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Mesure des métaux lourds dans l’agglomération lilloise

Measurement of heavy metals in Lille agglomeration

Sylvain Caron, Jean Yves Saison et Patrick Thomas

p. 127-136

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Résumé

Les mesures de métaux lourds (plomb, zinc, cadmium, cuivre, manganèse, nickel, vanadium, arsenic) effectuées à Lille sur les particules totales en suspension (TSP) depuis 1984 montrent une baisse de ces composés dans l'air ambiant (de 50 à 95 %). La diminution progressive des teneurs en plomb dans l'essence, maintenant largement en dessous de la valeur limite (fixée à 0,5 μg/m3 en moyenne sur l'année par la directive 99/30/CEE) se vérifie parfaitement sur les concentrations rencontrées dans l'atmosphère lilloise.
De façon à améliorer la connaissance de l'origine des métaux lourds à Lille entre les diverses sources potentielles (transport, industries), une analyse en composantes principales a été effectuée. Elle montre qu'à la pollution locale induite par le trafic automobile et les rejets industriels de l'agglomération lilloise s’ajoute un apport industriel extérieur originaire du bassin minier et du littoral.

Abstract

Measurements of heavy metals (lead, zinc, cadmium, copper, manganese, nickel, vanadium, arsenic) carried out in Lille since 1984 show a fall of these compounds in the air (from 50 to 95%). The progressive reduction in the lead contents of the gasoline is checked perfectly on the concentrations met in the atmosphere of Lille maintaining largely below the limiting value (fixed at 0,5 μg/m3 on average over the year by Directive 99/30/CEE).
ln order to improve knowledge of the origin of heavy metals in Lille, an analysis in principal components was carried out. It shows that in addition of the local pollution induced by the automobile traffic and the industrial emissions in Lille, there is an industrial contribution coming from the south and the littoral.

Entrées d'index

Mots-clés : métaux lourds, Lille, pollution atmosphérique, plomb, cadmium, nickel, cuivre, analyse en composantes principales

Keywords: heavy metals, Lille, atmospheric pollution, lead, cadmium, nickel, copper, principal components analysis

Texte intégral

Introduction

Depuis 1984 et à la demande du ministère de la Santé, l'Institut Pasteur de Lille gère un réseau de quatre stations de prélèvement des métaux lourds sur l'agglomération lilloise. En 1996, un partenariat est créé avec l'AREMA Lille Métropole pour incorporer les dispositifs de prélèvement des métaux dans des stations fixes du réseau automatique de mesure. Cette surveillance avait initialement pour but d'évaluer les effets de ces polluants sur la santé humaine et de servir de base de données à d'éventuelles études épidémiologiques [1].

En effet, la neurotoxicité du plomb est reconnue depuis longtemps. Le nickel, l'arsenic et le cadmium ont été quant à eux classés cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) [2-6].

Par ailleurs, une part importante des métaux lourds est émise par des processus de combustion sous forme de particules de diamètre pouvant atteindre 40 µm, les plus fines d'entre elles étant capables de voyager et de pénétrer le système respiratoire en profondeur [7]. Cette propriété permet, en outre, un transport des particules sur d'importantes distances.

Tableau 1. Émissions industrielles de métaux lourds dans le Nord-Pas-de-Calais (en kg/an)
lndustrial emissions of heavy metals ln the North of France (kg/year).

Élaboré à partir de : DRIRE Nord-Pas-de-Calais. Industrie au regard de l'Environnement en 1999 et 2000. Edition 2000 et 2001 [8].
Based on data of DRIRE Nord-Pas-de-Calais. Industrie au regard de l'Environnement en 1999 et 2000. Edition 2000 et 2001 [8].

Secteur

Bassin minier

Littoral

Agglomération lilloise

Sud-Est

Année

1999

2000

1999

2000

1999

2000

1999

2000

Pb

24 400

22 600

39 000

322

396

180

Zn

30 600

24 550

11 000

1 800

Cd

825

730

800

La région Nord- Pas-de-Calais renferme de nombreuses sources de métaux. Le bassin minier situé à environ 50 km au sud-est concentre plusieurs émetteurs importants dans le domaine de la métallurgie et de la sidérurgie. Ces activités se rencontrent également à l'ouest sur la côte, entre Dunkerque et Boulogne. Plusieurs cimenteries sont installées dans les Flandres. L'agglomération lilloise possède un émetteur de plomb et quelques petites unités de traitement de surface. Enfin, la forte densité humaine de la région se traduit par la présence d'usines d'incinération des ordures ménagères autour des principales agglomérations ainsi qu'un trafic routier soutenu.

Les émissions de métaux sont encore mal répertoriées. Le tableau 1 condense les émissions connues, principalement pour l'année 2000, provenant des principaux industriels de la région [8].

À ce tableau s'ajoute une entreprise de traitement du nickel à Dunkerque. Des sources potentielles de manganèse existent à Dunkerque (production de 200 000 tonnes) et Boulogne (300 000 tonnes) via des unités de production de ferromanganèse et silicomanganèse. De nombreuses études ont montré également que le manganèse avait une composante terrigène non négligeable [9, 10].

Des émissions non chiffrées d'arsenic sont mentionnées au niveau des verreries situées à proximité du bassin minier et dans les Flandres.

Cet inventaire régional partiel peut être rapproché d'un inventaire national de 1997 par secteur d'activité (Tableau 2) qui confirme la part très importante des émissions émanant du secteur industriel [11].

Ce bilan est intéressant car il nous renseigne sur les origines des émissions atmosphériques de cuivre attribuées au domaine " autres transports " qui sont essentiellement le secteur ferroviaire via l'usure des caténaires.

La part des transpor ts routiers semble sous-estimée dans ce bilan et d'autres sources précisent la présence de métaux lourds dans les essences :

  • cuivre : 1,7 mg/kg de carburant [12]

  • cadmium : 0,01 mg/kg de carburant [12]

  • nickel : 0,07 mg/kg de carburant [12]

  • zinc : 1 mg/kg de carburant [12]

  • plomb : <5 mg/I de carburant [13]

Une étude de l'Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité {INRETS) appliquée à l'agglomération lilloise basée sur une enquête auprès des ménages [14] indique 20 millions de kilomètres journaliers parcourus dans l'arrondissement de Lille pour l'année 1987. On peut étendre ce chiffre à 100 millions de kilomètres pour prendre en compte l'extension à la région ainsi que les transits et le transport poids lourds, ce qui équivaut à 3,6.1010 km par an. En termes d'émissions, en prenant en compte les données ci-dessus et une consommation de 10 1/100 km, on arrive à des masses de métaux émises par le secteur routier allant de 36 kg pour le cadmium à 5 tonnes pour le cuivre. On arrive à des quantités du même ordre de grandeur des émissions industrielles mais inférieures.

Tableau 2. Émissions de certains métaux lourds dans l'air, en tonnes, pour l'année 1997.
Global emissions by activity sector for the North of France ln 1997 (in tons).

Transformation énergie

Industrie manufacturière

Résidentiel/ tertiaire

Agriculture/ sylviculture

Transport routier

Autres transports

TOTAL

Plomb

3.7

346,8

5,4

1,8

924,3*

13,6

1 296

Zinc

9.6

1 409,80

34,8

0,6

0

0

1 455

Cadmium

0,2

11,8

1,7

0

0

0

13,8

Cuivre

2,5

31,7

1,9

0,1

0

53,8

90

*Ce chiffre devrait être considérablement revu à la baisse depuis l'interdiction de ce composé dans les essences au 1er janvier 2000.

Élaboré à partir de :CITEPA/CORALIE. Émissions dans l'air en France métropolitaine, 1997 [11].
Based on data of CITEPA/CORALIE. Émissions dans l'air en France métropolitaine, 1997 [11].

La présence dans la région d'un fort potentiel industriel dans le domaine de la métallurgie nous a poussé à évaluer l'impact qu'il pourrait avoir sur l'agglomération lilloise, placée sous les vents dominants d'importants émetteurs. Cette étude présentera d'abord les résultats obtenus au cours des 17 années de mesures (historique unique au niveau national). Dans une seconde partie, l'origine et la répartition des métaux sur l'agglomération seront étudiées de façon spécifique.

Matériel et méthode

Le système de mesure actuel des métaux est constitué de quatre stations (dont trois confondues avec des stations de l'AREMA LM) fortement imbriquées dans le tissu urbain. La nomenclature de l'ADEME permet de les classer selon leur situation (voir aussi carte, en figure 6 p. 134) :

  • Marcq-en-Barœul, station urbaine dense du nord de l'agglomération, bordée par une nationale à environ 50 m, mesure Pb, Cu, Mn, Zn, Cd depuis 1996.

  • Lille-Fives, marquée par un caractère industriel à l'est de Lille, voisine d'une chaufferie urbaine consommant du charbon, mesure Zn, Ni, V, As depuis 1996.

  • Lille-Pasteur, station de proximité automobile sur un boulevard fortement fréquenté (moyenne journalière annuelle de 11 086 véhicules par jour) du centre-ville, mesure Pb, Cu, Mn, Zn, Ni, Cd depuis 1984.

  • Loos, station urbaine dense du sud-ouest de l'agglomération, mesure Pb, Zn, Cd, Cu, Mn depuis 1984.

Les métaux lourds mesurés par la station de Lille-Fives étant différents de ceux mesurés par les autres stations, ils ne seront pas exploités statistiquement.

Le prélèvement des particules totales en suspension est assuré par une pompe aspirante reliée directement à un porte-filtre sans régulation de débit. La hauteur de prélèvement est en moyenne de 2,5 m par rapport au sol. Le volume d'air qui traverse le filtre est d'environ 100 m3 pour la semaine, il est mesuré à l'aide d'un compteur volumétrique placé en aval de la pompe, ce qui permet de rapporter la concentration au volume d'air.

Les poussières sont collectées sur un filtre de 50 mm de diamètre en nitrate de cellulose et de 0,8 µm de porosité. Cela permet d'envisager la collecte de la totalité des poussières en suspension. Le pas de temps choisi est d'une semaine ; les prélèvements sont réalisés chaque vendredi.

Après détermination de la teneur pondérale en poussières, les filtres sont minéralisés par 5 ml d'acide nitrique concentré dans des bombes en PTFE. Les minéralisats sont repris par 50 ml et sont utilisés pour la détermination des teneurs en métaux.

Les analyses qui se faisaient d'abord par absorption atomique en flamme sont depuis plusieurs années effectuées par des techniques plus sensibles devant la nécessité d'abaisser la limite de détection. En effet, les teneurs ont fortement diminué ces dernières années comme le montrent la figure 1,ci-dessous, et la figure 2, p.130. La technique a évolué dans un premier temps vers la spectrométrie d'émission par plasma d'argon (ICP-AES) pour les métaux suivants : Pb, Cd, Cu, Mn, Ni, V, Zn. L'arsenic, pour des raisons de limite de détection, est mesuré après génération d'hydrure couplée à la détection par fluorescence atomique. Les limites de détection sont les suivantes :

  • Pb : 5,1 µg/I, soit 8,6 ng/m3 ;

  • V : 1 µg/I, soit 1,6 ng/m3 ;

  • Cd : 0,3 µg/I, soit 0,5 ng/m3 ;

  • Mn : 0,15 µg/I, soit 0,2 ng/m3 ;

  • Ni : 2 µg/I, soit 3,2 ng/m3 ;

  • Cu : 0,7 µg/I, soit 1,2 ng/m3 ;

  • As: 1,5 µg/I, soit 0,5 ng/m3;

  • Zn : 0,5 µg/I, soit 0,9 ng/m3.

Elles sont calculées selon :

Avec s = écart type du blanc, [C] = concentration de l'étalon, x1 et x0 les réponses de l'étalon et du blanc.

Figure 1. Concentrations de cadmium classées par secteur de vent sur plus de quatre années.
Cadmium concentration by wind sector over four years of measurements

Figure 2. Évolution des concentrations en plomb et zinc sur les trois stations de mesure depuis 1984.
Lead and zinc concentrations on three sites around Lille since 1984.

À partir de 2002 et pour pouvoir répondre de manière satisfaisante aux exigences de la future directive [15]. il est nécessaire pour doser ces polluants métalliques de mettre en œuvre une technique plus sensible comme la spectrométrie de plasma d'argon couplée à la spectrométrie de masse (ICP-MS) ainsi que d'augmenter le volume prélevé tout en sélectionnant la taille des particules.

L'exploitation des résultats consistera à déterminer l'évolution des concentrations moyennes sur les 17 années de mesures à partir des résultats d'analyse. Nous rechercherons également à déterminer l'origine de ces métaux et l'impact du vent sur les teneurs mesurées. Pour cela, la rose des vents de chaque semaine sera comparée avec les concentrations obtenues. L'utilisation de l'analyse en composantes principales après une stricte sélection des données selon les conditions météorologiques de la semaine va nous permettre d'évaluer l'importance du transport longue distance des métaux. Cette technique va reconstruire, à partir des variables initiales de concentration et de vent, de nouvelles composantes obtenues par combinaison linéaire des variables mesurées. Ces nouvelles variables, auxquelles il faudra trouver une signification physique, vont expliquer la variabilité des mesures.

Nous avons choisi de traiter nos données en nous limitant aux deux dernières années de mesure (1999 et 2000) et ceci pour deux raisons :

  • s'affranchir au maximum de l'apparition ou la disparition de nouveaux émetteurs pendant la période choisie, de façon à ne pas fausser l'origine des polluants ;

  • limiter l'influence de la baisse des concentrations.

Nous ne prenons en compte que les cinq métaux (Pb, Zn, Cu, Cd, Mn) mesurés sur les trois sites, chacun des sites étant traité indépendamment. Le nickel ne sera pas intégré dans l'analyse statistique. Si l'un des cinq composés était manquant, toutes les données de la semaine ont été retirées de la matrice.

Nous utiliserons la version 5.0 du logiciel « Xlstat »·

Les données de base ont été préalablement traitées. En effet, les résultats d'analyse sont exprimés en concentration de métaux dans l'air (ng/m3). Or, la concentration de ces composés dépend fortement de la concentration en poussières dans l'air (les métaux lourds sont sous forme particulaire).

Afin de s'affranchir de cette contribution, nous utiliserons comme variable la proportion du métal dans les poussières obtenue par la formule suivante :

      Concentration de métaux dans l'air           × 100
      Concentration de poussières dans l'air

Les données utilisées dans l'analyse statistique sont exprimées en pourcentage de métaux lourds dans les poussières.

L'élément météorologique ayant le plus d'influence sur les niveaux de poussières, donc de métaux, est le vent. Pour vérifier son influence sur les concentrations nous allons rechercher pour chacune des mesure hebdomadaires la direction du vent au cours de la semaine. Si la rose des vents indique un secteur d'origine bien défini (direction de vent stable pendant la semaine), l'événement est conservé, sinon il est éliminé. Ainsi, nous avons établi la rose des vents à partir de mesures horaires pour chaque semaine de prélèvement sur les années 1997 à 2000 . Nous avons choisi de conserver l'événement lorsque 75 % des mesures horaires de vent appartiennent à un ou deux secteurs . Nous conservons ainsi 93 événements au cours des quatre années prises en compte initialement, cequi est relativement peu. La figure 1, p. 129, présente, pour le cas du cadmium, la proportion en cadmium rencontrée chaque semaine, les individus étant classés par secteur de vent (de la direction nord à la direction nord-ouest) lorsque la direction du vent était stable sur la semaine.

Il apparaît que les semaines pour lesquelles la direction du vent est principalement de sud, les teneurs mesurées sont plus importantes. Cette direction privilégiée correspond aux vents dominants soufflant sur la région qui sont également les plus forts. La proportion de métaux dans les poussières est donc plus forte lorsque les vents viennent du sud-est au sud-ouest. Ces résultats obtenus avec le cadmium se retrouvent en traitant de la même façon les autres métaux.

Résultats

Les figures 2 à 4 présentent l'évolution des concentrations des métaux lourds obtenus sur les trois stations de Lille, Loos et Marcq.

D'une manière générale, on observe une tendance à la baisse des concentrations en métaux lourds dans l'air (Figure 2, p. 130 et Figure 3, ci-dessous). En effet, les concentrations en plomb ont chuté d'environ 95 % alors que celles du zinc ont diminué de moitié dans le même temps [16]. La baisse du cuivre et du manganèse est moins nette au cours de la même période.

La baisse est également très nette sur les concentrations en cadmium (Figure 4, p. 132). La disparition progressive de sources fixes de métaux lourds sur l'agglomération (sidérurgie, centrales thermiques et incinérateurs au début 1998, ...) ainsi que l'amélioration des procédés industriels expliquent cette diminution exceptionnelle.

En ce qui concerne le plomb, cette diminution est constatée dans toutes les autres grandes villes de France depuis les premières mesures réglementaires visant la réduction de ce composé dans les essences jusqu'à sa suppression au 1er janvier 2000 [17].

D'un composé à l'autre , les concentrat ions ambiantes varient fortement. Le plomb n'est plus le métal majoritaire. Les teneurs en zinc sont plus élevées (de l'ordre de 100 ng/m3) alors que les teneurs en cadmium sont voisines de 1 à 2 ng/m3. Le recul sur le nickel est encore faible et les concentrations sont de l'ordre de 5 à 7 ng/m3 (Tableau 3).

Figure 3. Évolution des concentrations en cuivre et manganèse.
Copper and manganese concentrations on three sites around Lille since 1984.

Figure 4. Évolution des concentrations en cadmium et nickel autour de Lille.
Cadmium and Nickel concentrations around Lille since 1984.

Si nous reprenons les stations de manière isolée, les concentrations moyennes de métaux dans l'air sont équivalentes à Lille et à Loos, les deux sites étant fortement influencés par les émissions automobiles.

La station de Marcq présente systématiquement des niveaux moins importants quel que soit le métal considéré.

Les coefficients de corrélation entre les variables exprimées en concentration massique ont été calculés

pour les années 1999 et 2000 confondues pour chacun des trois sites. Les valeurs en gras correspondent aux corrélations les plus significatives (Tableaux 4-6).

Le plomb, le zinc, le cadmium et le cuivre sont tous bien corrélés entre eux pour les trois stations à l'exception de Loos où le cuivre a un comportement singulier.

Cela signifie que ces trois ou quatre composés évoluent ensemble et dans le même temps. Ils vont donc provenir de sources communes ou proches l'une de l'autre de telle façon à être perçues comme étant uniques. En revanche, la faible voire l'absence de corrélation pour le manganèse avec les autres métaux lui confère une origine différente.

Tableau 3. Moyennes des concentrations des métaux lourds sur les trois stations en 1999 et 2000.
Mean concentrations of heavy metals around Lille in 1999 and 2000.

Moyenne 2000

Moyenne 1999

Lille

Marcq*

Loos

Lille

Marcq

Loos

Pb (ng/m3)

60

29

56

85

43

71

Zn (ng/m3)

117,4

65,1

122,3

118

72

115

Cd (ng/m3)

1,1

0,7

1,3

1,4

1,2

1,6

Cu (ng/m3)

32

10

21

32

11

24

Mn (ng/m3)

21

13

18

22

14

19

Ni (ng/m3)

4,3

-

-

7,2

-

-

TSP (µg/m3)

43,4

28,2

41,6

62

41

64,9

* Les mesures des 11dernières semaines n'ont pas été prises en compte dans les calculs en raison d'une défaillance du système de prélèvement sur ce site seulement.
- Pas de mesures pour ces sites.

Afin de comparer les stations entre elles, et leur environnement, nous calculons les coefficients de corrélation entre deux stations pour un métal (Tableau 7). Ceci nous donne une idée de la répartition spatiale de ce métal.

Tableau 4. Coefficients de corrélation (r),cas de la station de Lille.
Correlation coefficients between metals on the site of Lille.

% Pb

% Zn

% Cd

% Cu

% Mn

% Ni

% Pb

1

% Zn

0,490

1

% Cd

0,273

0,482

1

% Cu

0,604

0,602

0,390

1

% Mn

0,498

0,187

-0,018

0,237

1

% Ni

0,263

0,188

0,565

0,146

0,203

1

­

Tableau 5. Coefficients de corrélation (r), cas de la station de Marcq.
Correlation coefficients between metals on the site of Marcq.

% Pb

% Zn

% Cd

% Cu

% Mn

% Pb

1

% Zn

0,637

1

% Cd

0,666

0,425

1

% Cu

0,554

0,693

0,380

1

% Mn

-0,018

0,304

0,001

0,314

1

­

Tableau 6. Coefficients de corrélation (r), cas de la station de Loos.
Correlation coefficients between metals on the site of Loos.

% Pb

% Zn

% Cd

% Cu

% Mn

% Pb

1

% Zn

0,512

1

% Cd

0,591

0,519

1

% Cu

0,097

0,190

-0,032

1

% Mn

0,017

0,133

-0,052

0,386

1

­

Tableau 7. Coefficients de corrélation (r) entre les trois stations pour chaque métal.
Correlation coefficients between the stations for each metal.

r

Pb

Zn

Cd

Cu

Mn

Lille/Marcq

0,557

0,582

0,778

0,428

0,356

Lille/Loos

0,308

0,521

0,859

0,187

0,267

Marcq/Loos

0,656

0,596

0,727

0,391

0,689

­

Figure 5. Cercles de corrélation pour les stations de Loos, Lille et Marcq.
Correlation circles for the sites of Loos, Lille and Marcq

Le cadmium est le composé le mieux corrélé quelle que soit la configuration de la station. Ceci veut dire que les mesures évoluent de manière similaire dans le temps et dans l'espace, aucune des stations n'étant soumise à un impact très fort d'une éventuelle émission de ce polluant. Il y a donc une répartition homogène du cadmium sur la zone de mesure qui laisse envisager une origine suffisamment lointaine pour que ses variations soient amorties à l'arrivée sur l'agglomération lilloise. Les moins bonnes corrélations des autres métaux lourds montrent l'existence de sources locales qui apportent des fluctuations sur les mesures et dégradent les coefficients de corrélation entre les stations.

Au niveau des ACP, les corrélations des variables avec les axes sont quasiment identiques d'un site à l'autre. Nous n'avons retenu que les deux premiers axes de l'ACP couvrant déjà 70 à 77 % de la variance cumulée.

Figure 6. Situation des émetteurs de métaux dans la région Nord-Pas-de-Calais et zoom sur la situation des stations de mesure lilloises.
Localisation of principals emitors of heavy metals in the North of France and position of the measurement sites around Lille.

© Maplnfo ® Reproduit avec autorisation.© Claritas ® Reproduit avec autorisation.
© Maplnto· Reproduced with permission.© Claritas  Reproduced with permission.

Une première analyse a révélé l'existence d'événements ayant une contribution importante dans le calcul des axes. Afin d'affiner la répartition des autres événements, ils ont été retirés de la matrice avant de recommencer l'analyse.

Ces mesures correspondent en général à des concentrations particulièrement élevées et serviront pour l'interprétation des axes.

Les mesures fortement corrélées à l'axe 1 (celui expliquant la plus grande part de variance) correspondent généralement à des semaines de secteur de vent provenant du sud-sud-ouest. C'est pourquoi, on attribue à l'axe 1 une direction de vent privilégiée (provenance sud sud-ouest), sur lequel le plomb, le zinc et le cadmium sont fortement représentés. Malgré l'existence de sources multiples dans la région Nord-Pas-de-Calais, il apparaît que ce sont les quatre centres d'incinération et les nombreuses usines métallurgiques du bassin minier (situés au sud-sud-ouest à environ 30 km de Lille) qui apportent le plus de ces éléments [14].

Le cuivre est également corrélé à cet axe pour les stations de Lille et Marcq, traduisant un apport du sud-sud-ouest. Or, le réseau ferroviaire est principalement originaire du sud au moment de son arrivée sur Lille. Ces deux stations voient donc l'apport de cuivre comme un apport du sud mêlé aux autres métaux. En revanche, Loos, de par sa situation géographique par rapport au réseau ferré, subit davantage de retombées par vent d'ouest (voir carte figure 6).

Le manganèse est le seul composé corrélé à l'axe 2 (deuxième par ordre décroissant de part de variance). Les semaines fortement représentées sur l'axe 2 sont principalement soumises à un vent d'ouest. Cette association indique que le manganèse est principalement originaire de l'ouest. Ceci est confirmé par la présence d'importantes sources émettrices sur le littoral.

L'introduction de variables telles que les polluants gazeux utilisés comme indicateurs de sources (exemple : le SO2 comme traceur des industries, le CO ou les NOx comme traceurs de la pollution automobile) n'a pas donné de résultats concluants. Les corrélations entre les métaux et ces gaz sont mauvaises. Ceci confirme l'hypothèse d'un apport de longue distance non négligeable.

Conclusion

Les résultats obtenus, depuis 1984, pour la pollution particulaire et métallique confirment la nette diminution du plomb dans l'atmosphère de la métropole lilloise, en raison des réglementations mises en places depuis 1985. Par ailleurs, il est également intéressant de constater la baisse significative des autres métaux lourds surveillés. Ces résultats nous enseignent que la surveillance de ces polluants va nécessiter l'utilisation de méthodes très sensibles, les niveaux étant devenus très faibles.

Les divers traitements statistiques effectués montrent que sur l'agglomération lilloise, le niveau de fond de la pollution par les métaux est constitué des émetteurs de proximité : émissions industrielles locales (combustion de combustibles fossiles) et circulation. Aux émetteurs de proximité s'ajoutent les apports de longue distance qui sont les plus importants et qui ont lieu par vent de sud-sud-ouest (Pb, Zn, Cd) et ouest (Mn). Ces apports entraînent une nette élévation des concentrations en métaux particulaires dans l'air ambiant de la métropole lilloise.

Références

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14. Diagnostic Énergie Environnement des déplacements dans l'arrondissement de Lille. Lille Métropole Communauté urbaine, Septembre 2002.

15. Directive-cadre n°96/62/CE du 27 décembre 1996.

16. Thomas P. Air Quality Monitoring 16 years of heavy metals measurement in Lille. Workshop on Harmonisation of Sampling on Analysis Methods for Heavy Metals, Ispra, April 2000 (communication orale).

17. La pollution atmosphérique d'origine automobile et la santé publique. Collection Santé et société, mai 1996 ;4.

Pour citer ce document

Référence papier : Sylvain Caron, Jean Yves Saison et Patrick Thomas « Mesure des métaux lourds dans l’agglomération lilloise », Pollution atmosphérique, N° 177, 2003, p. 127-136.

Référence électronique : Sylvain Caron, Jean Yves Saison et Patrick Thomas « Mesure des métaux lourds dans l’agglomération lilloise », Pollution atmosphérique [En ligne], N° 177, mis à jour le : 13/11/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=1923, https://doi.org/10.4267/pollution-atmospherique.1923

Auteur(s)

Sylvain Caron

AREMA LM - Association pour la mise en œuvre du réseau d'étude, de mesure et d'alerte sur l'arrondissement de Lille Métropole

Jean Yves Saison

AREMA LM - Association pour la mise en œuvre du réseau d'étude, de mesure et d'alerte sur l'arrondissement de Lille Métropole

Patrick Thomas

Institut Pasteur de Lille, Département Eaux et Environnement