"
Climatologie

Un mot pour Gérard Beltrando. Hommages de douze de ses ancien(ne)s doctorant(e)s

Hommage de Hervé Quénol


Le terrain…

Thèse soutenue en 2002 à l’Université Paris VII et intitulée « Modifications climatiques aux échelles fines générées par un ouvrage linéaire en remblai : l’exemple de la ligne à grande vitesse du TGV Méditerranée sur le gel printanier et l’écoulement du mistral dans la basse vallée de la Durance »

­ 

Difficile de réduire en un seul mot une histoire commune de 25 ans ! J’ai connu Gérard dès le début de ma formation universitaire en 1ère année de DEUG de Géographie à l’Université Paris 7. Mon parcours universitaire a donc été guidé par Gérard du début à la fin, c’est-à-dire jusqu’au doctorat et même post-doctorat. C’est lui qui m’a fait découvrir et aimer la climatologie. Puis, nous avons été collègues et nous avons partagé plusieurs projets, que cela soit au niveau scientifique ou associatif (bureau de l’AIC). Un des grands moments, pour moi, restera l’AIC à Verzenay en 2006, où nous avons pu nous retrouver avec Gérard, Malika, Sébastien, Sandra, ... Le petit groupe de géographes-climatologues de l’équipe DYNMIRIS de l’UMR8586 PRODIG.

Tout a vraiment commencé en 4ème année en 1994. Parti pour faire une maitrise en « analyse spatiale et cartographie », Gérard m’a fait changer d’avis après nous avoir proposé (avec mon pote Seb) un sujet de climatologie appliquée. Il faut dire que c’était difficile à refuser lorsqu’il nous a dit qu’au lieu d’aller en cours, nous serions dans les vignobles (et les caves) de Champagne ! Ce qu’il ne nous avait pas dit, c’est qu’il fallait rattraper les cours et les examens dès notre retour. Mais, c’est surtout à partir de cette expérience que j’ai découvert une vraie passion pour les mesures de terrain. Et les expérimentations sur le terrain, c’était pour Gérard, la base d’une étude de climatologie appliquée. Avant de faire de la modélisation ou de la simulation climatique, la priorité est déjà d’observer le climat in situ.

Cela a été le cas notamment pour cette étude en Champagne où l’objectif était d’évaluer l’impact de la future (à l’époque) ligne à grande vitesse du TGV Est-Européen sur le risque gélif dans les vignobles de Verzenay/Sillery. Gérard avait eu l’idée de faire installer une bâche ayant la même hauteur et la même longueur que le remblai puis d’installer des thermomètres à alcool (avec curseur permettant d’obtenir la température minimale de la nuit) afin de faire des mesures comparatives (avec et sans la bâche) en situation de gel printanier. Les résultats avaient montré qu’avec la bâche la température était plus basse de 2 °C en amont de la bâche (situation de blocage d’air froid) par rapport au site témoin. Difficile de contester des données obtenues sur le terrain... la SNCF a ensuite du modifier le tracé du TGV !

Les campagnes de terrain se sont succédées lors des différentes études que j’ai pu partager avec Gérard : impact agroclimatique de la ligne TGV Méditerranée en Durance ; impact d’un remblai routier sur le gel printanier dans le vignoble de Chatenois ; études climatiques à échelles fines dans le vignoble de Vinho Verde au nord du Portugal et dans les vignobles tunisiens de Kélibia ;variabilité climatique locale à proximité des lagunes du Pantanal (Brésil)... Même si les outils ont évolué (les thermomètres à alcool ont été remplacés par des capteurs électroniques), la démarche scientifique a toujours été la même, c’est-à-dire avoir une bonne connaissance du climat local pour ensuite construire et valider les modèles.

Nos années de collaboration puis d’amitié peuvent se résumer aux périodes « Monsieur Beltrando », « Bébel » puis « Gérard ». « M. Beltrando », c’était la période où Gérard me demandait inlassablement de le tutoyer mais je n’y arrivais pas. Il faut dire qu’il était d’une grande rigueur et assez intransigeant avec ses étudiants. « Bébel », c’était entre nous (ses thésards) notamment quand il nous avait bien énervé comme par exemple, après nous avoir posé « un nième lapin ». Et « Gérard », c’était après la soutenance de thèse, quand j’ai réussi (enfin) à le tutoyer.

La dernière fois que j’ai vu Gérard, c’était en décembre 2015 à Paris, aux Grands Moulins. Je profitais de la COP21 pour passer un petit bonjour à mes amis de P7 ! Nous avons discuté tranquillement de « tout et de rien » devant un café. Naturellement, je ne savais pas que ce moment serait le dernier... En tous les cas, je sais que je lui dois énormément.

Hervé Quénol - (France)

A l’AIC d’Epernay (septembre 2006), avec de gauche à droite : Malika Madelin, Hervé Quénol, Gérard Beltrando et Sébastien Bridier

­ 

Référence électronique : « Hommage de Hervé Quénol », Climatologie [En ligne], mis à jour le : 14/02/2017, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/climatologie/index.php?id=1162