Déchets, Sciences & Techniques

N°36


Éditorial


L’écologie industrielle : une stratégie de développement territorial
Benoît Duret

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Texte intégral

Les défis écologiques et sociaux auxquels l’humanité doit faire face pour assurer son équilibre (surexploitation des ressources, changements climatiques, etc.) ne sont plus à démontrer. Ils sont croissants et exigent des changements profonds dans les modes de production et de consommation à l’échelle planétaire. Devant ces enjeux collectifs sans précédent, les sociétés modernes disposent aujourd’hui d’un bon nombre d’approches visant la sobriété des activités humaines, et privilégiant la préservation des ressources naturelles et la diminution des impacts environnementaux et sanitaires.

Parmi ces approches, certaines telles que l’éco-efficacité, l’éco-conception ou la production propre, cherchent à améliorer la productivité des ressources en intégrant des objectifs écologiques et économiques dans l’industrie. Elles sont nécessaires et pertinentes à l’échelle individuelle de l’entreprise, mais ne sont pas suffisantes pour viabiliser sur le long terme le système économique actuel. Parmi les exigences connexes, la mise en œuvre de stratégies collectives et coopératives de gestion des ressources à l’échelle territoriale est devenue indispensable.

Une stratégie possible, l’écologie industrielle, suscite l’intérêt grandissant des responsables politiques et industriels français. En effet, depuis sa formalisation dans le milieu académique au début des années 1990, la dimension opérationnelle de l’écologie industrielle s’est fortement renforcée, en apportant des réponses concrètes aux problématiques des collectivités locales et des entreprises, notamment en matière de développement territorial durable et d’amélioration des performances économiques, sociales et environnementales.

L’écologie industrielle, ou encore écologie territoriale, s’inspire des systèmes naturels et se développe comme une démarche intégrée basée sur la coopération d’acteurs diversifiés, en vue de l’optimisation des flux de ressources générés par les activités humaines sur un territoire. Elle contribue à la création de schémas organisationnels innovants, au croisement avec d’autres domaines tels que la prospective territoriale, l’intelligence collective, l’intelligence économique, la gestion des connaissances, etc.

En pratique, elle apporte un renouveau dans le dialogue entre des acteurs qui n’ont pas l’habitude de communiquer, et donc une nouvelle forme de dynamique dans les interrelations entre la collectivité, les réseaux d’entreprises, la communauté, les universités et centres de recherche, les organismes chargés du développement économique, etc. Et entre ces acteurs et leur rapport aux écosystèmes naturels. La responsabilité de cette gestion territoriale innovante revient de fait à l’acteur public qui, en intégrant l’écologie industrielle dans des projets tels que les Agendas 21 locaux, pourra assurer l’animation et la coordination de réseaux d’échange et de coopération à différentes échelles territoriales.

L’écologie industrielle, à travers sa méthodologie de base, l’analyse des flux de matière (ou de métabolisme), ouvre ainsi de nouveaux champs d’action et d’investigation dont les résultats bénéficient à la fois à la collectivité locale, à la communauté économique, à la société civile et à l’environnement.

Dans nos sociétés occidentales, elle peut contribuer par exemple, à la création de métiers et d’emplois d’insertion lorsqu’elle est conjuguée avec l’économie sociale et solidaire. Elle complète les pratiques de gestion durable des parcs d’activité et des zones industrielles en matière d’échange de matériaux, de mutualisation de services ou de partage d’équipements. Elle pourra orienter l’aménagement foncier et la reconquête de friches par l’identification d’activités complémentaires. Elle participera à la gestion territoriale des zones d’activité par une mise en synergie de ces dernières. Elle caractérise les projets de renouvellement urbain et de réhabilitation de quartier en y juxtaposant les principes de la symbiose. Elle fournira les outils de pilotage nécessaires à la gestion de l’écosystème-ville (et de ses déclinaisons en quartiers et foyers) par l’intégration d’indicateurs de flux de matières, d’eau et d’énergie.

Dans les pays en développement, l’écologie industrielle répond à des enjeux vitaux liés à la limitation des ressources (en eau, en bois…) et aux conséquences graves de leur surexploitation (sécheresse, érosion, lessivage des sols…). Elle permet par ailleurs d’introduire au Sud, des modes de développement alternatifs à ceux que les pays riches suivent (ceux-là mêmes responsables de leur situation alarmante), et au Nord, des pratiques organisationnelles issues des pays pauvres, nécessaires en situation de crise (culture de la valorisation, du partage et de l’entraide, de l’économie des ressources…).

On le constate, l’écologie industrielle est un méta-domaine (pour reprendre le terme de Suren Erkman) en évolution permanente tant ses applications sont larges et pluridisciplinaires. Ses principes doivent être simultanément pris en compte par les décideurs locaux et transmis auprès de tous les publics en apprentissage. Cette prise de conscience est depuis peu enclenchée en France. Elle est illustrée par l’apparition de nombreuses formations sur l’écologie industrielle et surtout, par l’émergence de projets volontaires d’application territoriale.

Pour citer ce document

Référence papier : Benoît Duret « Éditorial », Déchets sciences et techniques, N°36, 2004, p. 2-3.

Référence électronique : Benoît Duret « Éditorial », Déchets sciences et techniques [En ligne], N°36, mis à jour le : 11/03/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/dechets-sciences-techniques/index.php?id=2713, https://doi.org/10.4267/dechets-sciences-techniques.2713

Auteur(s)

Benoît Duret

Association Auxilia