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Pollution atmosphérique - 2013 - N° 220, Octobre-décembre 2013

Lettre de la rédaction



Texte intégral

Avec ce numéro 220, prend fin la première année de la publication de la revue en format numérique et en accès libre. La consultation de notre site augmente régulièrement puisqu’au mois d’octobre 1421 accès avaient été enregistrés, une marge de progrès existe et je vous encourage à diffuser largement les coordonnées du site Internet de la revue. Grâce au Comité de rédaction et à la validation du conseil scientifique, la revue a fait un effort pour diffuser plus d’informations scientifiquement validées mais accessibles à un public plus large puisque notre lectorat a quitté la sphère close de nos 400 abonnés. Notre modèle économique est encore fragile mais nous comptons sur le soutien des structures privées et publiques ayant à cœur que la pollution atmosphérique et le climat quittent la sphère technique de quelques initiés pour devenir « l’affaire de tous ». Nous remercions l’INIST et l’investissement fort de ses informaticiens sans l’aide desquels les premières publications n’auraient pu avoir lieu. Mes remerciements s’adressent également à Bruno Calvo-Lopez, notre secrétaire de rédaction pour lequel la « lodélisation » n’a plus de secret grâce à un entraînement acharné soutenu par l’INIST. Avec notre relecteur, Laurent Vermeersch, ils forment un binôme qui a fait preuve de sa solidité et de son adaptabilité ; qu’ils en soient remerciés d’autant que les auteurs, toujours pressés par le temps, les obligent souvent à travailler dans l’urgence.

Le nouveau dispositif de la revue nous permet d’être plus proches de l’actualité, toujours chargée, dans les domaines qui sont les nôtres. Ainsi, la fin de cette année 2013 est riche en événements marquants sur l’air puisqu’au moment où les citadins, préoccupés par les pointes de pollution liées aux particules dans les grandes villes, interrogent les pouvoirs publics sur leur inaction1, l’Union européenne présente, le 18 décembre, un ensemble de mesures pour « Un air pur pour l’Europe ». Ces interrogations et ce chantier montrent que si 2013 était baptisée l’année de l’air, le chantier est loin d’être clos, comme l’a souligné la récente manifestation de la Fédération Atmo à Strasbourg dont il sera rendu compte dans la revue au début de l’année prochaine.

C’est bien sûr à la fédération EFCA « European Federation of Clean Air and Environmental Protection Associations », à laquelle l’APPA est affiliée, qu’il revenait d’introduire ce numéro en mettant en lumière l‘importance de l’expertise que de telles associations peuvent contribuer à apporter à la construction des politiques européennes. Or celles-ci, après avoir été le moteur reconnu de toute la dynamique de la prise en compte de la qualité de l’air comme un enjeu de santé publique, se heurtent à de nombreux obstacles, comme le montrent les hésitations de la commission quant à la remise à plat de l’ensemble du paquet « qualité de l’air » en 2014, alors que tous les États n’ont pas atteint les objectifs préconisés par la directive de 2008. Ce « paquet » de mesures sur l’air, dont la préfiguration a été exposée le 18 décembre, répond à de nombreuses interrogations, comme le souligne le Commissaire européen Janez Potočnik : « Les actions que nous proposons diminueront de moitié le nombre de décès prématurés dus à la pollution atmosphérique, renforceront la protection des groupes vulnérables qui en ont le plus besoin et amélioreront notre qualité de vie à tous. Elles seront également bénéfiques pour la nature et les écosystèmes fragiles, et elles permettront de stimuler le secteur des technologies propres, qui est un important secteur de croissance pour l'Europe". Cependant, les objectifs indiqués ciblent les années 2020 ou 2030, ce qui souligne combien le rythme lent de l’élaboration des directives et de leur mise en œuvre n’est pas en phase avec le temps plus rapide de l’émergence de connaissances nouvelles qui, lui-même, est beaucoup plus lent que les exigences à court terme de l’élu ou de l’événementiel médiatique. Les habitants, comme le montre le sondage présenté en début d’année, sont inquiets pour leur santé et attendent des prises de position fiables sur ce sujet2. Le chiffre avancé de 42 000 morts prématurés par an, en France, attribuables à la pollution atmosphérique permet une meilleure prise de conscience et un soutien plus fort de la population vis-à-vis des mesures, souvent contraignantes, à prendre.

Ce dernier numéro de l’année est consacré, comme l’indique l’éditorial, aux différentes échelles et à la variété des champs sur lesquels doit travailler l’expertise européenne pour intégrer les connaissances diverses, en constante évolution. La présentation des enjeux liés à la qualité de l’air montre combien il est urgent de trouver des synergies entre climat et pollution atmosphérique et donc d’articuler les mesures prises dans ces domaines dans un souci de cohérence. Mais les enjeux présentés insistent également sur l’importance des investigations sur la pollution de proximité. M. Thibaudon rappelle combien la vigilance sur la pollution à l’intérieur des locaux s’impose à une époque où le confinement représente un risque majeur lié à l’isolation des maisons. Dans les ambiances intérieures chaudes, humides ou sèches, selon les situations, peuvent se développer des pollutions biologiques ou des nuisances tout aussi dommageables pour la santé que les pollutions d’origine physico-chimiques. La montée en puissance des crises d’asthme l’atteste amplement. Le sol intègre les polluants qui s’accumulent sur une longue échelle de temps, il est ainsi la mémoire des rejets industriels du temps jadis. D. Cuny et son équipe nous rappellent cette évidence en utilisant les méthodes de la bio-indication si souvent oubliée en France dans les bilans effectués sur la surveillance. Nicolas Michelot nous montre les difficultés rencontrées pour évaluer et modéliser la dispersion des polluants en fonction de la topoclimatologie locale. En effet, aux échelles fines, les sources de pollutions sont difficiles à évaluer à l’échelle à laquelle varient les conditions de dispersion des polluants à la faveur des brises ou des abris microlocaux. Or c’est bien à cette échelle que se situent l’exposition des populations et sa forte variabilité spatio-temporelle. Cependant, le recours à des outils de modélisation est indispensable pour évaluer, avec le recul temporel nécessaire, quels sont les bons leviers à activer pour maîtriser les différentes composantes de la pollution urbaine. Avec les incertitudes inhérentes à ce type d’exercice, il est clair que l’évolution de la technologie est essentielle et que la diesélisation du parc automobile parisien a eu une faible influence sur la diminution du CO2 et, en revanche, elle a contribué à l’augmentation du NO2. Cependant, il est nécessaire de rester modeste car les mesures « miracles » n’existent pas, le retour sur investissement est faible, il est nécessaire de « tenir dans la durée » mais aussi dans l’espace car le bruit de fond de la pollution urbaine reste encore élevé même si – il ne faut pas oublier de le souligner – les niveaux ont beaucoup diminué en dix ans.

Pour améliorer la qualité de l’air dans les années à venir, il convient de passer de la connaissance à l’action en trouvant les leviers évalués comme pertinents après des échanges de savoir partagés, ce à quoi la revue souhaite pouvoir contribuer.

Notes

Pour citer ce document

Référence électronique : « Lettre de la rédaction », Pollution atmosphérique [En ligne], N° 220, mis à jour le : 13/01/2014, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=2551

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