Déchets, Sciences & Techniques

N°33


Éditorial


Le Japon : la pureté à tout prix ?
Pierre Moszkowicz

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Texte intégral

Le Japon est certainement le pays qui a dû faire face aux problèmes environnementaux les plus cruciaux, avec un développement industriel et urbain explosif pendant la deuxième moitié du siècle précédent. Il peut être extrêmement intéressant de comparer un certain nombre de situations et de problématiques en France et au Japon. Le cas de la gestion des résidus solides de l’incinération des ordures ménagères est à cet égard significatif.

Ce pays a développé plus que la France l’incinération des déchets ménagers : 80 % des 50 MT/an d’OM subissent un traitement thermique, ce qui génère environ 1,2 MT/an de résidus de traitement des fumées et 6 MT/an de scories, qui ne sont jamais considérées comme des mâchefers valorisables . Près de 80 % de ces résidus solides sont finalement vitrifiés, soit dans l’unité de traitement des déchets elle-même par des procédés de pyrolyse/fusion, soit dans des unités annexes de fusion/vitrification des résidus de l’incinération. Près de la moitié des scories ainsi obtenues sont utilisées comme matières premières secondaires en travaux publics, les autres sont éliminées dans des décharges du type « classe III ».

Pourquoi a-t-il été impossible au Japon d’envisager comme en France la valorisation directe des mâchefers en travaux publics, ce qui a conduit au développement de filières nettement plus coûteuses ? La réponse tient sans doute au très grand nombre (1 500) et à la très grande diversité (capacités de 5 T/jour à 800 T/jour) des incinérateurs qui sont en fonctionnement, ce qui rend très incertaine la qualité des résidus solides produits. Par contre, en France, la rationalisation du parc d’incinérateurs depuis la loi de 1992 a pu avoir une heureuse conséquence en permettant la mise en place de filières de valorisation des mâchefers, avec des procédures de contrôle de qualité environnementale relativement simples.

Une autre composante purement culturelle peut aussi jouer un rôle : les Japonais, adeptes par exemple de jardins méticuleusement arrangés, souvent d’ailleurs totalement minéraux, sont certainement soucieux de pureté et d’ordre, et ne supporteraient pas le retour dans leur environnement quotidien (même en sous-couche routière), de résidus provenant directement du traitement des déchets ménagers. En France, par contre, la volonté de développer la vitrification des résidus solides de l’incinération des OM n’a porté que sur les résidus d’épuration des fumées (Refiom) et n’a pas pour l’instant réellement trouvé son débouché économique (ni réglementaire).

Les Français ne sont-ils pas assez épris de pureté pour pouvoir y mettre le prix ?

Pour citer ce document

Référence papier : Pierre Moszkowicz « Éditorial », Déchets sciences et techniques, N°33, 2004, p. 2.

Référence électronique : Pierre Moszkowicz « Éditorial », Déchets sciences et techniques [En ligne], N°33, mis à jour le : 24/02/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/dechets-sciences-techniques/index.php?id=2626, https://doi.org/10.4267/dechets-sciences-techniques.2626

Auteur(s)

Pierre Moszkowicz

Rédacteur en chef. Directeur du laboratoire d’analyse environnementale des procédés et des systèmes industriels (CNRS FRE 2544 Insa de Lyon)