Climatologie

Un mot pour Gérard Beltrando. Hommages de douze de ses ancien(ne)s doctorant(e)s

Hommage de Salem Dahech


Travail, sincérité, confiance et transparence

Thèse soutenue le 27 mars 2007 à l’Université Paris VII et intitulée « Le vent à Sfax (Tunisie) : impact sur le climat et la pollution atmosphérique »

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Avec Monsieur Beltrando, nous avions une relation, du moins pour moi, spéciale ; une relation qui peut être résumé en quatre mots : travail, sincérité, confiance et transparence. Le premier contact a eu lieu en février 2003 quand il est venu de Paris à Lille où j’étais en DEA. Il faisait -4°C et ça tombe bien puisque l’objet du cours portait sur les risques liés au temps et au climat. Je me rappelle bien que les deux séances de cours étaient bien animées et interactives. Dès la première année de thèse, il s’est déplacé à Sfax (en Tunisie), mon terrain d’étude, où nous avons réalisé des mesures de la pollution de l’air. Nous avons parcouru plusieurs kilomètres à pied et en moto (malheureusement sans casque, chose qu’il n’apprécia pas).

Nos entretiens étaient réguliers (presque un rendez-vous par quinzaine). Il était prévoyant puisqu’il m’a annoncé la date de ma soutenance de thèse, à quelques jours près, 14 mois après ma première inscription. Toutefois, pour la boucler dans le temps imparti, il mettait souvent la pression en me disant d’un ton aigu : « une thèse, c’est trois ans », « quand on commence une thèse, on n’est pas sûr de la soutenir », « tel doctorant pleurait… ». Etant un ancien footballeur, je l’ai comparé souvent à un coach qui avait la rage de vaincre. D’ailleurs, il l’a prouvé souvent en surmontant sa maladie, apparu depuis ma deuxième année de thèse. Une maladie qui n’a jamais affecté son dévouement pour la recherche et l’enseignement : il a été omniprésent au laboratoire, il multipliait les projets de coopération internationale et les encadrements.

Durant les années de thèse 2003-2007, Gérard Beltrando nous incitait à participer à diverses manifestations scientifiques internationales et nationales. Nous avons également acquis le matériel nécessaire pour réaliser des mesures spécifiques. Nos travaux et colloques étaient financés, en grande partie, par des crédits personnels qu’il a obtenus à travers plusieurs années d’expertises et de travaux dans les vignobles en Champagne ou ailleurs. Donc, on s’est permis de participer à quatre colloques par an mais la seule condition était la publication des travaux présentés : « pas de financement sans publication ». Il nous a appris à anticiper, ainsi nous devrons, avec mon collègue Mounir Jarraya, présenter nos communications orales, prévues pour l’AIC, en juin avant de rentrer en Tunisie, soit deux mois avant le colloque qui se tenait à l’époque, début septembre.

Le soutien de Monsieur Beltrando à ses doctorants était sans faille et rares sont les doctorants qui n’arrivaient pas à achever leurs thèses (pourtant, certains imprévus dépassent parfois l’encadrant). Les doctorants étaient multinationaux (français, sénégalais, ivoiriens, tunisiens, algériens, marocains, roumains). Gérard était influant au sein de son UFR et laboratoire, et ne ménageait pas ses efforts pour défendre ses doctorants ; d’où la chance pour moi de pouvoir enseigner à Paris 7 une année comme vacataire et deux ans comme ATER à mi-temps.

Après la thèse, nous avons continué à collaborer sur plusieurs plans. J’ai eu la chance de décrocher deux stages sous sa direction, chacun de 7 mois, en 2010 financé par l’AUF et le deuxième en tant que lauréat du programme Research in Paris en 2012 par la mairie de Paris. Nous avons monté, en collaboration avec mon professeur et collègue Abdelkarim Daoud, trois projets de collaboration franco-tunisienne entre 2010 et 2016. Nous avons mené ensemble des recherches et mesures en Alsace, à Paris, à Limoge et dans les étangs de la Brenne, à Sfax, à Kerkennah et à Mdhilla… Comme on travaillait bien, mais aussi comme on mangeait bien, car j’étais bien accompagné par un bon vivant… Notre collaboration peut être qualifiée de fructueuse avec une trentaine d’articles en commun. Nous avons coordonné avec Abdelkarim Daoud et Lucile Etienne un symposium international tenu en octobre 2015 à Kerkennah. Dans ce contexte, Gérard Beltrando m’a motivé pour organiser le 30ème colloque de l’AIC à Sfax en Tunisie en juillet 2017. Malheureusement, le colloque aura lieu sans lui mais il restera présent dans nos esprits par sa rigueur, ses conseils et ses directives. Un hommage digne lui sera rendu durant cette conférence internationale.

Ces lignes rédigées plusieurs mois après sa disparition, je reste encore perturbé, car mon Professeur avait un potentiel et une volonté pour aider sans égal.


Salem DAHECH - (Tunisie)

Référence électronique : « Hommage de Salem Dahech », Climatologie [En ligne], mis à jour le : 14/02/2017, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/climatologie/index.php?id=1164