Déchets, Sciences & Techniques

N°30


Dégradation et potentiel polluant d’un produit phytosanitaire : l’atrazine


Richard Cherrier, David Lapole, Corinne Perrin-Ganier et Michel Schiavon

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Résumé

L’étude de la dégradation d’un pesticide dans le sol est essentielle pour déterminer son potentiel polluant (dégradabilité et disponibilité) et de ce fait son impact environnemental. Effectivement, après application, seul un faible pourcentage du produit phytosanitaire pulvérisé sera utilisé à des fins biocides, le reste constituera « les résidus », sorte de déchets agricoles ayant des devenirs multiples dans l’environnement. Afin de répondre à cette problématique, la dégradation de l’atrazine a été étudiée pour deux sols représentant des situations pédoclimatiques contrastées (climat océanique et semi-continental) et des passés culturaux distincts : pas de traitement répété à l’atrazine pour l’un et 17 ans de traitement du maïs avec uniquement cet herbicide, pour l’autre. Cette étude nous a permis de constater une dégradation biologique de l’atrazine différente dans les deux sols. Pour le sol habituellement traité avec l’atrazine, la minéralisation de cette molécule est rapide et importante, allant jusque 70 % de la dose appliquée en 4 mois (temps de 1/2 vie de 13 jours ; hypothèse d’adaptation du sol à cet herbicide), tandis que pour le sol récemment traité avec cet herbicide, la minéralisation est lente et régulière, représentant seulement 15 % de la dose appliquée en 4 mois. De ce fait la disponibilité des résidus à l’égard du lessivage, donc de la pollution des eaux souterraines par les résidus inutilisés, apparaît plus importante, du moins en durée, pour le site présentant une dégradation lente. Ce type d’étude est à prendre en compte, d’une part, pour estimer le potentiel polluant des produits phytosanitaires, notamment par les différents résidus, d’autre part, pour évaluer le potentiel agronomique de la molécule considérée (temps d’efficacité du traitement) et enfin pour observer l’évolution (adaptation) de la microflore des sols à la biodégradation des pesticides.

Abstract

Only a low percentage of the pesticide sprayed on a culture has a direct biocide action. The major part remains in the soil as extractable or non-extractable residues, like the parent product form or as degradation products. As a consequence, pesticide degradation study in soil is of great interest to assess its environmental impact. For example, concerning the most famous pesticide, atrazine, degradation kinetics seem highly variable depending on climate and soil characteristics. In order to clarify this point, atrazine degradation has been studied in two opposite pedoclimatical situations: oceanic or semi-continental climate, with different past treatments (no repeated atrazine treatment or 17 years atrazine treatment). Our data show biological degradation of atrazine in both cases but significant differences appear between the two cases. In the one hand (soil with repeated treatments), a high mineralization of the molecule occurs (up to 70 % of the applied amount in 4 months). In the other hand, mineralization is lower with only 15 % of the applied atrazine mineralized after 4 months. Consequently, less atrazine residues are available to leach in the first case and this can limit the underground water pollution. This situation shows that repeated use of one pesticide on the same field can lead to an adaptation phenomenon which reduces water pollution potential. This case is favourable for environment provided agricultural efficiency of the pesticide remains.

Pour citer ce document

Référence papier : Richard Cherrier, David Lapole, Corinne Perrin-Ganier et Michel Schiavon « Dégradation et potentiel polluant d’un produit phytosanitaire : l’atrazine », Dechets sciences et techniques, N°30, 2003, p. 29-33.

Référence électronique : Richard Cherrier, David Lapole, Corinne Perrin-Ganier et Michel Schiavon « Dégradation et potentiel polluant d’un produit phytosanitaire : l’atrazine », Dechets sciences et techniques [En ligne], N°30, mis à jour le : 10/02/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/dechets-sciences-techniques/index.php?id=2456, https://doi.org/10.4267/dechets-sciences-techniques.2456

Auteur(s)

Richard Cherrier

Laboratoire sols et environnement, ENSAIA-INPL/INRA, UMR 1120 BP 172 - 54505 Vandoeuvre-lès-Nancy

David Lapole

Laboratoire sols et environnement, ENSAIA-INPL/INRA, UMR 1120 BP 172 - 54505 Vandoeuvre-lès-Nancy

Corinne Perrin-Ganier

Laboratoire sols et environnement, ENSAIA-INPL/INRA, UMR 1120 BP 172 - 54505 Vandoeuvre-lès-Nancy

Michel Schiavon

Laboratoire sols et environnement, ENSAIA-INPL/INRA, UMR 1120 BP 172 - 54505 Vandoeuvre-lès-Nancy