Déchets, Sciences & Techniques

N°29


Éditorial


Eau, air, déchets
Alain Navarro

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Texte intégral

La maîtrise de l’environnement dans la conception et la conduite des procédés industriels a progressivement fait émerger des spécialisations que l’on peut, en première approximation, regrouper dans les techniques de l’eau, de l’air et des déchets.

Il peut être intéressant de comparer l’évolution de ces trois secteurs afin de mettre en évidence, si tel est le cas, les similitudes qui se font jour ou bien alors les différences qui les caractérisent.

S’agissant de l’eau et de l’air, on est conduit à observer que la nécessité de préserver ces éléments ne fait à l’évidence l’objet d’aucune controverse. Si controverse il y a, elle porte sur le niveau de qualité à exiger en matière d’épuration.

En effet l’eau et l’air sont des éléments vitaux dont nul ne songe à se priver et nous acceptons, peut-être contraints et forcés dans certains cas, de les consommer en sachant qu’ils ont eu, au cours de leur longue vie, à subir de multiples agressions polluantes. Ils en gardent d’ailleurs de nombreuses traces.

De plus, et cela n’est pas sans intérêt pour le technicien de la dépollution, l’eau et l’air correspondent à des typologies uniques et simples. L’eau c’est H2O et l’air un mélange, stable dans ses proportions, d’azote et d’oxygène. Lorsque ces deux éléments sont pollués c’est par l’apport de substances exogènes et indésirables et l’objectif des technologies de traitement est sans ambiguïté. Il s’agit d’extraire ou de détruire ces substances pour redonner à l’eau et à l’air les qualités requises pour leur consommation. Le débat à ce propos porte alors sur le choix des technologies, sur leur coût, leur efficacité et nul n’en conteste l’opportunité s’agissant de sujets essentiels au niveau d’activités humaines comme la nourriture, la respiration, les loisirs, l’hygiène, en fait la vie sous tous ses aspects.

A l’inverse, s’agissant du domaine des déchets, on n’est pas du tout dans la même configuration. Il n’existe, en premier lieu, pas de typologie propre aux déchets. Leur composition chimique couvre l’ensemble des composés organiques et minéraux, naturels ou de synthèse, avec, de plus, toutes les possibilités de mélange imaginables. De surcroît, leur état physique, généralement l’état solide, constitue un handicap supplémentaire car les déchets ne sont pas dotés de cette fluidité qui caractérise l’eau et l’air. Enfin, rares sont ceux qui considèrent l’existence des déchets comme vitale. Destinés selon les termes même de la loi, à l’abandon, il faut faire appel à des considérations d’ordre écologique (économie des ressources et protection de l’environnement) ou hygiénique (propreté des milieux et risques sanitaires) pour justifier leur traitement.

Dès lors qu’il s’agit de choisir un mode de traitement, les possibilités sont plurielles et les objectifs, objets de débats. Faut-il les valoriser (et si oui dans quelle filière ?) ou les éliminer (par destruction ou par stockage ?). Ce sont là des éléments qui permettent d’expliquer pourquoi les déchets sont un « problème » toujours au cœur de débats, de controverses ou bien encore de revirements stratégiques pas toujours justifiés aux yeux du public. On comprend alors que la notion d’acceptabilité soit aussi souvent évoquée par ceux qui consacrent leurs travaux à ce domaine.

S’agit-il de rendre les solutions proposées acceptables par le public ou d’accepter les contraintes inhérentes à l’existence de ces déchets ?

Associer le plus largement possible le déchet et le produit qui lui est associé (ou l’inverse !) apparaît peut-être comme une voie à explorer pour aller dans ce sens.

Pour le scientifique il est très difficile, dans ce contexte, d’avoir la satisfaction d’ouvrir des voies généralisables à une variété de déchets. Il est souvent obligé de proposer des outils techniques ou des méthodologies d’approche qu’il faut sans cesse adapter au cas de chaque déchet (voire de famille de déchet dans le meilleur des cas). Il faudrait développer une vraie pédagogie de l’ensemble de la production et de la consommation pour convaincre nos concitoyens de la nécessité (et souvent de la qualité) du travail scientifique qui se développe à propos des déchets.

Enfin, toute réflexion terminée, que serait l’efficacité des technologies de dépollution de l’air et de l’eau si l’on ne se préoccupait pas du devenir des poussières et des boues, ces déchets auxquels elles aboutissent le plus souvent ?

Pour citer ce document

Référence papier : Alain Navarro « Éditorial », Dechets sciences et techniques, N°29, 2003, p. 2.

Référence électronique : Alain Navarro « Éditorial », Dechets sciences et techniques [En ligne], N°29, mis à jour le : 04/02/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/dechets-sciences-techniques/index.php?id=2288, https://doi.org/10.4267/dechets-sciences-techniques.2288

Auteur(s)

Alain Navarro

Professeur émérite – Laboratoire d’analyse environnementale des procédés et des systèmes industriels – INSA de Lyon – Bât. Sadi Carnot, 9 rue de la Physique, 69621 Villeurbanne Cedex