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Climatologie

2009

Les anémomorphoses végétales : quelle signification géoclimatique réelle ?

Wind-pruned shapes: what real geoclimatic meaning?

Olivier Cantat, Edwige Savouret et Laurent Brunet

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Résumé

Dans la littérature, les anémomorphoses sont généralement associées à la direction et à la force des vents dominants. Or l’examen sur site des données éoliennes ne confirme pas toujours ce postulat, avec quelquefois même la présence de déformations végétales à contre sens des vents dominants. Pour élucider ce paradoxe bioclimatique, il convient de prendre en compte différentes échelles temporelles (saisonnière, journalière, horaire) et différents types de temps (ensoleillé, nuageux…), en relation avec une connaissance précise de la phénologie des végétaux. Dans cet article, la Normandie servira d’exemple pour la recherche des vents biologiquement efficaces, le caractère perpendiculaire à la côte des anémomorphoses correspondant ici à l’établissement très régulier en journée de vents de mer quand les plantes sont les plus vulnérables aux éléments extérieurs (début de phase de croissance). Un élargissement des observations naturalistes à d’autres secteurs géographiques montre que pour expliquer ces singularités morphologiques, il n’existe pas cependant un modèle unique de causalités, applicable en tout point, mais une combinaison d’éléments dont l’influence respective est à pondérer selon les contextes géographiques.

Abstract

Plant distortions are generally linked to direction and to force of the dominant winds. Yet, an exam of meteorological data does not always confirm this postulate. To clarify this bioclimatic paradox, it is necessary to take an interest in different temporal scales (season, day, hour) and different weather types (sunny, cloudy…) in connection with a knowledge of the phenology of trees affected by these distortions. In this article, Normandy will be a example to the research of biologically efficient winds; on calvadosian coasts the presence of wind- pruned shapes in opposite direction of dominant winds is explained by the very regular setting up of see winds when plants are vulnerable (at the beginning of the growth period). But an enlargement of observations in other areas shows there is not an isolated model applicable anywhere but a combination of elements to balance according to geographical contexts.

Entrées d'index

Mots-clés : paysage, bio-indicateur, anémomorphose, biogéographie, bioclimatologie

Keywords: landscape, bio-indicator, wind-pruned shape, biogeography, bioclimatology

Texte intégral

Introduction

A la découverte de sites paysagers remarquables, le regard du randonneur est parfois attiré par la présence d’arbres aux formes surprenantes : ici un port droit mais avec des branches ne se développant que d’un seul côté (photo 1a), là une croissance presque à l’horizontale (photo 1b). Ces caractéristiques pour le moins spectaculaires sont de toute évidence la marque d’une contrainte locale forte : le vent.

Photos 1 : anémomorphoses en montagne (1a, La Dôle, Jura Suisse) et en bord de mer (1b, Les Sables d’Olonne, côte atlantique vendéenne). Clichés O. Cantat, 2008 et 2005
Wind-pruned shapes in mountain and seashore

Le rôle prépondérant de cet élément météorologique explique pourquoi les anémomorphoses sont particulièrement fréquentes en bord de mer et en milieu montagnard car le vent y souffle fort et régulièrement du fait de l’absence d’obstacle freinant sa course et de l’existence d’effets d’accélération liés à la topographie. Dans ces deux types d’espaces géographiques, l’observation montre que les arbres et les arbustes sont affectés, à divers degrés, par un déséquilibre de leur houppier*1 : l’opposition est flagrante entre le côté « au vent », atrophié, et la partie « sous le vent » qui, elle, pousse plus librement (Cantat et al., 2008). Outre leur allure dissymétrique, ces ligneux* présentent généralement un tronc plus épais, des ramifications plus nombreuses et une taille plus réduite ; ces formes ramassées vont même parfois jusqu’à la création de bonsaïs naturels... L’inclinaison des anémomorphoses, parfois à l’encontre des vents dominants, pose clairement la question de leur genèse. Autrement dit, quels sont les « vents biologiquement efficaces » ? Et donc plus largement, quelle est la signification géoclimatique réelle de ces déformations végétales ?

1. Anémomorphoses et vent : une relation complexe…

Le terme « anémomorphose » − du grec anémos (vent) et morphos (forme) − est généralement appliqué à la végétation. Il désigne les déformations des plantes ligneuses* sous l’action du vent, ce qui se traduit par la mise en place d’une morphologie d’évitement (Leclerc, 1999). Mais si la plante est ensuite déplacée à l’abri, elle reprend progressivement sa forme originelle, verticale et symétrique : les anémomorphoses constituent donc des accommodats*, c’est-à-dire des modifications réversibles et non héritables (Gorenflot, 1998).

1.1. L’existence d’anémomorphoses à contresens des vents dominants

Cette adaptation morphologique est souvent associée dans la littérature scientifique à la direction et à la puissance des vents dominants. Or, force est de constater que nombre d’observations naturalistes ne confirment pas cette relation a priori logique de cause à effet puisqu’il est même possible de voir des déformations à contresens des vents dominants ! Il en est ainsi sur les côtes de baie de Seine où s’observe concrètement ce paradoxe bioclimatique avec une inclinaison généralisée des arbres et arbustes à l’encontre du flux dominant de sud- ouest (photos 2 et 3), variante régionale des « westerlies » (figure 1) qui soufflent été comme hiver aux latitudes moyennes (Pédelaborde, 1958 ; Vigneau, 1997).

Photo 2 : Exemple d’anémomorphose à contresens des vents dominants. Port dissymétrique d’un petit ligneux caducifolié à la Pointe du Hoc (Calvados). Cliché E. Savouret, 2004
Examples of wind-pruned shapes in opposite direction of dominant winds

Photo 3 : Vue d’ensemble du site de la Pointe du Hoc (Calvados) et de ses anémomorphoses à contresens des vents dominants. Cliché E. Savouret, 2004
Overview of Pointe du Hoc and its wind-pruned shapes in opposite direction of dominant winds

Figure 1 : Répartition moyenne des pressions atmosphériques (en hPa) et principaux flux sur l’Atlantique Nord et l’Europe, en hiver (à gauche) et en été (à droite). D’après P. Estienne et A. Godard (1970), modifié
Average atmospheric pressure and flow over North Atlantic and Europe (winter and summer)

Dès lors, l’existence de ces anomalies au schéma explicatif logique conduit à s’interroger sur la véritable genèse de ces déformations en procédant à une analyse approfondie de l’influence des facteurs environnementaux sur le port des végétaux. Les anémomorphoses constituent certes des bio-indicateurs* sous la dépendance première du vent, mais de quelle(s) dynamique(s) atmosphérique(s) sont-elles réellement l’expression ? Tel est précisément l’objet de cet article dans lequel nous allons déterminer les « vents biologiquement efficaces » à partir d’une étude réalisée préalablement sur le littoral normand au cours de la période 2003- 2007.

1.2. Une exigence de représentativité biologique et spatiale des données

Pour disposer d’une information biologique à valeur climatique, le choix des bio- indicateurs s’est limité aux espèces arborées ou arbustives matures car leur développement sur plusieurs années permet de se forger une appréciation objective sur la pérennité des diverses contraintes écologiques locales. Sur le terrain, la sélection des « plantes-témoins » s’est fondée sur des critères visuels tangibles (Trzpit, 1999). Les contraintes éoliennes se traduisent par des ports caractéristiques aisément identifiables : ports « en drapeau » (photo 4a) ou « couchés » (photo 4b), avec le développement de branches sous le vent, allongées en longs porte-à-faux, entraînant la formation d’un houppier décentré et aminci latéralement (photo 4c). Dans le cas de groupements d’arbres ou d’arbustes, l’allure biseautée est de règle car chaque individu bénéficie de l’abri des précédents pour croître davantage, dans la direction opposée à celle du « vent biologiquement efficace » (photo 4d). Dans les secteurs les plus exposés, la quête des bio-indicateurs s’avère plus difficile car l’action du vent fait obstacle à la croissance des arbres (Petit-Berghem, 2003). Ainsi, en bordure de côte, on observe couramment le remplacement de la forêt par des formations buissonnantes (Elhaï, 1963 ; Ozenda, 1982 ; Houzard, 1993 ; Provost, 1993 ; Amat, 2002) permettant toutefois d’observer des anémomorphies (cas de la photographie 1b, par exemple).

Photos 4 : Exemples de spécimens retenus : arbres ou arbustes isolés (4a, Courseulles ; 4b, Cricqueville ; 4c, Arromanches) et groupes d’arbustes « biseautés » (4d, Quinéville). Clichés O. Cantat, 2008
Examples of selected trees and shrubs and groups of shrubs beveled

Pour garantir l’origine éolienne de ces déformations, nous avons éliminé de notre sélection tout autre facteur externe, d’origines naturelle ou anthropique, susceptible d’expliquer une pousse dissymétrique de la plante (sols meubles instables, couloirs d’éboulement de pierres, maladies, coupes…). D’autre part, pour être représentatifs des conditions aérologiques sur une aire assez vaste, seuls ont été retenus les individus situés en dehors de toute influence d’éléments générant des effets d’abri, de renforcement ou/et de canalisation du vent. A l’échelle stationnelle, l’attention a porté sur les obstacles très proches (creux, buttes, haies, murs…) et à l’échelle locale sur le morcellement du relief (rentrants, saillants, dénivelés…) ; ces deux types de facteurs pouvant être à l’origine d’anémomorphoses « non significatives » des conditions aérologiques à l’échelle régionale.

1.3. La singularité des anémomorphoses sur les côtes normandes

Pour dépasser le cadre ponctuel de quelques observations naturalistes remarquables, une cartographie des modifications morphologiques des ligneux a été réalisée sur l’ensemble du littoral normand (figure 2). Elle a été dessinée à partir des travaux précurseurs de Gisèle Escourrou (1978), de la typologie proposée par Jean-Paul Trzpit (1999) et d’observations personnelles accumulées au cours de ces dernières années (Brunet, 1998 ; Savouret et Cantat, 2008). Dans un souci de lisibilité, la carte ne distingue pas les divers types de végétaux car, même s’il existe des degrés variables de déformations selon les sujets (feuillus/résineux et arbres/arbustes), ces différences ne remettent pas en cause l’organisation spatiale d’ensemble des anémomorphoses qui constitue l’objet de notre approche géographique.

Figure 2 : Aires potentielles maximales des anémomorphoses en Normandie : orientation, intensité et fréquence de la déformation des végétaux. D’après Escourrou (1978) et Trzpit (1999), modifiée
Maximum potential wind- pruned shapes areas in Normandy

La cohérence d’ensemble dans l’organisation spatiale des anémomorphoses présentes en « espace libre » autorise un travail de généralisation cartographique. L’information synthétisée dans la carte correspond ici aux aires potentielles maximales des anémomorphoses. En respectant les règles de sélection mentionnées ci-avant (cf. 1.2.), le document est donc valide à méso-échelle, ce qui permet de disposer d’une vision d’ensemble du phénomène « anémomorphose » et d’en tirer des conclusions à valeur géographique et climatique, objet de cet article.

Quelques constats généraux s’imposent :

- les anémomorphoses apparaissent tout au long des 700 kilomètres du rivage normand ;

- leur intensité (forte, modérée, ténue) et leur fréquence (générale, commune, rare) diminuent graduellement et très vite du littoral vers l’intérieur des terres ; puis ces déformations disparaissent au-delà de quelques kilomètres des côtes ;

- leur orientation varie avec la distance au littoral : globalement perpendiculaire et rentrante par rapport au rivage pour les déformations les plus marquées observées sur la frange côtière (fond gris foncé sur la carte), de directions légèrement plus variables pour les déformations modérées et communes (fond gris), et à dominante sud-ouest à ouest pour les cas rares et ténus situés plus à l’intérieur des terres (fond en trame horizontale).

Pour appréhender les causes et mécanismes à l’origine de cette disposition spatiale originale, replaçons ces observations dans leur cadre géographique et climatique. Les effets du vent se manifestent le plus fortement sur la façade occidentale du Cotentin du fait de son exposition maximale au flux d’ouest. Là, en lieu et place de formations arborées, on observe le développement d’une lande* atlantique xérophytique* (Provost, 1993 ; Petit-Berghem, 2003), « témoignage flagrant de cette carence en eau inattendue et largement imputable au vent » (Trzpit, 1999), tant l’évapotranspiration est exacerbée par la permanence de vents soutenus. Notons que l’adaptation nécessaire des végétaux à cette sécheresse d’origine éolienne est ici fortement renforcée par la faible capacité de rétention hydrique des sols du fait de la minceur de la couverture pédologique (Le Gouée, communication personnelle).

Avec une moindre extension géographique, trois autres secteurs littoraux présentant une ouverture assez large aux vents de mer complètent cette répartition des déformations fortes et générales : d’ouest en est, la Pointe de Barfleur, la Côte de Nacre et le littoral du Pays de Caux. Sur les littoraux en position relative d’abri, les anémomorphoses sont « seulement » modérées et communes, comme dans les fonds de baie et aux débouchés des principaux cours d’eau (nord-ouest d’Avranches, nord de St-Lô, estuaire de la Seine) et sur les côtes protégées des grands flux d’ouest (façade est du Cotentin) ou des coups de vents de nord-est (partie orientale des côtes du Calvados « sous » l’avancée du Pays de Caux).

En somme, l’orientation générale de la côte et sa situation plus ou moins exposée fait que chaque portion du littoral propose « ses » propres anémomorphoses. Si pour le promeneur, c’est l’intensité de la déformation qui retient avant tout l’attention, pour le géographe, ce sont plutôt, sous un même climat, les différences d’orientation d’un secteur à un autre qui posent question. A ce propos, les façades occidentale et orientale de la presqu’île du Cotentin sont très symptomatiques du problème avec leur opposition totale d’inclinaison des ligneux de part et d’autre d’un axe médian passant par Cherbourg et St-Lô. Tout aussi remarquable est la présence systématique d’anémomorphoses à contresens des vents dominants sur les rivages de la Côte de Nacre, au nord de Caen. A partir d’une analyse croisée des observations naturalistes et des données météorologiques locales, ce dernier exemple servira de support pour mieux comprendre les facteurs et processus à l’origine de ces déformations végétales très changeantes.

2. Le choix et le mode de traitement des données météorologiques

2.1. Bernières-sur-mer, une station témoin des conditions aérologiques locales

Le choix d’une station météorologique de référence est délicat du fait même des caractères géographiques de l’interface terre/mer qui présente de multiples configurations locales agissant sur la force et la direction du vent. Contrairement aux lieux les plus usuels d’implantation des stations météorologiques (sites plans et totalement dégagés des aérodromes), la topographie morcelée des côtes limite souvent la représentativité spatiale des conditions aérologiques à un périmètre réduit autour de la station (Cantat et Brunet, 2001). Pour les côtes élevées à falaises, on note fréquemment des turbulences de l’air (tourbillons d’axe vertical) ; pour les côtes basses sableuses, des effets de déviation du vent et de modification de sa vitesse induits par la morphologie des cordons dunaires (Leroy et Lafaysse, 1993). Au total, après expertise des conditions géographiques locales, la station de Bernières-sur-mer a été retenue pour caractériser les conditions éoliennes en baie de Seine en raison de son site plan et très largement dégagé autour des capteurs (Savouret, 2007). Cette station Radome*, en service depuis le mois d’août 2001, répond aux normes d’un « poste de classe 1 » préconisées par l’OMM (Organisation Météorologique Mondiale). Ce type de station garantit la fiabilité des données collectées, tant d’un point de vue instrumental que d’un point de vue environnemental (photos 5 et 6). Concernant le vent, le pylône de mesure est placé à une distance largement supérieure à dix fois la hauteur des obstacles environnants

− dune au nord et urbanisation au sud − et la rugosité du terrain environnant (surface en herbe) est faible (d’après la classification des terrains de Davenport en 1960, adaptée par Wieringa en 1986 in Leroy, 1999).

Photo 5 : Cadre géographique de la station météorologique de Bernières-sur-mer : un vaste espace « naturel » intercalé au sein d’un linéaire côtier densément urbanisé (Côte de Nacre). Planche réalisée d’après l’orthophotoplan du Calvados (Conseil Général du Calvados, juin 2001)
Surroundings of the weather station: a vast natural space intercalated within a densely urbanized coastline

L’analyse des données a été réalisée sur la période 2003-2007, quinquennat durant lequel nous disposons pour Bernières-sur-mer de séries continues sur les principales variables climatologiques (température, pluviométrie, hygrométrie, vent, rayonnement solaire…). Notons que cette période est représentative des conditions atmosphériques « habituelles », comme nous l’a confirmée une comparaison avec la station de Caen-Carpiquet2. En plus du vent, une attention particulière a été portée sur le rayonnement solaire car, en présence d’eau suffisante dans le sol (et c’est le cas au printemps en domaine océanique tempéré), l’énergie apportée par le Soleil contribue en grande partie à expliquer la croissance des végétaux et, en conséquence, leur déformation systématique le long du littoral. Les mesures de rayonnement solaire effectuées à l’aide d’un pyranomètre sont également validées en « poste de classe 1 » (aucune ombre portée sur le capteur lorsque le Soleil est à une hauteur angulaire supérieure à 2°, et aucun obstacle en vu avec une hauteur angulaire supérieure à 5°).

Photo 6 : Site de la station météorologique de Bernières-sur-mer (poste de classe 1) : un parc instrumental complet dans un environnement plan et largement dégagé de tout obstacle. Cliché O. Cantat, 2006
Surroundings of the weather station: a site free of any obstacles.

2.2. Les données utilisées et les principes de représentation graphique

Une image globale des conditions aérologiques sur le site de Bernières-sur-mer est proposée grâce à une analyse des données anémométriques fournies sous la forme de trois grandeurs distinctes :

  • les valeurs maximales quotidiennes instantanées, force (FXI) et direction (DXI) ;

  • les valeurs maximales quotidiennes moyennées sur 10 mn, force (FXY) et direction (DXY) ;

  • les valeurs tri-horaires du vent moyenné sur 10 minutes, enregistrées à 00, 03, 06, 09, 12, 15, 18 et 21 heures UTC, force (FF) et direction (DD).

En raison de leur plus grande représentativité temporelle (intervalle régulier de mesure), l’essentiel des conclusions de cet article s’appuiera sur une analyse des données tri-horaires (FF et DD). Pour dégager plus clairement les tendances majeures de la distribution fréquentielle du vent, nous avons procédé à leur représentation graphique sous forme de « roses des vents »*, avec un double classement en fonction de leurs provenances et de leurs forces. Les valeurs maximales instantanées (FXI et DXI) et les valeurs maximales moyennées sur 10 minutes (FXY et DXY) compléteront l’analyse.

2.2.1. Traitement relatif à la direction du vent

Le regroupement en 12 classes des 36 directions originelles (tableau 1) permet de mieux appréhender visuellement les principales provenances du vent tout en conservant une finesse angulaire suffisante (de 30 en 30°) pour mettre en relation ses directions privilégiées à différentes échelles temporelles et le sens de l’inclinaison des anémomorphoses.

Tableau 1 : Regroupement en 12 classes des 36 directions originelles des vents
Reassembly in 12 classes of 36 original directions winds

provenance du vent

cumul des secteurs

nord

N

350° + 360° + 010°

nord nord-est

NNE

020° + 030° + 040°

est nord-est

ENE

050° + 060° + 070°

est

E

080° + 090° + 100°

est sud-est

ESE

110° + 120° + 130°

sud sud-est

SSE

140° + 150° + 160°

sud

S

170° + 180° + 190°

sud sud-ouest

SSW

200° + 210° + 220°

ouest sud-est

WSW

230° + 240° + 250°

ouest

W

260° + 270° + 280°

ouest nord-ouest

WNW

290° + 300° + 310°

nord nord-ouest

NNW

320° + 330° + 340°

2.2.2. Traitement relatif à la force du vent

Conformément à la réglementation internationale édictée par l’OMM (1990), une subdivision en quatre groupes a permis de qualifier la force du vent – calme, faible, modéré, fort – et de dégager ainsi plus clairement son efficacité mécanique et biologique pour expliquer la déformation des végétaux (tableau 2).

Tableau 2 : Regroupement en 4 classes de l’échelle ouverte de la force du vent (seuils OMM)
Reassembly in 4 classes of wind force

Classe de force du vent

Vitesse du vent tri-horaire moyen

calme

FFO

inférieure à

2 m/s

faible

FF1

comprise entre

2 et 4 m/s

modéré

FF2

comprise entre

5 et 8 m/s

fort

FF3

supérieure à

8 m/s

2.2.3. Principes de construction de la rose des vents

La construction de la rose des vents reprend les principes graphiques usuels mentionnés dans les ouvrages de références de l’OMM (1990) et de Météo France (1996), ainsi que dans la plupart des manuels de climatologie appliquée (Escourrou, 1978a). Chaque rayon de la rose des vents est constitué de trois rectangles mis bout à bout. La longueur des rectangles est proportionnelle à la fréquence des vitesses de vent dans la direction donnée. La couleur (blanc, gris, noir) et la largeur (fin, moyen, large) des rectangles représentent le groupe de vitesses dans lequel on se situe. Pour souligner l’information majeure, nous avons également coloré en gris la surface du polygone joignant le sommet des 12 directions de base. Les pourcentages de temps calmes (vents inférieurs à 2 m/s) sont notés au centre de la rose des vents.

3. A la recherche des « vents biologiquement efficaces » …

3.1. La confirmation chiffrée du paradoxe bioclimatique

L’analyse des 14 580 observations de vent tri-horaire enregistrées à Bernières-sur-mer traduit la nette dominance sur la côte de Nacre des flux de secteur SW (27,8 %), conformément à son appartenance aux latitudes moyennes dominées par les « westerlies ». La confrontation entre la rose des vents (figure 3) et l’inclinaison des arbres vers le sud (photos 2 et 3) confirme donc l’anomalie de direction observée précédemment.

Figure 3 : Fréquence des vents tri-horaires sur l’ensemble de l’année moyenne à Bernières-sur-mer (2003-2007). Le pourcentage des calmes est indiqué au centre de la rose ; graphique établi d’après des données Météo-France
Frequency of the three-hourly winds in the year. Percentages of calm wind in the center of the wind rose

Toutefois, cette rose des vents souligne également une seconde direction privilégiée qui pourrait apporter des éléments de réponse au paradoxe bioclimatique. En effet, 16,4 % des vents proviennent du NE et cette fréquence inclut une proportion importante de vents forts (en noir). Ces puissants flux en provenance de la Manche pourraient-ils expliquer la casse des branchages exposés face à la mer et, par voie de conséquence, la dissymétrie des ligneux ? Le phénomène peut se produire, bien entendu, mais une analyse de la direction des plus fortes rafales écarte cette hypothèse puisque celles-ci proviennent préférentiellement de l’ouest et du sud-ouest (figure 4), dans la continuité logique des tempêtes qui secouent l’Atlantique Nord à la « mauvaise saison » (Trzpit, 1977, 1990). Si casses il y a, celles-ci devraient donc défavoriser davantage la « face continentale » des végétaux, et ce n’est pas le cas. Ainsi, contrairement à une idée reçue, l’allure penchée des arbres n’est pas la conséquence de l’action mécanique du vent faisant pression sur le houppier, même si le poids important du feuillage et sa prise au vent peuvent accentuer le déséquilibre. Il convient donc d’approfondir l’analyse des données météorologiques pour déterminer les « vents biologiquement efficaces » et véritablement comprendre la généralisation de ces déformations en milieu littoral.

Figure 4 : Saisonnalité (a) et direction (b) des vents maxima instantanés à Bernières-sur-mer (2003-2007). Graphique établi d’après des données Météo-France
Seasonnality and direction of maxima instantaneous winds

3.2. Des hypothèses explicatives fondées sur la sensibilité des végétaux

D’après les biologistes, en milieu littoral, la dissymétrie de port des ligneux proviendrait d’une altération de leur croissance et non de casses par les vents forts (Leclerc, 1999) comme évoqué précédemment (cf. 3.1.). Concrètement, ces déformations résulteraient « de la mort des jeunes pousses les plus exposées au dessèchement et à l’action toxique des embruns » (Bounérias et al., 1984). De fait, les bourgeons durablement soumis aux effets du vent ne se développant pas, l’arbre s’adapterait par la réorientation de son port, tout en cicatrisant ses brûlures dues au sable et au sel quand il est en bordure de côte.

3.2.1. La prise en compte des saisons biologiques : une première explication

Le découpage de l’année en deux grandes saisons biologiques distinctes permet d’appréhender plus finement le rôle du vent car c’est durant la phase de croissance des plantes – la saison végétative* – que celles-ci sont les plus sensibles aux facteurs écologiques d’origine climatique (figure 5).

Durant la « morte saison»* (ici de novembre à mars, figure 5 gauche), comparativement à l’ensemble de l’année, les vents de NE (13,6 %) sont encore moins fréquents que les vents de SW (29,6 %). Mais de toutes façons, quel enseignement serait-il possible d’en tirer pour expliquer les anémomorphoses dans la mesure où les feuillus caducifoliés sont dans leur phase de repos majeure (perte des feuilles et descente de la sève) tandis que les résineux fonctionnent au ralenti - la résine les protégeant du gel et leur permettant d’assurer à minima la fonction alimentaire indispensable à leurs aiguilles - (Duyck et al., 2008). A cette période de l’année, le développement des ligneux n’est donc pas, ou très peu, sensible aux éléments atmosphériques tels que le froid et le vent, en dehors de phénomènes exceptionnels dépassant le seuil de tolérance de chaque espèce.

Figure 5 : Fréquence des vents tri-horaires durant la « morte » saison (octobre à mars, à gauche) et durant la saison végétative (avril-septembre, à droite), à Bernières-sur-mer (2003-2007). Le pourcentage des calmes est indiqué au centre de la rose; graphique établi d’après des données Météo-France
Frequency of the three-hourly winds during the off season (on the left) and during the growth season (on the right). Percentages of calm wind in the center of the wind rose

Concernant le vent, la marque des tempêtes les plus sévères est bien entendu visible dans les paysages forestiers (nombreux chablis* après 1987 et 1999) mais ces véritables « ouragans » des latitudes moyennes ne sont pas responsables des dissymétries dans la pousse des arbres. Dans ces cas, la pression énorme exercée par le vent et ses changements brutaux de direction provoquent souvent la cassure nette du tronc des arbres ou les couche à terre quand le substrat ameubli par l’eau à cette période de l’année n’offre pas de résistance mécanique au déracinement (observations courantes en Normandie fin 1999 à la suite de la Grande tempête du 26 décembre et d’un mois d’un début d’hiver très pluvieux).

Durant la saison végétative (ici d’avril à septembre, figure 5 droite), la composante NE apparaît un peu plus nettement (19,3 %) mais la dominante reste toujours en faveur des flux de SW (26 %). Si nous considérons uniquement les vents modérés à forts (≥ 5 m/s) susceptibles d’activer fortement la transpiration des plantes et d’accentuer leur dessèchement, l’écart se réduit mais le secteur SW l’emporte encore légèrement sur celui de NE (11,5 % contre 9,8 %). Pour approfondir cette première approche bioclimatique, intéressons-nous plus précisément à la phénologie* des plantes pérennes en climat tempéré océanique.

3.2.2. Le début du printemps : une étape cruciale dans le développement des plantes

A la fin de l’hiver, la végétation n’attend plus que les « signaux » externes au système plante-sol (lumière et chaleur) pour démarrer son cycle de développement annuel : à cette période, l’eau présente dans le sol et l’énergie emmagasinée dans les racines ne constituent pas alors des facteurs limitants à la pousse. Sous nos climats, la cinétique de la croissance des végétaux présente ainsi un rythme saisonnier avec une période biologiquement importante entre avril et juin (Heller et al., 2004).

Il se produit en moyenne une phase de pousse très active au début du printemps consécutive au débourrement* des bourgeons, puis un ralentissement pour la consolidation des structures des pousses et l’accumulation de nouvelles réserves pour la croissance future en été (Leclerc, 1999). Dans notre optique, retenons que c’est quand apparaissent les bourgeons, les fleurs et les jeunes pousses que la plante est particulièrement fragile et donc sensible aux éléments extérieurs. C’est pourquoi l’impact du vent sur la morphologie des formations végétales est particulièrement marqué au début du printemps. Concrètement, cela reviendrait à voir en avril un mois clef pour expliquer la formation des anémomorphoses en Normandie. De fait, la direction dominante du vent s’établit alors au NE (24,8 %) avec en plus une fréquence élevée des vents modérés à forts très desséchants (figure 6).

Figure 6 : Fréquence des vents tri-horaires en avril à Bernières-sur-mer (2003-2007). Le pourcentage des calmes est indiqué au centre de la rose ; graphique établi d’après des données Météo-France
Frequency of the three- hourly winds in April at Bernières. Percentages of calm wind in the center of the wind rose

Parmi les facteurs exogènes de croissance, en plus de la chaleur et de l’humidité, la lumière est un ingrédient fondamental car elle intervient dans la production d’ATP* et de NADPH* nécessaires à la synthèse de glucides et d’autres composés (Heller et al., 1998). Une distinction par « types de temps »*, fondée ici prioritairement sur la clarté du ciel, permet alors d’appréhender plus finement les mécanismes de formations des anémomorphoses. L’évolution saisonnière du rayonnement solaire global à Bernières-sur-mer démontre à ce propos que le mois d’avril constitue bien une date charnière du point de vue de la quantité d’éclairement disponible pour les plantes (tableau 3). Après les « mois sombres » de l’automne et de l’hiver, la fréquence des journées à fort éclairement solaire augmente brutalement en avril : le nombre de cas où les apports radiatifs sont supérieurs à 1700 J/cm² passe ainsi de 2 jours en mars (6 %) à plus de 15 jours en avril (49 %).

Tableau 3 : Pourcentage moyen de jours par mois enregistrant plus de 1700 J/cm² (intensité du rayonnement solaire global : GLOT) à Bernières-sur-mer (2003-2007). Tableau établi d’après des données Météo-France
Average percentage of days in a month with more than 1700 J/cm² at Bernières

mois

jan

fév

mar

avr

Mai

Jun

jul

aoû

sep

oct

nov

déc

GLOT> =1700J/cm2

0 %

0 %

6 %

49 %

55 %

69 %

68 %

55 %

22 %

0 %

0 %

0 %

En tenant compte des journées durant lesquelles la photosynthèse est la plus active (rayonnement solaire global ≥ 1700 J/cm², figure 7), les vents maxima quotidiens sur 10 minutes deviennent quasiment mono-directionnels de NE, en accord avec la direction des anémomorphoses. Dans ces conditions de « beau temps », la fréquence des flux de SW chute fortement avec un cumul inférieur à 10 %. Quand le ciel est plus couvert, la rose des vents présente à nouveau sa physionomie classique avec une nette dominance des flux de SSW et d’WSW (37 % en cumul pour la composante SW).

Figure 7 : Fréquence des vents maxima quotidiens moyens sur 10 mn en avril, en fonction d’un seuil de rayonnement global de 1700 J/cm²/j, à Bernières-sur-mer (2003-2007). Le pourcentage des calmes est indiqué au centre de la rose ; graphique établi d’après des données Météo-France
Frequency of maxima daily average winds over 10 minutes in April, to a threshold of total solar radiation of 1700 J/cm². Percentages of calm wind in the center of the wind rose

Si l’on considère maintenant le rythme journalier de croissance des plantes, il existe en moyenne un maximum de pousse de jour et un minimum de nuit, en relation avec le pic d’activité photosynthétique en milieu de journée (Hopkins, 2003). L’analyse de la rose des vents sur l’intervalle 12-15 heures permet alors de matérialiser les différences d’orientation des flux aériens sur le littoral calvadosien aux heures potentiellement les plus « profitables » de la journée au début de la saison végétative (lumière et chaleur), comparativement à la situation de morte-saison (figure 8).

Figure 8 : Fréquence des vents tri-horaires en décembre et en avril, dans l’après-midi (12-15 h UTC), à Bernières-sur-mer (2003-2007). Le pourcentage des calmes est indiqué au centre de la rose ; graphique établi d’après des données Météo-France
Frequency of three-hourly winds in December and April during the afertnoon. Percentages of calm wind in the center of the wind rose

En avril, dans ce créneau horaire, près des trois-quarts des vents sont compris dans le quadrant NW à NE, dont 24 % pour le seul secteur NNE. En décembre, les flux sont majoritairement de composante SW mais cela est sans conséquence pour les plantes car c’est une période biologiquement inactive ou très ralentie.

Au total, sur les côtes calvadosiennes, il semblerait que les anémomorphoses soient la conséquence des vents de mer assez forts produits au début du printemps, en début d’après- midi, car c’est la période de l’année et le moment de la journée durant lesquels s’initie le développement des jeunes pousses alors très sensibles aux facteurs exogènes. Ces « vents biologiquement efficaces » correspondraient ici préférentiellement aux brises de mer, phénomène dont la preuve est fournie par un cycle diurne sans équivoque (figure 8). Il se trouve que le type de temps le plus propice à l’établissement des brises de mer est identique à celui requis au début du printemps pour le développement optimal des plantes : fort ensoleillement (plus de 1700 J/cm²/j), douceur des températures diurnes (plus de 15°C) et air relativement calme (moins de 3 m/s). Ces conditions sont fréquentes quand règnent des hautes pressions, synonymes de ciel clair et de vents faibles à cette époque de l’année. Des brises de mer se mettent alors systématiquement en place et « dominent » le vent synoptique.

Lorsqu’à l’origine, le flux est initialement « de terre », la renverse de direction du vent a lieu en début d’après-midi. Si le flux est déjà « de mer », l’effet de brise se manifeste par un renforcement conséquent de la force du vent de mer dès la fin de matinée et plus encore dans l’après-midi, avant de se calmer dans la soirée, en relation avec la diminution du gradient de température entre la terre et la mer (Planchon, 1994). Ce dernier cas est fréquent sur les côtes de la Manche car les périodes de « beau temps » sont souvent associées à un anticyclone centré sur le nord de l’Europe, générant une circulation atmosphérique d’est à nord-est.

4. Le vent, facteur commun à toutes les anémomorphoses mais support à des processus variés et spatialement différenciés

Les contraintes morphologiques liées au vent ne se limitent pas aux seuls effets de dessèchement. Il convient d’envisager les autres facteurs exogènes de croissance « emportés par le vent ». Dans le cadre de cette étude régionale, nous pouvons envisager le rôle complémentaire du sel et du sable. Mais, loin du littoral, nombre d’espaces géographiques présentent aussi des déformations végétales systématiques et prononcées. D’autres processus, toujours sous la dépendance première du vent, peuvent être mis en évidence. Le schéma explicatif apparaît alors parfois très différent de celui évoqué pour les espaces côtiers…

4.1. Le rôle complémentaire du sable et du sel sur les anémomorphoses littorales

Au printemps, l’action durable des vents de mer exacerbe l’évaporation biologique mais ce n’est pas la seule cause responsable de la dissymétrie du port des ligneux sur le littoral. L’observation des végétaux démontre que l’altération de leur croissance est aggravée en bordure côtière immédiate par le criblage des grains de sables (déflation éolienne) et surtout par la toxicité des embruns salés qui brûlent les bourgeons et les jeunes pousses (photos 7). Une opposition de couleur matérialise très nettement ces contrastes entre la partie exposée en grande souffrance (jaune) et la partie saine (vert), relativement plus abritée où le buisson effectue sa pousse mais sans pouvoir toutefois s’élever. L’action conjointe du dessèchement, du sable et du sel entraîne l’élimination des rameaux qui dépassent verticalement du couvert végétal. Juste à l’arrière du cordon dunaire végétalisé, les projections d’embruns sont encore sensibles, comme en attestent les nécroses très marquées de cette haie de Cyprès de Lambert (photo 7b), par ailleurs bien adaptée aux hivers doux et aux étés frais de la côte.

Photos 7 : Exemples de nécroses sur la végétation arbustive (7a) et arborée (7b) au contact direct avec la mer, conséquence des projections fréquentes d’embruns salées et parfois du criblage par le sable lors des vents forts de mer (chemin côtier entre Bernières et Courseulles, Côte de Nacre). Clichés E. Savouret, 2009
Examples of necroses on the plants in direct contact with salt spray and sometimes riddling by sand

La partie de la plante faisant directement face à la mer intercepte fréquemment les micro- gouttelettes d’eau salée propulsées dans l’air lors du déferlement des vagues. Dans ce cas, il n’y a pas nécessité de vents de mer très forts pour que les cristaux de sel atteignent la première ligne de végétation, notamment à marée haute, contrairement au phénomène de déflation éolienne qui suppose une vitesse et une turbulence de l’air plus conséquentes pour permettre la prise en charge à partir du sol des particules sableuses, puis leur transport. Dans ces conditions hyper halines (forte teneur en sel dans le sol, dans l’eau et dans l’air), la sélection des espèces est très sévère. Celles qui parviennent à s’implanter sont contraintes à développer des stratégies de défense importantes pour résister, d’une part au dessèchement et, d’autre part, à la double morsure du sel et du sable. Les plantes réagissent différemment selon leur capacité de résistance : « les Tamarix sont peu déformés, Peupliers et Ormes beaucoup plus, les Hêtres, particulièrement sensibles, sont absents du littoral, sauf en quelques vallons très encaissés à l’ouest de Cherbourg » (Bounérias et al., 1984).

Sur la frange strictement côtière, il convient donc de distinguer les effets nécrosant directs du sable et du sel qui accentuent la dissymétrie de port des végétaux, des effets à plus long terme du dessèchement induit par la fréquence importante des vents modérés à fort en provenance de la mer. Au-delà du trait de côte, l’action du sel disparaît rapidement. Certes, lors des périodes tempétueuses les embruns salés et le sable fin pénètrent loin à l’intérieur des terres mais, dans ces conditions de « gros temps », les dépôts – souvent lessivés par la pluie – se produisent assez indifféremment sur les parties « abritées » et « au vent » des végétaux secoués en tous sens par les rafales.

4.2. Ailleurs, des anémomorphoses résultant du dessèchement et d’autres mécanismes

Loin du littoral, de ses brises de mer, de ses embruns salés et de ses projections sableuses, des anémomorphoses s’observent aussi fréquemment là où le relief impose au vent un caractère franchement monodirectionnel. Pour compléter notre propos jusqu’alors essentiellement fondé sur une analyse des milieux côtiers, envisageons maintenant à différentes échelles spatiales et temporelles les facteurs topographiques et climatiques à l’origine de ces anémomorphoses « continentales ». Les quelques exemples succinctement présentés ci-après donneront une idée plus complète de la diversité et de la complexité des mécanismes en présence.

L’influence de la topographie d’échelle régionale apparaît ainsi majeure dans la basse vallée du Rhône avec une inclinaison généralisée des arbres vers le sud, en relation directe avec la présence du Mistral. En effet, quand le vent synoptique dominant d’Ouest propre aux latitudes moyennes se met en place, il est systématiquement contraint ici par les hauteurs du Massif Central et des Alpes à prendre une orientation méridienne Nord-Sud et à se renforcer par effet Venturi*, ce qui active le dessèchement des plantes3. La rose des vents annuelle de la station d’Orange, dans le Vaucluse, témoigne de ce phénomène d’origine orographique d’échelle large, modifiant la direction et la force du flux au point d’en faire l’une des caractéristiques climatiques essentielles de la région (figure 9).

Figure 9 : Fréquence annuelle des vents tri-horaires à Orange (1981-1990). Graphique établi d’après données Météo-France (données recalculées)
Annual three-hourly winds in Orange

Fond de carte, modifié d’après : http://www.bib.ensmp.fr/fonds/pages_bib/WEB_CARTOTHEQUE

A l’intérieur du domaine montagnard, à des échelles plus fines, la géométrie des grandes masses de relief aboutit aux mêmes conséquences morphologiques sur les ligneux quand les vents « originels » sont fortement et durablement déviés, canalisés et forcés de s’élever, selon des axes horizontaux et des plans verticaux bien définis. Là où les conditions écologiques générales permettent encore la présence d’une végétation ligneuse (notamment par un froid modéré en hiver et la présence d’une période de chaleur sensible en été), il est ainsi possible de voir des arbres littéralement couchés le long des versants ; comme en plaine, ces anémomorphoses sont particulièrement marquées sur les sujets isolés qui ne bénéficient pas de la protection de leurs congénères. Dans les secteurs encore plus froids et humides, le rôle du dessèchement semble moins décisif. On constate souvent une casse importante des branches mais sur un seul côté du tronc, dans sa partie médiane et supérieure (photo 8). Dans ces conditions, l’expression « vents biologiquement efficaces » perd de son sens car la cassure n’est plus une réponse physiologique à un stress mais la conséquence mécanique de l’application d’une force extérieure, même de courte durée, menant jusqu’au point de rupture de la branche.

Photo 8 : Port dissymétrique et rabougri d’un résineux soumis aux effets indirects du vent en montagne : poids de la neige et du givre cassant les branches les plus exposées (La Dôle, Jura suisse). Cliché O. Cantat, 2008
Assymetrical and shrivelled conifer due to weight of snow and white frost breaking the branches

Ce phénomène est vraisemblablement dû aux dépôts de givre, de neige et surtout de glace qui, épisodiquement et en association avec le vent, s’accumulent et viennent peser sur les ramures les plus exposées qui finissent par céder (photo 9). Après les épisodes de pluies verglaçantes*, la présence d’une gangue de glace englobant l’arbre accentue alors beaucoup sa vulnérabilité car elle impose une forme de rigidité qui favorise la cassure au détriment de la flexion. Cette conséquence est particulièrement visible sur les ramures les plus lourdement chargées, notamment quand le vent intervient, car l’arbre se présente alors comme un obstacle fragile du fait de sa rigidité et de son déséquilibre pondéral (en situation « normale », le balancement et la souplesse des branches absorbent une grande partie de l’énergie portée par le vent et leur évitent ainsi de casser, à l’image du roseau qui plie mais ne rompt pas …).

Photo 9 : Phénomène de givrage sur la face exposée au vent d’un résineux au Mont-Aigoual (Massif Central). Cliché : Observatoire Météo France du Mont-Aigoual
Phenomenon of icing on a conifer in mountain

L’intensité et l’orientation de ces anémomorphoses « montagnardes » varient donc selon l’altitude du site considéré (qui détermine l’occurrence d’eau à l’état solide ou surfondue) et selon la provenance dominante des masses d’air chargées d’humidité en période froide. Cette dissymétrie d’origine mécanique expliquerait aussi pourquoi les anémomorphoses sont plus marquées sur les résineux que sur les caducifoliés qui « profitent » de la chute de leurs feuilles à la morte saison pour offrir moins de surfaces portantes à la glace. Notons d’ailleurs que la ramification à la base des résineux est généralement plus harmonieuse car cette partie près du sol est naturellement moins sujette aux effets directs du vent et surtout car, durant l’hiver, elle est enfouie sous une couche de neige protectrice (les branches à l’intérieur du tapis neigeux ne subissent pas d’effet de porte-à-faux provoquant flexure puis cassure). Là aussi, le « vent efficace », soufflant lors des conditions hivernales humides, n’est donc pas nécessairement le vent dominant à l’échelle de l’année, ni même de la saison froide…

Conclusion

Si les anémomorphoses constituent bien des témoins paysagers remarquables pour apprécier l’ampleur des contraintes éoliennes d’un lieu, leur signification géoclimatique n’est donc pas nécessairement en accord avec la direction et la force des vents dominants. Pour expliquer le port dissymétrique de certains ligneux, l’analyse couplée des informations biologiques et des données météorologiques mesurées in situ a mis en évidence le rôle parfois essentiel de vents « statistiquement secondaires » à l’échelle de l’année. Mais ceux-ci n’en constituent pas moins les « vents biologiquement efficaces », en relation avec la vulnérabilité variable dans le temps et dans l’espace de chaque plante vis à vis d’agents extérieurs atrophiant, nécrosant ou cassant (dessèchement, sel, sable, glace…). En Normandie, par exemple, la forme biseautée d’une haie de cyprès ou le houppier décentré d’un prunier sauvage sont bien des marqueurs du climat littoral, mais une étude rationnelle des vents locaux a démontré que ces déformations perpendiculaires au rivage résultaient avant tout desbrises de mer soufflant régulièrement au début du printemps, quand bourgeons et jeunes pousses sont particulièrement sensibles au dessèchement. Outre la saisonnalité et la nature des processus intervenants dans leur genèse, l’intensité et l’orientation des anémomorphoses dépendent aussi pour beaucoup du contexte topographique stationnel qui modifie plus ou moins fortement la circulation de l’air. Ainsi, l’analyse de quelques cas typiques d’anémomorphoses en milieux montagnards montre par exemple que celles-ci ne se prêtaient pas facilement à une généralisation cartographique, et donc à une interprétation géoclimatique d’ensemble à valeur régionale, tant la juxtaposition de micro-couloirs éoliens et l’influence de l’altitude sur les températures créent des contextes biophysiques très différents d’un point à un autre pourtant très proches.

Au total, les différents exemples évoqués dans cet article, en domaines littoral mais aussi continental et montagnard, indiquent que pour interpréter ces singularités biologiques il n’existe pas un modèle unique de causalités applicable en tout point mais une combinaison d’éléments dont l’influence respective est à pondérer selon les contextes géographiques et climatiques.

Les auteurs remercient les deux experts anonymes pour leurs remarques avisées et Météo France pour l’accès au très grand nombre de données tri-horaires et journalières nécessaires à la réalisation de cette étude.

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Annexes

Glossaire

accomodat : « individu ou groupe d’individus d’une même espèce présentant des caractères qui résultent d’une accommodation* » (Da Lage et Métailié, 2000).

accommodation : « modification – réversible – des caractères physiologiques, morphologiques ou anatomiques d’un organisme, selon les variations des facteurs du milieu » (Da Lage et Métailié, 2000). Notons que la notion d’accommodation diffère de la notion d’acclimatation qui, elle, fait référence à « l’installation dans une région géographique différente de son aire d’origine, d’une plante capable d’y végéter, de s’y multiplier mais non de s’y reproduire sexuellement » (Da Lage et Métailié, 2000).

ATP (Adénosine TriPhosphate) : « nucléotide jouant un rôle essentiel dans les phénomènes bioénergétiques » (Ramade, 1993). C’est une molécule utilisée chez tous les organismes vivants pour fournir de l’énergie aux réactions chimiques.

bio-indicateur, ou indicateur biologique : « se dit d’un organisme vivant dont la présence, le comportement, l’état sanitaire ou les modifications phénotypiques permettent d’apprécier et de mesurer la qualité ou les évolutions de l’environnement (conditions mésologiques, écologiques, socio-économiques…) (Da Lage et Métailié, 2000).

brise de mer : « vent des régions côtières soufflant le jour, d’une vaste étendue d’eau de grande inertie thermique (mer, lac) vers la terre par suite du réchauffement superficiel du sol » (Dictionnaire de l’Environnement, 1992). De ces différences de températures naissent des inégalités de pressions entre l’air continental chaud (léger) et l’air marin froid (dense) ; un mouvement naturel de rééquilibrage se produit alors, aspirant l’air maritime vers l’intérieur des terres pour compenser le vide laissé par l’ascendance de l’air chaud (Planchon, 1994). A proximité du rivage la force de la brise est maximale car aucun obstacle ne vient gêner son déplacement ; en pénétrant dans les terres, la topographie, la végétation et la rugosité des surfaces viennent ensuite rapidement freiner sa progression, ce qui limiterait l’extension spatiale de la bande littorale affectée par les anémomorphoses.

chablis : « arbres déracinés ou cassés par le vent ou par le poids de la neige » (de Parcevaux et al., 1990).

débourrement : « stade phénologique du développement des végétaux ligneux, caractérisé par le dégagement des organes foliacées ou floraux des écailles duveteuses ou bourre des bourgeons. Dans les régions tempérées, le débourrement exige généralement la levée de dormance par des températures basses, puis des températures suffisamment élevées. Les conditions thermiques optimales diffèrent selon les espèces » (de Parcevaux, 1990).

effet Venturi (du nom du physicien italien Giovanni Venturi) : « nom donné à un phénomène de la dynamique des fluides où les particules gazeuses ou liquides se retrouvent accélérées à cause d'un rétrécissement de leur zone de circulation » (Encyclopédie scientifique en ligne, http://www.techno-science.net).

houppier : le houppier est la partie de l’arbre constitué d’un enchevêtrement de branches dites maîtresses, lorsqu’elles constituent l’ossature de la cime de l’arbre (elles partent du tronc), ou secondaires, si elles supportent les rameaux. Sur les rameaux se trouvent suivant la saison des bourgeons, des fleurs, des feuilles (ou aiguilles) et des fruits (Duyck et al., 2008).

lande : « formation végétale dense, constituée principalement d’arbrisseaux et sous-arbrisseaux xéromorphes, couvrant les sols acides en Europe du Nord et de l’Ouest » (Da Lage et Métailié, 2000).

morte saison : l’expression morte saison est un peu réductrice car l’activité végétale n’est pas totalement arrêtée mais très ralentie. L’expression a cependant été retenue dans cet article pour marquer le contraste avec la période de végétation.

NADPH (Nicotinamide Adénine Dénucléotide Phosphate) : coenzyme d’oxydoréduction, source principale d’électrons utilisée dans les réactions biosynthétiques dans la cellule.

phénologie : « ensemble des différentes étapes et des manifestations physionomiques qui marquent le cycle de développement d’une plante ou d’une végétation, selon un rythme en général saisonnier et en relation, directe ou non, avec le climat (feuillaison, floraison, fructification…) » (Da Lage et Métailié, 2000).

Plantes ligneuses ligneux : de la nature du bois (du latin lignum, bois), par opposition à herbacé. Plus largement, « se dit d’un tissu, d’un organe ou d’une plante contenant de la lignine qui lui confère puissance et rigidité » (Da Lage et Métailié, 2000).

Pluies verglaçantes → verglas : « dépôt de glace, généralement homogène et transparent, provenant de la congélation de gouttelettes de bruine ou de gouttes de pluie en surfusion, sur les objets dont la surface est à une température inférieure à 0°C » (de Parcevaux et al., 1990).

Radome : Réseau d’Acquisition de Données et d’Observation Météorologiques Etendues.

Rose des vents : « diagramme, en coordonnées polaires, figurant la distribution moyenne des directions du vent par tranche de vitesses. Plusieurs types de présentations sont possibles, soit en polygones emboîtées, soit en répartition radiale. Le nombre de secteurs de directions pris en considération est fonction de la précision requise.

Les plus fréquemment utilisées sont les roses de 8, de 16 ou de 18 directions correspondant respectivement à des secteurs de 45°, 22,5° et 20° » (de Parcevaux et al., 1990).

saison végétative : l’expression saison végétative correspond précisément à « la période de l’année durant laquelle les plantes ont une activité physiologique soutenue, assurant leur croissance et leur développement » (Amat, 2002). Synonyme de période de végétation.

types de temps : il s’agit de combinaisons relativement homogènes et plus ou moins durables (de quelques heures à quelques jours) d’éléments atmosphériques sur un espace d’échelle régionale à locale. Dans leur Dictionnaire du climat, Beltrando et Chémery (1995) précisent le concept : « manifestation d’un type de situation atmosphérique sur les paramètres du climat. L’état de l’atmosphère est précisé à l’aide de paramètres (température de l’air, hygrométrie, précipitations…), tandis que la situation météorologique est caractérisée par l’emplacement des centres d’action, le type de masse d’air en présence, les flux, l’existence ou la survenue de perturbations ». Les types de temps correspondent donc à l’association entre une situation météorologique appréciée à l’échelle synoptique et des conditions locales, perçues par les hommes (Beltrando, 2004).

xérophytique → xérophyte : « plante adaptée à la vie dans des conditions habituellement sèches » (de Parcevaux et al., 1990).

Notes

1 Le symbole * suivant un mot ou un groupe de mots soulignés renvoie à un glossaire classé par ordre alphabétique en fin d’article

2 Une analyse des données éoliennes de Caen-Carpiquet (station synoptique professionnelle à environ 15 Km au sud de Bernières) montre que la rose des vents 2003-2007 est globalement semblable avec la rose « normale » établie sur un plus grand nombre d’années (1981-2000). Par extrapolation, la série 2003-2007 de Bernières-sur- mer est donc a priori représentative des conditions aérologiques moyennes sur ce secteur du littoral

3 Par ailleurs, l’origine continentale du flux augmente le pouvoir évaporant de la masse d’air. Dans la vallée du Rhône, pour atténuer les effets desséchants du Mistral sur les cultures, on plante des haies de cyprès ou de peupliers. Ces brise-vent naturels doivent avoir une porosité minimale de 50%, ce qui permet de ralentir la vitesse du flux sans provoquer la formation de turbulences encore plus nocives que le vent lui-même (l’effet atténuateur est sensible jusqu’à une distance horizontale de 15 à 25 fois la hauteur de la haie)

Pour citer ce document

Référence papier : Olivier Cantat, Edwige Savouret et Laurent Brunet « Les anémomorphoses végétales : quelle signification géoclimatique réelle ? », Climatologie, 2009, p. 9-31.

Référence électronique : Olivier Cantat, Edwige Savouret et Laurent Brunet « Les anémomorphoses végétales : quelle signification géoclimatique réelle ? », Climatologie [En ligne], mis à jour le : 22/07/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/climatologie/index.php?id=373, https://doi.org/10.4267/climatologie.373

Auteur(s)

Olivier Cantat

GEOPHEN, UMR 6554 CNRS – LETG - Université de Caen Basse-Normandie Esplanade de la Paix – BP 5186 14032 Caen Cedex 5

Edwige Savouret

Laboratoire Espaces, Nature et Culture – UMR 8185 CNRS -Université de Paris IV-Sorbonne, 191 rue Saint Jacques, - 75005 Paris

Laurent Brunet

HYDROBIO - 7, Place du Calvaire 50240 - St-Laurent de Terregate