Déchets, Sciences & Techniques

N°11


Editorial


« Le champ actuel des recherches utiles à la problématique déchets, est loin d'être clos »
Alain Navarro

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Texte intégral

Les vacances d'été ne se sont pas achevées sans qu'un éclairage supplémentaire n'ait été apporté au problème des déchets et par la voix la plus officielle (ministère de l'Environnement). L'incinération « triomphante » ces dernières années, devrait dorénavant être freinée dans son développement pour faire plus de place à d'autres filières de traitement qui visent essentiellement la valorisation matière. Ce « ré-équilibrage », tout au moins du discours officiel, ne va pas sans nous interroger sur les besoins à satisfaire par la recherche dans ce domaine.

En tout premier lieu, il apparaît que lorsqu'une technologie s'installe dans un développement conséquent il devient plus aisé d'en percevoir les insuffisances : on ne connaît bien que ce que l'on mesure et l'on mesure bien que ce qui existe !  Ceci est particulièrement vrai pour les impacts des fumées ou le devenir des résidus d'épuration des fumées (Refiom) ou des mâchefers (Miom), pour ce qui concerne plus spécifiquement les ordures ménagères. Ce constat devrait nous inciter à plus de curiosité, et donc à plus de travaux scientifiques relatifs aux impacts prévisibles de filières comme la thermolyse, les unités de tri, le recyclage des plastiques, etc. Par impact, nous entendons bien sûr les impacts sur l'environnement mais également, de plus en plus, les impacts toxicologiques et sanitaires.

En second lieu, ce rééquilibrage implique à tout le moins qu'il n'y a pas de filière« reine » et que la décision à prendre est du domaine du choix d'où l'intérêt des travaux scientifiques sur l'aide à la décision, encore balbutiants dans le domaine des déchets mais probablement appelés à un fort développement. Notons à ce sujet que cette aide à la décision ne se limite pas aux critères d'impact environnemental, mais que les contraintes sociétales et économiques y ont une place de choix. Par ailleurs, la conversion aux problèmes de déchets des outils de l'analyse multicritère est également un thème de recherche fort intéressant.

En troisième lieu, enfin, la nature et l'intensité du débat public, à propos de l'installation d'unité de traitement des déchets, met bien en évidence la difficulté de gérer le « local » et le « global ». L'accent a peut-être été mis avec trop d'insistance, ces dernières années sur les impacts « globaux » (effet de serre, pluie acide, couche d'ozone, gestion des ressources...) au détriment le plus souvent des impacts « locaux » (nuisances, pollutions diverses, bruit, gêne esthétique, dépréciation patrimoniale, etc.) qui sont pourtant ceux que les riverains vivent (ou vivront) au quotidien. Un beau problème pour les sociologues et les « politiques ».

Comme vous le voyez, le champ actuel des recherches utiles à la problématique déchets, est loin d'être clos. Quelques phrases prononcées à l'issue du conseil des ministres en élargissent encore le champ et surtout, en justifient tout l'intérêt.

Bonne rentrée

Pour citer ce document

Référence papier : Alain Navarro « Editorial », Dechets sciences et techniques, N°11, 1998, p. 2.

Référence électronique : Alain Navarro « Editorial », Dechets sciences et techniques [En ligne], N°11, mis à jour le : 22/01/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/dechets-sciences-techniques/index.php?id=1166, https://doi.org/10.4267/dechets-sciences-techniques.1166

Auteur(s)

Alain Navarro

Professeur à l'Insa de Lyon - 20, avenue Albert Einstein - Bâtiment 404 - 69621 Villeurbanne cedex