Déchets, Sciences & Techniques

N°18


Éditorial

Spéculations pour le long terme : l’environnement est-il une valeur sûre ?


Gérard Bertolini

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Texte intégral

L’actualité économique montre la faiblesse persistante de l’euro face au dollar et au yen. À la bourse, les valeurs traditionnelles enregistrent des progressions beaucoup moins spectaculaires, mais moins chaotiques, que les valeurs relatives aux nouvelles technologies de communication (à la « nouvelle économie »). Dans ce contexte, les valeurs environnementales, qui avaient connu un certain engouement, ne suscitent plus l’enthousiasme du départ. Pourtant, à notre avis, elles restent porteuses d’avenir et constituent des valeurs en voie de consolidation.

Dans ce domaine, les pôles d’excellence ne sont pas exactement les mêmes ; ainsi, les valeurs vertes ne sont pas l’apanage du « billet vert ». Le vieux continent européen, en particulier sous l’impulsion des Danois, des Néerlandais et des Allemands, a su conserver son dynamisme, et la France abrite des valeurs sûres.

Dans nombre de sous-secteurs environnementaux, l’Europe dispose d’une avance à la fois réglementaire et technologique ; réglementation et technologie représentent en effet un couple dynamique, avec des relations d’émulation réciproque. De plus, davantage qu’outre-Atlantique, la R&D reste soutenue par la dépense publique. Ces caractéristiques fournissent la base d’un positionnement actuel favorable à un développement durable.

Quelques chiffres

Selon l’Institut Français de l’Environnement [Ifen : L’Environnement en France, éd. La Découverte, 1999], la recherche en environnement en France a représenté en 1994 une dépense de 1,8 milliards de francs, soit 1 % de la recherche nationale tous domaines et toutes disciplines confondus. Ces chiffres recouvrent la recherche fondamentale, la recherche appliquée et l’innovation technologique. En nombre de brevets environnement, la part de l’Europe dans le monde est de 59 %, celle des États-Unis de 25 %, celle du Japon de 7 %. La place de l’Europe est donc majeure dans ce domaine, alors qu’elle est plus modeste dans l’ensemble.

L’Observatoire français des sciences et techniques [Rapport Guillaume sur la politique de technologie française] fournit une décomposition des brevets relatifs aux technologies environnementales.

Pour le nombre de brevets, la place de la France est remarquable dans :

– les technologies de tri, stockage et compactage des déchets urbains, qui constituent plus largement une spécialité européenne ;

– et l’inertage et le stockage des déchets nucléaires. Viennent ensuite la métrologie liée à l’environnement, ainsi que les technologies de traitement des déchets urbains.

On peut en revanche noter la faiblesse relative de la France pour les technologies de décontamination et de réhabilitation des sols pollués, de stockage souterrain des déchets et de recyclage des polymères.

En ce qui concerne les dépenses de recherche technologique environnementale en France, en 1995, l’Ademe indique que près de 50 % concernent les techniques de dépollution et 25 % les technologies de prévention des pollutions.

La dépense de recherche de la Communauté Européenne sur l’environnement et le climat représente près de 7 % de la dépense totale de recherche de la C.E.

Au total, la recherche française apparaît bien placée dans le secteur du traitement des déchets, notamment des déchets urbains.

Tous les efforts d’investissement en R&D, en France et en Europe, devraient permettre à l’industrie de l’environnement de rester compétitive et par là même d’être une valeur sûre !

Pour citer ce document

Référence papier : Gérard Bertolini « Spéculations pour le long terme : l’environnement est-il une valeur sûre ? », Dechets sciences et techniques, N°18, 2000, p. 2.

Référence électronique : Gérard Bertolini « Spéculations pour le long terme : l’environnement est-il une valeur sûre ? », Dechets sciences et techniques [En ligne], N°18, mis à jour le : 12/01/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/dechets-sciences-techniques/index.php?id=382, https://doi.org/10.4267/dechets-sciences-techniques.382

Auteur(s)

Gérard Bertolini

Directeur de recherche au CNRS, Université Claude Bernard – Lyon 1, Président du comité scientifique du Club européen des déchets La Ferrière 69210 Lentilly