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Climatologie

2012

Localisation et dynamique du front de la brise de mer au Maghreb oriental

Location of sea breeze front and it's dynamic in Eastern Maghreb

Salem Dahech, Jean-Claude Berges et Gérard Beltrando

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Résumé

Ce travail montre l’intérêt d’utiliser des images Meteosat Second Generation-Rapid Scan Service (MSG- RSS) prises dans le visible à une résolution temporelle très fine (5 mn) pour suivre la pénétration du front de la brise de mer près des côtes tunisiennes et libyennes. Les cumulus matérialisant le front commencent à apparaître sur le continent environ 4 heures après le lever du soleil ; ils sont distinguables par un simple traitement visuel ou d'une façon numérique, ce qui a permis le calcul automatique de leurs vitesses. Ces dernières sont faibles (moins de 5 m/s). Les images satellitaires ainsi que les données des stations météorologiques fixes montrent une accélération en fin de journée du front de la brise de mer qui peut pénétrer jusqu'à environ 80 km dans les terres en Tunisie et environ 110 km à l'est de la Libye à des latitudes plus basses et non contrariées par un vent synoptique. L'extension verticale de la brise atteint environ 1000 m d'après le radiosondage de Tunis-Carthage.

Abstract

This work demonstrates the efficiency of Meteosat Second Generation-Rapid Scan Service data (MSG-RSS) on follow up of sea-breeze front. It has been carried out on Libyan and Tunisian coast and a series of 5 min High Resolution Visible MSG-RSS images has been extracted on this area. The front is delineated by cumulus appearing four hours after the sunrise and thus is accessible by a simple visual interpretation. However cloud speed assessment relies on an automatic follow up procedure. Estimated speed is slow (less than 5 m/s). Both satellite images and in-situ observations indicate a sea-breeze front acceleration on the last hours of the day. The front penetration is about 80 km in Tunisia and 110 km in Libya where synoptic flow does not conflict with sea- breeze. According to Tunis-Carthage radio sounding breeze depth is about 1000 m.

Entrées d'index

Mots-clés : Maghreb oriental, brise littorale, télédétection, MSG-RSS

Keywords: Eastern Maghreb, sea breeze, remote sensing, MSG-RSS

Texte intégral

Introduction

La brise littorale est un phénomène météorologique d’échelle locale, généré par la discontinuité de différents paramètres météorologiques entre la terre et la mer. Durant la journée, le long du rivage, la surface du continent se réchauffe relativement plus que celle de la mer et la chaleur se propage dans les basses couches de l’atmosphère, donnant naissance à des courants ascendants, l’air qui s’élève étant compensé par un air plus frais venant de la mer : c’est la brise de mer. Durant la nuit, c’est le phénomène inverse qui se produit. La terre se refroidit relativement plus vite que la mer, à cause de sa faible inertie thermique, et l’air qui la coiffe devient plus dense que l’air marin. Ce phénomène est surtout perceptible lorsque le vent synoptique est faible ou nul et lorsque le ciel est peu ou pas nuageux. La brise littorale est donc un vent alternant journalier de la couche limite (couche d’atmosphère subissant directement l’influence de la température, l’humidité, la rugosité, etc., de la surface du sol) qui découle du contraste thermique entre deux surfaces contiguës et qui se manifeste par un changement de direction et de vitesse du vent. Le phénomène décrit est analysé dans la littérature depuis longtemps (Simpson et al., 1977).

Dans les régions à été chaud, ce vent thermique rafraîchit l’atmosphère et améliore l’ambiance bioclimatique (Pédelaborde, 1985 ; Beltrando et al., 2009). Une partie de la population de ces régions profite de cette brise littorale en privilégiant la ventilation naturelle et réduisant, par la suite, la consommation d’énergie électrique utilisée pour la climatisation (Kunkel et al., 1996 ; Dahech, 2012). Certaines caractéristiques du phénomène de la brise intéressent les acteurs du secteur touristique particulièrement sur les côtes où se développe le tourisme balnéaire, ce qui est le cas en Méditerranée (Cesar et al., 2011). Cependant, la brise de mer est associée à un type de temps très favorable aux fortes concentrations des polluants. La compréhension du mécanisme de la brise littorale et de sa dynamique pourrait être très utile dans un contexte d’amélioration de la qualité de l’air (Lalas et al., 1983 ; Gusten et al., 1988 ; Redano et al., 1991). De plus, plusieurs études ont montré que cerner les secteurs de convection de l’air peut améliorer les prévisions météorologiques à méso-échelle (Pascual et al., 2004).

Les brises littorales se développent davantage dans les zones où dominent le calme atmosphérique et une topographie basse permettant leur progression dans le continent (Johnson et O’Brien, 1973). Ces conditions idéales se réunissent sur les côtes libyennes et tunisiennes caractérisées par l’extension des plaines côtières et la fréquence élevée des situations de marais barométrique en été.

La brise de mer comme celle de terre est précédée souvent d’un front (Janoueix-Yacono, 1995) correspondant à la ligne de convergence et de discontinuité (contact entre air marin et air continental) dans la direction des masses d’air. Ce mécanisme provoque une forte ascendance renforcée par l’effet de friction qui se matérialise par un alignement de nuages cumuliformes se développant parallèlement au trait de côte (Lyons et Olsson, 1973). La tête de la brise, formée par le front et la partie antérieure, progresse vers l’intérieur des terres en soulevant l’air terrestre antérieur le long de son avancée et en induisant ainsi un mouvement vertical ascendant derrière le front. Le contact entre les masses d’air continentales et maritimes de densités différentes crée un ensemble de tourbillons appelés les tourbillons de « Kelvin-Helmholtz » (Simpson, 1994). L’arrivée du front de la brise est identifiée à partir d'une déviation de la direction du vent, une impulsion de sa vitesse, une chute de la température et une augmentation de l'humidité, associées à l'arrivée de la masse d'air de la mer relativement froide et humide (Atkinson, 1981). Certains auteurs parlent de l’existence d’une ligne post-front et une autre avant-front : comme par exemple à Majorque en Espagne (Ramis et al., 1990) ou dans le sud d’Israël (Alpert et Rabinovich-Hadar, 2003).

Les images satellitaires peuvent nous renseigner sur la localisation des nuages et l’étude de leurs formes et leurs limites (contours) à partir des données dans le spectre visible. La vision synoptique ainsi que la répétitivité des prises de vue (plusieurs images par jours) rend l'outil télédétection incontournable dans les travaux sur la brise littorale, particulièrement dans la détection et l'étude de la dynamique du front de la brise de mer. Damato et al., (2003) utilisent des images NOAA-AVHRR pour comparer la pénétration à l’intérieur des terres du front de la brise de mer au nord de la France et au sud de l’Angleterre au cours de la saison chaude de l'année 2000 (entre mai et septembre). Pielke (1974), Azorin-Molina et al. (2009) ou Cesar et al, (2011) ont utilisé la même méthode respectivement pour le sud de la Floride et le sud-est de la péninsule ibérique. A l'ouest de l'Afrique (Golfe de Guinée), Cautenet et Rosset (1989) ont traité des images Météosat dans le visible pour suivre l'apparition quotidienne et la pénétration du front de la brise de mer pendant la saison sèche. Simpson (1994) a confirmé la pertinence des images satellitaires NOAA pour étudier les nuages matérialisant le front de la brise de mer au Danemark. Connell et al. (2001) analysent les données de haute résolution dans le visible et l’infrarouge issues du satellite GOES8 (Geostationary Operational Environmental Satellite). Corpetti et Planchon (2011) développent une méthode de détection automatique du contour du front de la brise de mer sur les images Météosat basée sur les coefficients des ondelettes.

Bigot et Planchon (2003) ont remarqué que les cumulus matérialisant le front de la brise marine ne se forment que quand l’humidité est relativement élevée avec une brise qui s’oppose à un vent synoptique ayant une vitesse modérée. Un vent fort empêche le déclenchement de la brise (Arritt, 1993 ; Planchon et Cautenet, 1997). Dans une étude portant sur la détection du front de la brise de mer à Sfax (sud tunisien), Dahech et al. (2005) n’ont pas visualisé, sur les images NOAA-AVHRR à résolution kilométrique, les cumulus matérialisant les brises de mer durant toutes les dates de brise.

L’objectif du présent travail est de détecter, sur des images satellitaires de type NOAA- AVHRR (National Oceanic and Atmospheric Administration - Advanced Very High Resolution Radiometer) et MSG-RSS (Meteosat Second Generation - Rapid Scan Service), le front de la brise de mer, pour étudier sa pénétration sur le Maghreb oriental durant la saison chaude afin d’évaluer les espaces où ce phénomène naturel peut avoir un effet bénéfique pour les populations.

1. Données et méthode

La brise littorale a été observée et traitée avec une variété d'outils, y compris les mesures par des aéronefs (Hatcher et Sawyer, 1947 ; Fisher, 1960 ; Reible et al., 1993), par des ballons pilotes (Yoshikado, 1990), par des radars doppler (Wakimoto et Atkins, 1994 ; Atkins et al.,1995). Des études en laboratoire (Simpson et Britter 1980 ; Mitsumoto et al., 1983) et des modèles analytiques (Dalu et Pielke, 1989) ont également largement contribué à développer les connaissances sur le fonctionnement des brises. Ici, l’observation de la brise est réalisée en recourant aux images satellitaires, aux observations météorologiques de surface (données conventionnelles et mesures personnelles) et aux données de radiosondage.

1.1. Les images satellitaires

Une sélection d’images satellitaires montrant le front de la brise de mer durant la saison chaude (de juin à septembre) a été effectuée, car c’est la période de l’année durant laquelle la brise marine est plus fréquente (Dahech, 2007). Les dates ont été choisies en examinant, une à une, les images, prises vers midi en temps universel (TU), sachant qu’il y a un décalage d’une heure pour les côtes tunisiennes et de deux heures pour les côtes libyennes par rapport à ce référentiel. Les images de la présélection sont donc prises à 13 h et 14 h (heure locale), respectivement en Tunisie et en Libye, heure où la brise est bien développée. Dans un premier temps, une présélection de scènes sur lesquelles apparaît un alignement de nuages qui se développent parallèlement au littoral tuniso-libyen a été retenue. Dans un deuxième temps, les images qui répondent le plus aux objectifs de ce travail ont été sélectionnées. Toutes les images retenues ont été corrigées géométriquement avec une précision kilométrique et géoréférencées à partir d’une projection de type UTM WGS84. De surcroît, des compositions colorées ont été élaborées afin d’améliorer la lisibilité des images. Elles ont été ensuite améliorées visuellement par des étirements du contraste. Deux types d’images ont été utilisées : les images NOAA-AVHRR et MSG-RSS.

L’imagerie NOAA-AVHRR offre plusieurs avantages tels que la vision synoptique adaptable à l’étude d’un phénomène à méso-échelle et le nombre important d’informations issues des cinq canaux du radiomètre (Gallo et al., 1993). Le format de données AVHRR choisi est de type LAC (Local Area Coverage), avec une résolution spatiale de 1,1 km. Les canaux utilisés sont le visible (0,58-0,68 μm), permettant l’observation des nuages, ainsi que les trois canaux thermiques (canaux 3, 4 et 5) qui enregistrent le spectre infrarouge thermique émis par les surfaces. Les images sont obtenues auprès du Satellite Active Archive (SAA) de la NOAA (http://www.saa.noaa.gov). Cependant, les satellites de cet organisme sont héliosynchrones, ils n’offrent donc qu’une à deux images par jour avec une résolution kilométrique et ne permettent pas un suivi régulier de la pénétration de la brise marine à l’intérieur des terres, d’où le recours à des données de type MSG-RSS, ayant une résolution kilométrique et une répétitivité de 5 minutes, et couvrant instantanément un espace plus étendu.

Le système MSG, exploité par l'organisation européenne Eumetsat, est actuellement le plus avancé des services géostationnaires météorologiques (http://www.esa.int). Le segment spatial est composé de deux satellites emportant l'appareil SEVIRI (Spinning Enhanced Visible and Infrared Imager). Cet appareil est un radiomètre imageur enregistrant dans douze canaux. La résolution au nadir est de trois kilomètres, à l'exception du canal visible panchromatique, utilisé dans ce travail, qui a une résolution d'un kilomètre. L'un de ces deux satellites localisé sur le méridien d’origine enregistre le globe toutes les 15 minutes. Le deuxième (satellite de secours) est situé à 9,5°E. En fonctionnement normal, son programme permet un balayage rapide (Rapid Scan Service, RSS) du nord du disque : il fournit toutes les 5 minutes une image multispectrale du pôle Nord au 20éme parallèle Nord. La répétitivité de MSG-RSS associée à la résolution kilométrique du canal panchromatique en fait un instrument exceptionnel d'étude des flux atmosphériques.

1.2. Les données des réseaux de surface

Les données horaires de vent, d'humidité et de température enregistrées à 25 stations météorologiques durant les dates sélectionnées sont utilisées pour valider les résultats obtenus. Elles sont téléchargées à partir du site web du National Center for Environmental Prediction (NCEP). La plupart des stations sont situées à de faibles altitudes. Nous avons opté particulièrement pour les stations côtières principales implantées dans des aérodromes ainsi que pour certaines stations situées à l’intérieur du continent à diverses distances de la mer (tableau 1). Ce choix permet d’avoir des données exploitables et favorise la comparaison des conditions météorologiques enregistrées sur le littoral à celles relevées à l’intérieur.

En complément, durant l’été 2006, un réseau de 4 stations météorologiques de type Davis a été installé suivant une ligne perpendiculaire au trait de côte au niveau de l’agglomération de Sfax. Ce réseau a permis de suivre, avec un pas de temps de 5 mn, la pénétration de la brise de mer dans les terres et son impact sur le confort thermique.

Pour sélectionner les jours de brise à partir des données météorologiques, nous nous sommes basés principalement sur les données horaires ou tri-horaires de la vitesse et de la direction du vent (à 10 m de la surface). Dans un premier temps, les jours pluvieux et cycloniques sont supprimés (les jours où les précipitations sont absentes et la pression est supérieure à 1007 hPa ont été retenus). Ensuite, la distinction a été faite à partir de la direction du vent : les jours pendant lesquels le vent souffle des secteurs venant de la mer durant la journée et des secteurs continentaux pendant la nuit ont été retenus ; les jours durant lesquels la brise de mer et celle de terre alternent ont également été gardés. Il est à noter que la brise de mer est plus facile à détecter que celle de terre, car certains jours, la vitesse de cette dernière est quasi nulle. Puis, les jours avec une vitesse du vent maximal instantané inférieure à 12 m/s ont été sélectionnés. Enfin, pour valider cette sélection, l’insolation au cours des jours retenus a été examinée.

Tableau 1 : Quelques caractéristiques des stations météorologiques utilisées.
Some characteristics of meteorological stations used in this paper.

Code USAF-W

Nom de la station

Pays

Latitude
(° décimal)

Longitude
(° décimal)

Altitude
(m)

Distance à la mer
(km)

607100

Tabarka

Tunisie

36.95

8.75

21

2

607140

Bizerte

Tunisie

37.25

9.80

3

9

607250

Jendouba

Tunisie

36.48

8.80

144

40

607150

Tunis

Tunisie

36.83

10.23

4

10

607350

Kairouan

Tunisie

35.66

10.10

68

50

607255

Enfidha

Tunisie

36.08

10.43

2

1

607403

Monastir

Tunisie

35.75

10.75

3

1

607480

Sidi Bouzid

Tunisie

35.00

9.48

355

110

607500

Sfax

Tunisie

34.71

10.68

23

6

607650

Gabes

Tunisie

33.88

10.10

5

1

607690

Djerba

Tunisie

33.86

10.76

4

2

607700

Medenine

Tunisie

33.35

10.48

117

30

620070

Zuara

Libye

32.88

12.08

3

5

620100

Tripoli

Libye

32.70

13.08

63

22

620120

El Khoms

Libye

32.63

14.30

22

1

620140

Baniwalid

Libye

31.43

14.01

259

100

620165

Misratha

Libye

32.33

15.06

18

8

620190

Sirte

Libye

31.20

16.58

14

2

620550

Ajdabia

Libye

30.71

20.16

7

18

620620

Tobrouk

Libye

32.10

23.93

51

1

621310

Hon

Libye

29.11

15.93

267

250

621450

Marada

Libye

29.46

19.33

37

110

620530

Benghazi

Libye

32.10

20.26

132

17

621610

Jalo

Libye

29.03

21.56

60

220

621760

Giarabub

Libye

29.75

24.53

100

210

Les jours de brise correspondent à des situations anticycloniques ou de marais barométrique caractérisés par une forte insolation. Les critères choisis sont structurés sous forme de filtres (figure 1). Il s’agit d’une méthode utilisée par plusieurs chercheurs comme Neumann et Mahrer (1971), Simpson (1994), Planchon (1997) et Borne et al. (1998). La consultation des anémogrammes a permis de valider et de vérifier cette sélection. Ces graphiques laissent apparaître le critère principal marquant un jour de brise littorale : le changement brusque de la direction du vent (d’au moins 90° de la terre vers la mer au cours de la journée) et l’impulsion de sa vitesse qui caractérisent l’installation de la brise de mer. Un des critères utilisés par plusieurs auteurs (Steyn et Faulkner, 1986) ne sera pas inclus dans ce travail en raison de l’absence de données : il s’agit du gradient thermique terre-mer.

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Figure 1 : Les données et les filtres utilisés pour détecter les journées de brises au Maghreb oriental.
Data and filters used to detect day breezes in eastern Maghreb.

1.3. Le littoral du Maghreb oriental

La zone d’étude correspond à une bande côtière d’environ 200 km de large, allant du NO tunisien au NE libyen (figure 2), très urbanisée et caractérisée par l’importance et la diversité des activités économiques (tourisme, industrie…).

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Figure 2 : Localisation et topographie de la zone d’étude (données SRTM) ; localisation des stations utilisées.
Location and topography of the study area (SRTM) ; location of meteorological stations.

Les côtes tunisienne et libyenne s’étendent respectivement sur 1300 et 1750 km ; elles sont formées principalement de côtes basses prolongées par des plaines littorales permettant la pénétration de la brise de mer. En effet, au nord, la plaine de la Medjerda sépare les deux chaines de l'Atlas (tellien et saharien). Au centre, la plaine du Sahel s’étend du Golfe de Hammamet jusqu’au nord de Gabès. Au sud, la plaine de Djeffara s'étire sur près de 400 km de long, et 30 à 180 km de large, des environs de Skhira, au sud de Sfax, à Tripoli. Un peu plus à l’est, en Libye, précisément en Cyrénaïque, la plaine d’Al Marj, plus petite que la plaine de Djeffara, s'étend sur 210 km de long avec une largeur maximale de 50 km. Au sud de ces deux plaines alternent les plateaux rocheux et les dunes du Grand Erg Oriental (figure 2).

En Tunisie, les zones montagneuses se concentrent essentiellement au nord et à l'ouest du pays assez loin de la côte, avec la Kroumirie et les Mogods (continuation du Tell atlasique) au nord et la dorsale tunisienne (continuation de l’Atlas saharien) au centre. L'axe principal des deux chaînes est orienté SO/NE. Seules les montagnes du Tell atlasique peuvent empêcher ou modifier la pénétration de la brise de mer dans le littoral septentrional du pays uniquement. Au sud, se trouve le Djebel Dahar ayant une altitude maximale d'environ 750 m et qui s'étend suivant un axe méridional. Il est situé loin de la côte et n'influence probablement pas la brise marine (figure 2).

Au nord de la Libye, on trouve le Djebel Nafusah à l'ouest (près de la côte tripolitaine) et le Djebel Akhdar en Cyrénaïque, près du littoral à l'est du pays, ces deux montagnes culminant à environ 900 m d’altitude. Le Djebel Akhdar, situé à proximité du trait de côte, peut dans certains cas influencer la pénétration de la brise en accentuant les mouvements d’ascendance dans la basse troposphère et participant ainsi à la condensation et la formation des nuages (figure 2).

2. Fréquence de la brise terre-mer dans la zone d’étude

La brise de mer est relativement fréquente dans la zone d’étude durant la saison chaude en raison de l’occurrence des situations radiatives favorables au déclenchement des phénomènes météorologiques locaux et à méso-échelle. En effet, en été, le Maghreb oriental est le plus souvent sous l’influence d’un haut géopotentiel en altitude et d’un marais barométrique en surface. Durant la période 2005-2010 courant du 1er juin au 30 septembre et suivant les critères décrits précédemment, pour 7 jours sur 10, des situations de brise de mer alternant avec la brise de terre ont été observées aux 12 stations littorales réparties sur toute la zone d'étude (figure 3).

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Figure 3 : Fréquence ( %) des jours de brise durant la saison chaude (juin-septembre) de 12 stations météorologiques littorales tuniso-libyennes (données NCEP, période 2005-2010).
Frequency ( %) of breeze days during the warm season (June-September) in 12 coastal weather stations in Tunisia and Libya (NCEP data, 2005- 2010).

Dans certaines stations, le pourcentage est moins élevé, comme à Gabès, car la topographie canalise le vent synoptique venant de l'Est, le rendant plus fort, estompant ainsi la brise de mer. La présence de surfaces aquatiques et d’obstacles orographiques à l’intérieur du continent, à proximité des stations de mesures, pourrait compliquer l’écoulement de la brise de mer. C’est le cas à Tunis où le lac de Tunis, Sebkhet Séjoumi et l’amphithéâtre orographique entourant la ville agissent sur la circulation de la brise de mer certains jours. En Libye, l’aérodrome de Benina à Benghazi se situe au nord de l’extrémité occidentale de la chaîne montagneuse de Djebel Akhdar qui canalise la brise marine dans la direction NE.

A l’échelle mensuelle, c’est au cœur de l’été (juillet et août) que l’on enregistre les fréquences de brise les plus élevées, qui peuvent atteindre en moyenne 28 jours par mois : c’est le cas à Sfax et Benghazi (figure 4). Il s’agit des mois les plus calmes et les plus ensoleillés.

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Figure 4 : Nombre moyen de jours de brise durant la saison chaude pour 12 stations météorologiques littorales tuniso-libyennes (données NCEP, période 2005-2010).
Average number of breeze days during the hot season in 12 coastal weather stations in Tunisia and Libya (NCEP data, 2005-2010).

Les hodographes de la figure 5 montrent l’évolution de la vitesse et de la direction de la brise à l’échelle de la journée durant la saison estivale pour 12 stations côtières au Maghreb oriental. Dans la plupart des stations, quand elle est bien installée (vers midi et au cours de l’après-midi), la brise de mer atteint sa vitesse maximale (environ 5 m/s en moyenne) et elle souffle quasi perpendiculairement au trait de côte. Cependant, la vitesse de la brise de terre s’amenuise parallèlement à la baisse de l’intensité du contraste thermique entre la terre et la mer. En phase nocturne, elle dépasse rarement 1,5 m/s. Dans la plupart des stations, le passage entre les deux brises, celle de mer et celle de terre, s'opère dans le sens anticyclonique.

3. Détection du front de la brise de mer sur les images satellitaires

3.1. Apparition du front de la brise de mer sur les images NOAA-AVHRR

Le front de la brise de mer n’apparaît pas toujours sur les images satellitaires. En fait, il existe des situations de brise qui ne sont pas accompagnées d’un front nuageux épais, surtout quand l’humidité de l’air est très faible ou quand le front est masqué par d’autres formations nuageuses d’échelles spatiales supérieures (Damato et al., 2003). Souvent, la résolution spatiale kilométrique des images NOAA-AVHRR ne permet pas de détecter les formations nuageuses caractéristiques du front quand elles sont dispersées et de taille relativement petite. Seules les situations de brise de mer associées à un front nuageux épais sont repérables par l’imagerie satellite, comme c’est le cas du 23 juillet 2009, du 19 août 2009 et du 7 août 1986. Ces images ont été prises par différents satellites de la NOAA, à différents moments de la journée.

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Figure 5 : Hodographes montrant l’évolution de la vitesse et de la direction de la brise à l’échelle de la journée durant la saison estivale pour 12 stations côtières au Maghreb oriental (localisation des stations sur la figure 2, donnés tri-horaires pour la période 2005-2010 enregistrées à 10 m de la surface).
Hodographs showing the evolution of the breeze speed and direction throughout the day during summer in 12 coastal stations in Eastern Maghreb (location of stations in Figure 2, three-hourly data for the period 2005-2010 recorded at 10 m from sea level).

Vers 9 h TU, le 23 juillet 2009, le front de la brise de mer (matérialisé par des cumulus) pénètre de quelques centaines de mètres dans le continent à l’ouest de la Libye (figure 6A). Ce front n’apparaît pas encore sur les côtes tunisiennes à cause du lever du soleil plus tardif sur la Tunisie située plus à l’ouest. Trois heures plus tard, le front de la brise se trouve à environ 25 km du littoral tunisien mais il atteint environ 40 km à l’est de la Libye, comme ce fut le cas le 19 août 2009 (figure 6B). A 13h30 TU, le front de la brise est à 40 km du littoral tunisien et il est plus éloigné des côtes en Libye où l’heure est plus avancée et le flux de chaleur sensible plus important (figure 6C). Dans les trois cas précités, le ciel est clair dans la partie envahie par la brise littorale en raison de la stabilité et de la densité de l’air marin.

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Figure 6 : Compositions colorées utilisant les bandes 1, 4 et 5 de trois images NOAA-AVHRR prises à environ 9 h (A), 12 h (B) et 13h30 TU (C).
Colour composites using bands 1, 4 and 5 from three NOAA-AVHRR images taken around 9 am UTC (A), 12 (noon) UTC (B) and 1h30 pm UTC (C).

3.2. Suivi de la dynamique du front de la brise de mer à partir des images MSG

Les images MSG utilisées ont une résolution spatiale kilométrique et une résolution temporelle de cinq minutes, pour toute la journée du 13 septembre 2011. Il s'agit d'une journée anticyclonique (la pression atteint 1000 hPa à 1500 m d'altitude) avec un vent synoptique faible (inférieure à 5 m/s) de direction ouest sur la Tunisie et nord à nord-ouest sur la Libye (figure 7). Comme la finalité est de détecter le front de la brise marine, nous avons opté pour le traitement du canal visible panchromatique et avons choisi une fenêtre couvrant la Tunisie, le nord de la Libye et l’extrémité occidentale de l’Egypte. Un film montrant l'évolution des masses nuageuses le long de la journée avec un pas de temps de 5 mn a été réalisé. L'animation est téléchargeable à partir de l'URL suivant : http://hildegarde.univ-paris1.fr/archives/brise.html.

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Figure 7 : Vent (indiqué par les vecteurs montrant la direction et la vitesse en m/s) et pression atmosphérique à 850 hPa (1500 m d'altitude, lignes isohypses en m) sur une fenêtre couvrant le nord de l'Afrique, la Méditerranée et le sud de l'Europe le 13 septembre 2011 à 12 h TU.
Wind (indicated by arrows showing the direction and speed in m/s) and 850 hPa geopotential (1500 m above sea level by isobaric lines) in North Africa, the Mediterranean and the Southern Europe on 13 September 2011 at 12 (noon).

3.2.1. Structure verticale de l’atmosphère durant la situation de brise de mer du 13 septembre 2011 à midi

Les données du radiosondage de Tunis Carthage permettent d’avoir une idée de la structure verticale de l’atmosphère par temps de brise. Les données sont prises à 12 h TU, quand la brise est bien développée à cette station située à 9 km de la mer. Ces données, archivées sur le site de l’université de Wyoming, concernent la température, l’humidité (point de rosé) et le vent (direction et vitesse). Le profil vertical de ces variables atmosphériques (figure 8) montre une décroissance rapide de la température dans les premiers 1000 m de la troposphère ; il s’agit d’un gradient sur-adiabatique atteignant 10°C/1000 m, signe d’une forte convection près du sol.

L’humidité absolue de l’air, dans ces premiers 1000 m de la troposphère, n’a pas beaucoup changé, elle avoisine 15 g/m3. L’humidité relative baisse avec l’altitude, variant de près de 60 % près du sol à 90 % à environ 1000 m. A cette altitude, on s’approche de la saturation, ce qui pourrait correspondre à la base des cumulus matérialisant le front de la brise de mer. Au-delà des sommets des nuages, vers 1050 m d’altitude, l’air devient plus sec, l’humidité absolue chute à environ 4 g/m3 et l’humidité relative varie de 40 à 20 %, respectivement à 1050 et 2000 m (figure 8).

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Figure 8 : Profil vertical du vent, de la température et du point de rosé à Tunis-Carthage le 13 septembre 2011 à 12 h TU (source des données : université de Wyoming).
Vertical profile of wind, temperature and dew point at Tunis-Carthage on 13 September 2011 at 12h TU (data : University of Wyoming).

En ce qui concerne le vent, il souffle du Nord-Est près du sol, direction caractéristique de la brise de mer. Sa vitesse est d'environ 4,5 m/s, et elle s'accélère avec l'altitude pour atteindre 6,5 m/s entre 200 et 1000 m. Au-delà de cette altitude, le vent faiblit et change de direction, soufflant désormais de l'ouest avec une vitesse inférieure à 4 m/s et correspondant probablement au vent synoptique. Ce constat est validé en recourant à la carte du vent (figure 7) enregistré à 1500 m d'altitude. De plus, les images MSG montrent un vent synoptique d'ouest qui achemine d'une part, les nuages convectifs formés au niveau de la dorsale (1000 à 1500 m de dénivelé). Durant l'après-midi, ces nuages s'approchent progressivement des cumulus du front de la brise de mer venant de l'est pour les affronter en fin de journée. D'autre part, les altocumulus situés au large des côtes orientales tunisiennes, au-dessus de la couche de la brise de mer, migrent vers l'est et s'éloignent de plus en plus du littoral oriental tunisien. Ces constats sont résumés dans un croquis (figure 9).

En raison de l’extension importante de la zone d’étude (environ 2000 km d’ouest en est), un premier zoom sur la Tunisie orientale a été extrait (figure 10) et un deuxième sur le Golfe de Sirte (figure 14) pour mieux visualiser les cumulus du front de la brise littorale et suivre sa dynamique à l’échelle horaire.

3.2.2. Suivi de la dynamique du front de la brise de mer sur les côtes tunisiennes

Au début de la matinée, entre 7 et 11 h TU, un alignement de nuages au large et quasi- parallèle au trait de côte est observé ; il pourrait correspondre au front de la brise de terre ou à une ondulation d'un flux synoptique. Cet alignement s’éloigne progressivement du trait de côte au large du Sahel tunisien (au nord du Golfe de Gabès) ramené par un vent d’ouest relativement faible. A 11 h TU, avant de se dissiper, les cumulus formant ce probable front de la brise de terre se situe à environ 40 km au large des côtes de la Tunisie centrale. Parallèlement, à partir de 9 h TU, soit quatre heures après le lever du soleil, des cumulus se forment sur le continent, près de la côte. Une heure plus tard, ces nuages sont poussés par la brise de mer vers l’intérieur. Vers 12 h TU, les cumulus précités se dissipent progressivement et la forme linéaire du front de la brise de mer se dessine et s’affine d’avantage. Ils prennent la forme d’un demi-cercle près du Golfe de Tunis et d’un arc au niveau de la Tunisie centrale parallèlement au trait de côte. Le front de la brise se positionne à environ 20 km de la mer à 13 h TU (figure10).

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Figure 9 : Croquis montrant la stratification des nuages et des vents par temps de brise : l'exemple du 13 septembre 2011 en Tunisie à 14 h TU (figure inspirée de Dailey et Fovell, 1999).
Graphic showing stratification of clouds and winds during sea breeze weather type : the case of September 13, 2011 in Tunisia at 14h TU (figure inspired from Dailey and Fovell, 1999).

A 15 h TU, le front de la brise de mer pénètre encore dans le continent ; il est à environ 40 km des côtes dans le centre de la Tunisie et environ 45 km du Golfe de Tunis. Cependant, au Cap Bon, le front est maintenu à environ 20 km du littoral, partageant en deux la presqu’île à cause de la convergence des brises. En effet, le vent devrait souffler du Nord-Ouest sur la côte septentrionale et du Sud-Est sur son homologue méridional. Le même constat s’observe au nord de Tunis, dans la région de Raoued au nord du cap de Gammarthe.

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Figure 10 : Succession d’images horaires MSG-RSS couvrant une partie de la Tunisie, prises le 13 septembre 2011 entre 7 h et 17 h TU.
MSG-RSS images covering part of Tunisia, taken September 13, 2011 between 7 am and 5 pm UTC.

Vers 16 h TU, le front de la brise est à environ 60 km au niveau de la plaine de la Medjerda où il atteint la région de Tebourba. Sa vitesse a augmenté par rapport aux observations précédentes. A l’ouest des côtes de Sfax et du Sahel, les cumulus se situent à environ 50 km de la mer, ils atteignent la ville de Kairouan. Le relief dans certaines régions, comme Djebel Zagowan (1200 m d'altitude), à 35 km à l’ouest du Golfe de Hammamet, bloque la pénétration de la brise. A la fin de la journée, vers 17 h TU, c’est-à-dire 15 mn avant le coucher du soleil sur les côtes orientales tunisiennes, le front de la brise de mer se situe à environ 70 km du littoral au niveau de la plaine de Sfax et il atteint la région de Mjez El Beb au nord du pays (75 km à l'ouest du Golfe de Tunis).

Les anémogrammes, réalisés à partir des données horaires du vent (vitesse en m/s et direction en degré) enregistrées aux stations de Tabarka, Bizerte, Tunis, Jendouba, Enfidha, Kairouan, Monastir, Sfax et Gabès, confirment ces observations (figure 11). En effet, dans toutes les stations, l’arrivée du front de la brise de mer est accompagnée par une impulsion de la vitesse du vent et une déviation brusque de la direction du vent en accord avec la littérature sur les brises. Aux stations côtières, la brise de mer, plus précoce, apparaît entre 8 h et 9 h TU pour Tabarka et Bizerte sur les côtes septentrionales de la Tunisie, ainsi qu’à Enfidha et Monastir sur les côtes orientales. La brise est observée à partir de 10 h dans les aérodromes de Sfax El Maou et de Tunis Carthage situés respectivement à 7 et 9 km du trait de côte. Aux stations se trouvant plus à l’intérieur des terres, la brise arrive plus tard dans l’après-midi, détectée à 16 h TU à Kairouan et Jendouba situées à environ 50 km de la mer.

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Figure 11 : Répartition horaire de la direction et la vitesse du vent pour neuf stations tunisiennes le 13 septembre 2011 (temps de brise) ; en bas à gauche, la carte de localisation et en bas à droite, une fenêtre d’une image MSG montrant le front de la brise de mer à 15 h TU ; données INM).
Hourly wind speed and direction in nine Tunisian stations on 13 September 2011 (by breeze weather type) ; location map on the bottom-left and MSG image showing the front of the sea breeze at 3 pm UTC in the bottom-right ; data NMI).

A toutes les stations, la brise, lorsqu’elle est bien installée, souffle quasi- perpendiculairement au trait de côte. Ainsi, elle vient du quadrant nord sur les côtes septentrionales du pays (Tabarka, Bizerte et Jendouba). Cependant, elle provient du quadrant est sur les côtes orientales (Enfidha, Monastir, Sfax et Gabès). A Tunis, la situation est intermédiaire, la brise soufflant du Nord-Est. A Gabès, il est difficile de différencier la brise du vent synoptique, le vent souffle du secteur oriental durant toute la journée, probablement à cause de la canalisation jouée par le relief et l’appel d’air de Chott Eljerid situé à l’ouest et caractérisé par des températures relativement élevées durant le jour aussi bien que la nuit. Ce constat a été vérifié en examinant d’autres situations de brise et en étudiant les températures de surface au sud tunisien durant ces situations.

La brise atteint sa vitesse maximale entre 14 et 17 h TU suivant les secteurs. Elle atteint 8 m/s dans les stations côtières dégagées comme Bizerte et Enfidha, alors qu’elle ne dépasse pas 3 m/s dans la station de Kairouan située à l’intérieur du pays. La brise continue à souffler à une vitesse moins importante, variant de 1 à 3 m/s deux à trois heures après le coucher du soleil quand le passage entre la brise de mer et celle de terre se déclenche : c’est la renverse nocturne de la brise littorale qui dure environ deux heures et caractérisée par des vitesses très faibles (inférieures à 1,5 m/s). Une rotation dans le sens anticyclonique de la direction est observée pour la quasi-totalité des stations. Le vent est parallèle au trait de côte, il arrive du secteur méridional pour les stations situées sur le littoral oriental (Tunis, Enfidha, Monastir et Sfax). Après la renverse nocturne, la brise de terre s’installe, elle souffle perpendiculairement au trait de côte en l’absence d’un vent synoptique. Elle vient, par exemple, du Sud à Tabarka, du Sud-Ouest à Bizerte, Tunis et Enfidha et du Nord-Ouest à Sfax. La vitesse de la brise de terre est relativement faible, dépassant rarement 2 m/s. Elle peut être estompée en cas d’un vent synoptique relativement fort.

3.2.3. Validation des résultats par un réseau de stations automatiques en surface

La pénétration de la brise de mer peut être détectée par la méthode des mesures météorologiques à postes fixes disposés perpendiculairement à la ligne de rivage. Quatre stations Davis ont été installées à Sfax (Tunisie) le 31 juillet 2006, journée type de brise de mer (figure 12) :

  • La première station est située en mer, au large de l’embouchure d’oued El Maou à environ 3 km de la côte.

  • La deuxième est située à 1 km de la côte et du centre-ville en milieu urbain, près de la route de Soukra.

  • La troisième est implantée à 14 km du rivage en milieu rural, à l’ouest de la commune de Khazzanet.

  • La quatrième est installée à 22 km du rivage en milieu rural, à 2 km à l’est de la route de Menzel Chaker.

Au quatre stations, le thermohygromètre a été placé à 2 m du sol et l’anémomètre à 10 m. D’abord, le front de la brise de mer, détecté à 9h20 à la première station, pénètre progressivement sur le continent. Puis, il atteint la deuxième station à 10h10. Ensuite, le front de la brise marine parcourt les 13 km qui le sépare de la troisième station, implantée à 14 km de la côte en 2 h et 40 mn, car le vent est freiné par la rugosité élevée de l’agglomération et parce que sa vitesse à ce moment de la journée est relativement faible. Enfin, le rythme de la progression de la brise littorale sur terre s’accélère entre la troisième et la quatrième station, située à 22 km du rivage, en raison de l’impulsion de la vitesse du vent suite à l’accentuation du contraste thermique terre-mer vers midi (et probablement aussi à cause de la baisse de la rugosité sur la campagne). Le front de la brise littorale atteint la quatrième station à 13h30 (figure 12).

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Figure 12 : Vitesse et direction du vent (A), localisation du front de la brise de mer le 31 juillet 2006 à partir de quatre stations météorologiques (Davis) alignées perpendiculairement au littoral (B) dans l’agglomération de Sfax.
Wind speed and direction (A), location of the sea breeze front on July 31st 2006 from four weather stations (Davis) aligned perpendicular to the coastline in Sfax agglomeration(B).

Les observations de terrain réalisées le même jour à partir d’une série de photos, prises près du centre-ville en regardant vers l’intérieur du pays, montrent que le front de la brise de mer est localisé à 8 km approximativement du littoral à 11h50 (figure 13).

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Figure 13 : Localisation du front de la brise de mer à Sfax le 31/07/06 à partir des observations de terrain (photos Dahech, 2006).
Front of the sea breeze in Sfax on July 31st 2006 (photos of Dahech, 2006).

3.2.4. Suivi de la dynamique du front de la brise de mer sur les côtes libyennes

Les cumulus sont nombreux sur le littoral au début de la matinée. Ils commencent à pénétrer dans le continent à partir de 8 h TU, soit environ 3h20 mn après le lever du soleil. Une heure plus tard, le front de la brise devient plus clair au-dessus du Golfe de Sirte, où il pénètre quelques kilomètres dans le continent (figure 14). A Ajdabia et Benghazi, situées à environ 15 km du littoral, la brise arrive à environ 10 h TU (midi en heure locale), soit environ deux heures après son déclenchement près du littoral. Elle souffle du NE.

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Figure 14 : Images horaires MSG- RSS couvrant une partie nord-est de la Libye, prises le 13 septembre 2011 et montrant la pénétration du front de la brise de mer sur le continent.
Hourly MSG-RSS images covering northeastern Libya, taken September 13, 2011, showing the penetration of sea breeze front.

A 12 h TU, le front de la brise de mer, matérialisé par l’alignement des cumuls, devient plus net, il prend la forme d’un U, parallèlement au Golfe de Sirte. Il est à environ 25 km du trait de côte. On remarque l’abondance des cumulus au sud de Benghazi, dans la région de Djebel Akhdar, probablement à cause de l’effet du relief qui accentue les mouvements d’ascendance et la formation des nuages. L’altitude modérée de cette montagne, environ 400 m en moyenne, n’empêche pas les cumulus de pénétrer vers le sud.

A 14 h TU, le front de la brise est à environ 50 km de la mer. Sa vitesse a augmenté par rapport aux heures précédentes. A 16 h TU, soit une demi-heure avant le coucher du soleil, la brise atteint la ville de Marada, à environ 100 km au sud de Sirte, où on remarque une augmentation de la vitesse du vent et une déviation de sa direction vers le nord. Le vent atteint une vitesse de 8 m/s à cause de la faible rugosité du substrat dans la plaine d’Almarj (figure 14). Le front de la brise atteint environ 110 km à l'est de la Libye contrairement aux côtes septentrionales tunisiennes où il pénètre jusqu'à environ 80 km, les latitudes libyennes étant inférieures, d'où un contraste terre-mer plus important et une augmentation de l'épaisseur de de la brise (Pédelaborde, 1985). De plus, la brise n’est pas contrariée par un vent synoptique comme c'est le cas en Tunisie pour la date retenue. En raison de l’absence de données météorologiques horaires pour les stations libyennes le 13 septembre 2011, car le pays était en état de guerre, les résultats décrits ci-dessus ont été validés en se référant à des situations météorologiques similaires enregistrées en 2009 et 2010.

3.2.5. Calcul automatique de la vitesse du front de la brise de mer

Pour estimer la vitesse du front de la brise de mer, un suivi automatique des petits cumulus a été réalisé en supposant que leur déformation est un phénomène plus lent que leur déplacement. Pour ce faire, une méthode simple de corrélation croisée est utilisée. En chaque point d'une image, la méthode recherche dans le voisinage sur l'image suivante le maximum d'une fonction de corrélation. Cette fonction de corrélation est calculée sur une fenêtre glissante de taille fixe (30 x 30 km). La taille de cette fenêtre est un paramètre clé : trop petite, elle produit des résultats instables ; trop grande, elle a un effet de lissage spatial. Les caractéristiques du radiomètre permettent de détecter des déplacements d'un pixel toutes les 5 minutes, permettant ensuite des estimations à l’échelle horaire avec une précision de l’ordre du km/h.

En présence de couches nuageuses superposées, l'application de cette méthode deviendrait plus complexe et demanderait de séparer les couches sur la base de leur température. Mais le bénéfice de la haute résolution spatiale serait alors perdu. Notre domaine d'étude qui présente un ciel clair à l'exception des petits cumulus est pour cette raison privilégié. Pour des raisons d'optimisation, il est souhaitable de limiter les calculs aux seuls points de l'image correspondant à des formations nuageuses. Compte tenu de la résolution spatiale plus grossière des canaux thermiques, cette procédure est uniquement basée sur les propriétés de réflectance. Le résultat obtenu à midi est présenté ici, à titre d'exemple (figure 15). Les cumulus matérialisant le front de la brise de mer se déplacent avec de faibles vitesses ne dépassant pas 4 m/s. Ce constat est conforme aux observations au sol décrites ci-dessus. Cependant, les nuages convectifs générés au niveau de la dorsale tunisienne ou à l'ouest de la Libye sont plus rapides, puisque leurs vitesses atteignent 8 m/s.

Conclusion

Sur les côtes du Maghreb oriental, la fréquence des jours de brise est d'environ 70 % entre juin et septembre durant la période 2005-2010. Ce pourcentage est plus élevé en juillet et août où il atteint 85 % dans certaines stations. Le suivi du vent, enregistré à l'échelle horaire, durant les jours de brise, montre souvent une évolution dans le sens horaire de la direction du vent car le vent synoptique est relativement faible durant la saison chaude. Le vent est quasi perpendiculaire au trait de côte quand les brises de terre et de mer sont bien installées (14 h pour la brise de mer et 3 h pour celle de terre). Les conditions orographiques pourraient perturber la circulation de la brise ; par exemple, à Benghazi, le Djebel Akhdar canalise la brise de mer dans la direction NE.

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Figure 15 : Vitesses de déplacement des nuages calculées à midi à partir d'une scène MSG prise le 13 septembre 2011 au Maghreb oriental.
Clouds speed, at noon, calculated from MSG images taken on September 13, 2011 in eastern Maghreb.

Les images MSG-RSS prises dans le visible panchromatique sont un excellent outil pour suivre la dynamique du front de la brise de mer. Ceci est matérialisé par un alignement de cumulus parallèle au trait de côte et facilement distinguable en raison de la résolution spatiale kilométrique des images utilisées. Une méthode consistant à calculer d'une manière automatique les vitesses de déplacement des nuages a été développée. Le front de la brise de mer pénètre sur le continent avec une vitesse faible, généralement inférieure à 4 m/s avant de s'accélérer légèrement en fin de journée. Le radiosondage réalisé à la station Tunis-Carthage à 12 h TU a permis d'estimer la hauteur des cumulus (environ 1000 m) indiquant ainsi l'épaisseur de la couche de la brise. Cette dernière est coiffée par un vent synoptique de faible vitesse venant de l'ouest sur les côtes tunisiennes et du nord en Libye.

Dans ce travail, la connaissance de certains aspects des mécanismes des brises, acquise par les différents moyens d'investigation (images satellitaires, stations météorologiques fixes conventionnelles et personnelles, radiosondage) pourraient être renforcée et affinée dans le temps et dans l'espace par d'autres outils (mesures itinérantes, sondages par des ballons captifs, modélisation). La finalité est de fournir une information utile aux aménageurs et industriels dans les grandes villes de la région étudiée comme Tunis, Sousse, Sfax, Gabès, Tripoli, Sirte et Benghazi.

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Pour citer ce document

Référence papier : Salem Dahech, Jean-Claude Berges et Gérard Beltrando « Localisation et dynamique du front de la brise de mer au Maghreb oriental », Climatologie, 2012, p. 59-81.

Référence électronique : Salem Dahech, Jean-Claude Berges et Gérard Beltrando « Localisation et dynamique du front de la brise de mer au Maghreb oriental », Climatologie [En ligne], mis à jour le : 28/05/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/climatologie/index.php?id=189, https://doi.org/10.4267/climatologie.189

Auteur(s)

Salem Dahech

Université de Sfax, Faculté des Lettres et Sciences Humaines Laboratoire SYFACTE, Sfax – Tunisie

Jean-Claude Berges

Université Paris 1 Panthéon Sorbonne UMR 8586 (PRODIG) du CNRS (c.c. 7001) Campus Paris Rive Gauche, site Olympe de Gouge, 75013 Paris – France

Gérard Beltrando

Université Diderot Sorbonne Paris Cité UMR 8586 (PRODIG) du CNRS (c.c. 7001)- Campus Paris Rive Gauche, site Olympe de Gouge, 75013 Paris – France