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Assessing Deviance, Crime and Prevention in Europe
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Crimprev info n°5 - Les enquêtes sur la victimation et l’insécurité en Europe

Philippe Robert, Renée Zauberman, Amadeu Recasens i Brunet et Anabel Rodriguez Basanta

Texte intégral

Dans le cadre du 6e PCRDT, la Commission européenne a financé une action coordonnée Assessing Deviance, Crime and Prevention in Europe (CRIMPREV).

Cette action coordonnée comprend six axes (workpackages) thématiques dont l’un est consacré à des problèmes de Méthodologie et bonnes pratiques.

Nous présentons ici la synthèse des travaux dédiés au premier volet, celui qui concerne les enquêtes sur la victimation et l’insécurité.

L’équipe constituée pour ce premier atelier comprenait

- Mike Hough (King’s College, London) pour l’Angleterre et Galles,

- Lieven Pauwels (Universiteit Gent) et Stefaan Pleysier (Expertisecentrum Maatchappelijke Veiligheid KATHO University College associated to the Katholieke U. Leuven) pour les Pays-Bas et la Belgique,

- Joachim Obergfell-Fuchs (Kriminologischer Dienst Baden-Württemberg) pour la République fédérale d’Allemagne,

- Amadeu Recasens i Brunet (Universitat Barcelona) pour l’Espagne et le Portugal,

- Giovanni Sacchini (Città Sicure) et Rossella Selmini (Città Sicure e Università degli studi di Macerata) pour l’Italie,

- Philippe Robert (CNRS/CESDIP), pour la France,

- Renée Zauberman (CNRS/CESDIP) comme rapporteure générale.

Il était demandé aux rapporteurs de synthétiser l'état de ces enquêtes dans chacun de leurs pays et de rendre compte des utilisations qui en étaient faites. Nous commencerons par donner un abrégé des différents rapports (I) avant de présenter les grandes lignes d'une synthèse (II).

I. Les enquêtes sur la victimation et l'insécurité dans les différents pays

1. L'État des enquêtes

En Angleterre et Galles – pays qui a le plus et le plus précocement développé de telles enquêtes en Europe – on trouve une forte tradition centralisée d’enquêtes nationales développées depuis 1982 par le ministère de l’Intérieur. Non seulement l’instrument – inspiré à l’origine par l’exemple étasunien – est très développé, mais encore l’échantillon a progressivement atteint une taille qui permet de garantir la représentativité jusqu’au niveau des services régionaux de police. Cette enquête est administrée en face à face – maintenant avec assistance informatique. À côté, apparaît un nombre restreint d’enquêtes locales menées par des scientifiques mais, pour autant, souvent liée à des enjeux politiques ou gestionnaires importants.

Aux Pays-Bas, il existe deux séries d’enquêtes de très grande taille portant à la fois sur la victimation et l’insécurité ; elles sont menées l’une – le moniteur de Police – par téléphone, l’autre – l’enquête de victimation du Bureau Central de la Statistique – en face à face. Leur fusion doit déboucher sur la création d’une enquête unique d’une ampleur inégalée. Tout comme la Grande-Bretagne, les Pays-Bas ont été très impliqués dans la création et la réalisation des enquêtes internationales sur la victimation dont la dernière campagne a été menée par un consortium européen sous la direction de Gallup Europe.

En Belgique, le ministère fédéral de l’Intérieur pilote un moniteur de sécurité, fortement inspiré du modèle néerlandais, à passation biennale depuis les dernières années du siècle précédent. Administré par téléphone (un essai de questionnaire postal a été abandonné), il est construit à deux niveaux, celui de la fédération et celui des collectivités locales ayant signé un contrat de sécurité avec le ministère fédéral de l’Intérieur.

En Allemagne, le portrait est tout différent. On trouve d’abord des enquêtes locales conçues, réalisées et financées par des organismes scientifiques, avec souvent peu de moyens et donc le recours à des démarches économiques comme le questionnaire postal. Plus récemment, on note des enquêtes – toujours locales ou régionales – menées à bien pour appuyer des politiques publiques de sécurité. Entre ces deux grands courants, on peut encore noter un nombre étonnamment faible d’enquêtes nationales, surtout suscitées par la réunification et le souci subséquent de découvrir, là comme dans d’autres domaines, les différences entre anciens et nouveaux Länder.

En Italie, les choses se présentent encore différemment. Le producteur principal d’enquêtes de victimation est un organe de l’État national, l’ISTAT et l’on signale assez peu de choses en dehors de ces enquêtes ; toutefois, il faut mentionner que des gouvernements régionaux peuvent acheter un grossissement de leur sous-échantillon, comme le fait notamment l’Émilie-Romagne.

En Espagne, on ne signale, à l'échelle de l'État central, que quelques tentatives ébauchées par un centre d'enquêtes de la Présidence du gouvernement. C'est à Barcelone que l'on trouve un dispositif ancien et régulier, étendu depuis quelques années à toute la Catalogne.

Au Portugal, des essais du ministère de la Justice au début des années 1990 n'ont pas prospéré tandis que l'observatoire de sécurité de la ville de Porto a aussi réalisé quelques enquêtes une décennie après.

En France, les enquêtes nationales se systématisent tard à la diligence, là aussi, d’un organe statistique de l’État, l’INSEE. Il s’agit d’enquêtes annuelles, de face à face (maintenant avec assistance informatique), avec un petit questionnaire et un vraiment petit échantillon qui n’a été doublé que récemment sans atteindre pour autant les tailles pratiquées dans les pays voisins. L’implication très récente du ministère de l’Intérieur s’est traduite par un bouleversement complet de l’instrument sans grand souci de préserver la comparabilité dans le temps, et par un effort insuffisant pour la taille de l’échantillon. On trouve à côté, un nombre assez important d’enquêtes infranationales (réalisées par téléphone avec assistance informatique), mais seules celles menées par la Région Île-de-France bénéficient d’une certaine continuité.

Quatre remarques générales peuvent être ajoutées pour compléter le tableau. Le thème des violences subies par les femmes a fait l’objet d’enquêtes dans plusieurs pays (France, Allemagne, Espagne, Italie) ; en revanche il n’est pas mentionné dans les rapports concernant l’Angleterre et le Benelux. Celui des violences scolaires a également entraîné la réalisation d’enquêtes de victimation en Allemagne, Italie, Espagne et France.

Tous les rapports s’accordent pour mentionner que les enquêtes sur le sentiment d’insécurité sont beaucoup plus nombreuses et diversifiées que celles sur la victimation, à la fois parce qu’elles sont moins coûteuses (on peut recourir à de moindres échantillons) et parce qu’elles paraissent (peut-être à tort) moins difficiles. Du coup, elles sont mises en œuvre non seulement par les différents paliers de gouvernement, mais encore par une ribambelle d’autres acteurs, scientifiques parfois, médiatiques souvent.

Les pays sous examen ont pris part aux enquêtes internationales, quoiqu'avec des degrés d'implication très différents, mais les données qui en sont issues font peu souvent l'objet d'analyses et d'utilisations purement nationales.

2. Les usages des enquêtes

Sur les utilisations scientifiques, le contraste est moins saisissant. S’ils paraissent surtout développés en Angleterre et Galles et dans les pays du Benelux, également en Allemagne et en France, en tous cas dans les différents pays étudiés il semble que ce soit toujours le fait d’une petite minorité parmi les spécialistes de l’étude du crime. Dans chaque rapport, ce sont toujours les mêmes auteurs et les mêmes instituts ou universités qui reviennent. À noter pour l’Italie, le contraste dessiné entre le large désintérêt des universitaires et un investissement plus conséquent de centres d'études privés ou publics.

Aussi peu nombreux soient-ils, les scientifiques qui s’adonnent aux analyses secondes des enquêtes sur la victimation et l’insécurité semblent produire des travaux souvent assez sophistiqués ; le rapport sur les pays du Benelux fait une large place aux travaux de méthodologie statistique. On notera pour l’Allemagne l’attention portée à des questions de méthodologie du questionnaire envisagées sous une optique psychologique, alors que les travaux français, par exemple, sont résolument sociologiques. En ce qui concerne les recherches anglaises, leur attention se tourne souvent vers des questions ayant de fortes résonances politiques ou médiatiques ce qui peut leur donner une certaine visibilité médiatique qui n’est jamais évoquée dans les autres pays sous examen.

Le contraste entre pays renaît quand on s’intéresse aux usages extrascientifiques. Là encore, l’Angleterre fait bande à part avec une mobilisation systématique des résultats d’enquête au service du gouvernement central et, à son instar, des services de police et des gouvernements locaux. Le triomphe – sous le gouvernement travailliste – d’une culture gestionnaire semble avoir renforcé cette tendance au cours des années récentes. À un moindre degré, il faut noter la forte implication des moniteurs de sécurité néerlandais et belge dans la mise en œuvre et l’évaluation des programmes de sécurité, au double niveau national et local.

En revanche, en Italie, l’État national semble peu intéressé par le matériau issu des enquêtes qui retient seulement l’attention de quelques gouvernements régionaux et locaux, parmi lesquels celui de la Regione Emilia Romagna prend une figure tout particulière, avec son agence spécialisée, Città sicure.

En Allemagne, c’est semble-t-il dans une seconde période que les gouvernements régionaux et locaux se sont tournés vers ces enquêtes pour piloter et/ou évaluer leurs programmes de sécurité. En revanche, on ne signale guère d’utilisation par le Bund, peut-être parce que la structure fédérale lui réserve peu de compétences dans un domaine qui revient plutôt aux Länder.

En Espagne, si la ville de Barcelone a longtemps fait un usage systématique de ses enquêtes, on a moins d'informations sur le sort que le gouvernement régional catalan leur réserve.

Quant au Portugal, les seules informations disponibles concernent l'intégration des résultats d'enquêtes dans l'Observatoire de sécurité de Porto.

En France, de longtemps le gouvernement national a été ambigu, voire même réticent devant le recours à des enquêtes vues comme concurrentes de l’information procurée par des voies administratives. Depuis quelques années, les données issues de ces enquêtes commencent à apparaître dans des observatoires nationaux. On ne sait pas trop comment les quelques gouvernements subnationaux qui recourent à ces enquêtes parviennent à en utiliser réellement les données au beau milieu des amas de données administratives qui leur servent à l’ordinaire d’observatoires. Cependant, le Conseil régional d’Île-de-France utilise ses enquêtes régulières pour nourrir un observatoire géré par un institut d’études.

En Angleterre, dans les pays du Benelux, en Allemagne, même en Italie, on croit observer une bonne communication entre le monde scientifique et les usagers qui n’en font pas partie. On notera ainsi l’effort systématique du ministère fédéral de l’Intérieur belge pour susciter et financer des travaux scientifiques à partir des données du moniteur de sécurité et par la facilité avec laquelle les données sont mises à la disposition des équipes scientifiques. À l’inverse, en France, on est frappé par la séparation rigide qui existe entre le monde scientifique et le monde politico-administratif  et ses experts. Seules les enquêtes à thèmes spécialisés échappent à ce topos.

Dans la plupart des pays (Angleterre, Pays-Bas, Belgique, Italie), les résultats sont régulièrement accessibles au moins sur des sites internet. La situation est plus compliquée en Allemagne en raison de la diversité des enquêtes : les plus importantes sont publiées mais un certain nombre de campagnes réalisées dans un cadre purement académique ou les plus petites des enquêtes locales restent souvent peu diffusées. Dans la péninsule ibérique, la diffusion ne semble pas très systématique, la publication encore moins. Enfin, en France, la situation est variable selon les cas : si les résultats des enquêtes à pilotage directement scientifique sont systématiquement publiés et affichés sur la toile, les enquêtes nationales le sont de manière beaucoup plus succincte (sauf à travers des analyses secondes scientifiques) et certaines campagnes régionales ou locales ne sont pas publiées et peu diffusées.

II. Éléments de synthèse

1. Les pratiques des enquêtes sur la victimation et l’insécurité

Le champ

La situation est très contrastée selon que l’on s’attache aux victimations ou au sentiment d’insécurité.

La gamme des événements couverts est plus ou moins la même partout : atteintes aux véhicules, des vols aux dégradations, cambriolages, vols, agressions, vandalisme.

La plupart des enquêtes s’accordent pour distinguer parmi eux ceux qui atteignent tous les membres d’un ménage ou d’une unité de vie (atteintes aux véhicules, cambriolages) et ceux qui sont plus personnels (vols et agressions). Évidemment, ces sortes d’événements sont couverts de manière plus ou moins détaillée. Quelques rapports mentionnent des tentatives pour étudier les vols dans les petits établissements commerciaux, certaines fraudes, des victimations touchant la consommation ou la vie des affaires, sans omettre les multiples incidents de la vie scolaire que les enquêtes spécialisées détaillent généreusement… mais ces essais d’élargissement – qui se heurtent parfois à de sérieux obstacles de formulation – ne vont pas très loin. On se heurte vite à une double barrière difficilement franchissable :

- il faut pouvoir formuler les victimations dans un langage qui ait des chances d’être compris par tous les enquêtés à peu près de la même manière ;

- surtout, il faut que quelqu’un soit susceptible de se considérer comme directement victime de l’infraction, ce qui n’est pas le cas pour la délinquance sans victime ou à victimation indirecte.

La situation de la recherche est beaucoup plus confuse pour l’insécurité. Toutes les enquêtes de victimation comprennent aussi des questions sur l’insécurité, mais il existe beaucoup d’autres sondages spécialement dédiés à ce dernier thème. Ils sont moins compliqués à bâtir que les premières, moins coûteux aussi ; enfin, ils ne concurrencent pas les formes traditionnelles de mesure de la délinquance et ne suscitent donc pas de réticences des gestionnaires. Pour autant, cette abondance n’est pas synonyme de richesse d’information. La plupart des rapporteurs ont émis des appréciations très critiques sur ces investigations. D’une part, les questions utilisées sont très peu standardisées et l’on peine souvent à peser leur signification. D’autre part, même pour les questions standardisées, la réflexion sur l’insécurité n’a pas progressé suffisamment pour que l’on soit au clair sur le sens des réponses obtenues. Un énorme effort doit être accompli si l’on veut qu’à la multitude des sondages sur l’insécurité corresponde un réel effet de connaissance.

Un dispositif concentré ou dispersé

Bonne image de la diversité des situations en Europe, les pays examinés dans le séminaire de CRIMPREV disposent parfois d’un dispositif dominé par l’hégémonie d’une enquête, parfois au contraire un tableau beaucoup plus éclaté, enfin une série de cas intermédiaires. La gamme des enquêtes de victimation qui apparaît dans les pays sous examen peut se résumer ainsi :

- des enquêtes générales

nationales

régionales

locales

- des enquêtes thématiques concernant des populations particulières (jeunes, femmes…)

Évidemment, la gamme entière n’est pas présente dans tous les pays sous examen. Il faut tenir compte du fait que certaines enquêtes nationales sont construites de manière à assurer une représentativité régionale ou locale.

Une version spécifiquement européenne (EU ICS) a été développée en 2005 par l’Institut Gallup avec un financement de la Commission européenne. En outre, on trouve des éléments sur la victimation et l’insécurité dans l’Eurobaromètre (44.3) de 1996 et dans les European Social Surveys de 2002, 2004 et 2006.

Les enquêtes de victimation bien faites sont coûteuses en raison de l'importance des échantillons nécessaires pour éviter des intervalles de confiance démesurément ouverts surtout dans les cas de victimations rares. L’importance des coûts a deux sortes de conséquences : d’une part, ils peuvent entraver le recours de gouvernements locaux qui en éprouvent pourtant le besoin, aux enquêtes de victimation ; d’autre part, la position hégémonique d’administrations étatiques ou régionales peut les incliner, dans certains pays, à freiner la mise à disposition des données à la communauté scientifique ou à filtrer les bénéficiaires. En revanche, les enquêtes spécifiquement consacrées à l’insécurité, moins coûteuses connaissent une gamme beaucoup plus diversifiée de commanditaires.

Une robustesse variable

Divers critères peuvent ici être envisagés : l'échantillon, l'instrument, le mode d'administration, la période observée.

Plus la taille du premier est importante, plus les résultats seront dignes de foi.

Comme déjà signalé, les questions d'insécurité sont considérées comme globalement peu satisfaisantes. Pour la victimation, tout dépend de l'étendue des interrogations : en général, les enquêtes interrogent sur les circonstances de l'événement et sur le renvoi opéré ou non par la victime1. Les répercussions – surtout subjectives – de la victimation sont incluses moins systématiquement et plus ou moins habilement.

  • 1  Si la plupart des enquêtes s'intéressent – avec (...)

La qualité de l'instrument repose aussi finalement sur la capacité à arbitrer entre deux impératifs contradictoires : l'interview ne doit pas durer trop longtemps pour ne pas excéder l'enquêté ; et pourtant le questionnaire doit non seulement détailler les informations factuelles mais encore faire suffisamment de place aux informations plus subjectives sur le vécu de l'incident et sur son contexte (par exemple sur les caractéristiques et les problèmes du quartier), toutes informations sans lesquelles l'exploitation de l'enquête se réduit à d'arides dénombrements finalement peu instructifs.

    L'interrogation en face à face – de plus en plus souvent avec assistance d'un ordinateur (CAPI) – constitue la modalité la plus coûteuse. C'est la passation par téléphone, avec assistance informatique (CATI), qui se répand le plus. Il faut encore mentionner que les enquêtes sur la victimation des étudiants ou des scolaires sont généralement administrées en salles de classe sous forme d'un questionnaire papier qui est rempli sous le contrôle des responsables de l'enquête et/ou des enseignants.

      Certains rapports attirent l'attention sur l'inquiétante dégradation des taux de réponse. S'ajoutent d'ailleurs à cette difficulté d'autres obstacles propres à tel ou tel mode d'administration comme la multiplication des ménages dépourvus de téléphones fixes ou la prolifération des dispositifs empêchant de pénétrer dans les résidences. À vrai dire, le problème crucial n'est pas tant celui du taux de réponse que celui des biais suscités par des non-réponses inégalement répartis.

        Moins la période observée est longue, moins se posent des problèmes de perte de mémoire ou de télescopage temporel et donc plus les résultats sont solides. La période standard est d'une année, quelquefois en concurrence avec des durées plus étendues, comme deux ou trois ans, cinq ans ou la vie entière.

          2. Les applications scientifiques et politiques des enquêtes sur la victimation et l’insécurité

          La gamme des mobilisations des enquêtes dans l’aide à la décision et l’évaluation des politiques publiques est extrêmement ouverte.

            Les États nationaux et certaines régions intègrent – plus ou moins – les enquêtes dans des observatoires et des dispositifs de pilotage des politiques de prévention et de sécurité. C’est aussi le cas, avec plus de difficultés,  d’un certain nombre de villes et d’agglomérations. Quant aux enquêtes thématiques sur populations spéciales (la violence contre les femmes, les jeunes, particulièrement les scolaires), elles semblent recevoir partout un écho et ont souvent des répercussions notables.

              Il est assez difficile de se faire une idée globale de l’écho des enquêtes dans les médias. Il semble en tout cas très lié à l’actualité : si une enquête tombe à un moment où l’insécurité est en débat – ainsi lors d’une campagne électorale, au moment d’un incident spectaculaire (comme des violences scolaires graves) – ou sur un thème sensible – comme les violences faites aux femmes – elle peut bénéficier d’une couverture importante. Mais il semble que cette attention soit plutôt fugace et sporadique que systématique. La situation diffère aussi selon que l’enquête de victimation est devenue le moyen ordinaire d’information sur la délinquance ou qu’elle est encore secondaire par rapport aux statistiques de police. Dans le premier cas, on se tourne vers elle beaucoup plus fréquemment que dans l’autre.

                Dans tous les cas – même dans les pays qui semblent assez bien lotis – on déplore le trop faible nombre de scientifiques quantitativistes capables de pousser les analyses secondes sur ces données et d'en combiner les résultats avec ceux produits en général par la sociologie du crime.

                  La collaboration du monde scientifique importe d'abord pour éviter que commanditaires et utilisateurs évaluent mal les apports et les limites des enquêtes.

                    Elle est aussi importante pour la construction des enquêtes. Sans une expérience approfondie d'analyses secondes et une fréquentation assidue de la littérature sociologique sur le crime, l'élaboration des protocoles peut se heurter à de graves difficultés.

                      Elle importe enfin à l'apport des enquêtes : sans analyse seconde, sans croisement entre résultats d'enquête et acquis de la sociologie du crime, on peut s'arrêter à de pseudo-résultats, comme c'est souvent le cas en matière d'insécurité, ou ne tirer des enquêtes qu'une maigre partie de leurs apports potentiels, ce qui serait particulièrement regrettable pour des investigations aussi coûteuses.

                        Notes

                        1  Si la plupart des enquêtes s'intéressent – avec plus ou moins de détail – au renvoi à la police, celui en direction d'autres intervenants (assurance, services de santé, fournisseurs d'équipements de sécurité…) est moins systématiquement étudié.

                        Date de publication papier :

                        09 novembre 2007

                        ISBN papier :

                        978 2 917565 01 8

                        Pour citer ce document

                        Philippe Robert, Renée Zauberman, Amadeu Recasens i Brunet et Anabel Rodriguez Basanta, «Crimprev info n°5 - Les enquêtes sur la victimation et l’insécurité en Europe», CRIMPREV [En ligne], Crimprev Info, Le programme CRIMPREV, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/crimprev/index.php?id=92

                        Contacts :

                        Philippe Robert, Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP) – Immeuble Edison – 43, boulevard Vauban – F – 78280 Guyancourt. E-mail : probert@gern-cnrs.com

                        Renée Zauberman, Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP) – Immeuble Edison – 43, boulevard Vauban – F – 78280 Guyancourt. E-mail : zauberman@cesdip.com

                        Amadeu Recasens i Brunet, Universitat de Barcelona. E-mail : arecasensb@gmail.com

                        Anabel Rodriguez Basanta, Universitat de Barcelona. E-mail : arbasanta@gmail.com