queer.

C’est pourquoi, nous nous sommes intéressés aux réactions d’internautes par commentaires postés (entre 2008 et 2011) à l’annonce de la grossesse et/ou de l’accouchement de Thomas Beatie présenté comme le « premier homme enceint »3. Les polémiques au sein de ces commentaires nous révèlent que se pose la question de la transgression, celle de vouloir être un homme lorsque l’on naît femme, celle de vouloir enfanter lorsque l’on se définit homme. Les internautes, à partir de la situation de Thomas Beatie – ainsi que celle de Ruben Noe Coronado et Scott Moore –, interrogent la frontière entre les sexes, à travers les définitions de chacun des sexes et de leur fondamentale différence. Cela nous amène également à considérer les dynamiques de résistances des un-es et des autres face aux imposés par la culture et à leurs transgressions par certains acteurs. La situation de Thomas Beatie – en tant qu’« exemplaire » de l’homme enceint-e – est abordée comme point de résistance « premier » aux normes sociétales, auquel répondent les internautes par diverses formes de résistance. Tout individu transsexuel transgresse la norme de distinction entre les sexes dans la mesure où il-elle demande à passer de l’autre côté de la frontière. Cependant, une fois le passage effectué, cet individu réintègre le fonctionnement normal de la distinction entre masculin et féminin. L’homme enceint-e ne s’y conforme pas ; une fois d’un côté, il n’y demeure pas. C’est donc bien une seconde transgression qui est opérée, et de notre point de vue, une transgression qui vient subvertir la norme. C’est pourquoi nous considérons cette seconde transgression – plus que la première – comme un mode de résistance à une contrainte normative de la société, celle de la distinction fondamentale des sexes.

Après une brève présentation de la situation de Thomas Beatie nous conduisant à quelques réflexions sur notre propre position, nous décrirons la constitution du corpus de commentaires analysés. Puis, nous exposerons les résultats d’une analyse des données textuelles des commentaires réalisée à l’aide du logiciel Alceste (Reinert, 2007), qui mettent en évidence la dynamique des résistances.

Un alter trop diffèrent ou les limites du « chercheure »

L’élaboration de ce travail de recherche prend sa source dans une confrontation ; celle de nous-même en tant que chercheure à nos propres limites. En effet, regarder la photographie d’un homme enceint fut un exercice problématique en termes de perception, qu’il s’agisse du travail photographique de Frédérique Pollet-Rouyer4, a priori truqué, ou des diverses photographies, réelles, de Thomas Beatie, Ruben Noe Coronado et Scott Moore, publiées sur les blogs et forums de discussion internet que nous avons explorés. Pourquoi ? La photographe Frédérique Pollet-Rouyer a élaboré un diaporama assorti d’un commentaire audio sur la notion de genre, à partir d’une vingtaine de photographies d’un homme présentant un ventre de femme enceinte dans des situations courantes, quotidiennes et familiales. On le voit avec sa femme (lui tenant son ventre pendant qu’ils dorment), nus tous les deux, en maillot de bain à la plage debout discutant avec un ami ou encore sur son lit avec sa fille, jusqu’à la maternité allongé dans son lit d’hôpital avec son bébé à côté. L’objectif clairement affiché de l’artiste est de discuter par l’intermédiaire de l’image photographique de l’élaboration culturelle des notions de femme et d’homme au travers de la symbolique maternelle de la femme enceinte. L’usage de la photographie vient justement brouiller cette idée de construction, car s’il paraît évident que l’image est truquée, aucun spectateur ne peut déterminer précisément où débute le « faux » et où s’achève le « vrai ». Le fait que l’artiste utilise l’image du réalisateur du documentaire « La domination masculine »5, Patrick Jean, pour ce travail photographique s’inscrit dans ce sens. La situation de Thomas Beatie6 est autre, dans la mesure où il ne s’agit pas d’une œuvre artistique, mais bien d’une situation réelle vécue par une famille dont Thomas Beatie est le point de focalisation. Cet homme transexuel américain (FtM)7 marié à une femme (Nancy) qui est stérile, décide parce qu’il a conservé ses organes reproducteurs, de donner naissance à un enfant. En juin 2008, c’est chose faite, il accouche d’une petite fille ainsi qu’en 2009 et enfin en 2010.

Dans ces deux cas, notre difficulté de perception résidait dans la quasi-impossibilité à faire figurer sur la même image – c’est-à-dire sur la même personne – deux caractéristiques « normalement » exclusives l’une de l’autre. L’image se trouvait scindée entre les éléments sensément masculins et ceux sensément féminins, soit un ventre de femme enceinte associé pour le travail photographique à un sexe d’homme et pour Thomas Beatie, à une barbe masculine. Qu’il s’agisse du travail photographique ou de Thomas Beatie, l’homme enceint constituait, a priori, un alter trop éloigné de nous, en somme trop différent. C’est donc face à notre résistance première que nous nous sommes trouvée, et parce qu’elle a été le moteur de cette recherche, il nous paraît fondamental de la relever. Ce qui est questionné ici est notre rapport au monde qui, en sciences sociales et humaines, est en lien avec la constitution de nos objets scientifiques, et du choix de ces objets ou champs de recherche et de nos positionnements par rapport à eux. Notamment les champs du genre et de la sexualité, outre le fait qu’ils sont actuellement encore à peine considérés comme des champs de recherche institutionnellement acceptables, renvoient très directement les chercheur-es à eux-elles-mêmes. Ainsi, leur inscription « comme objets scientifiques et catégories d’analyse se lit avant tout comme une opération sur soi, comme un travail critique sur ses modes de pensées, ses catégorisations, sa réflexion ; une mise en cause de son rapport au monde, peut-être ; une manière de lutter, surtout. » (éditorial, Genre, sexualité et société, 2010). Une lutte en effet, parce qu’il s’agit pour le-la chercheur-e de s’interroger sur sa posture et son rôle non seulement dans l’élaboration de la recherche mais aussi, et selon ses inclinations, dans les diverses formes de mise en application des résultats obtenus (Raymond, 2010). Autrement dit, le-la chercheur-e lutte à la fois contre et avec soi, et contre et avec la société.

Confrontée à l’image de Thomas Beatie, notre propre résistance au mélange du masculin et du féminin s’est donc manifestée ; résistance que nous avons retrouvée dans les commentaires des internautes postés après la présentation de sa situation. Diverses formes s’y exprimaient, allant des propos de rejet les plus violents à des interrogations variées concernant sa situation et son état. Le premier réflexe fut donc d’étudier cette résistance de notre position de psychologue sociale s’intéressant aux problématiques du genre et des représentations du masculin et du féminin. Les commentaires étant principalement des réactions d’hostilité à la mise en cause de la binarité du sexe, produite par Thomas Beatie, nous les appréhendions comme des prises de position résistantes à tout changement dont l’objectif serait l’abolition de toute distinction fondamentale et naturelle entre masculin et féminin. Des internautes, somme toute, qui ne voulaient pas que ça change et qui souhaitaient voir la société continuer à différencier strictement, fondamentalement et naturellement les hommes des femmes. Au fil du temps et de la lecture des nombreux commentaires trouvés sur différents blogs et forums de discussion, une autre façon de traiter la question s’est dessinée. Ce que faisait Thomas Beatie, soutenu par certains internautes, pouvait également être abordé sous l’angle de la résistance. Une autre forme consistant, en apparence du moins, à résister à l’absolue différence entre homme et femme. Et pour lui, il s’agissait de transgresser la différence des sexes en proposant un mélange des deux sexes constituant finalement l’être humain. De la sorte, la dynamique s’établissant entre ces deux résistances, nous est apparue comme présentant le véritable intérêt du questionnement. En effet, celui-ci n’était plus limité à une unique forme de résistance pré-définie en tant qu’absence ou simple refus de changer c’est-à-dire d’évoluer vers une situation ou une position pensée a priori, par un ou plusieurs autres, comme la meilleure. Tel que cela se pratique en majorité en psychologie sociale, il nous semble. De fait, ce sont les rapports de force qui se sont institués entre Thomas, ses partisans et ses détracteurs et qui se lisent dans les commentaires des un-es et des autres, qui nous paraissent intéressants pour ce qu’ils révèlent de la société, de ses dynamiques d’élaboration permanente et des rapports de pouvoir qui peuvent se jouer.

Le matériel

Nous avons opté pour un recueil d’information sur internet par l’intermédiaire d’une recherche Google à partir des deux expressions « homme enceint » et « homme enceinte ». Celles-ci n’ont pas donné exactement les mêmes sites, et du fait des procédures de référencement des sites, ils pouvaient changer de place dans l’ordre proposé par Google, d’un jour sur l’autre, mais les mêmes sites se retrouvaient systématiquement.

Les sites proposés ont tous été systématiquement consultés afin de récupérer le texte de présentation de la situation et les commentaires des internautes. Notre échantillon se compose de sites français, supposés à partir des différentes informations recueillies sur chacun des sites (notamment l’adresse du site, les adresses postales proposées, les profils des internautes, etc.). Pour des raisons liées aux différences de législation, nous avons choisi de ne pas prendre en compte les sites francophones belges, suisses, québecois, tunisiens, calédoniens, etc. Nous avons 28 blogs et forums de discussions correspondant à seulement 18 sites différents, s’étendant de 2008 à 2011. En effet, Thomas Beatie ayant eu plusieurs enfants, sur un même site il était possible de trouver 3 ou 4 forums de discussion lancés par le modérateur ou un internaute.

De même, après Thomas Beatie, Ruben Noe Coronado Jimenez en Espagne et Scott Moore en Californie ont été médiatisés et ont donné lieu à des présentations et commentaires sur internet, mais en nombre bien moindre. Dans notre corpus la part la plus importante correspond à la première grossesse de Thomas Beatie, soit en 2008, avec une recrudescence en 2009 pour la seconde. C’est pourquoi, le nombre de présentations et de commentaires portant sur Thomas Beatie est nettement plus élevé, soit 21 blogs ou forum, tandis qu’il n’y en a que 5 pour Scott Moore et seulement 2 pour Ruben Noe Coronado.

Ces commentaires et les présentations ont été soumis à une analyse des données textuelles par le logiciel Alceste (Reinert, 1990, 2007). Celui-ci permet simultanément de quantifier les contenus d’un corpus, d’isoler l’information essentielle et d’extraire les structures signifiantes. En fractionnant successivement le corpus – par Classification Descendante Hiérarchique – il rassemble dans des classes, les fragments de texte qui sont similaires tout en les séparant de ceux qui sont différents. Chaque classe se caractérise ainsi par un vocabulaire spécifique, appelé « profil de la classe » à partir duquel il est possible de la décrire.

Les résultats

Quatre classes ont été isolées par Alceste. Elles correspondent à un classement de 65 % des UCE8 du corpus. Décrivons tout d’abord ces classes (figure 1).

Dans la classe 1 « La femme-homme », les scripteurs évoquent cette femme qui a voulu devenir un homme, qui est enceint ou enceinte (avec une discussion sur la pertinence du titre L’homme « enceinte »), parce qu’elle a conservé ses organes reproducteurs féminins, qu’elle porte un enfant et va accoucher. Se trouve dans cette classe, le débat sur la définition de ce que sont une femme et un homme, d’une part en posant la question de savoir s’il se sent un homme ou non, et d’autre part en interrogeant la place de la nature dans ce sentiment et dans la définition du masculin et du féminin.

Figure 1 : Classes issues de l’analyse Alceste

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La classe 2, « Une histoire de parents », décrit l’histoire de ces parents qui vont avoir un enfant, et dont un des membres est un père-mère. Cette classe rassemble les questions autour de l’enfant et de son avenir. D’une part, est mis en avant l’amour dans lequel il va grandir au sein de sa famille qui paraît heureuse, et de l’autre les difficultés qu’il risque de rencontrer à l’école face aux autres « gosses » et à leurs parents. Est également évoquée la médiatisation de la situation du couple qui est généralement perçue comme négative par les internautes, en ramenant au « fric » gagné par les parents sur le dos de l’enfant, et en posant cette médiatisation comme source de futures difficultés.

La classe 3, « Le bon sens », renvoie aux discussions entre internautes. Les internautes expriment ce qu’ils pensent de cette situation évoquant les valeurs, la morale et le bon sens, ainsi que Dieu. Ils insistent également sur la question qu’elle pose à la société, le risque de destruction qu’elle implique, et la nécessité d’y répondre et de se répondre les un-es aux autres.

La classe 4 enfin, « Thomas Beatie, un papa-maman », est plus factuelle et s’articule principalement autour de la situation de Thomas Beatie et de sa fonction de papa-maman ; il est la personne qui a subi des traitements hormonaux, notamment de testostérone, qui a recouru à une insémination et utilisé du sperme d’un autre homme, pour donner naissance à une fille, puis à un deuxième bébé.

Autrement dit, si la première classe décrit l’institution de la « différence des sexes », la seconde renvoie plutôt à l’institution de la « famille », tandis que la quatrième est plus centrée sur la « technique » des pratiques médicales ou biologiques. Quant à la troisième classe, elle réfère principalement à la « morale » exprimée par les internautes.

Une première constatation s’impose. La distinction masculin-féminin se retrouve parmi trois de ces quatre classes, traduite dans la première par l’usage des termes femme-homme, masculin-féminin et féminité-virilité, dans la seconde, par celui des termes père-mère et enfin dans la quatrième, par celui de papa-maman. Cette transversalité de la distinction entre masculin et féminin indique le débat qu’elle suscite au travers des stratégies différentes dont usent les internautes. Une partie fait se renvoyer ces termes deux à deux : le « père-mère » (645)9, le « papa-maman » (10), « cette femme-homme » (19), comme dans un jeu de miroirs. De la sorte, certains défendent la position d’une possible superposition des deux caractéristiques de sexe amenant à la création d’un autre genre. D’autres, au contraire, souhaitent révéler leur impossible association, s’inscrivant dans la position d’une distinction des sexes irréfutable. Dans cette même perspective, une dernière partie des scripteurs pose explicitement l’opposition des deux exprimant alors l’idée que d’un côté, se trouve la femme, la mère, la maman et la féminité, et de l’autre, l’homme, le père, le papa et la virilité, « nous sommes nées hommes et femmes dans une logique naturelle » (41), « ou on est hommes ou on est femme affirmée » (153).

Il apparaît donc que ces internautes s’interrogent sur ce qu’est Thomas Beatie, Ruben Noe Coronado ou encore Scott Moore. Ils cherchent à appréhender et circonscrire ces êtres étranges, et dans ce sens, vont se servir de définitions du masculin et du féminin. Deux positions s’expriment alors à propos de la frontière entre les sexes. Certains internautes opposent les principes masculin et féminin pour rappeler que la frontière se doit d’être étanche, parce que « l’homme reste homme, femme c’est femme » (280). Tandis que d’autres vont associer les deux proposant au contraire une certaine porosité de cette frontière « c’est juste un mari qui porte l’enfant à la place de sa femme, une grossesse qui se vit pleinement dans un couple » (122). Ces hommes enceint-es constituent bien, selon nous, un point de résistance premier à partir duquel se donne à voir la dynamique des stratégies de résistance des internautes.

Une frontière entre les sexes poreuse

Des internautes défendent une première position partageant globalement les convictions exprimées par Thomas Beatie qu’ils citent.

« La question est sur toutes les lèvres. Comment peut-on conjuguer deux désirs si opposés : devenir un homme tout en préservant la capacité physique de donner la vie ? "Être enceinte est un processus. Cela ne définit pas qui je suis, répond calmement Thomas. Avoir un enfant est un droit d’être humain et non un désir sexualisé." » (265)

Thomas Beatie explique effectivement en avril 2008, dans un article du magazine The Advocate que « vouloir un enfant biologique n’est un désir ni masculin, ni féminin, mais un désir humain »10. Il y expose ce qu’il ressent en tant qu’homme enceint se présentant comme son propre substitut, sa propre « mère porteuse », mais avec une identité de genre masculine stable :

« How does it feel to be a pregnant man? Incredible. Despite the fact that my belly is growing with a new life inside me, I am stable and confident being the man that I am. In a technical sense I see myself as my own surrogate (substitut), though my gender identity as male is constant. To Nancy, I am her husband carrying our child—I am so lucky to have such a loving, supportive wife. I will be my daughter’s father, and Nancy will be her mother. We will be a family. »

Pour ces internautes, il s’agit de faire apparaître à tou-tes qu’il est possible de dépasser la conception d’une distinction nette entre femme et homme, car selon eux-elles, il n’existe pas une frontière qui serait infranchissable entre féminin et masculin. Thomas Beatie est alors présenté comme un homme, possédant dans le même temps, des caractéristiques d’une femme que celles-ci soient physiques, biologiques, génétiques, chromosomiques ou autres. Les descriptions combinant masculin et féminin articulent divers critères : juridiques, administratifs, physiques, liés à l’apparence, biologiques.

« C'est un homme seulement sur papier... Sexuellement une femme, administrativement un homme. » (22), « Il a pu changer d’état civil mais a conservé ses organes féminins » (374), « dans sa tête, c’est un homme il n’a presque plus rien d'une femme sauf la partie génitale » (448)

Ils proposent des descriptions fondées sur ce que Thomas Beatie donne à voir :

« la voix, la barbe, la démarche, les attitudes. Quand on le voit dans la rue, c’est un homme, ça ne fait aucun doute » (294)

ou encore sur son sentiment d’être homme :

« Cette femme a eu un désir profond d'être un homme, en tout cas, elle se sentait "homme" » (600).

Finalement, ces internautes définissent masculin et féminin non pas comme des dimensions strictement cloisonnées et dissociées, mais plutôt comme des espaces à partir desquels les individus peuvent se définir.

Une frontière entre les sexes étanche

D’autres internautes soutiennent une seconde position qui prône l’étanchéité stricte entre masculin et féminin. L’homme enceint-e est ainsi appréhendé à travers l’élaboration de définitions de ce qu’est le féminin et de ce que n’est pas, de ce fait, le masculin, leur permettant d’affirmer qui « il » est ou n’est pas, en tant qu’homme ou femme. Principalement, ils inscrivent le féminin dans la maternité rappelant les stéréotypes de sexe décrits dans nombre d’études. En effet, dans un contexte social où les rôles traditionnels disparaissent progressivement pour laisser la place à une plus grande fluidisation des rôles liés au sexe (Gaborit, 2009), les stéréotypes plaçant l’homme comme pourvoyeur de fonds et la femme comme se réalisant dans la maternité se maintiennent. Des personnes interviewées, hommes et femmes, dans une recherche sur les différences entre homme et femme (Mossuz-Lavau et de Kervasdoué, 1997) affirment toutes une différence essentielle fondée sur la capacité des femmes à faire des enfants. Ce qui rend la distinction entre homme et femme irréductible est donc cette capacité des femmes à porter et mettre au monde les enfants (Lowÿ, 2006).

« C’est la femme qui doit porter la vie en soi » (260), « généralement ce sont des femmes qui mettent des enfants au monde et non des hommes » (263), « et c’est la nature de la femme de pouvoir enfanter » (727).

Les internautes se donnent ainsi la possibilité d’assigner l’homme enceint-e à un côté ou un autre de la frontière entre les sexes. Cependant, ils visent plutôt à le maintenir du côté du féminin, soit à partir du point de vue du féminin :

« C'est une femme qui est devenu un pseudo homme » (528), « je ne comprends pas, qu'est-ce-que on veut nous faire croire, c'est bien une femme qui est enceinte » (372), « c'est une femme qui a accouché. Point barre ! » (394)

ou de celui du masculin :

« Il n’y a aucun homme dans cette histoire » (599), « Chacun sait qu'un homme enceinte ça n'existe pas » (508), « Il (elle) a toujours ses organes féminins... C'est nul de dire que c'est un homme. » (29).

Incorporation du féminin et du masculin

Les internautes qui soutiennent l’étanchéité de la frontière entre les sexes, et qui définissent la femme par la maternité, vont l’inscrire dans le corps en décrivant les organes génitaux et reproducteurs. Ces derniers viennent concrètement dire si nous avons à faire à un être féminin ou à un être masculin, ils cherchent à rendre visible et incontestable la féminité ou la masculinité de l’individu.

« Je tiens à rappeler qu'un être humain avec un utérus, des trompes de Fallope, des ovaires et un vagin, bein ça s'appelle « Une Femme » ! » (366), « Pour moi une personne qui est née avec un sexe féminin restera à vie une femme et pareil pour une personne née avec un sexe masculin. » (330).

L’utérus joue un rôle spécifique dans cette définition incorporée du féminin, offrant la possibilité de préciser le « non-masculin » :

« Si le Monsieur a gardé son utérus c'est qu'il ne sait pas vraiment s'il veut être Madame ou Monsieur au final » (170), « Le fait que cette personne ait choisi, avec l'aval des médecins, de conserver un utérus, n'en a pas fait un homme, ou alors j'ai loupé quelque chose sur la différence homme-femme. » (259).

Par-là, ces internautes rappellent que féminité et masculinité sont différemment inscrites dans le corps, en particulier la féminité à partir de ce qui lui permet de procréer. Et c’est ce qui, selon eux, rend la différence entre hommes et femmes irréductible. Cette conception de la différence des sexes à laquelle ils adhèrent, est apparue, selon Laqueur (1992), à la fin du 18ème siècle. En effet, dominait antérieurement au 18ème siècle, un modèle unisexe de l’individu – modèle à une chair –, qui s’est progressivement effondré, sans disparaître totalement, pour être supplanté par une conception bisexuée – modèle à deux chairs. Avec ce dernier modèle, bisexué, « la différence sexuelle, non plus de degré, mais d’espèce paraissait solidement ancrée dans la nature » (p.19), tel que semblent l’écrire ces internautes.

Les corps masculin et féminin sont donc pensés après le 18ème siècle comme « des opposés incommensurables horizontalement ordonnés », tandis qu’avant « le discours dominant voyait dans les corps mâles et femelles des versions hiérarchiquement, verticalement, ordonnées d’un seul et même sexe » (Laqueur, 1992, p. 24). Partant, des caractéristiques psychologiques des individus pourront être attribuées au masculin et au féminin, les traits psychologiques de l’activité/passivité par exemple (Laqueur, 1992 ; Hurtig, Kail et Rouche, 1991). Mossuz-Lavau et de Kervasdoué (1997) rapportent également cette extension. Hommes et femmes dans les années 90 expliquent au cours des entretiens réalisés avec eux et elles, que la capacité biologique des femmes à faire des enfants, englobant le cycle menstruel, la grossesse et l’accouchement, a une influence sur les caractéristiques des femmes en les différenciant des hommes. Elles sont vues comme plus fortes que les hommes et moins sujettes à la souffrance, elles sont plus actives dans l’aide aux autres en souffrance, elles ont le sens de l’achèvement et une sensibilité à l’autre plus développée. Dans le même sens, les internautes proposent le sentiment d’être homme ou femme à partir de cette inscription corporelle.

« Au fond de lui, il y a toujours cette femme sensible, il n’est donc pas un homme » (153), « alors il est encore femme quelque part » (51), « mais pourquoi diable tenir absolument à porter un enfant s'il se sent si homme que ça ? ! Pourquoi vouloir le mettre au monde ? » (727), « ça prouve quelque part qu'il a accepté ce côté femme qui était encore en lui ! ! » (373).

L’usage de l’incorporation de la différence des sexes et, par extension de l’ordre sexué, permet donc bien aux internautes d’affirmer que l’homme enceint-e (en particulier Thomas Beatie) est une femme :

« Arrêtez avec cette fausse polémique, cette personne est une femme à 100 % » (630), « c'est une femme, elle reste une femme » (5) ;

mais surtout, ne pourra jamais être un homme :

« donc ce n’est pas un vrai homme » (120), « Il (elle) a toujours ses organes féminins... C'est nul de dire que c'est un homme. » (29), « Chacun sait qu'un homme enceinte ça n'existe pas » (508), « Pour moi ce n'est pas un homme à partir du moment où il est enceinte » (516).

Surtout, ils rappellent que la faute est sienne, si elle n’accède pas au statut masculin. C’est donc parce qu’elle ne veut pas vraiment être un homme que l’homme enceint-e est réassigné au féminin par les internautes.

« Si elle voulait vraiment devenir un homme pourquoi avoir conservé ses organes reproducteurs féminins ? Quand on fait les choses on va jusqu'au bout de ses convictions ! » (144)

Ils insistent sur l’importance du choix ; s’il a fait le choix à un moment donné de sa vie de « devenir un homme », il doit l’assumer et aller jusqu’au bout. Autrement dit, il doit perdre sa capacité reproductive11.

« Il doit dans ce cas, assumer son rôle d’homme jusqu’au bout. Et le fait de ne pas pouvoir donner la vie en fait partie. » (418)

Les quelques internautes qui posent une frontière poreuse entre les sexes, produisent une autre forme d’incorporation du féminin et du masculin du fait de l’articulation qu’ils proposent entre différents critères aussi bien biologiques, corporels que juridiques ou administratifs. Ils s’appuient sur certains aspects liés au corps mais pour les faire apparaître comme un des éléments de définition de l’individu.

« ... puisqu'il n'avait pas encore été opéré pour les parties génitales. C'est donc bien un corps de femme, (avec de la barbe d'accord !) qui a porté et accouché de cet enfant » (324)

Le fait de nommer Thomas Beatie par « il », et de parler de son « corps de femme », permet à l’auteur de ne pas l’assigner au féminin parce qu’il est enceint, et d’associer la procréation – « porté et accouché de cet enfant » – au masculin – « avec de la barbe » – afin de parler de la personne que constitue Thomas Beatie.

L’incorporation telle qu’elle est utilisée par ces internautes, donne la possibilité de dépasser le critère de la procréation pour distinguer le féminin du masculin. C’est pourquoi, certains suggèrent une forme d’incorporation qui autorise l’association de « homme » à « utérus ».

« Donc le cas précis de Thomas Beatie, c’est un homme qui porte un enfant. Enfin un homme avec un utérus. Il ne porte pas l’enfant de manière non naturelle en soi » (831).

Dynamique des résistances

A travers cette analyse, nous observons d’abord une résistance par le genre et qui correspond à la position tenue par Thomas Beatie, lui-même, et une partie des internautes. L’homme enceint-e transgresse la frontière des sexes et gomme la distinction nette et évidente entre le masculin et le féminin, telle qu’elle est fixée dans notre société. Cette forme de résistance soutient une définition de l’individu ne passant pas par des critères figés et irréfutables du masculin et du féminin, mais plutôt par une définition de soi articulant divers aspects. Le genre de l’individu est alors construit par lui-même à partir de différentes options offertes par la société. Cependant, par cette « seconde » transgression, l’homme enceint-e abolit, pour une partie des internautes, l’existence de l’autre irréductible et leur interdit de penser l’altérité. Ce qui se traduit pour certains par l’usage de jeux avec les mots :

« fomme hemme mode d'emploi ! » (603)

ou de jeux avec les fonctions :

« et maintenant ? Il l'allaite ? Il va se faire appeler papa ou maman ? » (638)

ou encore avec les normes, les coutumes, les traditions :

« formule habituelle : l'enfant et le père se portent bien » (647)

Nous voyons donc ici une forme de résistance au genre en tant que construction de soi :

« - Thomas Beatie était-il en plus obligé de se faire photographier nu dans des poses plutôt ambigües (homme avec poses féminines, attitude masculine de sa femme qui prend le ventre enceint de son mari, etc...), et surtout en train de se raser avec son ventre rond ? C'est ce qui s'appelle aimer la provocation et aimer surfer entre les deux sexes. » (670)

Ce qui gêne ces internautes apparaît clairement dans cette citation : la capacité de l’homme enceint-e à jouer des « deux sexes ». Alors, ils soumettent le genre à la question, cherchant à réintroduire de la distinction, là où masculin et féminin semblent se mélanger et disparaître l’un dans l’autre, là où la frontière entre les sexes paraît s’annihiler. Et pour ce faire, ils réassignent cet être étrange, hybride, au sexe féminin, ils le « re-sexuent » :

« Eh Oh ! Arrêtez de l'appeler un homme, c'est une Femme... transformée certes mais elle reste une Femme ! » (639)

usant comme nous l’avons mis en évidence plus haut, des stéréotypes de sexe, et surtout de la normativité du genre par la naturalisation du binarisme masculin/féminin (Butler, 2006). Ils montrent ainsi qu’il est impossible de penser l’être humain en dehors de son sexe et de l’altérité constituée par le binarisme masculin/féminin, par le modèle à deux chairs. Thomas Beatie, Ruben Noe Coronado ou encore Scott Moore représentent l’inconcevable : une seule chair pour deux sexes.

Les commentaires des internautes doivent donc, selon nous, être lus comme des exercices de pouvoir où transgression et conformité se rencontrent pour créer une dynamique des résistances : résistance par le genre et résistance au genre. Ainsi déterminés masculin, féminin et toutes formes d’identité sexuée ou de genre seraient de fait possiblement flexibles.

Au-delà, ces hommes enceint-es proposent selon nous une hétérotopie telle que l’idée est reprise de Foucault (1984/1994) par Eribon en 1999. Il la définit comme « l’invention dans la géographie des villes, dans les consciences individuelles ou collectives, de possibilités nouvelles qui échapperaient aux systèmes établis » (Eribon, 1999, p. 449). L’hétérotopie ou encore « le geste hétérotopique » constitue dès lors la possibilité de s’écarter de l’assujettissement au système de rapport de forces. Les hommes enceint-es s’inscrivent dans la lutte au sein de ce système en répondant au discours normatif sur la différence des sexes incorporée, par un contre-corps – une contre-chair – associé à un contre-discours. Et dans le même temps, en un geste hétérotopique, ils élaborent une hétérotopie, car en transgressant doublement, ils créent un espace autre, dans leur conscience individuelle, dans nos consciences, et dans la conscience collective. « En général, l’hétérotopie a pour règle de juxtaposer en un lieu réel plusieurs espaces qui, normalement, seraient, devraient être incompatibles. » (Foucault, 1967/2009, pp. 28-29.)

Bibliographie

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Notes

1  Toute ressemblance avec un numéro existant ou ayant existé est purement fortuite.

2  Egalement nommé numéro d’inscription au répertoire des personnes physiques (NIRPP), il est non aléatoire.

3  Deux autres cas, ceux de Ruben Noe Coronado et Scott Moore, apparaissent dans nos données, mais ils sont vraiment à la marge comparativement à celui de Thomas Beatie.

4  Pour visionner son diaporama : http://www.ladominationmasculine.net/videos/128.html

5  Documentaire sorti dans les salles françaises, le 25 novembre 2009.

6  La situation de Thomas Beatie est la seule que nous présentions, d’abord parce qu’elle correspond à la première que ayons trouvée sur internet, ensuite parce qu’elle constitue la plus grande part du corpus (voir Le matériel).

7  FtM : Female to Male traduit le passage de l’individu d’un sexe/genre féminin à un masculin. MtF renvoie au passage inverse d’un individu de sexe/genre masculin à féminin.

8  Unité de Contexte Elémentaire

9  Ayant attribué à chaque commentaire un numéro spécifique, nous indiquons après chaque citation le numéro du commentaire dont elle provient.

10  http://fisherwy.blogspot.fr/2008/03/thomas-beatie-is-first-pregnant-man.html

11  Il est intéressant de noter ici que le discours spontané des internautes valide en cela la nécessité de stérilité (autrement nommée une opération de conversion sexuelle) posée par le droit français pour le changement d’état civil.

Pour citer ce document

Chritèle Fraïssé, «De la résistance des genres à la résistance aux genres. Analyse de commentaires d’internautes à propos de l’homme enceint-e», Les cahiers psychologie politique [En ligne], numéro 21, Juillet 2012. URL : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=2146

Quelques mots à propos de :  Chritèle Fraïssé

Maître de conférences en psychologie sociale, Université de Brest, Université européenne de Bretagne – Centre de Recherches en Psychologie, Cognition et Communication (EA 1285)
Faculté des Lettres et Sciences humaines - 20, rue Duquesne - CS 93837 - 29238 Brest Cedex