retour à l'accueil nouvelle fenêtre vers www.appa.asso.fr Pollution atmosphérique, climat, santé, société

Editorial

Pollution, pollutions, santé, climat

Isabelle Roussel

p. 229-230

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Texte intégral

Pollution, pollutions, santé, climat…. Autant d’hésitations sémantiques qui correspondent à des évolutions profondes et peu stabilisées du champ de la pollution atmosphérique…

La revue, en modifiant son titre, souhaite être le reflet fidèle de l’élargissement des échelles spatio-temporelles du champ de la pollution de l’air qui, non seulement, s’étend du local au global mais qui recouvre également le temps long du changement climatique.

Cette évolution correspond à de profondes mutations de la société à travers ce qu’il est convenu de nommer la mondialisation.

Bien sûr, la pollution reste fidèle à la définition qui lui a été affectée par le conseil de l’Europe en 1967 qui, prudent, prenait en compte une évolution possible de la notion de pollution « compte tenu des connaissances scientifiques du moment ». C’est dans cette perspective que les colonnes de la revue s’élargissent aux facteurs de plus en plus nombreux qui interviennent dans la définition de la pollution et de ses interactions complexes avec les différentes composantes de l’anthroposystème. Si la pollution est sortie du confinement industriel au sein duquel la première moitié du vingtième siècle l’avait inscrite, elle s’est largement insinuée et diffusée dans des domaines dans lesquels on ne l’attendait guère : l’agriculture, par exemple, n’est plus le reflet de la verte nature, elle est également le lieu de l’utilisation de différentes substances qui, sous une forme ou sous une autre, se retrouvent dans nos assiettes. Cette pollution est également traquée au cœur des maisons pourtant considérées comme des lieux de refuge et de tranquillité. Ce ne sont plus seulement les odeurs nauséabondes qui sont assimilées à la pollution mais également les désodorisants voire les parfums d’intérieur comme l’encens qui sont suspectés de nocivité.

Conformément à sa définition, ce sont les conséquences délétères de la pollution de l’air qui font l’objet d’investigations pour être mieux éradiquées, au premier rang desquelles figure la santé humaine. Or la relation entre pollution et santé s’est beaucoup complexifiée et recèle encore de nombreuses zones d’ombre que la revue espère pouvoir éclairer grâce à des contributions pertinentes. Certes, les résultats de l’épidémiologie sont sans appel et confirment le rôle joué par la pollution sur le nombre de morts qui peut également être évalué en nombre de mois d’espérance de vie perdue tout en sachant que celle-ci ne cesse d’augmenter dans les pays développés où elle dépasse 80 ans contre moins de 50 dans certains pays d’Afrique ! Quand il s’agit de définir quels sont les leviers possibles pour maîtriser ce fléau et améliorer la santé de nos concitoyens, les réponses sont complexes et entachées d’une forte incertitude… Améliorer le système de transport, augmenter les espaces verts, limiter l’utilisation de produits d’entretien… Autant d’actions extrêmement variées qui, à leur mesure, peuvent contribuer à l’amélioration de la qualité de l’air. Le PNSE (Plan National Santé Environnement) a consacré un long chapitre à la pollution atmosphérique mais, paradoxalement, il s’agit d’un domaine dans lequel les connaissances techniques ne manquent pas mais qui déconcerte les citoyens qui, comme l’expriment les sondages1, souhaitent être responsables de leur santé. Or, contrairement à d’autres éléments de l’environnement qui offrent plus de prise pour étayer une prévention individuelle, la pollution inquiète car les habitants, très contraints dans leur vie quotidienne, ne savent pas quoi faire pour contribuer à son éradication. Cette impuissance est d’autant plus grande qu’une grande partie de la pollution toxique échappe à la perception sensorielle directe. Cette difficile appropriation de la pollution par les habitants a permis, en France, la prévalence de la notion de sécurité sanitaire (D. Tabuteau, 2006)2 qui correspond à une gestion plus institutionnelle et plus étatisée de la prévention sanitaire à travers une vision focalisée sur la sécurité et les normes pour écarter les risques. Paradoxalement le climat, pourtant plus abstrait car associé à un état moyen de l’atmosphère, est appréhendé de manière plus concrète car assimilé au temps qu’il fait au jour le jour. D’ailleurs le climat et son changement annoncé permet de revisiter la notion de santé environnementale en l’élargissant à l’écosystème et à la planète tout entière. À quoi sert de promouvoir la santé de l’homme si la planète est en danger ? D’ailleurs sans attendre la confirmation des hypothèses émises par le GIEC, W. Dab3 avait insisté sur l’élargissement de la santé et des risques sanitaires aux dimensions du monde. Cette vision élargie permet de considérer que la santé est « un bien commun de l’humanité » et que seul cet objectif permet de maîtriser le changement climatique sans qu’une minorité de pays confisque les ressources naturelles déclinantes. La maîtrise des pollutions toxiques rejoint la lutte contre le changement climatique en assurant, dès maintenant, de meilleures perspectives sanitaires partagées. En effet, mitigation et adaptation risquent d’être très inégalitaires en imposant des contraintes à des populations que les difficultés insurmontables du présent empêchent de se projeter vers l’avenir. Ces objectifs incontournables supposent de mieux éclairer, par des apports scientifiques, ces domaines de l’interface entre climat, pollutions et santé encore peu explorés. C’est à cette tâche passionnante que la revue vous invite en ouvrant largement ses colonnes à vos travaux.

Notes

1  Par exemple le sondage effectué conjointement par deux recherches menées dans le cadre du même appel d’offres du programme Primequal/Predit intitulé : « L’évaluation et la perception de l’exposition à la pollution atmosphérique : une interrogation sociétale » « Pollutions atmosphériques et santé environnementale. Quels enjeux ? Quels acteurs ? Quelles préventions ? ». Étude dirigée par L. Charles et une étude, réalisée par le Comité Régional Nord/Pas-de-Calais de l’APPA, sous la direction d’I. Roussel , n° du contrat CV 05000041, intitulée : « Pour une cohérence territoriale de la gestion de la qualité de l’air dans la région Nord/Pas-de-Calais ».

2  Tabuteau D., 2006, « Les nouvelles frontières de la santé. Comment serons-nous soignés demain ? », Paris, Jacob-Duvernet, 213 p.

3  DAB W., (2006), Du local au global, la mondialisation de la santé environnementale Annales des Mines – Responsabilité et environnement, n° 41 p. 9-19.

Pour citer ce document

Référence papier : Isabelle Roussel « Pollution, pollutions, santé, climat », Pollution atmosphérique, N° 203, 2009, p. 229-230.

Référence électronique : Isabelle Roussel « Pollution, pollutions, santé, climat », Pollution atmosphérique [En ligne], N° 203, mis à jour le : 12/10/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=1169

Auteur(s)

Isabelle Roussel

Vice-Présidente de l’APPA