Les cahiers de psychologie politique

Dossier : discours et propagande

Bernard Gaffié

L’appréhension de messages politiques : quelques observations sur des effets d’indexation en fonction du contexte

Résumé

L'objectif de ce papier est de soumettre à la réflexion des psychologues qui travaillent dans le champ politique quelques résultats qui intriguent. Ces observations sont, pour la plupart, issues de travaux d'étudiants plus que de recherches achevées, mais leur récurrence attire l’attention et elles posent des questions importantes à la psychologie politique. Comment la population réagit-elle au double aspect consensus - polémique inhérent aux discours politiques ? Quel est l'impact des différenciations catégorielles dans ces confrontations ? Un message suscite plus d'adhésion quand il est porté par un individu que présenté comme le résultat d'un compromis d'intérêt ; est-ce la marque d'une personnalisation des émetteurs ou d'un mécanisme idéologique ? Le simple fait qu'un message soit perçu comme "politique" peut barrer son impact, pourtant la seule présence d'un texte peut éveiller les "principes" idéologiques des groupes de référence ; quelles sont les différenciations catégorielles et les conditions de leur activation ? Quel que soit le "sérieux" d’un discours politique, ses indexations, par les cibles en fonction du contexte semblent lui donner une large part de sa signification. De telles observations invitent à mener des expérimentations "en milieu naturel" et à prendre en considération dans les paradigmes le mode d'inscription des sujets dans le contexte spécifique de la scène politique. Elles posent, sur le fonctionnement de la démocratie et son devenir, des questions que le chercheur-citoyen est invité à éclairer.

Abstract

The purpose of this article is to draw the attention of students of political psychology to several results we find intriguing. These observations are, for the most part, derived from students' work rather than polished research; yet their recurrence is striking and poses a number of questions to political psychology. How does a population react to the double aspect consensus/polemic which is inherent to political discourses? What is the impact of categorical differentiation in those confrontations? A message receives more approval when it is conveyed by an individual rather than introduced as the result of a compromise; is that the mark of a personalisation of the emitters, or rather that of an ideological mechanism? The mere fact that a message is perceived as being "political" can cancel its impact, yet the mere presence of a text can arouse the ideological "principles" of the referential groups; which are the categorical differentiations and the conditions of their activation? However "serious" a political discourse is, its indexations by the targets, as a function of context, appear to provide it with much of its signification. Such observations are an invitation to conduct experiments in "natural setting" and for our paradigms to take into account individuals' inscription modes within the specific context of the political scene. On the subject of how democracy does and will perform its functions, these observations ask questions which the citizen-researcher is invited to shed light onto.

Mots-clés

idéologie, persuasion, discours politique, traitement de l'information, indexation, catégorisation sociale

Keywords

ideology, persuasion, political discours, information processing, indexation, social categorization

Texte intégral

Avertissement

Il est convenu de proposer à publication scientifique des élaborations, solidement étayées théoriquement, de résultats bien assurés, issus de recherches aux protocoles parfaitement contrôlés. Les colloques ou journées d’études offrent, par ailleurs, un espace de communication moins exigeant qui autorise à présenter des travaux moins achevés parce que "en cours" ou constituant des étapes préalables à un programme plus conséquent. Cette dernière pratique est heureuse dans la mesure où elle permet d’avoir accès à des observations intéressantes qui demeureraient ignorées parce qu’elles ne sont pas en état de prétendre rapidement à publication ; elle offre souvent l’opportunité d’engager des réflexions (voire des collaborations), d’échanger des idées, de soumettre aux collègues des résultats provisoires qui nous intriguent et nous laissent parfois un peu dépourvus.

Ce partage conventionnel est sage et normal ; chacun, le présent auteur le premier, en convient. C'est pourquoi nous avons eu beaucoup de scrupules à accepter de mettre sous forme écrite une présentation orale, réalisée dans le cadre d'une Journée scientifique "Discours politique" (Rouen, Janvier 2003), qui n'avait d'autre visée que de soumettre à des collègues spécialistes du champ quelques interrogations nées d'observations récurrentes qui nous intriguaient. Nous avons fini par céder à l'amicale insistance des organisateurs qui souhaitaient donner plus large diffusion aux propos de cette rencontre. Nous ne sommes toujours pas convaincus de l'intérêt de nos propres "apports" à ce niveau, mais nous souscrivons à cette visée de lancer les débats au delà du cercle restreint des participants et de tenter d'y trouver échos, idées et voies d'exploration fructueuses. Outre les ajustements nécessaires au passage de l'oral à l'écrit, nous nous sommes limités à situer nos observations dans un contexte plus large de questionnements.

Introduction

Si tout message a une visée d'influence, cela est plus évident encore pour un discours politique. Ces discours visent en effet à mobiliser sur un programme de conquête ou conservation d'un pouvoir, et se réfèrent à l'organisation et au fonctionnement des "affaires publiques" afin d'assurer la survie, l’unité et le développement de la communauté en fonction d’un modèle de réalisation des membres et de la société. Les paradigmes de persuasion ont, bien sûr, été privilégiés par les psychologues sociaux pour aborder leur impact. L'importance des enjeux, et le manifeste "sérieux" de ces messages, conduisent à s'intéresser d'abord au contenu et à la logique argumentative, qui se révèlent d'ailleurs privilégiés dans ces débats (Cassagne, Gaffié & Labrousse, 2002), mais l'impact des caractéristiques de la source, notamment de sa crédibilité, est rapidement apparu (Hovland et Weiss, 1951). On sait donc depuis longtemps que l'examen des arguments d'un message n'est pas l'unique médiateur de son impact et ne suffit pas à rendre compte de l'activité cognitive de la cible.

L'opposition contenu/source a aussi vite été dépassée par les divers modèles duels de traitement de l'information (modèle de la probabilité d'élaboration - ELM -, Petty et Cacioppo, 1983, 1986 ; modèle de Traitement Heuristique ou Systématique - THS -, Chaiken, 1980, 1987 ; Chaiken & Eagly, 1983 ; Eagly & Chaiken, 1984, 1993). Ces modèles ont pris d'abord en compte les aspects sémantiques et non sémantiques du message, les caractéristiques de la source mais aussi les réactions du public-récepteur etc. ; ils ont depuis relié le traitement de l'information à ses buts ou motivations (Chaiken, Wood & Eagly, 1996). En effet, notamment dans les tâches d'opinion telles qu'un débat politique, apparaissent des visées de défense d'intérêts et valeurs (idéologies, croyances religieuses…) : dans ces situations, le coût du traitement est moins cognitif que social car la validité de la réponse recherchée est de nature moins objective que socio-normative et renvoie à la différenciation des groupes confrontés.

Les confrontations politiques visent l'élaboration de la réalité sociale, et, partant, des pratiques et des échanges légitimés que les partenaires peuvent entretenir à son égard selon les places que cette réalité leur accorde. À cette fin, le discours politique tend à affirmer sa vision du monde comme universelle, et donc à naturaliser la réalité ; pourtant, paradoxalement, il ne peut porter que sur des représentations sociales "polémiques" (ou re-polémiser une représentation fossilisée) et doit être replacé dans le contexte des relations intergroupes. Rappelons que, pour Moscovici (1988, 221), les divisions entre groupes et les idéologies quotidiennes associées sont, dans ces représentations polémiques, beaucoup plus saillantes que dans les connaissances de sens commun en général. Les argumentations sont alors principalement sous-tendues par une logique de différenciation et le rejet de la proposition alternative prime sur l'acceptation de la position avancée (Billig, 1984). On peut reprendre pour le discours politique l'assertion de Rouquette (1996, p. 168) à propos de l'idéologie : il a "pour modalité interne le consensus et pour modalité externe la polémique". Ceci implique qu'un discours politique et ses effets doivent toujours être étudiés (au moins "replacés") dans un contexte de relations intergroupes et en fonction des différenciations actualisées.

L'analyse est rendue plus complexe encore du fait de la médiatisation croissante du débat politique, qui privilégie les aspects spectaculaires, aux dépens des confrontations en termes de valeurs et de choix de modes de vie. Cette “théâtralisation” (Ghiglione, 1989), intervient dans un temps décrit comme sujet à une "crise des idéologies", à une désaffection à l'égard des pratiques et partis politiques, et à une "naturalisation du jeu politique". Ainsi, par exemple, la "mondialisation" participerait à une représentation réifiée de l'organisation sociale, vécue comme inexorable, déterminée par des lois socio-économiques, et propice à l'installation d'une "pensée unique". Cette théâtralisation met, paradoxalement, au devant de la scène un "acteur-locuteur" au moment où le désintérêt pour le politique prend appui sur une perte de crédit des hommes politiques et la publicité des "scandales" qui leur sont attribués. Une des ambitions de la psychologie politique est de fournir quelques voies d'explication sur ces phénomènes complexes.

Nous craignons de ne pas apporter beaucoup de lueurs à ces approches en partant de l'idée simple que, dans un tel contexte, les indexations peuvent primer le contenu des discours. Cela ne revient-il pas, banalement, à dire que le message n'a d'impact qu'en fonction de la représentation que les récepteurs s'en construisent, par des attributions de caractéristiques liées, induites en fonction de la rhétorique employée, des partenaires, du champ politique lui-même etc. ? Cela mène aussi à penser que de telles indexations peuvent donner sens politique à des messages… qui n'en ont guère. Nous redoutons d'ajouter des "bizarreries" en collationnant principalement des observations incidentes, et souvent inattendues, de recherches peu peaufinées comme le sont, inévitablement, des mémoires de Maîtrise ou de Diplôme d'Études Approfondies que nous avons dirigés ; pourtant, la récurrence de ces constats, au delà des quelques exemples rapportés, nous semblent appeler attention. Nous nous exposerons certes à de légitimes critiques en risquant, à ce stade, quelques cadres forcément plus interprétatifs qu'explicatifs ; notre ambition se limite à rechercher chez le lecteur des échos issus de constats similaires et à susciter des idées et voies d'exploration plus assurées et fructueuses.

Comment la population réagit-elle au double aspect consensus / polémique inhérent aux messages politiques ? Quel est l'impact des différenciations catégorielles dans ces confrontations ? C'est autour de ces importantes questions que nous rapporterons donc quelques observations qui nous intriguent.

Le message d'un seul ou le compromis entre intérêts

Dans son mémoire de Maîtrise, Lagier (1999) demande d'abord à des étudiants de Lettres et Sciences Humaines de se positionner sur une échelle politique Gauche / Droite, puis de lire un texte à propos du développement durable, de la protection de l'environnement et de l'écologie. Ce texte est censé constituer un extrait d'une déclaration plus large provenant d'une "Commission Royale Fédérale". Cette instance canadienne (regroupant des représentants des associations, des scientifiques et des politiques) a été choisie pour créer distance par rapport à la situation politique en France…où des écologistes étaient au gouvernement. Le texte, très "neutre", est formaté selon les caractéristiques d'un discours "centriste" (repérées par les travaux de Dorna et Bromberg, 1985, et Bromberg, Dorna et Ghiglione, 1983) : sa structure argumentative de type "bloc" procède par succession d'assertions alternatives peu tranchées, des modalisateurs venant atténuer les prises de position, les verbes statifs avancent des constats, l'argumentation s'adosse aux référents noyaux du discours centriste (raison de "juste milieu", humanisme, civisme, démocratie et tolérance évitant les fractures sociales). On dit aux sujets que, du fait d'importants désaccords après 3 jours de débat, la réunion a dû être prolongée et le texte fut élaboré pendant la nuit. Il est présenté selon 3 modalités : a) dans une situation "contrôle" (N), simplement comme le produit final des réflexions de la Commission ; b) dans une situation, dite "individuelle" (I), comme une position élaborée par "le maire d'Hamilton" ; c) dans une troisième situation, dite "compromis" d'intérêts (C), comme issu d'une négociation entre les parties les plus divergentes. Après lecture, les sujets formulent divers jugements (échelles) sur la qualité du contenu de ce message, de son style (forme, argumentation, habileté politique ou stratégique, clarté…), sur sa source (crédibilité, image positive ou négative par adjectifs attribués…), sur son orientation idéologique G/D…, et ils expriment leur degré d'accord personnel ainsi que leur prédiction sur l'adoption ou non de ce texte par la Commission.

Lorsqu'on demande aux participants si ils pensent (échelle en 5 points) que la Commission a adopté ou non le texte, ils ne se prononcent guère et aucune différence significative n'apparaît (Graphe n° 1) selon la condition expérimentale (C= 2,80; N= 2,85; I=2,99).

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Graphe 1 Scores de prédiction de l'adoption du texte par la Commission (échelle en 5 points) selon la condition expérimentale (N = "Contrôle" ; I = "Individuelle" ; C = "Compromis")

En revanche, une ANOVA (3 source x 2 positionnement politique Droite/Gauche) décèle un effet principal tendanciel de la variable "source" sur le degré d'accord personnel avec le texte (I= 4,34; C= 3;97; N= 3,74 ; F(5/99) = 2,69 ; p = .07) ; l'analyse des contrastes (ajustement de Bonferroni) montre une différence significative (p <.03) entre les conditions I et N : la source individuelle emporte plus d'adhésion que le texte en lui-même et, tendanciellement, que le compromis collectif ( Graphe n° 2).

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Graphe 2 Degré d'accord personnel avec le texte (échelle en 5 points) selon la condition expérimentale (N = "Contrôle" ; I = "Individuelle" ; C = "Compromis")

On ne note aucune différence significative dans les jugements sur le contenu du texte, sa forme ou ses qualités argumentatives ; l'impact ne passe donc pas par une évaluation consciente différente du message. Les jugements sur la source n'offrent pas davantage de différences. Comment comprendre alors la différence d'adhésion ? Les sujets expérimentaux confirment les tests préalables : le texte est perçu comme assez "neutre" quelle que soit la condition expérimentale, et aucun effet de la variable position politique, ni de l'interaction, n'apparaît sur l'adhésion personnelle. Les participants de Droite et de Gauche réagiraient donc de la même façon à la variation de la source.

Dans un article joliment intitulé "Le centrisme est-il l'arlésienne de la politique ?", Dorna (1990) observait le faible impact d'un discours centriste ; lorsque celui-ci a un effet, c'est au travers d'une traduction à partir des orientations du récepteur : les sujets de gauche s'approprient ce discours… en le situant à gauche, et ceux de droite le rejettent… en l'identifiant comme de gauche. Autrement dit, si le discours centriste n'est ni de gauche ni de droite, c'est simplement parce qu'il peut être perçu comme de gauche ou comme de droite, parce qu'il ne permet pas un positionnement sociocognitif clair. Cette interprétation ne permet cependant pas de comprendre pourquoi un tel message a moins d'impact lorsqu'il est présenté comme émanant d’un compromis d’intérêts que comme la prise de position d’un seul individui. Une autre interprétation, non contradictoire mais complémentaire, pourrait être trouvée dans un mécanisme idéologique. En effet, une idéologie tiendrait moins sa cohérence des cognitions et thématiques agencées, que des alliances qui circonscrivent la communauté dont elle porte les intérêts (Gaffié, 1998 ; Gaffié et Marchand, 2001). Le procès d'idéologisation consisterait en une traduction rationalisante des rapports d’alliance et d’opposition dans lesquels le groupe est engagé (Gaffié & Aïssani, 1992) ; ainsi, les marques des rapports sociaux seraient occultées au profit d'une naturalisation qui avance le partagé comme tendanciellement universel. Ceci constituerait le "point aveugle" de l'idéologie (d'où son caractère de fausse conscience, ou de masquage), et un discours explicitant une telle origine tendrait à être rejeté (Gaffié, 1998). Il convient cependant, comme le montre Lagier, de distinguer l’approbation du message en tant que stratégie de confrontation et l’adhésion qu'il suscite : c’est ce dernier aspect qui pâtirait de ce mécanisme d’immunisation.

Au delà, il apparaît qu'une telle résistance au produit de la négociation peut aisément être reprise au profit de la conception individualiste qui domine dans nos sociétés libérales et démocratiques (Beauvois, 1994). Celle-ci pourrait bien se doubler d'une résistance au "politique" lui-même : le simple fait qu'un discours soit perçu comme "politique" (donc partisan, polémique) pourrait entraîner une résistance.

Une résistance au politique-polémique ?

Dans son mémoire de Maîtrise, Vergne (2002) étudie la mobilisation de cognèmes évaluatifs (typiques de la dimension idéologique) d'une représentation en réaction à la réception d'un message présenté  sous diverses formes argumentatives. Des étudiants en Lettres et Sciences Humaines lisent un extrait d'un rapport fictif de l' "Observatoire Européen de l'Enseignement Supérieur" portant sur la professionnalisation des étudesii. Selon les conditions expérimentales, ce texte présente une argumentation : a) "neutre" (bilan descriptif, sans parti pris ni référence) ; b) "idéologique" (i.e. "déjà idéologisée", présentant les arguments pour ou contre la professionnalisation en raison de valeurs ou principes) ; c) "de rencontre d'intérêts convergents, et positifs pour la cible" (avantages réciproques pour les étudiants et pour les employeurs) ; d) "de rencontre d'intérêts divergents et négatifs pour la cible" (inconvénients pour les étudiants, mais avantages pour les employeurs). L'objet de représentation sociale retenu est celui des "études", en lien partiel avec le contenu du message, pertinent pour la population et déjà bien cerné dans des recherches antérieures (Flament, 1995 ; Moliner, 1995 ; Tafani et Bellon, 2001). Une adaptation de la technique des Schèmes Cognitifs de Bases (Guimelli et Rouquette, 1992) permet d'étudier la représentation et, surtout, de comparer le recours aux cognèmes évaluatifs opéré par les sujets dans les différentes conditions expérimentales. Pour différentes raisons, les résultats s'avèrent assez décevants et peu clairs par rapport à la visée première, mais quelques observations méritent ici mention.

Malgré sa "banalité", c'est le texte "neutre" qui est le plus apprécié. Dès qu'apparaît un débat (idéologisé ou d'intérêts) les sujets tendent à s'en démarquer et fuient le positionnement. Ainsi, contre toute attente, et alors que lui-même ne propose pas d'évaluation, c'est le texte "neutre" qui suscite le plus d'items évaluatifs ; sans doute cette mobilisation traduit-elle la nécessité de se situer sociocognitivement par rapport à un tel objet (assurément investi par des étudiants), mais on peut aussi noter qu'un texte qui propose ouvertement des positionnements normatifs conduit à leur évitement. Le débat politico-polémique ne semble pas la "passion" du citoyen actuel, du moins de nos étudiants.

Un mémoire de D.E.A. (Julia, 2001) et une étude complémentaire (Julia, Marchand et Gaffié, 2002) fournissent une observation analogue. Les sujets (hommes ou femmes, de Droite ou de Gauche) lisent un texte, constitué de constats très neutres et généraux à propos de la délinquance ; ce texte est présenté seul où signé par un homme (vs une femme), de Droite (vs de Gauche) ; ils répondent ensuite à des questions portant sur le texte et sur sa source ; enfin, ils notent (échelles en 7 points) l'importance qu'ils accordent à diverses causes de la délinquance qui, dans une autre recherche (Gaffié, 2002, 2006) apparaissaient liées aux orientations politico-idéologiques.

Le texte seul n'est considéré caractéristique ni d'une pensée de Droite ni d'une pensée de Gauche, mais quand il est signé d'une source de Droite ou de Gauche il est bien reconnu comme tel. Les résultats montrent pourtant que le texte non signé entraîne plus d'accord, même par rapport à celui qui émane d'une source intra-groupe. Une signature le ferait donc apparaître comme partisan, polémique, au point de contrecarrer l'effet de favoritisme pro-endogroupe habituel (bien que la différence aille dans ce sens, elle n'est pas significative). Voir Graphe n° 3.

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Graphe 3 Degré d'accord avec le texte (échelle en 7 points) selon la signature du texte

Deux éléments montrent cependant un effet de l'orientation idéologique de la cible : a) bien que leur accord avec le texte non signé soit plus fort (cf. supra), les participants estiment que le message exprime mieux leur pensée en situation de congruence politique avec la source ; b) leurs explications de la délinquance reflètent leur inclination idéologique. Concernant ce dernier point, une Analyse Factorielle en Composantes Principales réalisée sur les réponses aux items "causes de la délinquance" dégage trois facteurs principaux (semblables à ceux observés par Gaffié, 2002). Le premier facteur (F1) associe des items qui renvoient à une guidance éducative défectueuse (causes externes liées au proche entourage) ; le second (F2) rassemble des items qui expliquent la délinquance en termes de caractéristiques essentielles de l'acteur (causes internes incontrôlables) ; le troisième (F3) associe des items qui expliquent la délinquance par des causes externes sociétales. Une MANOVA et des ANOVA sont alors menées sur les scores factoriels et sur ceux de chaque item. Chez un groupe témoin, qui ne lit aucun texte, on n'enregistre aucune différence significative ; chez les "lecteurs", apparaît un effet principal du positionnement politique de la cible sur les trois facteurs : a) pour F1 : F(1, 132) = 5,49 ; <.02, les sujets de Droite (M = +.191) mettent davantage en cause le proche entourage du délinquant que ceux de Gauche (M = -.186) ; b) pour F2 : F(1,132) = 15,07 ; <.001, les sujets de Droite (M = +.329 évoquent davantage des causes internes incontrôlables que ceux de Gauche (M = -.320) ; c) pour F3 : F(1, 132)= 21,74, < .001, les sujets de Gauche (M = +.353) évoquent davantage des causes externes sociétales que ceux de Droite (M = -.363). Les résultats enregistrés sont conformes aux observations de Gaffié (2002, 2006), et vérifient bien l'existence de registres explicatifs différemment privilégiés selon l'orientation idéologique. La représentation graphique (Graphe n° 4) des réponses enregistrées pour l'item "il y a trop d'inégalité dans la répartition des richesses" (cause externe sociétale) illustre bien ces effets.

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Graphe 4 Scores (échelle en 7 points) à l'item "inégalité dans la répartition des richesses" d'accord avec le texte (échelle en 7 points) selon la signature du texte

En l'absence de texte, les réponses des sujets de Droite ou de Gauche sont quasi-identiques ; en revanche, les différences sont significatives (p < .001) dans toutes les autres situations…y compris lorsque le texte n'est pas signé ! Autrement dit, la seule présence d'un texte (pourtant "neutre") à propos d'un fait social semble suffire à évoquer un débat potentiel et donc une différenciation catégorielle ; si une telle évocation entraîne, comme on l'a vu, une baisse d'accord avec le texte elle n'en pousse pas moins les sujets à s'adosser aux principes de leurs groupes respectifs pour fournir leurs explications d'un objet-enjeu.

En politique on pourrait dire (presque) n'importe quoi… tout semble affaire de contexte et les indexations, par les cibles, du message et des partenaires donneraient au message sens politique "approprié".

On note, en outre, que les réponses des sujets de Droite demeurent à peu près constantes ; les différences sont dues aux sujets de Gauche qui n'affirment leur position que lorsque la différenciation est actualisée. Ceci traduirait, comme déjà observé (Gaffié, 2002), la domination d'une idéologie de Droite dans le contexte français actuel, alors que celle de Gauche se situerait dans une position contestataire.

L'ensemble de ces résultats apparaît cohérent avec ceux obtenus par Gaffié et al. (Gaffié, Marchand & Cassagne, 1997, 1998 ; Cassagne, Gaffié & Labrousse, 2002 ; Gaffié, 2002). Dans leur appréhension des faits et groupes sociaux : a) les sujets de Droite privilégient une lecture psycho-individuelle, ceux de Gauche des descripteurs socio-économiques ; b) ces "grilles de lecture" constituent des équipements cognitivo-normatifs, reliant doctrines et structures institutionnelles, et conduites individuelles ; c) en l'absence de différenciation catégorielle, le registre personnologique domine, chez tous les sujets ; d) lorsque les situations sont "problématiques" (ambiguïtés sociocognitives, urgence de différenciation…) les individus s'adossent aux "principes" de leur groupe de référence ; e) ces "principes" fournissent des heuristiques spécifiques facilitant la défense de l'identité sociale.

La communauté des explications en l'absence de texte aurait pu conduire à conclure à l'existence d'un consensus de "sens commun", d'une "pensée unique" ; les résultats révèlent plutôt un effet d'idéologie dominante…entretenu par un évitement du politique-polémique. Le clivage entre pensées de Droite et de Gauche n'apparaît que lorsque la différenciation est activée ; nous ne saurions dire pour combien de temps, ni si les valeurs en demeureront. D'autres différenciations peuvent-elles se révéler actives ?

Différenciations catégorielles et clivages idéologico-politiques

Dans les mêmes études, Julia et al. n'observent aucune différence liée au genre de la source ou de la cible, si ce n'est une tendance des sources masculines à susciter plus d’adhésion que les sources féminines. Ce constat peut encore être référé à un rapport de domination (classique dans notre société), mais il peut aussi trouver d'autres explications, non contradictoires à celle-ci. D'abord, au niveau opérationnel, la simple mention de son genre met sans doute moins en saillance une différenciation catégorielle que celle de son positionnement politique, elle actualiserait donc moins les référents identitaires correspondants. Ensuite, nous ignorons si les catégories de genre renvoient à des principes contrastés dans l'appréhension des faits sociaux, et, particulièrement, si la délinquance constitue un objet-enjeu entre celles-ci. Cela n'implique pas, pour autant, que la différenciation générique (parmi d'autres) ne puisse pas se révéler active si elle est mobilisée à propos d'objets pertinents (Brandin, Choulot et Gaffié, 1998 ; Gaffié 2002).

On retrouve là des observations et interrogations avancées par Jessica Mange au cours de cette journée ou antérieurement (Mange, Gaffié, et Marchand, 2000) : a) ni la reconnaissance de l'origine des messages, ni une bonne connaissance des idéographies (bases doctrinales) en présence, ne sont indispensables à la mobilisation des registres de réponses qu’elles gouvernent (Gaffié, Marchand et Cassagne, 1997 ; 1998) ; b) en revanche, pour qu'un discours suscite une confrontation et une élaboration politiques, il semble nécessaire qu'il éveille des différenciations entre catégories possédant des pratiques et intérêts divergents par rapport à l'objet évoqué ; c) cet éveil ne nécessite pas une désignation explicite des partenaires, il peut être déclenché par le repérage (non forcément conscient) de marqueurs langagiers dans le discours (e.g. Scherer & Giles, 1979 ; Ghiglione, 1989 ; Van Dijk, 1987) ; d) cela implique chez les partenaires une clairvoyance leur permettant de se situer (et de situer autrui) dans les rapports sociaux au travers des contenus échangés (Touraine, 1965).

On s'inquiétera, bien sûr, du fait que, chez nos "citoyens-ordinaires", les connaissances politico-idéologiques soient faibles et que les opinions s'avèrent peu consistantes… et que ce phénomène semble s'accroître rapidementiii Ceci apparaît lié à la crise des idéologies ou, plutôt, à "une perte de visibilité et d'orthodoxie des lignes politiques historiques des partis" (Gaffié et al., 1998, p. 46). Une autre base de la "crise du politique" serait la perte des repères catégoriels (de leurs pratiques, problèmes, aspirations et valeurs) et de leur correspondance avec les options des partis politiques. Ainsi les projets des citoyens trouveraient difficilement sens et inscription dans une visée collective et échapperaient à la vie démocratique. Peut-être les différenciations passeront-elles par des mouvements en gestation qui renouvelleront les divisions sociales et les visions du monde et de la cité. La constitution de l'identité de tels mouvements et de leur inscription dans le système social se heurtent cependant à de sérieux obstacles (Touraine, 1974). En attendant, l'anomie et la fuite du polémique favorise les qualités du locuteur et l'impact émotionnel du "spectacle médiatique" (au point que l'on en vient à l'expression pléonastique "d'exercice de communication" pour qualifier des discours politiques) qui peuvent prendre le pas non seulement sur le contenu, mais aussi sur le repérage des forces représentées. Ceci pose évidemment problème pour le fonctionnement et le devenir de la démocratie.

Le chercheur-citoyen est invité à éclairer les causes et processus en jeu. Pour fragiles qu'ils soient, les faits rapportés nous semblent lui imposer quelques nécessités : a) prendre en compte le mode d'inscription du sujet-citoyen dans le champ sociopolitique ; b) ajuster les paradigmes de la discipline pour actualiser un tel contexte ; c) observer et expérimenter "en milieu naturel", seul susceptible de révéler la complexité et la spécificité d'une telle réalité…mais aussi de permettre le repérage d'une domination idéologique qui barre l'expression d'autres aspirations (Gaffié, 2003). Il y va alors non seulement d'une rigueur scientifique, mais d'un principe de notre déontologie.

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Notes

Notes de bas de page littérales :

i  On pourrait avancer que la source individuelle (ici le "maire d'Hamilton") fait preuve d'initiative et d'autonomie et que ce style de comportement vaut quelque faveur à sa position de "leader minoritaire" (Moscovici, 1979 ; Papastamou, 1985) et personnalise son discours, mais alors comment comprendre que celui-ci ne bénéficie pas de jugements plus positifs ? D'autre part, une position collective, résultant du compromis entre des parties aux positions hétérogènes est susceptible de conférer plus de poids au consensus quand il s'agit non de simple préférence mais de crédibilité et de croyance (Goethals & Nelson, 1973 ; Papastamou, 1987).

ii  La question avait été largement débattue dans l'université quelques semaines avant le recueil des données.

iii  Ainsi, un ensemble d'indicateurs (opinions) différenciant les sujets de Droite et de Gauche, mis au point à la fin des années 80 par notre collègue Claude Fronty,  n'offrait plus de résultats cohérents dans nos études à la fin des années 90.

Pour citer ce document

Bernard Gaffié, «L’appréhension de messages politiques : quelques observations sur des effets d’indexation en fonction du contexte», Les cahiers psychologie politique [En ligne], numéro 12, Janvier 2008. URL : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=584

Quelques mots à propos de :  Bernard Gaffié

Laboratoire Dynamiques Sociocognitives et Vie Politique (D.S.V.P.) Université Toulouse 2, France.