Les cahiers psychologie politique http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique Les Cahiers de psychologie politique sont un carrefour inter-disciplinaire des sciences humaines. Revue généraliste, ouverte et transversale, au sein d'une démarche universitaire rigoureuse, c'est aussi un véhicule en langue française, dans le but d'informer et de brasser les idées par-delà les frontières mentales et géographiques, afin de mieux comprendre les controverses anciennes qui sont de retour dans la problématique sociétale actuelle. fr L’énigme du populisme http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3910 Notre époque toute entière est marquée par les lettres incandescentes du « populisme ». Il n’y a pas un journal qui n’ait commandé un article sur le sujet, pas une émission de radio qui n’ait essayé d’en décrypter l’énigme, pas une maison d’édition qui n’ait fait paraître un ouvrage relatif à la question, au point qu’on est tenté de paraphraser la célèbre apostrophe de Marx et Engels du Manifeste du Parti communiste (1848) et dire aujourd’hui : « Un spectre hante l’Europe, le spectre du populisme ». La référence n’est pas fortuite. Une véritable analogie peut être observée. Citons le texte in extenso pour s’en convaincre : « Un spectre hante l’Europe, le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le Pape et le Czar, Metternich et Guizot, les radicaux de France et les policiers d’Allemagne. Quelle est l’opposition qui n’a pas été accusée de communisme par ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l’opposition qui, à son tour, n’a pas relancé à ses adversaires de droite et de gauche l’épithète flétrissante de communiste ?Deux choses ressortent de ces faits :1° Déjà le communisme est reconnu par toutes les puissances d’Europe comme une puissance. 2° Il est grand temps que les communistes exposent à la face du monde entier leur manière de voir, leur but et leurs tendances ; qu’ils opposent aux contes du spectre du communisme un manifeste du parti lui-même. Dans ce but, des communistes de diverses lun., 15 juil. 2019 00:00:00 +0200 http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3910 La démocratie comme déception et comme horizon http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3912 La démocratie est un régime « déceptif », absurde et incompréhensible. Il faut partir de là, au lieu, comme c’est trop souvent le cas, de finir par là. Elle ne peut que décevoir, car ses promesses sont infinies et n’ont aucune chance d’être un jour réalisées : on ne sera jamais totalement libres, ni absolument égaux, ni constamment fraternels. Elle est absurde, car comment voir la cohérence d’un régime où les gouvernants doivent suivre le peuple qu’ils sont censés diriger ? Elle est incompréhensible, car elle repose sur un fondement introuvable — le peuple — dont tout le monde se réclame, mais que personne n’a jamais rencontré. Et donc, en partant de là, le vrai sujet d’étonnement n’est pas tant que la démocratie fonctionne mal ; c’est qu’elle puisse fonctionner un peu. Le « Gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », selon la fameuse formule de Lincoln, est peut-être « le pire des régimes à l’exception de tous les autres », selon une autre formule fameuse (Churchill), il n’en reste pas moins tout à fait mystérieux. Or, c’est une vraie surprise de constater qu’aujourd’hui tout le monde s’en réclame : démocratie libérale, illibérale, populaire, radicale, participative, délibérative. Le flot de qualificatifs en usage témoigne du caractère flou du substantif. D’ailleurs, même le dictateur le plus sanguinaire s’affichera démocrate, en proclamant, la main sur le cœur, que s’il massacre son peuple, c’est pour son plus grand bien (du peuple). Bref, la démocratie a gagné ven., 12 juil. 2019 00:00:00 +0200 http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3912 Éditorial http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3936 Les Cahiers de Psychologie Politique constituent un carrefour où doivent se rencontrer des disciplines qui contribuent à éclairer le politique. Pour ce second dossier sur l’avenir de la démocratie, en accueillant des juristes (Thomas Branthôme), des philosophes (Pierre-Henri Tavoillot), des latinistes (Emilia Ndiaye), des sociologues et spécialistes des relations internationales (Pierre de Senarclens) ou des sciences politiques (Françoise Massart-Piérard) sans oublier des psychologues (Fanny Généchault et Paul Wiener), les cahiers ne se diluent pas. Ils jouent ce rôle d’éveil où le politique s’explore selon des méthodes et des exigences variées mais tellement complémentaires. Ce numéro montre que l’avenir de la démocratie relève d’un art de la psychologie humaine qui s’insinue dans les actes de la pensée, dans les règles des institutions, dans l’exercice du pouvoir qui s’exerce sur soi et sur les autres. Quand il est question par exemple de délibération, Aristote n’en faisait-il pas ce moment particulier de la liberté de conscience pesant les alternatives avant de décider. Et cet exercice personnel n’est-il pas prolongé de celui des assemblées qui délibèrent ? Les perspectives de nos auteurs sont comme une démocratie vivante qui s’invente et s’instruit en s’interrogeant à son propos. Peut-être la démocratie est-elle affaire de discipline personnelle où l’exigence de se considérer comme un simple contributeur exclut l’arrogance de se croire détenteur de la contraignante vérit ven., 12 juil. 2019 00:00:00 +0200 http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3936 La démocratisation de l’Union européenne, un trompe - l’œil ? De la difficulté d’être citoyen de l’Union européenne http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3937 L’Union européenne, par les mots utilisés et les expressions (l’eurojargon) qu’elle crée, présente une apparence trompeuse. Nombreux sont ceux qui font illusion et compliquent dès lors sa compréhension par celui qui porte le nom de citoyen de l’Union européenne avec pour conséquence la montée d’un recul vis à vis d’elle. Ce recul, malgré le discours, malgré les révisions de Traités en faveur de l’institution d’une citoyenneté européenne, ne régresse pas. Et les oppositions à l’Union européenne prennent actuellement une forme inquiétante. La difficulté d’assurer la démocratisation de l’Union européenne tient pour partie à des raisons qui sont d’ordre sémantique. Parler sans cesse de « L’Europe proche des citoyens » au point d’en faire un slogan ne suffit pas. Des biais linguistiques et cognitifs s’interposent entre l’Union européenne et ses citoyens. Ces biais fragilisent sa légitimité. Le prisme étatique reste très présent auprès des ressortissants de l’Union européenne tandis que les interférences entre l’Union européenne et les Etats membres se multiplient. Ces donnes affectent la visibilité de l’identité européenne et la perception de son fonctionnement. La complication d’être citoyen de l’Union européenne peut être expliquée par le vocabulaire utilisé par cette Organisation. Bien souvent il ne correspond que peu ou pas à la réalité qu’il est censé couvrir. Or, les mots ont un poids. Ils peuvent avoir un poids politique et provoquer des biais cognitifs. La fluidité du temp ven., 12 juil. 2019 00:00:00 +0200 http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3937 Numérique et psychanalyse http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3918 Le numérique est une révolution au même titre que celle qu’a introduite Gutenberg. Le Sujet en est transformé dans son rapport à la connaissance et au savoir, à sa mémoire et à son intelligence donc à son efficience. Une telle rupture dans le rapport du Sujet à son Umwelt, à sa limitation intellectuelle et corporelle et donc à son discours, produit des effets psychiques d’exclusion mais aussi des effets d’exaltation et de toute puissance, qui deviennent collectivement un « réchauffement médiatique » selon l’expression de D. Boullier1. Nous nous appuierons aussi sur André Leroi-Gourhan, Guy Mamou-Mani et surtout sur Sherry Turkle. Le numérique est en premier lieu une technique de connaissance et de communication. A ce titre, il doit être comparé avec l’invention de l’imprimerie. Il modifie radicalement notre mode de communication avec les autres et démultiplie aussi notre mémoire, si l’individu parvient à s’en approprier la technique. Se l’approprier, c’est se l’incorporer sans angoisse pour que le recours à cette extension de son intelligence devienne une aptitude psychique personnelle. À chacune de ces étapes, intervient une possibilité d’arrêt, de blocage, dans l’acquisition de ce savoir nouveau dont la fonctionnalité était jusqu’alors inconnue. L’instant de franchissement dans cette acquisition peut déclencher un excès de jouissance, marque de l’expansion subjective. Comme pour l’usage de l’écriture dont on connaît bien les expressions psychopathologiques, (inhibitions, g lun., 08 juil. 2019 00:00:00 +0200 http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3918 Berdiaev et la technique http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3920 La crainte d’un « retour des années 1930 » est aujourd’hui devenue un lieu commun du discours politico-médiatique. On en parle comme autrefois on parlait du retour de la peste, des sauterelles et de la famine. La fort mauvaise réputation de ces années 1930 s’explique bien sûr par le fait qu’elles constituèrent une décennie d’affirmation des totalitarismes soviétiques, fascistes, et nazis. Cependant, elles ne furent pas que cela. Les années 1930 virent également naître en France un important mouvement de renouvellement de la pensée philosophique et politique, dont le représentant le plus connu, et le plus pérenne, fut probablement la revue Esprit emmenée par Emmanuel Mounier. Ce mouvement, dit des « non-conformistes », a été étudié par Jean-Louis Loubet del Bayle dans son ouvrage devenu classique : Les non-conformistes des années 30. Une tentative de renouvellement de la pensée politique française1. Le philosophe Nicolas Berdiaev ne peut, stricto sensu, être considéré comme un représentant de ce mouvement des non-conformistes, pour diverses raisons. L’une d’entre elles, la plus évidente, est que ce mouvement est celui d’une génération à laquelle il n’appartient pas. Né (à Kiev) en 1874, Berdiaev a en effet 56 ans en 1930, alors que les non-conformistes ne sont souvent même pas trentenaires. Mounier, par exemple, est né en 1905, et avait donc 27 ans lors du lancement de la revue Esprit en 1932. Toutefois, Berdiaev peut, à l’instar de quelques autres (tel Jacques Maritain ou Gab lun., 08 juil. 2019 00:00:00 +0200 http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3920 La représentation politique : la commune ou l’empire ? http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3924 La représentation est une question de science politique et de droit bien connue. Seulement, les arguments qui la fonde sont ténus. La plupart des auteurs classiques ont été contre à l’instar de Rousseau1 ou ont émis des réserves importantes à ses conditions comme Kelsen2. De très nombreux auteurs contemporains ont eux aussi réfuté ce modèle de la représentation en provenance de courant très divers : marxistes, existentialistes chrétiens, libertaires et anarchistes par exemple ; visant le plus souvent le vice du parlementarisme et ses accointances avec les intérêts d’un capitalisme peu préoccupé du respect des biens communs. La démocratie représentative se serait ainsi construite bien plus par défaut que par principe, arguant de la nécessité d’exercer le pouvoir par la réunion des représentants : logistique praticité et simplicité obligent. En fait, la rationalité présente dans la souveraineté nationale imaginée par Sieyès s’est abîmée au fil des premières expériences parlementaires. En l’absence d’une théorie rationnelle robuste, des arguments logistiques ont été mis en avant du fait des contraintes géographiques et des difficultés de diffusion des informations, voire de la possibilité de consulter les électeurs : l’efficacité s’est imposée. Or, toute cette argumentation s’avère moins pertinente à une époque où tous peuvent participer instantanément à une consultation, tant pour prendre connaissance d’informations facilement accessibles que pour donner des avis, échanger et v lun., 08 juil. 2019 00:00:00 +0200 http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3924 La lutte pour la reconnaissance http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3925 L’idée d’une réflexion sur l’actualité politique à travers le prisme de la reconnaissance est à l’origine de cet article pour tester la pertinence de ce concept perçu aujourd’hui comme circonscrit dans son sens et sa portée. Pourquoi y revenir, plus précisément, alors que de nombreuses recherches en philosophie sociale et en sociologie existent sur le sujet, et non des moindres, puisque l’impulsion en a été donnée par Hegel ? Parce qu’aujourd’hui, l’évocation du concept de reconnaissance conduit presque exclusivement à son explication par la lutte des classes comme destin pour cette notion, scellée au marxisme jusqu’à se dissoudre presqu’en lui. La problématique de la reconnaissance serait devenue désuète dans la mesure où les classes moyennes s’étant déployées, la classe ouvrière d’autrefois a perdu son identité. De plus, la démocratie, en permettant l’expression de tous les citoyens, illustrerait la reconnaissance de leur égalité et donnerait à penser que la vigilance quant au maintien de cette caractéristique est constante en démocratie. En résumé, la démocratie permettrait de traiter les dérives éventuelles sur le plan social puisqu’elle permet l’expression de l’opposition. S’il est incontestable que la démocratie ouvre au débat permanent dans nos pays, l’observation du fonctionnement de nos sociétés conduit à constater une priorité donnée au développement matériel en général et aux technologies diverses en particulier, ce qui présente des avantages mais également des inc lun., 08 juil. 2019 00:00:00 +0200 http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3925 De « l’homme démocratique » à « l’homme tyrannique » ? Où va la démocratie selon Platon et Cicéron http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3926 Pour envisager l’avenir de la démocratie mise à mal, ou pour le moins contestée sur bien des plans dans nos sociétés occidentales, quoi de mieux que de se tourner vers le passé et les modèles fournis par les penseurs de l’Antiquité ? Aux sources de nos systèmes politiques, sources revendiquées par les révolutionnaires de 89 qui en ont établi les fondements en France, Athènes et Rome, chacune à sa manière, restent les références obligées. L’objet de cette contribution est de rappeler ce que Platon a dit de la démocratie, dans son dialogue La République1, qui porte sur les différentes formes d’État et, en particulier sur les individus qui correspondent à chacune d’elles, formes de régimes dont l’enchaînement est présenté comme un cycle. Cicéron, en s’appuyant sur Platon mais aussi sur Aristote2 et Polybe3, analyse le modèle romain de respublica, lointaine héritière d’Athènes mais avec des spécificités bien latines qui ont pour but d’éviter les dérives des régimes grecs – que Rome a d’ailleurs vaincus. Nous nous attarderons ici, puisqu’il est question de « l’avenir de la démocratie », sur l’articulation entre démocratie et tyrannie, telle qu’elle est présentée par Platon à travers le passage de l’homme démocratique à l’homme tyrannique, puis par Cicéron. Rappel des contextes historiques et des systèmes politiques4 La Grèce Rome Epoque archaïque : cités nombreuses, isolées, monarchies 7e-6e siècles5 : monarchies avec aristocraties montantes, oligarchies (Lycurgue à Sparte) et t lun., 08 juil. 2019 00:00:00 +0200 http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3926 La temporalité identitaire : réflexions sur le sentiment d'appartenance nationale dans le contexte du processus d'intégration européenne http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3927 Grâce aux nouvelles technologies, chacun vit dans un monde en réseau, connecté. Les rencontres ne dépendent plus de notre capacité à nous déplacer. Nous pouvons découvrir d'autres modes de vie, d'autres rapports au monde que ceux de notre entourage proche. Nous avons accès, de fait, à une multiplicité de références et de possibles de référence. Si chacun tente de se définir singulièrement, certaines tendances s'affirment. D'aucuns se définissent alors comme citoyens du monde, dans une forme de refus d'appartenance à un espace de vie donné tandis que d'autres signifient leur identité en fonction d'un lieu, d'un espace, d'une terre et craignent de se dissoudre dans un trop grand ensemble. Ces dynamiques identitaires trouvent leur voix dans l'espace politique européen. La place grandissante de mouvements dits populistes dans l'espace public, mouvements qui placent l'identité nationale au centre de leurs discours et qui s'appuient sur une idéologie nationaliste en est une des conséquences. La France, comme les autres pays européens, y est confrontée. Depuis que le candidat d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, a été amené par les électeurs au second tour des élections présidentielles de 2002, cette question envahit les débats. Elle déclenche les passions, les polémiques et l'antagonisme des positions. Elle a pris une place telle qu'en 2010 un ministère chargé des questions relatives à l'identité nationale a été créé. L'identité nationale est une acception porteuse en elle-même de lun., 08 juil. 2019 00:00:00 +0200 http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=3927