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Climatologie

2010

Évolution des saisons des pluies potentiellement utiles au Togo de 1950 à 2000

Evolution of rainy seasons potentially useful for Togo on the 1950-2000 period

Essotalani Adewi, Kossi M. S. Badameli et Vincent Dubreuil

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Résumé

Depuis les années 1970, une perturbation du régime pluviométrique est observée au Togo. Elle se caractérise par une désorganisation des saisons potentiellement utiles (SPPU). Entre les périodes 1950-1969 et 1970-2000, on observe un retard des dates moyennes de début des SPPU. Le décalage de début de saison culturale est d’environ un mois de 1950-69 à 1970-2000. Par rapport à la période 1950-69, on observe une fin plus précoce des SPPU d’au moins deux semaines depuis les années 1970 au Nord-Togo. En effet, la région des Savanes enregistrait l’arrêt précoce des pluies du 07 au 21 octobre (1950-69). Depuis 1970, c’est plutôt la bande située entre Kanté et Atakpamé qui connaît cet arrêt prématuré de saisons culturales. Désormais, les pluies cessent plus précocement à l’extrême Nord, entre le 24 septembre et le 06 octobre. A l’exception du Nord-Ouest, les dates de fin des grandes SPPU restent relativement stables dans la zone subéquatoriale. En outre, l’étendue de la variabilité des dates de fin de pluies montre qu’au plus trois semaines séparent l’arrêt précoce et tardif des pluies utiles. Que ce soit en zone soudanienne ou guinéenne, la réduction de la durée des SPPU correspond surtout à une arrivée plus tardive des pluies potentiellement utiles. La péjoration pluviométrique se manifeste donc par une augmentation de la variabilité de la date de début des saisons culturales, la fin de celles-ci restant globalement stable.

Abstract

Since 1970s, a disruption of the rains was observed in Togo characterized by a disorganization of the potentially useful seasons (SPPU). Between the periods 1950-1969 and 1970-2000, one observes a delay of the middle dates of beginning of the SPPU. The shift of beginning in rainy season is of about one month of 1950-69 to 1970- 2000. In relation to the period 1950-69, one observes a more precocious end of the SPPU of at least two weeks since 1970s in North-Togo. Indeed, the Savannas region recorded the precocious stop of the rains of the 7 to 21 October (1950-69). Since 1970s, it is rather the strip situated between Kanté and Atakpamé that know this stop premature of rainy season. Henceforth, rains stop more precociously to the North extreme between September 24 and October 06. To the exception of the Northwest, the dates of end of the SPPU remain relatively steady in the Guinean area. Besides the extent of the variability of the dates of end of rains watch that to the more three weeks separate the precocious and belated stop of the useful rains. That it is in Soudanian or Guinean zones, the reduction of the length of SPPU especially corresponds to a more belated arrival of the potentially useful rains. The rainfall pejoration change appears therefore by an increase of variability on the beginning of the rainy season, the end remaining globally steady.

Entrées d'index

Mots-clés : Togo, changement climatique, variabilité, saison des pluies

Keywords: Togo, climatic change, variability, rainy season

Texte intégral

Introduction

Le Togo, avec une superficie de 56 000 km², est un pays francophone de l’Afrique de l’Ouest. Situé entre le 6ème et le 11ème degré de latitude Nord, il s’étend sur 600 km le long du méridien 1°E. Son ouverture sur le golfe de Guinée se fait par une façade maritime exiguë de 55 km. Cette situation géographique fait qu’on passe d’un régime pluviométrique bimodal dans le Sud à un régime monomodal au Nord-Togo (figure 1).

Figure 1 : Carte de localisation des stations climatiques du Togo, avec certains diagrammes climatiques (précipitations en mm, températures en °C).
Climate stations in Togo with climatic diagrams.

La plupart des études se sont intéressés aux précipitations annuelles, saisonnières et mensuelles (Badameli, 1996, 1998 ; Klassou, 1996 ; Adewi, 2002 ; Lemou, 2008) et ont conclu à l’existence d’un déficit pluviométrique depuis les années 1970 au Togo. A la suite de ces résultats, nous proposons d’étudier comment ce changement pluviométrique se manifeste au niveau des saisons culturales ou des Saisons des Pluies Potentiellement Utiles (SPPU) qui intéressent particulièrement le monde paysan. Se pose alors le problème important de la détermination des dates de semis ou de début des SPPU compte tenu de l’installation erratique des premières pluies utiles. En effet, l’étude des SPPU et de leurs variations est indispensable pour mieux ajuster la durée du cycle des cultures à celle de la pluviométrie actuelle.

Le travail mené ici a donc pour objectif de mettre en évidence les perturbations des saisons des pluies potentiellement utiles à partir de l’analyse de l’évolution de leurs dates de début et de fin, ainsi que de leur durée.

1. Données et méthodes de détermination de la SPPU

1.1. Séries climatiques et tests de ruptures

Le réseau pluviométrique du Togo est constitué d’une centaine de stations gérées par la Direction Nationale de la Météorologie. La plupart des stations souffrent d’un manque d’entretien conduisant à de nombreuses lacunes dans les séries. Notre étude porte sur l’exploitation des données journalières de 32 stations aux séries sans lacune de 1950 à 2000, et 65 stations dont les séries sont incomplètes ont été éliminées. Les stations sélectionnées présentent l’intérêt d’être bien réparties sur le territoire togolais et ainsi, de prendre en compte la diversité climatique.

Sur le plan statistique, une fluctuation pluviométrique peut être marquée à une date donnée par une rupture ou un changement de moyenne au sein de la série chronologique (Brou, 1997). Nous avons donc cherché, à l’aide des algorithmes proposés au sein du logiciel Khronostat de l’IRD, à détecter pour chaque station d’éventuelles ruptures dans la série pluviométrique. L’analyse du caractère aléatoire des séries chronologiques s’appuie sur l’examen de l’autocorrélogramme et sur le test de corrélation des rangs. La détection de rupture dans les séries de données de pluie repose sur le test de Pettitt, la statistique U de Buishand, la procédure bayésienne de Lee et Heghinian et la segmentation d’Hubert. Pour l’ensemble de ces méthodes, la non-stationnarité des séries chronologiques est recherchée au niveau de l’existence d’une singularité traduite par un changement de moyenne.

1.2. Détermination de la saison des pluies en Afrique

De nombreux auteurs ont cherché à délimiter les différentes saisons climatiques sous les tropiques. Leurs travaux ont permis de caractériser les mois secs et les mois pluvieux d’une part, et de délimiter les régions climatiquement homogènes d’autre part. Les critères les plus fréquemment utilisés sont ceux de Gaussen (1952, 1963) pour qui, si P < 2T, le mois est sec, et de Birot (1973) pour qui il y a sécheresse si P < 4T (P étant les précipitations moyennes du mois et T la température moyenne). Suchel (1988) intègre aux termes de température et de précipitations moyennes celui de déficit de l’humidité relative moyenne (D). Il aboutit à la formule suivante :

La prise en compte du déficit d’humidité relative précise, selon les masses d’air, la distinction entre mois secs et mois pluvieux. Par ailleurs, Bullot (1954) définit une saison sèche comme une succession de jours sans précipitations se présentant chaque année à peu près à la même époque. On peut également citer les travaux de Sivakumar et al. (1984, 1993) qui, à partir des seules données pluviométriques, ont défini au Mali et au Niger le début et la fin de la saison des pluies.

Selon Balme et al. (2005), il existe en fait plusieurs définitions du début de la saison des pluies selon les domaines d’intérêt. Ainsi, un météorologue considérera comme début des pluies les premières précipitations liées à la mise en place de la première convection organisée. Pour l’hydrologue, ce même critère sera déterminé par la première pluie générant du ruissellement. Enfin, pour l’agronome, le début de la saison pluvieuse ne peut pas être suivi d’épisodes secs trop longs pouvant porter préjudice aux cultures. Ainsi, du point de vue agronomique qui nous intéresse ici, Samba et al. (1999) ont défini les saisons des pluies potentiellement utiles comme étant une succession significative de jours de pluies (qui offre une disponibilité en eau pour l’agriculture) aux mêmes conditions atmosphériques dont les effets (reprise du cycle végétatif des plantes) sont perceptibles au niveau de la végétation. Ils estiment que le début des SPPU intervient quand 2 jours consécutifs cumulent 20 mm non suivis d’une séquence de 7 jours sans pluie durant 20 jours. Selon Tchiadeu et al. (1999), il est généralement admis qu’une pluie de 20 mm mérite l’appellation de précipitations utiles ou pluies significatives. Pour sa part, Lahuec (1991) affirme que cette hauteur de précipitations suffit à faire démarrer une végétation herbacée en zone pastorale ou à assurer la levée du semis en zone agricole. La fin de la SPPU, selon eux, intervient lorsque 2 jours consécutifs reçoivent un total pluviométrique de moins d’un millimètre et suivis d’une période d’au moins 6 jours sans pluie, ou quand leur total est inférieur à 10 mm.

1.3. Application à la détermination de la saison des pluies au Togo

Au Togo, la détermination de la longueur de la saison des pluies (date de début et de fin) a été déterminée par Sivakumar et Awesso (1996). Après analyse de la pluviométrie, ils ont défini les critères suivants :

- Pour les régions à quatre saisons, la date de début des pluies se situe après le 1er février pour la grande saison des pluies, quand la quantité de pluie recueillie en trois jours consécutifs est au moins égale à 25 mm et quand aucune période de sécheresse de pluie de sept jours n’intervient au cours des 30 jours suivants.

- La date de la fin de cette saison a lieu quand, après le 1er juillet, on n’enregistre plus de pluies pendant au moins 20 jours.

- De même, la date de début des pluies de la petite saison se situe après le 1er août lorsque la quantité d’eau recueillie en trois jours consécutifs est au moins égale à 25 mm et quand aucune période sèche de sept jours n’intervient au cours des 30 jours suivants.

- La fin de la petite saison pluvieuse est atteinte quand après le 1er novembre, il n’y a plus de pluie pendant au moins 20 jours consécutifs.

- Pour les régions à deux saisons, ils ont conservé le même critère de détermination de la date de début des pluies que celui de la grande saison pluvieuse au Sud. Cependant, ils considèrent que la date de la fin des pluies intervient après le 1er octobre, lorsqu’il n’y a plus de précipitations pendant au moins 20 jours.

Dans le cadre du Togo, pour le début de la SPPU et contrairement à Sivakumar et Awesso (1996) qui utilisent un cumul pluviométrique de 25 mm sur 3 jours consécutifs, nous avons considéré que la SPPU commence dès qu’on enregistre une hauteur pluviométrique de 20 mm sur 2 jours consécutifs non suivis pendant les 20 jours prochains par une séquence sèche de plus de 7 jours. Au-delà de 7 jours, les plantes cultivées commencent à accuser le manque d’eau et, de plus, comme l’ont souligné Tchiadeu et al. (1999), la fréquence relativement réduite des séquences sèches de plus de 7 jours après la chute d’une telle quantité des précipitations pendant la période considérée milite en faveur de l’adoption de ce critère. La période de 20 jours est une période de contrôle qui permet de valider le démarrage effectif de la saison. Il permet ainsi d’écarter les faux-départs de la saison qui se caractérisent par un intervalle de temps souvent assez long entre la première pluie favorisant les travaux préparatoires des champs et les pluies suivantes permettant le semis ou assurant un début de croissance végétative (Ndjendole, 2001).

Le critère précédemment défini est applicable à partir des mois reconnus comme début des pluies potentiellement utiles au Togo : avril en climat soudanien et en climat guinéen, mars pour la grande saison pluvieuse et septembre pour la petite saison des pluies (figures 2 et 3).

Figure 2 : Détermination de la datededébut(2 mai)etdefin(10 octobre) dela SPPUen 1982 àla station de Mango (région soudanienne).
Determination of the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in 1982 in Mango station (Soudanian area).

Figure 3 : Détermination des dates de début (18 mars et 9 septembre) et de fin (15 juillet et 24 novembre) des SPPUen 1999 à la station de Tabligbo (région guinéenne).
Determinationofthe Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in 1999 in Tabligbo station(Guineanarea).

La fin des SPPU est soumise à la même incertitude que le début de celles-ci. Le choix d’un seuil de détermination de la fin de la SPPU doit tenir compte de l’occurrence des pluies isolées, faibles et/ou tardives qui allongent artificiellement la saison. Nous avons aussi adopté le seuil de moins d’un millimètre durant 2 jours consécutifs, et suivi d’une période d’au moins 6 jours sans pluies, ou quand leur total est inférieur à 10 mm à partir de la troisième décade de juin (grande SPPU) et/ou de la deuxième décade d’octobre (Nord-Togo) et de novembre (petite SPPU). Ce seuil appliqué à l’ensemble du réseau de stations s’explique par le fait que dans la zone d’étude, de tels épisodes secs sont rarement suivis d’une reprise de la saison (figure 2 et 3).

La méthode des quartiles permet d’apprécier l’évolution des SPPU ou saisons culturales. Les dates de début et de fin des SPPU sont classées en fonction des limites définies par le quartile inférieur (Q1), le quartile médian (la médiane ou Q2) et le quartile supérieur (Q3). Si les dates sont inférieures ou égales à la valeur limite du quartile inférieur, elles sont considérées comme précoces. Par contre, lorsqu’elles se trouvent supérieures ou égales à Q3, elles sont tardives. Enfin, lorsqu’elles sont situées entre Q1 et Q3, elles sont dites « normales ».

La limite entre le climat soudanien et celui subéquatorial au Togo est en réalité une zone de transition qui oscille autour de 7°N. Dans la présente étude, cette limite est matérialisée par une ligne, qui représente la situation moyenne plus réelle, obtenue à partir des dates (de début et fin) des différentes stations de cette zone de transition.

2. Résultats

2.1. Détection de rupture dans les séries pluviométriques au Togo

Nous avons effectué les tests de rupture sur les séries chronologiques des hauteurs précipitées annuelles de 1950 à 2000. Nous avons aussi fait le même traitement sur les séries plus longues en ajoutant les observations faites depuis l’origine jusqu’en 1950. Cette double démarche a été privilégiée du fait de l’impossibilité, pour la plupart des méthodes, à détecter plusieurs ruptures au sein d’une même série. Le tableau 1 présente les résultats des tests en indiquant la date de rupture probable ou deux dates délimitant une plage durant laquelle il a pu y avoir rupture, dans le cas où les méthodes statistiques ne sont pas en accord. L’analyse est basée sur les résultats obtenus à partir de la série 1950 à 2000. L’examen des résultats des tests de rupture permet de vérifier la présence éventuelle d’un changement de moyenne dans les séries pluviométriques de chacune des stations étudiées. Pour certains postes (Lomé, Tsévié, Adeta, Blitta et Kanté), l’utilisation des différentes méthodes conduit à des divers résultats selon la période retenue. Il est alors difficile de conclure quant à la localisation précise de la rupture. Pour douze stations, nous avons conclu à la présence d’une anomalie dans le cas où, contrairement aux autres méthodes (et en particulier celle de Lee et Heghinian), celle de Pettitt ne signalait aucune rupture dans les séries chronologiques. Cette situation intéresse surtout le Nord-Togo avec les stations de Kara, Pagouda, Bassar, Niamtougou, Takpamba et Barkoissi. Si seulement deux stations du centre (Sotouboua et Tchamba) sont concernées, quatre (Anié, Atakpamé, Baguida et Afagnan) sont touchées au Sud-Togo.

Tableau 1 : Résultats de l’utilisation des procédures de détection de rupture statistique dans les séries pluviométriques longues et courtes du Togo (les valeurs soulignées indiquent des résultats variables selon la longueur de la série ; les valeurs en gras signalent une non concordance selon les méthodes).
Statistical breaks in long and short rainfall time series of Togo (underlined values indicate different results according to the length of time series; bold values indicate a weak concordance according to the different methods).

Année de rupture

Moyenne

Stations

Longues séries (origine-2000)

Courtes séries (1950- 2000)

Longues séries

Courtes séries

Variation relative ( %)

Lomé

Pas de rupture

1991

848

682

-20

Baguida

-

1972

-

711

-

Afagnan

Pas de rupture

1974

1168

770

-34

Aneho

1946

Pas de rupture

1038

968

-26

Aklakou

1975

1975

1059

738

-30

Atitogon

-

1999

-

901

-

Kpedji

Pas de rupture

1980

1170

949

-19

Tabligbo

1968

1968

1168

988

-15

Ountivou

-

1971

-

830

-

Assahoun

1969

1969

1266

1028

-19

Agbelouvé

1968

1968

1209

1003

-17

Tsevié

1935

1989

1125

1043

-20

Tomgbé

-

1969

1583

1425

-10

Kpalimé

1972

1972

1542

1329

-14

Kloto

1935

Pas de rupture

1720

1650

-40

Adeta

Pas de rupture

1981

1480

1397

-

Wahala

-

1979

-

1025

-

Atakpamé

1989

1989

1456

1352

-18

Anié

1951

1951

-

1168

Sotouboua

-

1990

-

1057

-

Blitta

1972

1980

1336

1003

-25

Tchamba

-

1999

-

1241

-

Sokodè

1969-1970

1969

1562

1290

-17

Alédjo

1979

1979

1556

1352

-13

Kara

1998

1998

-

1248

-

Pagouda

1975

1975

1398

1214

-14

Guerin Kouka

-

Pas de rupture

-

1137

-

Bassar

1951

1951

1259

1203

-24

Niamtougou

-

1999

-

1337

-

Kanté

1949

1955

1306

1257

-27

Takpamba

-

1961

-

1033

-

Mango

Pas de rupture

1954

1158

1062

-26

Barkoissi

-

1975

-

934

-

Borgou

-

1964

-

920

-

Dapaong

1696

1969

1091

983

-19

Certaines stations n’enregistrent pas de rupture significative dans leur série pluviométrique de 1950 à 2000. Il s’agit des stations d’Aneho et de Notsé (au Sud), Kloto (au Sud-Ouest, la station la plus arrosée du Togo) et Guerin Kouka (au Nord). Cependant, comme le souligne Brou (1997), l’absence de rupture dans une série pluviométrique ne signifie pas qu’il n’y a pas de variation des précipitations dans le temps, mais que cette variation, si elle existe, reste peu significative.

Sur treize des postes, une rupture est effectivement mise en évidence. La quasi-totalité des postes présentent une rupture à la fin des années 1960 et au début des années 1970. La fin des années 1960 correspond à une baisse de la pluviométrie dans certaines stations. Le phénomène s’installe en 1968-1969 pour les stations d’Assahoun, d’Agbelouvé, de Tabligbo dans la plaine méridionale, Sokodé et Tomgbé dans la chaîne montagneuse atakorienne et Dapaong à l’extrême Nord. Deux stations sont concernées par la rupture en 1970-1972 : Ountivou (1971) et Kpalimé (1972). Il faut attendre la fin des années 1970 pour observer une baisse de la pluviométrie dans d’autres stations : Alédjo (1979), Wahala et Kpédji (1980) qui échappaient jusque-là à cette baisse notable. L’ensemble des résultats confirme donc i) un changement de moyenne dans la série pluviométrique de la plupart des stations étudiées ; ii) la tendance générale de la diminution de la pluviométrie depuis la fin des années 1960 et le début des années 1970.

Dans cette optique, Klassou (1996) précise que « le point d’inflexion brusque a été observé en 1970 faisant de celle-ci l’année charnière entre deux périodes à comportement pluvieux distinct. Mais le déclin a commencé déjà en 1969, vu le record d’excédent procuré par l’année 1968 ». Ainsi, on distingue d’une part la période 1950-1969 excédentaire et, à l’inverse, la période 1970-2000 qui est globalement sèche. Ce basculement de la pluviométrie en Afrique de l’Ouest à partir de 1970 a été observé par plusieurs auteurs (Charre, 1985 ; Bokonon-Ganta, 1986 ; Boko, 1988 ; Le Borgne, 1988 ; Pérard et al., 1991 ; Camberlin, 1994 ; Morel, 1995 ; Paturel et al., 1995 ; Badameli, 1996 ; Houndenou, 1999 ; Ndjendole, 2001 ; Bigot, 2004 ; Brou, 1997, 2005 ; Sarr, 2009).

2.2. Variation des dates de début des SPPU au Togo

La date d’installation des pluies et la durée de la saison sont deux paramètres essentiels pour l’agriculture, car ils déterminent, d’une part, la date de semis et, d’autre part, la durée de la période pendant laquelle les cultures peuvent bénéficier des précipitations, indépendamment des conditions d’alimentation hydrique de cette période.

2.2.1. En climat soudanien

En moyenne, le début des SPPU intervient entre le 15 avril et 27 mai. La saison des pluies démarre généralement dans la 2ème quinzaine d’avril pour les stations situées entre 7° et 9°N, c’est-à-dire du centre au nord-est de la dorsale togolaise alors que, pour les stations de la plaine septentrionale occidentale et du nord-ouest de la chaîne montagneuse, la saison débute entre le 29 avril et le 12 mai. A l’extrême Nord, les pluies débutent un peu plus tardivement, avec un écart d’un mois par rapport au précédent domaine. Ce décalage des dates de début des SPPU en climat soudanien traduit la progression de la mousson humide du Sud-Ouest vers le Nord-Est. En passant de la période 1950-1969 à 1970-2000, on observe un retard des différentes dates moyennes de début des SPPU. Les saisons culturales qui, de 1950-69, débutaient entre le 29 avril et le 12 mai à l’extrême Nord-Togo sont « repoussées » au Sud de cette zone de 1970 à 2000 (figure 4). Elles définissent ainsi une nouvelle région qui s’étend d’Atakpamé jusqu’à la ligne Guérin Kouka-Niamtougou-Pagouda. Désormais, les pluies ne démarrent en moyenne à Dapaong et à Borgou qu’à partir du 28 mai. De Mango au nord jusqu’à Guérin Kouka-Niamtougou-Pagouda au sud, et à la station de Tchamba au centre-est, les pluies ne débutent qu’entre le 13 et 27 mai depuis les années 1970. Ce retard dans l’installation moyenne des pluies sur la période 1970-2000 se traduit aussi par leur absence entre le 15 et le 28 avril, contrairement à la période 1950-69.

Les dates tardives d’installation de la SPPU à Mango (14 mai) au cours de la période 1950- 1969 correspondent plutôt à la date précoce du début de pluie de la période 1970-2000. A Niamtougou et à Sokodé, ce sont les dates moyennes du début de la 1ère période (respectivement le 23 et le 19 avril) qui deviennent les dates précoces du démarrage des SPPU de la 2ème période (tableau 2).

Figure 4 : Répartition spatiale des dates de début des SPPU en région soudanienne : a) de 1950 à 1969 ; b) de 1970 à 2000.
Dates of beginning in the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in Soudanian area: a) 1950 to 1969, b) 1970 to 2000.

On note aussi un décalage d’un mois entre les dates précoces et moyennes des périodes 1950-69 et 1970-2000 pour certaines stations. Par exemple, les dates précoces de 1950 à 1969 à Kanté (25 avril), à Sokodé (12 avril) et à Atakpamé (11 avril) deviennent les dates moyennes du début des SPPU (1970-2000) lorsqu’elles sont avancées d’un mois : 26 mai à Kanté, 12 mai à Sokodé et à Atakpamé. Cette analyse atteste du retard très sensible du démarrage des SPPU depuis les années 1970 en climat soudanien.

Tableau 2 : Occurrences des dates de début des SPPU pour certaines stations en région soudanienne.
Dates of beginning in the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) for some soudanian stations.

Périodes

25 %

50 %

75 %

Dapaong

1950-69

27-avr

14-mai

26-mai

1970-00

14-mai

02-juin

17-juin

Kanté

1950-69

26-avr

14-mai

28-mai

1970-00

24-mai

03-juin

13-juin

Niamtougo

1950-69

15-avr

23-avr

13-mai

1970-00

23-avr

06-mai

03-juin

Sokodè

1950-69

10-avr

17-avr

26-avr

1970-00

19-avr

12-mai

31-mai

Atakpamé

1950-69

09-avr

14-avr

27-avr

1970-00

19-avr

12-mai

25-mai

Pour mesurer l’étendue de la variabilité temporelle de ces dates du début au cours des différentes périodes, nous avons calculé la différence entre les dates obtenues au seuil de 25 % et de 75 %. Ces résultats indiquent qu’il y a un risque potentiel pour le début des activités agricoles depuis 1970 dès lors que l’installation des SPPU est plus variable qu’au cours de la période précédente. Au moins 35 jours séparent la date précoce de la date tardive dans les différentes stations de 1970 à 2000 (figure 5).

Figure 5 : Variabilité des dates de début de la saison des pluies en région soudanienne du Togo.
Variability of the beginning of the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in Soudanian area of Togo.

2.2. En climat guinéen

Au Sud-Togo, la grande SPPU débute en moyenne en avril et la petite saison en septembre. Par rapport à 1970-2000, la période 1950-69 est marquée par la précocité des pluies. En effet, la grande saison culturale commence au Nord-Ouest pendant la 1ère quinzaine de mars. Du Nord-Est jusqu’à la côte, celle-ci démarre durant la 2ème quinzaine du même mois. On assiste à la disparition du découpage spatial et des dates précédemment définis au cours de la période 1970-2000 qui se particularise par des dates tardives et une nouvelle cartographie agroclimatique (figure 6). Ainsi, du Nord jusqu’aux environs de Tsévié-Tabligbo, la grande SPPU débute entre le 29 mars et le 11 avril, le reste du domaine guinéen n’enregistre le début des pluies utiles qu’entre le 12 et le 25 avril.

Figure 6 : Répartition spatiale des dates de début des SPPU en région guinéenne : a) de 1950 à 1969, b) de 1970 à 2000.
Dates of beginning of the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in Guinean area: a) 1950 to 1969, b) 1970 to 2000.

Les pluies précoces du littoral, du 15 au 28 mars (moyenne 1950-69) sont plutôt enregistrées au Nord de la zone guinéenne de 1970 à 2000. Les pluies précoces ne sont désormais observées sur le littoral qu’à partir du 29 mars. Au seuil de 8 années sur 10, si les dernières pluies tardives utiles sont enregistrées autour du 11 avril de la côte jusqu’au Nord- Est de la plaine méridionale (moyenne 1950-69), les premières pluies tardives ne débutent qu’à partir du 12 avril au Nord-Ouest (moyenne 1970-2000). Dorénavant, la saison tardive ne s’installe qu’à partir du 28 avril sur le littoral et au Nord-Est de la zone subéquatoriale (tableau 3).

Tableau 3 : Occurrences des dates de début de la grande SPPU pour certaines stations en région guinéenne.
Dates of beginning in the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) for some guinean stations.

Périodes

25 %

50 %

75 %

Kloto

1950-69

08-mars

15-mars

26-mars

1970-00

21-mars

13-avr

17-avr

Assahoun

1950-69

13-mars

25-mars

28-mars

1970-00

01-avr

13-avr

20-avr

Tabligbo

1950-69

09-mars

23-mars

05-avr

1970-00

24-mars

10-avr

26-avr

Aklakou

1950-69

12-mars

17-mars

23-mars

1970-00

12-avr

22-avr

29-avr

Lomé

1950-69

22-mars

26-mars

07-avr

1970-00

07-avr

20-avr

03-mai

On constate qu’au Sud-Togo aussi, les agriculteurs ne sont pas à l’abri de l’irrégularité temporelle des dates de début de la grande SPPU. A l’exception de Baguida (19 jours), au moins 27 jours séparent les dates précoces des dates tardives depuis 1970 (figure 7). La petite SPPU est sporadique depuis les années 1970 (figure 8a) ou presqu’inexistante (figure 8b). Cependant, les années où elle existe, sa date de démarrage fluctue peu par rapport à la grande SPPU.

Figure 7 : Variabilité des dates de début de la grande saison des pluies en région guinéenne du Togo.
Variability of the beginning of the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in Guinean area of Togo.

Figure 8 : Variabilité des dates de début de la petite SPPU au Sud-Togo : a) dans le Kloto, b) à Lomé (l’absence de valeurs indique une absence de cette saison pluviométrique).
Variability of the small Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in Guinean area: a) in Kloto area, b) at Lomé (a graphic cut indicates an absence of this rainfall season).

2.3. La fin des saisons des pluies potentiellement utiles au Togo

Pour les stations étudiées, les dates de fin de saison varient peu dans le temps et dans l’espace (aussi bien aux fréquences de 2 années sur 10 que de 8 années sur 10).

2.3.1. En climat soudanien

Le mois d’octobre fait figure de mois de fin de SPPU qui se situe entre le 12 octobre à Borgou et le 27 octobre à Blitta. Au cours de la période 1950-69, à l’extrême Nord du pays, la fin de la saison intervient du 07 au 21 octobre. La limite Sud correspond à la station de Takpamba. Le reste du domaine soudanien (de Kanté à Atakpamé) enregistre une fin plus tardive des pluies utiles, qui survient entre le 22 octobre et le 04 novembre. Par rapport à la période 1950-69, 1970-2000 se distingue par une fin de saison plus précoce (24 septembre au 06 octobre) dans la région des Savanes (figure 9).

Figure 9 : Répartition spatiale des dates de fin des SPPU en région soudanienne : a) de 1950 à 1969, b) de 1970 à 2000.
Dates of the end of Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in Soudanian area: a) 1950 to 1969, b) 1970 to 2000.

Depuis 1970, c’est plutôt la bande située entre Kanté et Atakpamé qui connaît l’arrêt prématuré des saisons pluvieuses du 07 au 21 octobre. L’étendue de la variabilité temporelle des dates de fin de saison montre qu’au plus, trois semaines séparent l’arrêt précoce des pluies de celui tardif dans l’extrême Nord. Cette durée n’est que de deux semaines dans le reste de la zone soudanienne (figure 10).

Figure 10 : Variabilité des dates de fin de la saison des pluies en région soudanienne.
Variability of the end of the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in Soudanian area of Togo.

2.3.2. En climat guinéen

En domaine subéquatorial, le mois de juillet marque généralement la fin de la grande saison culturale. L’évolution temporelle des dates de fin de saison atteste de la relative stabilité de fin de la grande SPPU au Sud-Togo (figures 11 et 12). Cependant, dans le Nord- Ouest (Kloto, Kpalimé, Tomegbé, Adeta et Agou), les pluies semblent s’arrêter tardivement durant la période 1970-2000. Cette fin apparemment tardive est en fait due au transfert des pluies de la petite saison pluvieuse sur les mois de juillet et d’août et traduit des modifications globales de la répartition des précipitations dans cette région.

Figure 11 : Répartition spatiale des dates de fin des SPPU en région guinéenne : a) de 1950 à 1969, b) de 1970 à 2000.
Dates of the end of the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in Guinean area: a) 1950 to 1969, b) 1970 to 2000.

On assiste ainsi à une véritable mutation du régime pluvial caractérisé par la progression du climat tropical jusqu’à cette zone classée comme climat subéquatorial. A ce titre, nous partageons l’avis de Rossi (1984) repris par Klassou (1996) qui précise que ‘le déficit de précipitations s’accompagne d’une modification de la répartition dans le sens d’un passage au climat tropical’. Klassou (1996) renchérit en affirmant que ‘le schéma bimodal des pics pluviométriques est de plus en plus sujet à un dérèglement étonnant. En effet, depuis plus de deux décennies déjà, quelques signaux avant-coureurs laissent apparaître, en filigrane, une modification lente du rythme pluviométrique bimodal vers un régime monomodal à une pointe, caractéristique du climat sud-soudanien’.

Figure 12 : Variabilité des dates de fin de la grande saison des pluies en région guinéenne.
Variability of the end of the main Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in Guinean area.

Badameli (1996) note une diminution très nette de la pluviométrie de la deuxième saison des pluies, l’effacement de la petite saison sèche par l’augmentation des totaux des mois de juillet-août et une concentration plus grande des précipitations sur la première saison des pluies. A l’exception de Kloto, l’étendue de la variabilité des dates de fin de pluies montre qu’au plus, trois semaines séparent l’arrêt précoce et tardif des pluies (figure 12).

2.4. La durée des saisons des pluies potentiellement utiles au Togo

La durée de la saison des pluies est obtenue par la différence entre la fin et le début des précipitations. De 1950 à 1969, la répartition de la durée moyenne des SPPU suggère trois zones distinctes. Dans la région des Savanes, la SPPU dure entre 160 et 180 jours. Vers 9 à 10°N, la durée de la saison pluvieuse est comprise entre 180 et 200 jours. Au sud de cette zone, la saison humide couvre plus de 180 jours. Depuis la fin des années 1960, le repli des zones s’effectue vers le sud. Une durée inférieure à 160 jours fait son apparition et s’étend jusqu’aux environs de Guérin Kouka (à l’Ouest) et à Kanté (à l’Est). De Guérin Kouka-Kanté jusqu’à Atakpamé au sud du domaine soudanien, la durée de la saison pluvieuse est plutôt comprise entre 160 et 180 jours (figure 13).

Figure 13 : Evolution spatiale de la durée des SPPU en région soudanienne : a) de 1950 à 1969, b) de 1970 à 2000.
Length of the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in Soudanian area: a) 1950 to 1969, b) 1970 to 2000.

Chaque mois de l’année a été décomposé en six pentades. L’ensemble des pentades humides constitue la durée de la SPPU. Le début des pentades humides correspond à la date de début des SPPU et leur fin coïncide avec la date de la fin de la SPPU. Le calage des durées des deux périodes (1950-69 et 1970-2000) permet de dégager les pentades sèches (humides) qui deviennent humides (sèches) d’une période à une autre (figure 14).

Figure 14 : Evolution de la SPPU (dates de début et de fin, ainsi que durée des saisons) : a) à Mango, b) dans le Kloto.
Evolution of the Potentially Useful Rainy Seasons (beginning, end and length of the rainy season).

L’analyse fait apparaître un rétrécissement de la durée des SPPU, dû à un retard de son installation et/ou à la précocité de sa fin. La période 1970-2000 est ainsi dominée, en climat soudanien, par des SPPU plus courtes. Par exemple, jusqu’en 1970, 69 et 58 % des saisons couvraient 15 à 19 décades respectivement à Dapaong et à Mango. Après ces années, 52 % (Dapaong) et 42 % (Mango) des SPPU s’étendent sur moins de 14 décades. De 1950 à 1969, 27 % des saisons allaient au-delà de 20 décades à Dapaong ; par contre, seules 3 % des saisons enregistrent plus de 20 décades au cours de la période 1970-2000. Si Mango affiche 42 % des SPPU de plus de 20 décades de 1950 à 1969, ce taux n’est actuellement que de 3 %. En climat subéquatorial, de 1950 à 1969, la grande saison des pluies utiles est plus longue. Presque toutes les SPPU de la partie Nord-Ouest enregistrent plus de dix décades (100 % dans le Kloto et 98 % à Adeta). Par rapport à cette région, les saisons culturales du littoral sont plus courtes. Ainsi, sur la période 1950-69, 32 et 27 % des SPPU respectivement à Lomé et à Baguida ont une durée comprise entre cinq et neuf décades (figure 15).

Figure 15 : Evolution spatiale de la durée des SPPU en région guinéenne : a) de 1950 à 1969, b) de 1970 à 2000.
Length of the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) in Guinean area: a) 1950 to 1969, b) 1970 to 2000.

Depuis les années 1970, on assiste à l’apparition de SPPU de moins de quatre décades depuis la côte jusqu’aux environs de Tabligbo, et à la recrudescence de celles durant de cinq à neuf décades. Au Nord-Ouest, apparaissent des SPPU de moins de neuf décades au cours de la période 1970-2000 : 35 % dans le Kloto et 51 % à Adeta. Cependant, il faut noter que ce rétrécissement de la grande saison est très nuancé régionalement. Dans le Kloto, par exemple, la période allant de la fin des années 60 jusqu’au milieu de la décennie 80 connaît un amenuisement de la saison des pluies (<80 jours) alors que la fin des années 80 présente des saisons de plus longues durées (>100 jours). Cette situation pluviométrique n’est que de courte durée puisque depuis les années 90, la durée de la grande SPPU est à nouveau en nette diminution (figure 14).

La petite saison des pluies potentiellement utiles du Sud-Togo, lorsqu’elle existe, subit une réduction de sa durée. En effet, 78 % des petites SPPU existantes à Tabligbo et à Baguida, 83 % à Lomé et 90 % à Assahoun, ne durent qu’entre quatre et six décades depuis 1970. On observe la quasi disparition des petites SPPU de plus de sept décades et l’apparition des saisons de moins de trois décades. Si le Nord-Ouest de la zone guinéenne a connu des petites SPPU de plus de dix décades, aujourd’hui, dans cette zone, prédominent les saisons de sept à neuf décades (68 % dans le Kloto), et de quatre à six décades (76 % à Adeta ; figure 16). Que ce soit en zone soudanienne ou guinéenne, la réduction de la durée des SPPU correspond à une arrivée plus tardive des pluies utiles et, dans une moindre mesure, à leur fin plus précoce.

La date de début des SPPU est retardée d’au moins 20 jours, celle de fin de saison est avancée de 5 à 10 jours, soit une réduction de 25 à 30 jours.

Figure 16 : Durée comparée des SPPU de 1950-69 et 1970-2000 au Togo pour 32 stations.
Comparative analysis of the Potentially Useful Rainy Seasons (PURS) for 1950-69 and 1970-2000 in Togo for 32 stations.

Cette évolution pluviométrique bouleverse les calendriers agricoles. Dans la région de la Kara, en zone soudanienne (figure 17), le semis du sorgho se faisait en début d’avril et celui du riz en mai. Aujourd’hui, l’installation tardive des pluies utiles oblige le paysan à faire les deux semis à la même période (mai-juin). Le sorgho était récolté avant le riz et le voandzou. Mais aujourd’hui, les trois récoltes doivent se faire simultanément puisqu’une récolte tardive du riz favorise le clivage des grains et l’égrenage spontané au champ. La récolte du voandzou devrait se faire lorsque les tiges et les feuilles sont encore vertes et le sol humide. S’ils sont surpris l’arrêt précoce des dernières pluies, les paysans abandonnent leurs champs de voandzou ou alors ne parviennent pas à déterrer toutes les gousses en raison du durcissement du sol et de la perte des feuilles et des tiges.

Figure 17 : Evolution du calendrier agricole au Nord-Togo (exemple de la région de la Kara) observé avant 1970 (A) et celui observé aujourd’hui (B).
Evolution of the agricultural calendar in North-Togo (example of the Kara region).

La récolte de l’igname qui se faisait toute année n’a actuellement plus lieu qu’entre octobre et janvier en raison de la mauvaise production. En climat guinéen, la deuxième culture du maïs a disparu (figure 18).

Figure 18 : Evolution du calendrier agricole au Sud-Togo (exemple de la région des Plateaux) observé avant 1970 (A) et celui observé aujourd’hui (B).
Evolution of the agricultural calendar in South-Togo (example of the Plateaux region).

L’arrêt précoce des pluies de la petite saison réduit la possibilité pour le maïs de porter des épis, et s'il en porte, ces épis sont sans graines dans leurs spathes. Pour l’arachide, l’arrêt prématuré de ces pluies influe négativement sur la formation normale des gousses qui sont souvent peu nombreuses ou sans graines. De plus, le durcissement de la terre dû à l’installation précoce de la saison sèche rend la récolte difficile. Pour déterrer les gousses, les paysans sont contraints d’utiliser les houes et les machettes, des instruments qui, autrefois, n’étaient pas nécessaires pour une telle opération. Ainsi, les paysans ne réussissent pas à les déterrer toutes et beaucoup restent sous terre ou sont abîmées par les instruments utilisés.

Conclusion

L’étude de l’évolution des régimes pluviométriques au Togo montre que les variations pluviométriques qui perdurent depuis les années 1970 sont associées à une modification des SPPU. On observe une diminution de la longueur de la saison, un retard dans l’installation effective des précipitations et une quasi disparition de la petite SPPU au Sud-Togo. Les dates de fin de saison varient peu dans le temps et dans l’espace. Cette relative stabilité spatio- temporelle s’observe aussi bien aux fréquences de deux années sur dix, que de huit années sur dix. Ces nouvelles conditions aboutissent à une inadaptation des espèces et variétés de cultures ayant des cycles trop longs par rapport à la nouvelle durée moyenne de la saison des pluies potentiellement utiles.

Les conséquences des changements de la saison (début, fin et durée) sur la durée et la position du cycle de végétation s’avèrent donc aussi contraignantes que la baisse du total pluviométrique. Le paysan togolais, confronté à un chamboulement de son calendrier agricole, doit donc réagir à cette nouvelle donne par différentes stratégies adaptatives.

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Pour citer ce document

Référence papier : Essotalani Adewi, Kossi M. S. Badameli et Vincent Dubreuil « Évolution des saisons des pluies potentiellement utiles au Togo de 1950 à 2000 », Climatologie, 2010, p. 89-107.

Référence électronique : Essotalani Adewi, Kossi M. S. Badameli et Vincent Dubreuil « Évolution des saisons des pluies potentiellement utiles au Togo de 1950 à 2000 », Climatologie [En ligne], mis à jour le : 22/07/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/climatologie/index.php?id=489, https://doi.org/10.4267/climatologie.489

Auteur(s)

Essotalani Adewi

Université de Kara - B.P 43 - Kara – Togo

Kossi M. S. Badameli

Université de Kara - B.P 43 - Kara – Togo

Vincent Dubreuil

COSTEL - LETG (UMR 6554 CNRS), Université Européenne de Bretagne, Rennes 2 - Place du Recteur H. Le Moal - 35043 Rennes Cedex – France