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Manifestations et congrès

Les rencontres nationales santé environnement


Lyon, 3-4 juin 2013
Jean-Marie Haguenoer

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Texte intégral

Il n’y avait rien de tel qu’une séance de réflexion collective pour évaluer et faire progresser les programmes de recherche et d’action qui avaient été définis dans le 2e Plan National Santé Environnement (PNSE2) 2009-2013 et dans les Programmes Régionaux Santé Environnement (PRSE2), conformément à un engagement de la Conférence Environnementale de septembre 2012. C’est pour dégager des pistes pour l’avenir et le prochain PNSE3 que le programme de cette rencontre des acteurs nationaux, régionaux et locaux a été conçu.

Dans son discours inaugural, le préfet Jean-François Carenco s’est félicité de cette initiative de mutualisation et de partage et a rappelé que la prévention ne doit pas s’effacer devant la création de richesses, tout en reconnaissant les difficultés de mise en place des PPA et des ZAPA. Il a également insisté sur le fait que les dégradations des milieux étaient directement à l’origine de l’aggravation des inégalités sociales. Enfin, il insista sur le fait qu’il ne fallait pas confondre l’augmentation de l’espérance de vie avec l’état de santé pour minimiser les actions préventives en santé-environnement.

L’ANSES, représentée par son directeur « recherche et veille », Louis Laurent, présenta ensuite le travail de prospective de l’agence avec l’objectif de développer une vision collective des questions à traiter en 2020. Dans une première partie, il définit les déterminants de l’évolution des risques, à savoir :

  • 1- la pression environnementale liée aux changements climatiques avec ses effets directs comme les évènements climatiques extrêmes, et ses conséquences sur les écosystèmes et les effets indirects sur l’agriculture, les transports et l’habitat ;

  • 2- la densification liée à la mondialisation avec l’augmentation des échanges, synonyme de concentration des populations, de pression sur les sols, de la vulnérabilité que représente la circulation des hommes ou les émissions de produits chimiques divers ;

  • 3- les phénomènes sociaux comme le vieillissement, la confrontation des cultures et des religions, les pratiques liées au développement durable auxquels s’ajoute la crise économique avec l’augmentation des inégalités sociales d’exposition, d’accès aux soins, ou encore la diminution des interventions de l’État et la balance qui va se modifier dans la répartition État/local ;

  • 4- les nouvelles technologies qui correspondent à de nouvelles expositions qui devront orienter de nouveaux comportements face aux contraintes environnementales.

En raison de cette évolution des déterminants, il définit, dans une deuxième partie, les programmes à envisager. Ils concerneront :

  • 1- les agents chimiques avec une prise en considération plus globale des expositions et, ce qui est nouveau, des fenêtres d’exposition puisque ce paramètre est devenu primordial dans l’apparition des phénomènes toxiques surtout à long terme et au niveau transgénérationnel. Les conséquences des mouvements de fond identifiables comme la mondialisation, les importations, le recyclage, l’agriculture et les pesticides ou encore les pratiques liées aux techniques de l’énergie feront l’objet d’une attention particulière ;

  • 2- les agents biologiques qui comportent, d’une part, des facteurs de risque identifiables en relation avec la santé animale et végétale et la mondialisation et, d’autre part, les imprédictibles qui imposent de développer notre réactivité et à trouver des outils de détection : ils imposent notamment de développer la recherche sur les signaux faibles ;

  • 3- les expositions au travail qui concerneront une démographie vieillissante, mais aussi de nouveaux métiers et de nouveaux modes d’organisation. Avec l'allongement de l'âge de la retraite, ce sont les actifs qui présenteront les pathologies du vieillissement qui, autrefois, concernaient surtout les retraités.

  • 4- l’agriculture avec les nouveaux modes de production alternative, entre le biologique et le conventionnel, ainsi que les analyses bénéfices/risques dans l’utilisation des produits chimiques et les phénomènes de résistance aux antibiotiques et aux biocides ;

  • 5-l’alimentation qui nécessitera une réflexion sur les maladies chroniques non infectieuses, les performances en matière de santé des nouveaux aliments ou encore sur les circuits d’approvisionnement, notamment les circuits courts et le e-commerce.

Dans une troisième partie relative à l’agenda à mettre en place pour 2020, Louis Laurent précise que de gros dossiers ne seront certainement pas clos à cette date comme ceux des agents chimiques avec les contraintes REACH, les faibles doses, les mélanges, les perturbateurs endocriniens, les ondes électromagnétiques ou les nanotechnologies pour lesquelles les connaissances ont progressé mais les retours d’expérience doivent encore être organisés. Certains dossiers les plus transverses comme ceux du monde du travail ou de l’agroalimentaire seront plus complexes à mettre en œuvre. Non seulement il y a une masse de données à traiter, mais il y a encore des problèmes à surmonter comme les relations entre la science et la preuve, en particulier dans les situations d’incertitude ou de controverses, ou encore le traitement de la masse d’informations et de désinformations. Enfin, se pose la question de savoir si l’on pourrait travailler autrement, par exemple en prenant en compte la complexité des expositions (fenêtres, inégalités, vulnérabilité…) ou en utilisant des facteurs intégrateurs des expositions comme les approches par pathologie.

En conclusion, cet exposé s’est avéré utile dans le cadre prospectif du PNSE3 et les pistes de réflexion que l’ANSES propose sont en parfaite concordance avec les nouveaux concepts sur l’évaluation des risques et sur la toxicologie. De plus, cet exposé introduit une notion que l’on retrouvera dans toutes les discussions au cours de ces rencontres, celle d’élargir les objectifs du PNSE3 à d’autres thèmes complémentaires comme l’agriculture ou le monde du travail.

Yves Grall, directeur général de la Santé, a rappelé que l’environnement faisait partie du paradigme de la santé et ce depuis les premiers concepts hygiénistes. Pour preuve les données de l’OMS en 2006 qui précisent qu’un quart des maladies et 15 % des invalidités sont liées à l’environnement, même si les liens entre santé et environnement sont difficiles à établir en raison des expositions plurifactorielles et des facteurs de confusion. Si le PNSE1 établi en 2004 a consisté essentiellement à réduire les émissions industrielles, à développer les programmes REACH et à travailler sur les captages d’eau, il avait pour mission de servir de base aux PRSE1, alors que le PNSE2 qui a fait suite au « Grenelle de l’Environnement », et qui a donc été préparé de concert par l’État, les collectivités territoriales, les associations, les employeurs et des experts, a pu être décliné de façon différente ou complémentaire en fonction des spécificités régionales ou locales sous l’impulsion des DREAL et ARS, avec malgré tout deux axes forts : la diminution des expositions et la réduction des inégalités. Il espère que le PNSE3 permettra d’élaborer des plans jusqu’au niveau municipal en s’appuyant sur les conférences territoriales de santé.

La première table ronde avait pour thème « Gouvernance nationale de la politique en santé-environnement : quels retours d’expérience ? Autour de la table, en séance plénière, étaient interviewés Francelyne Marano (SFSE), Benoît Lesaffre (université Paris-Est), André Cicolella (RES), Dominique Gombert (ANSES) et José Cambou (FNE). Les discussions ont concerné les liens entre PNSE2 et PRSE2, la vision trop étroite du concept de l’environnement, les organismes compétents dans les PNSE, la formation et la recherche scientifique en santé-environnement. En résumé, les retours d’expérience montrent que, dans l’élaboration du PNSE2, il n’y avait pas de prise en compte au niveau national des données régionales alors qu’il y a des interactions. Par exemple, dans les inégalités géographiques, celles liées au cancer du sein sont flagrantes (la région Nord Pas-de-Calais est la première au monde, 3 fois plus que dans l’Ile de la Réunion), et il faudrait incorporer ces différences et donc ces besoins dans la programmation du PNSE3. Plus largement, le contenu du futur PNSE3 devrait tenir compte non seulement des données régionales, sans oublier les objectifs européens, mais il devrait aussi correspondre à une vision plus large de l’environnement pour être plus structurant, en assurant les complémentarités avec les programmes de nutrition (PNNS) et les programmes du Plan National Santé Travail (PNST) : à titre d’exemple, il n’est pas normal que pour une même substance, des différences de 1 à 5 000 existent entre les valeurs de référence en milieu environnemental et professionnel ! Une coordination s’impose car il y a trop de plans nationaux établis sans coordination entre eux ! De même, l’idée d’associer l’agriculture à l’environnement paraît évidente mais elle n’a pas encore été mise en œuvre. Pour être plus structurant, le futur PNSE3 devrait également associer d’autres scientifiques, notamment ceux des sciences humaines et sociales afin que les populations prennent mieux en compte les problèmes qui les concernent. Comme le souligne Benoît Lesaffre, il serait également souhaitable d’avoir une meilleure articulation de l’expertise scientifique, créer par exemple une conférence interministérielle qui inclurait l’articulation entre l’État et les régions sans oublier les directives européennes puisque le droit de référence est européen. La réflexion a aussi porté sur le fait que les problèmes de santé liés à l’environnement ont toujours été les parents pauvres, non seulement parce qu’ils avaient disparu de la conférence environnementale mais aussi du fait que la recherche et l’information dans ce domaine sont sous-développées. José Cambou a constaté, sur le mode ironique, que l’on demande toujours plus d’expertise et que les crédits disponibles pour cette recherche diminuent en même temps ! La France possède trop peu de laboratoires de recherche par rapport aux autres pays européens comme la Grande-Bretagne, l’Allemagne ou les pays nordiques. De même, il n’y a même pas de formation en santé environnement dans les études médicales, pas plus d’ailleurs que dans les formations des chimistes, des architectes… Quant à la communication, elle est un autre parent pauvre des PNSE, quand on pense que l’évaluation des PNSE1 et des PRSE1 n’est pas encore faite !

Les préoccupations de la salle allaient dans la même direction, à savoir : intégrer les conditions de travail et l’alimentation au PNSE3 pour avoir une meilleure cohérence entre les plans, plus de représentation de la société civile dans l’élaboration du plan, prendre en considération les besoins régionaux mais aussi interrégionaux, la nécessité de s’organiser au niveau européen pour que les problèmes santé-environnement ne passent pas à la trappe face à certains lobbyings, avoir une approche par pathologie aussi bien que par milieu ou par produit chimique.

Les participants se divisèrent ensuite en ateliers qui devaient constituer un temps de partage sur des expériences en lien avec les PRSE2, l’objectif étant de mettre en valeur des approches nouvelles et d’en évaluer les potentialités. Pour chacun des six ateliers, une intervention courte préliminaire était suivie de deux ou trois témoignages sur des initiatives locales. Pour chaque témoignage, un travail collaboratif par table de six à huit personnes a été effectué sur la base de questions communes. Ce travail collaboratif a fait ensuite l’objet d’une consolidation collective avant restitution en séance plénière dont voici l’essentiel.

Le premier atelier « Plans Régionaux Santé Environnement : quelle gouvernance pour réussir ensemble ? »,dont le rapporteur était Jean-Luc Bussière, a mis en évidence plusieurs points importants : d’abord que les acteurs des PRSE gardent leur liberté d’action par rapport au PNSE, notamment pour assurer une meilleure intégration des problèmes locaux par les réseaux existants ; ensuite le renforcement des moyens humains et financiers, et voir comment mieux flécher les crédits disponibles ; enfin, assurer l’articulation entre le national et le régional et celle des autres plans. Le PNSE3 devrait être « le plan des plans », c’est-à-dire au sommet de la pyramide, en incluant un oubli important du PNSE2, la thématique de l’alimentation. Le PNSE3 devrait s’inscrire plus dans la durée pour ne pas rompre la dynamique régionale : de ce point de vue, il semble que la durée de trois ans soit trop courte pour faire mûrir les actions, mettre au point les outils méthodologiques qui font défaut actuellement et organiser les retours d’expérience. Enfin, il importe de mutualiser ces retours d’expérience dont la richesse est inestimable pour gagner du temps et mieux adapter les méthodologies, mais il faut souligner le manque de méthodologie d’évaluation. Parmi les éléments forts de réussite des PRSE, une mention particulière a été faite à l’inclusion des conseils régionaux dans la gouvernance.

Le deuxième atelier dont le rapporteur était Hervé Cazeneuve était intitulé « Communiquer pour mobiliser sur les enjeux de santé et environnement. Quelles expériences ? Quelle efficacité ? » Ce thème intéresse surtout le grand public pour lequel un effort doit être fait sur la lisibilité des informations et des enjeux en santé environnement. Il en ressort la nécessité d’une mise en réseau des acteurs plus efficace, soit en augmentant leurs possibilités de rencontre, soit en utilisant des portails de valorisation des actions, ce qui ne doit pas empêcher une communication de proximité, de terrain car il ne faut pas oublier que toute la population ne dispose pas d’Internet. La sensibilisation du public doit aussi passer par une éducation en amont et une volonté de participation qui sont actuellement très insuffisantes.

Le troisième atelier « Les collectivités, actrices de la santé environnementale », animé par Philippe Ritter, visait à examiner la place de la santé environnementale dans les politiques des collectivités. Un principe paraît évident : les collectivités locales sont incontournables puisque c’est à leur niveau que les PRSE sont réalisés ! Il est nécessaire de construire les dispositifs et la participation dès le démarrage, par exemple prévoir le remboursement des frais de déplacements pour les associations afin de permettre une meilleure participation. Ensuite il faut passer du diagnostic général à la hiérarchisation c’est-à-dire au plan prioritaire. Rester au niveau du diagnostic trop général ne permet qu’un saupoudrage, alors que le plan prioritaire doit permettre de déterminer les actions par thème et par secteur géographique. L’objectif est que les populations s’approprient le plan et changent de comportement. Dans cet atelier aussi les membres ont regretté que la durée du PNSE2 ait été trop courte.

Le quatrième atelier « Aménagement et planification urbaine : comment intégrer les enjeux sanitaires ? » posait les interrogations sur les liens entre la santé et l’urbanisme. Dans sa synthèse, Guillaume Faburel commence par l’évidence que la ville future n’est envisagée durable que si elle préserve les ressources naturelles et intègre la problématique du changement climatique. Mais comment peut-elle également répondre aux enjeux sanitaires de la pollution de l’air, du bruit et de la pollution des sols ? D’abord en prenant en compte le bien-être des populations en analysant les pratiques, les usages, les dynamiques urbaines et en les impliquant dans les programmes. Ensuite en bâtissant une culture commune entre les acteurs de santé-environnement et les urbanistes : il faut rapprocher les manières de penser, capitaliser les outils existants, intégrer les connaissances sur les indicateurs, en se faisant aider par les spécialistes des sciences humaines et sociales, le mieux étant d’assurer des formations en santé-environnement dans les écoles d’architectes. Les membres de cet atelier ont insisté sur le fait qu’il faut « faire savoir les savoir-faire », en créant un thésaurus des expériences validées, en communiquant auprès de toutes les catégories de populations et particulièrement auprès des élus. Il importe de capitaliser et d’augmenter le champ spatial de la connaissance.

Le cinquième atelier « Quelle concertation avec les populations locales sur les risques chroniques et sur les risques émergents ? » a débouché sur le concept qu’il faut organiser les concertations en amont de la planification, avec le recueil des enjeux des parties prenantes, en touchant un public le plus large possible. Dans son compte-rendu, Catherine Mir a insisté sur le rôle particulier qui doit être donné aux élus qui sont incontournables car ils sont à la fois des acteurs et des relais. Il importe de décloisonner pour mieux partager et se faire aider par les spécialistes en sciences humaines et sociales. D’autre part, il est nécessaire d’avoir une meilleure diffusion des savoir-faire d’où l’intérêt des réseaux de proximité comme « ville-santé » afin de prévenir les sujets polémiques, bipolarisés avec des extrémistes. Enfin une information claire, transparente et de qualité pourrait être mise en place si des observatoires locaux pouvaient donner des images claires sur des sujets comme le bruit, l’air, les champs électromagnétiques, etc., mais aussi des explications au grand public sur les sujets techniques et apporter des réponses sérieuses.

Le sixième atelier « Comment accompagner les industriels vers des procédés et des produits moins polluants ? Quel rôle pour l’État et les collectivités ? », dont le rapporteur était Martine Ramel, a mis en avant les freins qui peuvent exister dans les domaines de la perception – anticipation et hiérarchisation – aspects économiques pour les entreprises. La perception des problèmes peut être altérée par les controverses scientifiques qui représentent un frein à l’engagement des actions. Or, pour investir, il faut certes plus d’argent mais aussi une motivation. Cette motivation peut être créée en ayant une meilleure vision des relations coûts-bénéfices ; or il y a des carences dans ce domaine comme dans celui de la santé au travail qui doit être couplé au concept de santé-environnement. Les leviers d’action prioritaires sont au nombre de trois :

  • 1- des actions spécifiques vers les TPE et PME pour favoriser les substitutions de procédés ou de produits (exemple du perchloréthylène dans les pressings) comme une baisse de la fiscalité ou des aides financières ;

  • 2- une valorisation des entreprises quant à leurs initiatives, envisager une labellisation, sensibiliser le consommateur pour orienter le marché ;

  • 3- enfin, favoriser l’innovation par des aides à l’innovation et au développement technologique.

La dernière partie de ces rencontres a été organisée sous la forme d’une dernière table ronde en séance plénière qui avait pour thème « Comment renforcer les liens entre le groupe santé-environnement et les groupes régionaux en santé-environnement ? Quelles pistes pour l’avenir ? ». D’une façon générale, la question est de savoir si les liens sont suffisants entre le niveau national et le niveau régional : les réponses apportées montrent qu’il existe des insuffisances certaines et même qu’il faudrait construire le PNSE de façon ascendante en partant des besoins régionaux. Il importe d’avoir une liberté totale de choix pour être plus efficients : il n’est pas nécessaire de prendre tout le programme du PNSE, comme le dit Madame Durand de l’ARS Rhône-Alpes ! Pour Pierre Applincourt qui préside le Comité de suivi du PRSE de la Région PACA, l’important est de créer une dynamique des programmes dès le départ avec les acteurs locaux, ce qui doit assurer une meilleure efficacité et une meilleure adaptation à cette dynamique : la création de comités d’orientation et de comités de pilotage permettent la labellisation de projets provenant des associations, des industriels ou des chercheurs puis de capitaliser les expériences au niveau national. Le point de vue du MEDEF, représenté par Patrick Levy, est que le PNSE est indispensable pour la programmation des PRSE, mais il faut un minimum de consensus dans les objectifs du PNSE3 et limiter le nombre de ces objectifs, ce qui pourrait être facilité par la présence de quelques représentants des régions pour son élaboration en envisageant notamment des actions au niveau interrégional. Néanmoins, comme le fait remarquer Jean-Philippe Deneuvy, directeur adjoint de la DREAL Rhône-Alpes, les moyens des différents organismes diminuent régulièrement, ce qui limitera certains objectifs. D’autre part, il admet très bien que des pans entiers du PNSE ne sont pas déclinables dans les PRSE, tels que la recherche par exemple. Il faut donc nécessairement réduire les ambitions. Pourquoi, ajoute-t-il, ne pas regrouper les huit ou dix régions d’intérêt sur tel ou tel sujet au niveau du GSE pour plus d’efficacité ? D’autre part, si le nombre d’habitants conscients des problèmes entre l’environnement et la santé augmente régulièrement, il importe d’en tenir compte au niveau régional comme l’a fait le Conseil Régional Rhône-Alpes en créant une sous-direction de l’environnement traitant des problèmes de l’eau, de l’air, des toxiques comme les substances cancérogènes et les perturbateurs endocriniens, le but étant de réduire les inégalités sociales dans les risques d’exposition. Alain Chabrolle, vice-président du Conseil Régional Rhône-Alpes, ajoute que des actions positives ont déjà été menées dans cette région concernant les résidus de médicaments, les émissions de poussières et de COV dans la vallée de l’Arve ou encore l’incitation à la création de nouveaux process innovants, et que le retour de ces expériences doit être utilisé pour progresser encore. Enfin, pour Gérard Bapt, député de Haute-Garonne et président du GSE, il faut envisager des commissions interministérielles pour améliorer la coordination, notamment avec le ministère de l’Agriculture et le ministère du Travail, et inverser la construction du plan dans le PNSE3 par rapport au PNSE2 :

aujourd’hui :

demain :

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PNSE2

PNSE3 ← Europe, ministères

   ↓

  ↑

PRSE2

PRSE3

   ↑

  ↑

GT public

GT public

  

Si la demande sociale est forte, elle n’est généralement pas prise en compte dans les plans car c’est un exercice difficile lié en partie à la difficulté de sélectionner les priorités locales et surtout sur le long terme. L’idéal serait de partir de la conférence régionale en octobre et d’en tirer la synthèse jusqu’au 1er trimestre 2014 pour le PNSE3, en impliquant aussi le monde du travail. La conférence environnementale des 20 et 21 septembre devra prendre en considération le meilleur échelon, régional, interrégional ou autre, car il faut que les contrats locaux de santé permettent aussi de réduire les inégalités intercommunales. Un autre élément sera indispensable : le courage politique, comme c’est le cas en Allemagne où les véhicules les plus polluants sont interdits dans les centres des grandes villes. Gérard Bapt termine en évoquant la transversalité des plans et non l’empilement des plans comme c’est le cas actuellement. Cette transversalité doit comprendre des programmes précoces de promotion des connaissances en santé-environnement dans l’éducation nationale. Mesurer le coût financier de tout ce que l’on ne fait pas pourrait être aussi un bon argument pour faire réagir les responsables sceptiques.


La conclusion de ces rencontres revient à Patricia Blanc, DGPR au MEDDE : il importe de mettre en cohérence les objectifs des différents plans et de consolider les partenariats dans leur élaboration. Des résultats ont déjà été obtenus comme la baisse des rejets dans l’air et dans l’eau, la résorption de points noirs environnementaux, la mise en sécurité de 150 sites pollués, la qualité de l’air intérieur dans les crèches, etc., mais l’évaluation du PNSE2 est en cours par le HCSP et l’Inspection Générale des Services, le rapport devant être présenté ensuite au GSE. Elle donne ensuite rendez-vous à la conférence environnementale des 20-21 septembre, en précisant que le PNSE3 s’inspirera des réflexions émises au cours de ces rencontres de Lyon.

Pour ma part, je suis persuadé, au même titre que tous les participants à ces rencontres, acteurs à part entière dans les PNSE et PRSE, que ces deux journées ont été bénéfiques car elles ont créé un véritable consensus sur les objectifs et le mode opératoire du prochain PNSE3 : élaboration des objectifs nationaux de façon ascendante depuis le niveau local ou régional pour une meilleure appropriation des plans par les populations, intégration des thématiques des expositions au travail, de l’alimentation, de l’agriculture qui avaient été oubliées dans le PNSE2 mais qui avaient été intégrées dans quelques PRSE2, et coordination des divers plans qui n’avaient fait l’objet que d’une superposition.

D’autre part, dans la programmation des objectifs, une nouvelle approche santé-environnement par pathologie pourrait effectivement apporter des données intéressantes dans un cadre de recherche. Mais cette recherche est toujours le parent pauvre, au même titre que la formation initiale des professions médicales et d’autres professions, ce qui devrait faire l’objet d’autres objectifs : comment peut-on développer les relations entre santé et environnement quand les principaux acteurs de la santé, les médecins, n’ont aucune formation dans ce domaine ? L’unanimité s’est faite aussi autour de la communication, qu’il s’agisse de la vulgarisation scientifique des connaissances de base ou des retours d’expérience au niveau régional puis national, rien de tel pour rendre plus efficaces les choix des méthodologies à adopter. Une réflexion sur le rôle des conseils régionaux qui, certes, n’ont pas obligation d’agir dans le domaine de la santé-environnement, mais partout où ils ont créé des directions dans ce domaine, les objectifs ont pu fusionner avec ceux des DREAL et ARS, les crédits ont été plus larges et les initiatives plus nombreuses et plus coordonnées. Enfin, j’insiste sur la nécessité qui s’est fait jour au cours de ces deux journées, d’incorporer parmi les acteurs de santé-environnement, les spécialistes des sciences humaines et sociales, d’abord parce qu’ils sont les mieux placés pour parler d’un des objectifs des PNSE et PRSE, celui de la réduction des inégalités sociales, et ensuite parce qu’ils connaissent les démarches à effectuer dans l’analyse des comportements ou des manières de penser de la population, y compris des élus, ce qui devrait représenter l’étape initiale des démarches pour une plus grande efficacité des actions. Il reste pour le prochain PNSE3 à savoir si les crédits seront ou non prioritaires car il n’y a pas d’action sans financement. Le PNSE3 est parti sur de très bonnes bases, très logiques, qui s’appuient sur l’expérience passée ; il devrait être plus efficace, mais il devrait aussi être planifié sur une durée plus longue que les quatre années actuelles.

Pour citer ce document

Référence électronique : Jean-Marie Haguenoer « Les rencontres nationales santé environnement », Pollution atmosphérique [En ligne], N° 219, mis à jour le : 18/10/2013, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=2231

Auteur(s)

Jean-Marie Haguenoer