Déchets, Sciences & Techniques

N°30


Le coût social des consommations d’espace


Approche méthodologique et étude de cas relative au traitement des déchets
Gérard Bertolini

[Version imprimable] [Version PDF]

Résumé

Parmi les ressources naturelles, le foncier présente certaines spécificités. Dans le cadre des analyses de cycle de vie (ACV), la consommation d’espace est prise en considération, mais la plupart des auteurs se bornent à une indication en terme de surface mobilisée, soit un traitement très fruste. Certains auteurs ont développé des analyses des divers impacts ou effets environnementaux associés à des usages du sol ; mais on bascule alors dans « l’analyse environnementale ». L’objet de cet article est différent : il ne vise pas à décrire et analyser les divers impacts environnementaux associés à des usages du sol, mais à évaluer le coût social résultant de la mobilisation d’espace. Il vise également à jeter un pont entre les ACV et l’analyse économique. L’espace est source d’utilité, privée et sociale ; mais cela signifie qu’une réduction de consommation d’espace, pour assurer une même fonction ou une même utilité, génère un gain social. Les terrains ou espaces n’ont pas le même intérêt (la même valeur) pour la collectivité. Dès lors, dans les ACV, il apparaît préférable de prendre en compte, plutôt que la surface, la valeur du terrain. Cette valeur renvoie elle-même à des valeurs d’usage et d’échange, de location ou d’acquisition, et le cas échéant à des préférences propres de la collectivité. Une monétarisation de l’effet « consommation d’espace » présente pour avantage, dans les ACV, de faciliter l’agrégation de divers effets environnementaux (sous réserve bien sûr que les autres effets soient eux-aussi évalués en termes monétaires). Ce qui est appelé communément « consommation d’espace » n’est en fait généralement qu’une mobilisation ou occupation temporaire, pour un certain usage. Il peut cependant en résulter la présence de constructions lourdes, devenues hors d’usage, et d’autres modifications d’attributs « intrinsèques » du terrain, en particulier des altérations plus ou moins réversibles, susceptibles d’hypothéquer des usages futurs. L’optique ACV conduit à prendre en compte l’après-usage (initial) et le long terme. À titre d’illustration, une étude de cas a été faite. Elle est relative au traitement des déchets, notamment à l’alternative incinération ou mise en décharge (stockage). Si on considère seulement l’occupation initiale d’espace, le résultat est très favorable à l’incinération. Si on intègre la valeur des espaces concernés, il devient favorable au stockage. Cependant, au delà de la phase d’exploitation, le stockage se traduit, sinon par une « stérilisation » définitive des terrains concernés (permettant alors véritablement de parler de « consommation d’espace »), du moins par des pertes de valeur d’usages (potentiels). Dès lors, une analyse sur longue période (100 ans), qui s’accompagne d’un besoin de renouvellement des capacités, donne à nouveau l’avantage (pour ce critère) à l’incinération.

Abstract

Among natural resources, space or land has some specificity. In the frame of Life Cycle Analysis (LCA), authors are considering this resource, but most of them are contenting with indicating the quantity of space which is occupied by an activity. However some authors have developed analysis on this theme by considering the various environmental impacts which are related to land (particularly soil) uses. The objective of this paper is different, that is to say to evaluate the social cost of space consumption (and not to describe and analyse the various environmental impacts). Moreover a stake is to bridge a gap between LCA and economic analysis. Land generates private and social benefits; but this means that space savings, for a similar function or a same utility, is generating a social benefit. The different kinds of land or space have not the same interest (the same value) for the community. Then inthe frame of LCA, it appears preferable to take intoaccount the land value, and not only the land surface (quantity). This value is related to use and exchange (market) values, rent or buy, and possibly to specific preferences of the community. In the frame of LCA, economic valuation (monetarization) of land consumption will facilitate the aggregation of various environmental impacts (if they are monetary valued too). What is called commonly “space consumption” is generally a temporary use for some activity. However change of “intrinsic" attributes and land value may result from this use, in particular heavy buildings to demolish and other more or less reversible deterioration which jeopardize future uses. LCA needs to consider after use and long run. For illustration a case study is concerning waste disposal options: incineration or landfilling. Land quantitative need is much lower for incineration. However landfilling may be preferable if we consider land value. But landfilling involves, if not a complete land “sterilization” (that is to say really a space “consumption”), at least losses of possible future uses. A long run analysis (100 years), including renewals of waste treatment capacities, gives advantage (concerning this kind of impact) to incinération.

Pour citer ce document

Référence papier : Gérard Bertolini « Le coût social des consommations d’espace », Dechets sciences et techniques, N°30, 2003, p. 3-10.

Référence électronique : Gérard Bertolini « Le coût social des consommations d’espace », Dechets sciences et techniques [En ligne], N°30, mis à jour le : 10/02/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/dechets-sciences-techniques/index.php?id=2434, https://doi.org/10.4267/dechets-sciences-techniques.2434

Auteur(s)

Gérard Bertolini

LASS MA2D, Université Claude Bernard Lyon I, Bâtiment 101 27, Bd du 11 Novembre 1918, 69622 Villeurbanne Cedex