Climatologie

Un mot pour Gérard Beltrando. Hommages de douze de ses ancien(ne)s doctorant(e)s

Hommage de Sébastien Bridier


Alors voilà, finalement il ne reste rien d’autre qu’une poignée de cendres… Non, pas qu’une poignée de cendres...

Thèse soutenue en 2001 à l’Université Paris VII et intitulée « Modélisation de la répartition des brises et des températures en situation radiative » (en co-direction avec Gérard Beltrando et François Durand-Dastès)

­ 

A partir de 21 ans, j’ai embrassé les deux passions qui ont guidé ma vie, la climatologie et les arts martiaux. Dans ces deux voies, j’ai eu la chance de rencontrer un maître. Etrangement, ils ont été par certains aspects de leur caractère et de leur comportement très semblables. Ils ne m’ont jamais épargné, me poussant à aller plus loin, me laissant le libre choix d’arrêter ou de poursuivre. « Un vrai maître vous aide à réaliser que vous êtes votre propre maître » m’a dit plusieurs fois mon maître Thi Tran Tien.

J’ai suivi un cursus de géographie avec d’illustres professeurs comme O. Dollfus, F. Durand-Dastès, L. Sanders, T. Saint-Julien, D. Pumain, B. Coque, Y. Veyret, R. Knafou, C. Grasland, J.-C. François, J. Ronchail, et d’autres… et Gérard Beltrando. Mon premier TD avec lui, j’ai été enchanté, tout était simple, limpide, facile : je voulais faire çà. Je n’avais rien réussi jusque-là, mais ça, c’était pour moi… Après le premier semestre de la première année, j’ai pour la première fois de ma vie commencé à travailler avec facilité, j’ai suivi tous les autres cours pour continuer à faire de la climatologie avec lui. Et rien d’autre. En licence, il m’a mis des notes passables pour ne pas que je crois que c’était facile (il me l’a expliqué par la suite), alors même que mon travail était plus que correct, mais au-delà de la note, je sentais que je pouvais le faire, je voulais le faire, j’avais besoin de le faire.

Avec du recul c’est très martial comme attitude. Tant qu’on cherche à obtenir la récompense, on passe à côté du « truc ». C’est une fois que l’on commence à créer sa propre manière de faire que l’on emprunte la « voie ».

En maîtrise, nous avons parcouru les vignes avec mon compère Hervé Quénol « en se gelant les c....... » à -15 °C ; nous sommes monté sur des escabeaux au-dessus des vignes pour faire des profils de températures nocturnes ; nous avons dormi dans les vendangeoirs ; nous sommes allés avec Gérard rencontrer les ingénieurs polytechniciens pour la modification du tracé du TGV-Est. Nous avons aussi eu la trouille avant notre première communication orale à Liège. Plus tard, nous avons lancé des ballons captifs, fait de la fumée pour voir les brises, tiré des fusées pour mesurer la température en altitude, « bouffé de la poussière » sur les chantiers du TGV. Nous avons même construit une soufflerie en bois de cagette dans le hangar de la station expérimentale de la Pugère. C’était tellement grisant de pouvoir imaginer, et essayer ce qui nous passait par la tête.

Gérard nous a reconnu, et je ne pense pas mentir en disant que cela nous a permis de nous reconnaitre nous-même. Nous sommes devenus des chercheurs, des enseignants, et nous avons fini par l’accepter en tant que tels, nous n’étions plus les « lycéens loosers » d’avant. Je n’y croyais toujours pas lorsque j’ai été recruté, lorsque j’ai été président du jury du bac… surtout moi, qui avait plusieurs fois redoublé et trainé allègrement. On ne l’a pas fait uniquement par la volonté de cet homme, mais par la liberté et le challenge qu’il nous a mis en main. Le dernier jour avant ma soutenance, il n’était pas d’accord avec ma présentation, et il l’a rappelé pendant son intervention, mais il m’a amené là, sans que je ne m’en rende compte.

Je ne suis pas celui qui a fait le plus de choses avec lui, mais je peux dire que je l’aimais comme on peut chérir profondément quelqu’un qui a tant contribué à ce que je suis aujourd’hui. Lorsque j’ai appris son décès, j’ai pensé à Chantal, au « petit Gérard » que je n’avais vu qu’enfant à la crèche de la fac. Je me suis dit qu’il manquerait à beaucoup de gens. Je l’ai connu toute ma vie d’adulte, sachant qu’il était malade, puis gravement malade, et pire encore, mais il revenait à chaque fois. Mais pas cette fois. Je l’ai connu essentiellement en tant qu’élève, et il reste mon « Directeur ». Il est pour moi plus qu’une grande figure, d’autres en parlerons mieux que moi. Je veux m’en souvenir simplement comme celui dont l’ombre se projetait sur mon ombre, qui me faisait sentir que c’était possible, progressivement, sans enseignement, ishin-denshin.

Merci pour tout Bébel.
Sébastien Bridier - (France)

Référence électronique : « Hommage de Sébastien Bridier », Climatologie [En ligne], mis à jour le : 14/02/2017, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/climatologie/index.php?id=1161