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Climatologie

Un mot pour Gérard Beltrando. Hommages de douze de ses ancien(ne)s doctorant(e)s

Hommage de Mounir Jarraya

Thèse soutenue le 28 avril 2009 à l’Université Paris VII et intitulée « Biométéorologie de la morbidité respiratoire dans le secteur public de la santé à Sfax (Tunisie) »

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Je me souviens bien de ma première rencontre avec mon professeur Gérard Beltrando en 2003. C’était dans le cadre de mon DEA à l’Université de Lille 1, où Monsieur Beltrando tenait un cours sur les risques et les catastrophes climatiques qui m’a profondément marqué. J’étais tellement imprégné de ce thème que je me suis lancé dans un projet de thèse sur la climatologie appliquée à la santé. Gérard Beltrando m’a inspiré le sujet de ma thèse, il m’a prodigué toutes les directives nécessaires au démarrage de mon travail de recherche. Il a suivi toutes les étapes de la réalisation de la thèse avec vigilance et m’a apporté une aide précieuse lors de la formulation de la problématique et surtout au niveau de la collecte des données. Je lui saurai gré de m’avoir aidé dans la mise en place des conventions de coopération entre l’Université Paris 7 et les structures publiques en Tunisie, et de s’être rendu personnellement à Sfax en 2004, pour la première fois, afin de prospecter le terrain de ma recherche et de discuter avec les médecins impliqués dans mon travail.

Les efforts déployés par Gérard Beltrando dans la lecture, la correction et la relecture des différents chapitres de ma thèse ainsi que dans mes autres activités de recherche (articles et communications) sont dignes d’être loués et reconnus. C’est grâce à ses conseils et directives que je suis parvenu à surmonter les difficultés qui accompagnent tout travail de recherche et que je suis devenu l’enseignant-chercheur que je suis. Ses propos resteront à jamais gravés dans ma mémoire :

« Tu écris trop, il faut apprendre à être synthétique et aller directement à l’essentiel… Il faut résumer ces dix pages en deux… Si tu arrives à la fin de ta thèse à formuler ta problématique en deux phrases, je serai rassuré d’un bon futur chercheur… Soutenir une thèse est le fait de la défendre… ».

Je me souviens de nos longues discussions, qui m’ont appris à me défendre et à étayer mes idées par les arguments et les exemples susceptibles de convaincre l’autre. Il ne cessait de me dire : « Si tu arrives à me convaincre, tu t’en sortiras le jour de la soutenance ». Il était très exigent, il n’hésitait pas à m’adresser ses critiques les plus virulentes, afin de me mettre sur les rails. Gérard Beltrando était également très perfectionniste, il prêtait attention à tous les petits détails. Quand nous partions dans des missions (aux colloques de l’AIC ou autres), il faisait en sorte que nos textes soient envoyés avant les délais. Il s’occupait aussi des derniers préparatifs et tenait à ce que les présentations orales soient bien préparées.

Durant sa maladie, il a toujours été optimiste, il n’a jamais perdu son sourire. Quand je l’ai visité à l’hôpital, j’étais très touchée par son professionnalisme et par sa grandeur d’âme : au lieu de s’occuper de son état de santé, il s’est mis à parler de ma thèse et des échéances de la soutenance. Tout au long de son parcours professionnel, il a fait preuve d’une grande persévérance et d’un extrême dévouement : malgré la dégradation de sa santé, il a continué à se réveiller très tôt et à travailler pendant des heures. Il a même accepté d’être nommé à la tête de l’Institut des Etudes Doctorales de Paris-Diderot, une lourde charge administrative qui n’a pas été sans répercussions sur son état de santé déjà fragile.

C’est lors du symposium international de Kerkennah en octobre 2015 que j’ai vu Gérard Beltrando pour la dernière fois. Il était en pleine forme, animé d’un grand enthousiasme et très soucieux de la réussite du colloque. Le jour de la clôture du colloque, il a tenu à ce qu’on prenne une photo avec ses thésards (photo ci-après) comme s’il voulait nous dire : « Adieu, nous ne nous reverrons plus ». Son décès m’a douloureusement affecté et m’a affligé très profondément. Je n’oublierai jamais Monsieur Beltrando qui m’a passionné pour la recherche et m’a appris à être méticuleux dans mes travaux et à m’armer de volonté pour parvenir à avancer et à surmonter les difficultés. Il restera pour moi l’exemple de la passion et du dévouement dans le travail.


Mounir JARRAYA - (Tunisie)

Référence électronique : « Hommage de Mounir Jarraya », Climatologie [En ligne], mis à jour le : 14/02/2017, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/climatologie/index.php?id=1165