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La pollution de l'air dans la presse une représentation « dramatique ». Etude de la production des quotidiens régionaux de l'agglomération lyonnaise

Julien Langumier

p. 503-512

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Texte intégral

La pollution de l'air en ville est présentée comme un des enjeux du développement durable de la ville de demain. Le spectre de l'air irrespirable des villes de Mexico ou Bangkok témoigne de la préoccupation croissante des citadins pour ce problème environnemental. La représentation du phénomène Incombe en premier lieu au champ scientifique qui mobilise plusieurs disciplines pour non seulement mesurer la qualité de l'air mais aussi évaluer l'exposition des citadins et estimer les effets délétères sur la santé. Au cours de ce travail, les scientifiques sont confrontés à des difficultés et des incertitudes liées à la nature de l'objet de recherche.

La pollution de l'air est d'abord un phénomène diffus et continu dont la mesure donne une représentation approchée. Les réseaux de capteurs tendent à donner une vision globale des polluants sur l'ensemble de l'espace d'une agglomération alors que la qualité de l'air varie entre quartiers, entre le centre-ville et les périphéries. Les mesures permettent de suivre l'évolution de certains gaz, composés volatils et particules mais ne disent rien des autres polluants dont on découvre les dangers à mesure que les connaissances scientifiques progressent.

De plus, l'évaluation de l'exposition des citadins aux polluants et des effets de ces derniers à long terme reste problématique. Les mesures de la qualité de l'air sont donc conçues et effectuées relativement à certains seuils considérés comme limites. Le champ médical est à ce propos mobilisé pour déterminer à partir de quelles concentrations la situation présente une menace pour la santé humaine. Les incertitudes qui apparaissent relèvent des problèmes sanitaires des « faibles doses » comme l'explique la qualification de la pollution de l'air d'« accident au ralenti » [1] : le danger résulte d'une intoxication sur une longue période par des polluants présents à des concentrations très faibles. Dès lors les observations des praticiens tendent à relativiser les recoupements statistiques des épidémiologistes qui voient dans la pollution de l'air une menace en termes de mortalité et de morbidité.

La pollution de l'air se présente enfin sous la forme d'un objet hybride quant aux causes de ses manifestations : les polluants sont les produits des émissions anthropiques liées aux activités de chauffage urbain, des industries et de circulation routière mais les événements de pollution exceptionnelle, les « pics de pollution » sont le résultat de conditions météorologiques particulières. Dès lors, qui est responsable de la pollution de l'air ? Doit-on rejeter la faute sur les activités humaines ou sur « l'anticyclone » ?

Les gestionnaires sont donc en charge d'un problème environnemental dont les incertitudes restent importantes tant par rapport à l'évaluation du phénomène qu'à ses effets ou ses causes. Les décisions institutionnelles sont l'objet de polémiques quant à leur efficacité : limitation de la vitesse en cas de pics de pollution, introduction de la pastille verte, mise en place de la circulation alternée, « Journée sans ma voiture »··· Dans ce contexte, le champ journalistique a fait du phénomène de pollution de l'air un sujet médiatique, en diffusant largement les événements de pollution intense, mais aussi en reprenant les résultats des recherches scientifiques et les décisions des politiques portant sur la qualité de l'air. Notre objet d'étude se présente comme un objet de controverse dans la mesure où il structure un espace d'expression et de débat polycentré appelant l'intervention d'acteurs de milieux divers : scientifiques et gestionnaires, experts et journalistes. Sous quelle forme les journalistes traduisent-ils dans leurs articles cet objet de controverse ? Et au-delà, comment expliquer le succès médiatique de la pollution de l'air ?

L'étude des représentations de la pollution de l'air dans la presse permet de mobiliser deux domaines de recherche : les travaux sur la construction sociale des risques et les études menées sur le fonctionnement du champ médiatique. Face aux doutes et aux incertitudes que nous avons rapidement présentés, des représentations autres que scientifiques sont construites sur la question de la pollution de l'air. Denise Jodelet [2] a identifié le même processus à propos de l'épidémie du SIDA : « un événement surgit dans l'horizon social qui ne peut laisser indifférent : il mobilise peur, attention et une activité cognitive pour le comprendre, le maîtriser et s'en défendre. Le manque d'information et l'incertitude de la science favorisent l'émergence de représentations qui vont circuler de bouche à oreille ou rebondir d'un support médiatique à l'autre. .. Les représentations sociales viennent combler l'espace laissé vacant par l'absence de réponses scientifiques. Elles sont diffusées dans l'ensemble du corps social, entre autres par les médias. Leur rôle pratique se manifeste pour Patrick Perretti-Wattel [3] « lorsque l'individu doit appréhender un élément nouveau venu perturber son environnement. Il produit alors un travail cognitif visant à comprendre, à maîtriser ce nouvel élément pour s'en protéger. Cet élément fera l'objet d'une sorte d'approvisionnement symbolique, il sera représenté avec les "moyens du bord", c'est-à-dire à partir des savoirs existants, des représentations élaborées antérieurement. » La menace que représente la pollution de l'air et les incertitudes qui pèsent sur ses manifestations nous conduisent à considérer les représentations de la pollution de l'air comme des risques. Nous reprenons pour cela la définition du risque donnée par Thierry Coanus et al. [4] comme « la représentation d'un danger donné, non encore matérialisé, bien qu'ayant pu survenir auparavant. » Notre objet d'étude présente néanmoins quelques spécificités : la pollution de l'air en ville est un phénomène continu qui ne se manifeste pas par des catastrophes ponctuelles. Le risque n'est donc pas tant la représentation d'un éventuel accident mais plutôt la représentation des effets délétères de la pollution de l'air sur la santé des citadins. Le risque, défini comme représentation, n'existe pas en tant que tel et prend sens dans une relation à l'individu, au groupe (social, professionnel) qui l'appréhendent. Nous nous sommes intéressés ici au groupe particulier des professionnels de l'information. Les recherches1 menées sur le fonctionnement et les pratiques du champ journalistique permettent de comprendre et d'expliciter certaines représentations reprises, voire construites. par les médias.

La pollution de l'air dans la presse apparaît alors comme le résultat de deux constructions successives que nous tenons à expliciter en distinguant trois niveaux :

  • le phénomène-pollution correspond aux émissions anthropiques et aux conditions climatiques. C'est un phénomène physico-chimique diffus et continu ;

  • l'événement-alerte est une construction technique et institutionnelle qui tend à représenter des phénomènes de pollution intense, en déclenchant une alerte à partir de certaines concentrations de polluants, accentuées par un contexte (conditions météorologiques en particulier) ;

  • enfin l'événement-presse correspond au traitement médiatique de l'événement-alerte et éventuellement du phénomène-pollution.

Nous reprendrons dans la suite ces expressions de manière conventionnelle afin d'éviter les confusions et tout malentendu. Cette recherche prend en effet pour objet 1'événement-presse en s'attachant à montrer comment il est construit à partir du phénomène-pollution et surtout de l'événement-alerte. Cette approche relative à la production journalistique de l'événement ne doit pas occulter l'importance de la pollution de fond rappelée, entre autres, par Isabelle Roussel [8] pour qui « le risque sanitaire lié à la pollution de l'air est découplé du risque météorologique »·

Ce document restitue les résultats d'un travail d'enquête réalisé dans le cadre d'un DEA [9], qui s'est attaché à constituer et dépouiller un corpus2 d'articles de la presse quotidienne régionale, relatif à la pollution de l'air à Lyon. La méthodologie retenue dégage trois pistes : nous avons d'abord cherché à reconstituer par une analyse diachronique des articles (1974-2000) l'évolution des discours tenus dans la presse sur la pollution de l'air. Nous nous sommes ensuite intéressés aux « pics de pollution », événements particuliers sur lesquels s'est focalisée l'attention des médias. Enfin, le format même des quotidiens tend à influer les représentations de la pollution de l'air : nous avons travaillé sur des procédés journalistiques plus précis en privilégiant les titres et les photographies ainsi que les interviews rapportées par les journalistes dans les articles.

La pollution de l'air : un objet de controverse dans la presse

L'exploitation de notre corpus ne permet pas bien sûr de reconstituer la nature et le développement de la controverse en s'attachant à la position et aux discours de chacune des parties prenantes mais l'analyse des articles des quotidiens tend à montrer que la presse est un des lieux d'expression du débat.

L'approche diachronique permet de montrer l'évolution des informations délivrées sur le phénomène-pollution et d'expliciter certains procédés journalistiques dans le traitement médiatique d'un sujet controversé.

Thèmes et variations

L'examen des articles de notre corpus traduit une relative constance dans la construction des textes autour de trois thèmes principaux et une grande variation des informations délivrées au cours du temps. Trois sujets apparaissent récurrents dans les articles : la caractérisation du phénomène de pollution

à partir des concentrations et de la nature des polluants présents, la recherche des responsables de l'événement de pollution et enfin la question des effets sur la santé des citadins vient généralement clore l'article. Cette structure paraît quasi immuable sur une période de 25 ans. Cependant chacun des trois thèmes est l'objet d'incertitudes qui provoquent des variations importantes quant à la teneur des informations délivrées.

Les quotidiens pointent principalement, jusqu'en 1990, les « polluants classiques » : en premier lieu le dioxyde de soufre (SO2) que les réseaux de surveillance mesurent depuis le début des années 1960. Viennent ensuite les oxydes d'azote (NOx) pris en compte par un nombre plus restreint de capteurs ainsi que le plomb et le monoxyde de carbone.

L'ozone lait une discrète apparition dans les articles à partir de 1991 et devient le polluant le plus cité au printemps 19953. Au dire des journalistes4 le peu d'informations disponibles et les confusions entre la couche d'ozone et l'ozone fait de ce dernier un sujet inépuisable susceptible de cristalliser une peur collective qui focalise l'attention de la presse pendant plusieurs années. À partir de 1997, les articles se font l'écho de recherches qui montrent que les polluants sont en réalité plus nombreux et parfois ne sont pas mesurés : le benzène, les fumées noires, les particules fines, les hydrocarbures aromatiques, les métaux lourds, les pollens, l'ambroisie sont autant de sujets d'inquiétude (Figure 1).

Figure 1. Les différents polluants évoqués dans la presse.

L'irruption de cette menace pesant sur les citadins nécessite une explication qui est d'abord la recherche des responsables et des « pollueurs. » Au point de départ de notre corpus les industries et le chauffage urbain sont présentés comme les agents qui dégradent la qualité de l'air. La circulation automobile n'est pas l'objet de préoccupations sérieuses5. Elle apparaît à la fin des années 1980 de plus en plus présente dans les articles pour être désignée comme le principal agent polluant à partir de 19946. La question s'affine ensuite et tend à déterminer le carburant le plus polluant : l'automobile a alors deux visages, essence ou diesel (Figure 2). La recherche des causes et des responsables d'un danger reflète un processus général de construction de représentations causales, observé lors de la survenue d'un élément déstabilisant par Patrick Peretti-Wattel [3] : « En désignant des boucs émissaires, la pensée causale spontanée permet d'apprivoiser une menace en la replaçant dans un cadre où elle offre une prise aux individus : si une menace est identifiée à un groupe particulier, il devient possible d'agir sur cette menace en agissant sur ce groupe, en l'évitant, en l'isolant ou en le détruisant. ». La désignation d'un coupable devient le signe d'une maitrise du danger, circonscrit à un certain groupe et constitue une « protection symbolique ». Notons enfin que la météorologie est incriminée régulièrement pendant les événements-alertes : les conditions climatiques anticycloniques provoquent, l'hiver, des inversions de température responsables de la formation d'un « couvercle » recouvrant les villes alors que les canicules estivales favorisent, quant à elles, la formation de l'ozone.

Figure 2. Les causes de la pollution de l'air évoquées dans la presse.

Enfin, l'évaluation du potentiel danger de la pollution est l'objet des incertitudes les plus importantes à l'origine de discours contradictoires. Jusqu'à la fin des années 1980, les articles se veulent rassurants7. alors même qu'aucune enquête épidémiologique n'a été encore menée et que la réalisation du réseau de capteurs n'est pas achevée à Lyon. L'affirmation selon laquelle la pollution de l'air ne présente pas de danger est un message par défaut résultant du manque d'informations. À la suite des alertes importantes relevées au cours des hivers 1989-90 et 1990-91, les quotidiens attirent l'attention de leurs lecteurs sur les « symptômes » liés à la pollution de l'air en précisant toutefois que le danger est circonscrit à certaines populations fragiles (insuffisants respiratoires, enfants, personnes âgées) . À partir de 1995, les articles reprennent régulièrement les publications scientifiques qui attestent de l'existence d'un lien entre la pollution de l'air et la santé des citadins. Ils se focalisent sur une information simple, lisible et dramatique : le nombre de décès imputables à la pollution de l'air, faisant de cette menace un danger mortel8 (Figure 3).

Figure 3. Les effets sur la santé tels qu'ils apparaissent dans la presse.

Les éléments rapportés dans les quotidiens ne constituent donc pas un discours univoque sur la pollution de l'air. Les variations que nous avons relevées sont certes le résultat des découvertes progressives des scientifiques mais révèlent aussi certains procédés journalistiques.

Exercice de style

L'analyse de notre corpus pointe particulièrement deux pratiques dans le traitement médiatique d'un sujet controversé : la dramatisation des explications scientifiques et la mise en scène de l'incertitude sous la figure du conflit.

Les journalistes développent une certaine pédagogie pour vulgariser les discours scientifiques en utilisant des images, des métaphores ou des schémas. Le Dauphiné Libéré (3 février 1989), par exemple, développe des informations relatives aux conditions climatiques propices à l'apparition des phénomènes de pollution : « On dit souvent que l'anticyclone met en place un véritable couvercle sur les régions qu'il recouvre. L'image est bonne. (...) La faute à l'anticyclone... » Le journaliste utilise une image renvoyant à une situation banale et quotidienne qui consiste à recouvrir une marmite de son couvercle. Si l'image est sans doute juste sur le plan scientifique, elle véhicule néanmoins une représentation dramatique en rappelant des scènes de cuisson, d'ébouillantement, et d'étouffement, à travers laquelle les citadins sont placés « sous le couvercle » c'est-à-dire aussi dans la marmite. L'explication du phénomène d'inversion de température dans le même article est l'objet d'une rédaction originale : « Comprenez bien que dans de tels moments, les lois de la nature sont bouleversées : la température s'élève avec l'altitude. Il fait plus chaud en haut qu'en bas... » Le bouleversement de l'équilibre naturel est censé éveiller les inquiétudes du lecteur. Notons que l'inversion de température est en fait un phénomène tout à fait naturel qui n'est pas provoqué par la pollution de l'air. Cette situation particulière accentue le phénomène de pollution en empêchant les gaz de s'échapper mais l'inversion de température n'a rien d'inquiétant en soi et ne relève pas du « bouleversement des lois de la nature ».

Cette dramatisation des discours scientifiques est confirmée par les propos d'une journaliste de Lyon-Figaro pour qui l'absence d'informations suffisantes « permet de faire prendre la mayonnaise », c'est-à-dire de reconstruire un récit hyperbolique. La controverse se développe en effet, autour de débats voire de désaccords entre experts. Nous avons vu que le champ médical ne produit pas un discours homogène sur les dangers de la pollution, les arguments des épidémiologistes et ceux des praticiens présentant des contradictions. Le journaliste dévoile le débat sur la place publique en le présentant comme un conflit9. Il recourt alors à la règle du traitement polyphonique de l'information pour échapper aux critiques de partialité comme l'explique Eliséo Véron dans son étude sur l'accident de Three Mile Island [10] : " Lorsque le discours de l'information articule plusieurs voix, il faut qu'elles soient différentes : la légitimité de chaque énonciateur dépend du fait qu'il apporte quelque chose de nouveau. " Ce procédé apporte une certaine dramatisation en mettant en scène l'information à partir de personnages qui prennent successivement dans leurs discours les figures de l'exagération et de l'apaisement.

L'approche diachronique restituée ici explicite certains aspects du traitement médiatique d'un sujet controversé mais nous dit peu des raisons de la parution dans un quotidien d'un article sur la pollution de l'air. En nous intéressant aux « pics de pollution », nous avons voulu préciser la nature de l' événement-presse.

Un traitement médiatique en partie événementiel. Le cas des pics de pollution

Un quotidien relate avant tout les événements de l'actualité en donnant la priorité au fait qui est nouveau, exceptionnel et qui reste ponctuel. Ces trois adjectifs apportent une première caractérisation de l'événement -presse dont la valeur croît avec son caractère extraordinaire voire anormal comme le relève Pierre Bourdieu [7] : « Ils [les journalistes] s'intéressent à l'extraordinaire, à ce qui rompt avec l'ordinaire, à ce qui n'est pas quotidien -les quotidiens doivent offrir quotidiennement de l'extra-quotidien, ce n'est pas facile... D'où la place qu'ils accordent à l'extraordinaire ordinaire, c'est-à-dire prévu par les attentes ordinaires, incendies, inondations, assassinats, faits divers. », Le phénomène -pollution apparaît , nous l'avons vu, avec un fort contraste. Il est diffus et continu si bien qu'il ne présente pas les qualités de l'événement médiatique. Les recherches épidémiologiques tendent d'ailleurs à montrer que la donnée pertinente représentant la pollution de l'air est la pollution de fond présente au quotidien. Cependant, les journalistes, pour produire des articles sur ce sujet, doivent se saisir d'une manifestation saillante de manière à l'ériger en événement. Les alertes déclenchées en cas de pollution intense, offrent un fait susceptible d'être construit ou interprété comme un événement. Pourquoi l'attention médiatique se focalise-t-elle sur ces alertes ? Quelle est la nature de la construction médiatique dont elles sont l'objet ?

Nous avons développé notre travail sur la réaction de la presse quotidienne régionale aux alertes diffusées par COPARLY10.entre 1996 et 1999.

Le pic est un événement et l'événement est un pic

L'analyse de notre corpus montre que les alertes trouvant le plus large écho dans les quotidiens sont celles qui sont les plus intenses et les plus courtes. La situation optimale résulte de l'occurrence pendant un ou deux jours de l'alerte maximale (niveau 3)11.

Figure 4. Comparaison de la réactivité de la presse aux alertes de janvier 1997 et d'août 1998.

À l'inverse, la répétition pendant une dizaine de jours de niveaux de pollution élevés (niveau 2)12 entraîne rapidement un certain désintérêt de la presse (Figure 4). Ces observations expliquent en partie la focalisation des médias sur l'événement-alerte dans la mesure où le pic de pollution présente une structure analogue à celle de l'événement médiatique. Le pic est le point d'une courbe qui se détache d'une valeur moyenne : il correspond au caractère exceptionnel et inhabituel de l'événement. Le pic est aussi ponctuel puisqu'on peut le délimiter précisément dans le temps. Son apparition est éphémère à l'image de l'événement. L'image du pic pourrait ainsi représenter l'événement médiatique. Le journaliste privilégie donc « naturellement » comme événement caractéristique du phénomène-pollution , le pic de pollution.

La sélection d'une construction technique permettant de construire l'événement-presse ne suffit pas et le journaliste se doit de donner un sens au codage de l'alerte.

L'alerte, une tragédie reconstruite

La temporalité de l'événement-alerte est, sur le plan technique, relativement simple : les concentrations de certains polluants dépassent un certain seuil, l'alerte est déclenchée. Puis ceux-ci redescendent en dessous du même seuil mettant ainsi fin à l'alerte. Les articles des quotidiens se construisent à partir d'une temporalité plus complexe mais relativement invariante. Le premier temps est le plus proche de l'alerte, au cours duquel la presse rapporte les informations relatives à la nature et au niveau de pollution. Le ton est dominé par l'urgence et l'irruption d'un danger nouveau qu'il faut décrire avec le plus de détails possibles. Rapidement, les journalistes se détachent de l'alerte en elle-même pour s'intéresser à la gestion de la crise par les responsables institutionnels et les experts. Ce deuxième temps est riche en discours et dévoile au public certains conflits entre acteurs dont les intérêts divergent. Enfin, la fin du phénomène de pollution annonce le dénouement de cette crise, au cours duquel le danger est relativisé et même effacé par un salvateur « retour à la normale »·

La production de ce scénario dramatique rappelle les grandes étapes de la « tragédie »13 : Lesis et Krisis constituent le temps de l'alerte au cours de laquelle le drame se noue et atteint son paroxysme. Le moment du revirement Metabasis est celui de la gestion et de la prise de mesures restrictives. Enfin le dénouement Ludis résulte de la dispersion des polluants. La reprise par les journalistes de cette structure traditionnelle de récit donne un sens au codage technique de l'alerte.

Le traitement événementiel du sujet de la pollution de l'air à travers les pics de pollution montre une certaine influence du format des quotidiens sur la production de l'information que nous voulons approfondir à travers l'analyse d'éléments plus précis.

Le format des quotidiens donne une « forme » à la pollution de l'air

La détermination des éléments caractéristiques du format des quotidiens suppose un choix que nous avons motivé par la pratique des lecteurs. La lecture exhaustive d'un quotidien suppose un travail de trois à six heures alors que la moyenne du temps de lecture ne dépasse pas un quart d'heure14. Nombreux sont les lecteurs qui se contentent de parcourir les titres et les photographies. Le quotidien régional recourt de plus à la réalisation d'interviews de la « population » dont la diffusion dans les articles constitue une troisième caractéristique du format du quotidien local.

Des titres qui « donnent à voir »

Comme le révèle un journaliste du Progrès : « Il y a deux niveaux de lecture dans un titre : l'information et l'incitation à lire l'article. » L'étude du premier aspect informatif paraît redondante avec l'étude du traitement journalistique d'un sujet controversé. En revanche le titre utilise souvent des procédés rhétoriques tels que la métaphore ou la métonymie dont les effets hyperboliques captent l'attention du lecteur. La typologie que nous avons construite révèle la diversité des images auxquelles renvoient les titres : la maladie (15 %), la guerre (8 %), la recherche d'un coupable (7 %) et enfin l'inquiétude (3 %). Pour le reste (50 %), il s'agit de titres à caractère informatif alertant par exemple d'un pic de pollution.

L'image de fa maladie est développée sans surprise à partir des maux et des souffrances liés aux problèmes respiratoires : " étouffer ", " suffoquer ", " asphyxier "· Certains titres donnent à la maladie une issue fatale en usant d'un vocabulaire morbide : " autopsie ", " tuer " " mortelle ", " empoisonner ", " overdose ", " Cessez de respirer... "· Les victimes de la pollution de l'air représentées par la figure de la maladie renvoient à la guerre et au combat contre un ennemi commun. Nombreux sont les titres qui utilisent un verbe d'action guerrier : " dégainer ",·" riposter ", " avancer ", " résister ", " lutter ", " contre-attaquer " " traquer "· Cette référence au combat reflète un parti pris qui oppose le Mal de la pollution de l'air aux résistants ou sauveurs incarnés par les responsables institutionnels, les techniciens de COPARLY , les militants écologistes et plus largement l'ensemble de la population appelée à se " mobiliser "· L'hyperbole guerrière tend ici à mettre en scène les gestionnaires sur un champ de bataille où ils font preuve d'héroïsme. Ce combat est motivé par la recherche d'un coupable et les métaphores empruntant un vocabulaire juridique sont facilement identifiables : " procès " " mise en accusation " " mise en cause " " hors de cause ", " le banc des accusés ", " impunément "· La désignation des responsables touche des substances, des objets ou des phénomènes non personnifiés comme le SO2, l'automobile, le diesel ou l'anticyclone, et ménage ainsi les individus tels les automobilistes ou les industriels.

Les images relevées dans les titres de notre corpus reconstituent le modèle du " triangle émotionnel " constitué par la victime, le sauveur et le bourreau. Cette représentation donne un sens au danger et replace le péril nouveau de la pollution de l'air dans un système de représentations déjà existant grâce auquel la population peut appréhender cette menace impalpable et diffuse.

Des photographies qui « parlent »

La typologie constituée à partir des objets représentés sur les photographies révèle une homogénéité des illustrations autour de six sujets types : la circulation routière (25 %), les systèmes de mesures de la qualité de l'air (20 %), le pot d'échappement (17 %), les industries et leurs fumées (15 %), les citadins (13 %) et la vue aérienne de la ville (10 %). La répartition quasi exhaustive et équilibrée de l'ensemble des photographies de notre corpus à travers cette typologie est remarquable. Elle illustre une certaine uniformité dans le traitement de l'information.

Ces images désignent les responsables de la pollution en choisissant comme sujets les industries et l'automobile (au plan " micro " avec le pot d'échappement et au plan " macro " à travers la congestion du trafic). En représentant les citadins exposés à la circulation routière, les photographies utilisent l'opposition dramatique entre la fragilité des piétons et le défilé infernal et mécanique des automobiles pour montrer le danger. Le pot d'échappement devient dès 1989 un objet emblématique susceptible d'illustrer un article sur la pollution de l'air. Son caractère insolite et mystérieux donne l'occasion aux journalistes de dévoiler cette face cachée de la voiture de manière à interpeller le lecteur. Le pot d'échappement, en tant qu'objet signifiant, renvoie par ailleurs à l'idée de saleté et au domaine mécanique du moteur par opposition à l'habitacle des passagers. La focalisation sur un objet précis et facilement identifiable permet une assimilation simple du type " pollution = voiture " qui a aussi valeur de discours.

Notons enfin que les titres et les photographies entretiennent une relation d'interaction dans la mesure où le titre oriente la lecture de l'image et ancre le sens de celle-ci. Il n'est alors pas étonnant de constater une certaine similitude des typologies construites : les piétons renvoyant au thème de la maladie, les systèmes de mesure au sujet de la guerre et de la mobilisation, les automobiles et les industries à la mise en accusation. Cependant les photographies tendent à représenter des objets symbolisant les responsables, elles désignent ainsi un coupable de manière relativement anodine, ce qui reste plus délicat dans la rédaction d'un titre explicite.

Les métaphores des titres ainsi que les objets représentés par les photographies construisent un discours sur les dangers et les causes de la pollution de l'air, alors même que les incertitudes restent importantes sur le plan scientifique. Ils disent ce que la science ne peut affirmer rigoureusement : la pollution est porteuse de maladie et de mort. Le respect des formats participe à la production d'une information périphérique qui véhicule certaines représentations plus proches du sens commun que des apports scientifiques. L'utilisation par les journalistes d'interviews de " Monsieur et Madame tout le monde " en offre un exemple plus explicite.

Le journalisme-trottoir ou la mise en scène de la « parole citadine »

Les quotidiens régionaux recourent régulièrement à l'ouverture d'une tribune publique restituant les réactions des citadins confrontés au problème de la pollution. Cette pratique pose la question de la nature de l'information journalistique et celle de l'identification de la source. Le journaliste mène en général une enquête qui consiste à réaliser des interviews puis à sélectionner des extraits de manière à constituer un article :

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«  "Les Gaulois, ils avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête, nous on a peur qu'il entre dans nos poumons. Tu parles d'un progrès !
- Des fois, j'ai l'impression que je suis un noyé. Je sais bien que c'est dans ma tête que ça se passe, mais si seulement je pouvais partir d'ici. Mais pour aller où ? Même les pingouins sur la banquise, il paraît qu'ils ont de l'asthme ... (...) La pollution, c'est "comme Dieu : personne ne le voit, certains le sentent, tout le monde y croit - plus ou moins - et il y a un clergé qui s'arrange pour nous le présenter au mieux de ses intérêts » . Au scepticisme de cet habitant de la ville, répond le fatalisme d'un paysan dauphinois : "L'air, c'est la dernière chose qui soit encore gratuite. Ils vont s 'arranger pour nous le faire payer. " » (Le Progrès, 9 février 1998.)

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Le journaliste s'en remet à travers ces articles au sens commun et délaisse les débats qui entretiennent la controverse scientifique. Ces propos ont un statut ambigu entre information et illustration. La valeur démonstrative de l'exemple des citadins malades tend à dramatiser la situation. Les commentaires rapportés ici témoignent d'un certain fatalisme et d'une défiance vis-à-vis du positivisme scientifique. Le statut fantomatique des interviewés pose la question de leurs identités réelles. Ce procédé n'est-il pas non plus un moyen pour le journaliste de prendre la parole et d'exprimer son jugement personnel ? Il révèle en tout cas un rapport ambigu avec la population dans lequel le journaliste apparaît à la fois comme porte-parole et metteur en scène . Cette situation peut conduire à une certaine perversion du vécu identifié par Jean Baudrillard [12] : « Non seulement les médias arrachent les individus dont ils parlent à l'effectivité de leur rapport au monde et encouragent chez eux le souci inauthentique de se vendre et de se montrer, mais encore, ils produisent chez : s lecteurs , auditeurs et téléspectateurs , l'illusion d'une proximité et d'une spontanéité qui, étant jouées et mises en scène, ne sont jamais , affirment les critiques, que des simulacres et des malversations du réel. »

Les contraintes de format représentées par les trois éléments précédents, révèlent l'existence au cœur de l'activité journalistique de la production d'une information illustrative. Celle-ci se distingue de " l'information de fond " rapportée dans les articles et est constituée par les procédés de mise en forme qui délivrent des messages et certaines représentations qui tendent à accentuer la dimension dramatique du sujet.

Pour reprendre l'image de Pierre Bourdieu [7], les journalistes portent des « lunettes particulières " grâce auxquelles ils sélectionnent certaines choses et construisent ce qui est sélectionné. La diffusion de certains aspects de la controverse et la focalisation des médias sur les pics de pollution illustrent ce principe de sélection. Le respect des formats des quotidiens témoigne de la construction de l'information sous une certaine forme qui correspond aux contraintes commerciales du champ médiatique. Les représentations que nous avons identifiées sont principalement d'ordre dramatique au sens du spectacle, c'est-à-dire qu'elles possèdent la capacité d'émouvoir le public. L'information illustrative confère une valeur commerciale au sujet de la pollution de l'air qui devient un produit de consommation sur le marché médiatique . Cette vision marchande est renforcée par la prise en compte du relatif désintérêt dont est l'objet aujourd'hui la pollution de l'air dans les médias, comme en témoigne une journaliste de Lyon-Figaro :

« Ça fait quatre ans qu'on en parle un peu moins. Les premières années, tout le monde en parlait et puis après les sujets, ça s'essouffle un peu. Une fois qu'on a tout dit, on ne sait plus quoi dire. Il n'y a pas d'événement fondamentalement nouveau donc on est moins réactif maintenant qu'il y a quelques années. Ça devient trop répétitif. Depuis quatre ans on parle beaucoup des risques technologiques et de transports de matières dangereuses. Il y a moins l'intérêt de la chose nouvelle. Maintenant on appelle ça un marronnier. Un marronnier c'est, dans la profession, ce qui revient tous les ans, comme les départs en vacances. »

Les journalistes évaluent l'intérêt d'un sujet en fonction de l'attractivité des autres thèmes d'actualité. Chaque sujet médiatique aurait ainsi un cycle avec une phase d'expansion pendant laquelle l'ensemble des professionnels de l'information se mobiliserait et participerait à la construction du sujet en question d'actualité. La deuxième phase serait celle de l'épuisement de l'intérêt du thème, après avoir été massivement traité par les médias. Le dernier stade est celui du « marronnier » où le sujet devient récurrent, sans surprise et secondaire par rapport au reste de l'actualité. Au terme de ce cycle, le phénomène-pollution et l'événement-alerte entrent dans le domaine du quotidien et de l'ordinaire qui signifie aussi le domaine de l'acceptation et de la résignation. Ainsi, paradoxalement , le traitement médiatique consiste en une dramatisation des événements et aboutit à une banalisation du phénomène. Pour constituer des événements d'actualité, les informations diffusées doivent être chaque fois nouvelles si bien qu'un sujet d'actualité est inexorablement appelé à retomber dans l'oubli. Ce cycle rappelle étrangement celui de la consommation et de la mise en vente d'un produit nouveau. Ce rapprochement est certes caricatural mais rappelle que le champ médiatique ne saurait être considéré sans prendre en compte les contraintes commerciales qui s'y exercent.

Le sujet de la pollution de l'air constituerait l'événement par excellence de .. grande consommation " dans la mesure où il n'est pas conflictuel ou n'est pas présenté comme tel : " Plus un organe de presse ou un moyen d'expression quelconque veut atteindre un public étendu, plus il doit perdre ses aspérités, tout ce qui peut diviser, exclure, plus il doit s'attacher à ne "choquer personne" comme on dit, à ne jamais soulever de problème ou seulement des problèmes sans histoire. Dans la vie, on parle beaucoup de la pluie et du beau temps, parce que c'est le problème sur lequel on est sûr de ne pas se heurter, c'est le sujet soft par excellence. " [Bourdieu, 7]. Le dépouillement de notre corpus n'a en effet pas révélé d'articles mentionnant des problèmes et des débats autres que scientifiques, c'est-à-dire sur lesquels la population n'a que peu de prise. La pollution de l'air, à l'image de la météorologie, serait-elle un « sujet soft » ?

Je tiens à remercier toutes les personnes qui m'ont aidé dans ce travail, documentalistes, journalistes, techniciens de COPARLY, et plus personnellement Thierry Coanus dont la présence et la disponibilité ont permis un encadrement précieux tant sur le plan scientifique que moral.

Références

1. Roqueplo P. Les pluies acides considérées comme un accident au ralenti. ln : Theys Jacques, Fabiani Jean-Louis (dir.), La société vulnérable. Presses de l'École Normale Supérieure, Paris 1987 : 153-76.

2. Jodelet D (dir.). Les représentations sociales. Presses Universitaires de France, Paris 1989 :34.

3. Perett -Watel P. Sociologie du risque. Armand Colin, Paris 2000 :200,202.

4. Coanus T (dir.), Duchene F, Martinais E. La ville inquiète. Développement urbain, gestion du danger et vie quotidienne sur trois sites " à risques .. de la grande région lyonnaise (fin XIXe - fin XXe), rapport financé par le Contrat de Plan État/Région Rhône-Alpes, Laboratoire RIVES, École Nationale des Travaux Publics de l'État 2000 :2.

5. Champagne P, Marchetti D. L'information médicale sous contraintes. À propos du scandale du sang contaminé. Actes de la recherche en sciences sociales, n° 101-102, mars 1994 :40-62 .

6. Accardo A. Journalistes au quotidien. Outils pour une socio-analyse des pratiques journalistiques. Le Mascaret, Bordeaux 1995 :258 p.

7. Bourdieu P. Sur la télévision suivi de L'emprise du journalisme. Liber Raison d'Agir, Paris 1996 :95 p.

8. Roussel I. La difficile territorialisation du risque lié à la pollution atmosphérique. Colloque international Risques et territoires, UMR CNRS 5600, 16-18 mai, ENTPE, Vaulx-en-Velin, atelier 2, 2001 :19-30.

9. Langumier J. Les représentations de la pollution de l'air en ville dans la presse. Le cas e l'agglomération lyonnaise, mémoire de DEA " Villes et sociétés '" dir. T. Coanus, Ecole Nationale des Travaux Publics de l'État et Université Lumière Lyon 2,2001 : 128 p.

10. Véron E. Construire l'événement. Les médias et l'accident de Three Mile Island. Les Editions de Minuit, Paris 1981 :67.

11. Sicard M·N. Entre médias et crises technologiques les enjeux communicationnels. Presses Universitaires du Septentrion, Paris 1998 : 183 p.

12. Baudrillard J. La Guerre du Golfe n'a pas eu lieu. Galilée, Paris 1991 :99 p.

Notes

1  Les travaux se réclamant d'une sociologie critique, montrent les effets de plus en plus sensibles des contraintes commerciales sur le travail journalistique. Nous nous référons principalement aux enquêtes de Patrick Champagne [5] et d'Alain Accardo [6] ainsi qu'aux textes de Pierre Bourdieu [7].

2  Nous avons constitué deux corpus distincts : le premier reste lacunaire et résulte de la collecte de revues de presse déjà existantes. Ce corpus de " seconde main " couvre la période 1974-2000 (le 6 mars 1974 correspondant à la création par le ministère des Affaires culturelles et de l'Environnement d'une zone de protection spéciale dans les départements du Nord et du Rhône). Il se compose de 220 articles issus principalement de la presse régionale :Le Progrès, Lyon Figaro. Le second corpus a été constitué à partir des dates d'alerte à la pollution en réalisant des revues de presse à partir des archives couvrant les jours qui suivent le déclenchement d'une procédure d'information et de recommandation (niveau 2) ou d'alerte (niveau 3). Nous avons réalisé cette collecte pour la période 1996-1999 (soit 46 dates et 43 articles).

3  Cette date correspond à la sortie de l'avis de la section " Évaluation des risques sur l'environnement et la santé,. du Conseil supérieur d'hygiène publique de France, selon lequel l'ozone représente un « risque important pour un. grand nombre de personnes », (Le Progrès, 18 mai 1995). Le rapport complet « Ozone, indicateur majeur de pollution photochimique en France : évaluation et gestion des risques sur l'environnement et la sante » ne sera publié qu'en juin 1996 (Edition Technique et Documentation).

4  D'après un entretien réalisé auprès d'une journaliste de Lyon Figaro.

5  L'article du Progrès du 27 mars 1974 en témoigne : « Mais au fait, qui est gêné par la pollution des quatre roues dont sept ménages sur dix sont dotés ? ».

6  Le Progrès (12 février 1994) : « Le Parc automobile est la première cause de pollution de l'air respiré par les citadins. Alors que dans le même temps, la pollution dégagée par l'industrie et l'habitat a diminué ».

7  « On peut .affirmer qu'il n'y a plus de surmortalité due à la pollution atmosphérique » déclare le Docteur Ritter (Directeur adjoint au service d'hygiène de la ville de Lyon) dans Lyon-Libération, le 26 janvier 1989.

8  Le Monde (13 juin 1996), d'après un rapport de la SFSP (Société française de santé publique), annonce qu'un millier de décès seraient imputables à la pollution automobile. L'ensemble des quotidiens nationaux et locaux reprend, le 19.avril 1999. l'étude des épidémiologistes de l'Institut de veille sanitaire qui fixe à 256 le nombre de décès anticipés liés à la pollution de l'air. Le Monde du 2 septembre 2000 se fait l'écho des résultats d'une étude menée en France, en Autriche et en Suisse qui chiffre a 40 000 le nombre de morts provoqués par la pollution de l'air.

9  L'article du Progrès du 20 août 1998 intitulé .« Polémique sur l'ozone » est à ce propos révélateur. Il donne d'abord la parole au pneumologue, le Dr. Raoul Harf « qui n'hésite pas à traiter l'ozone de "débilité écologique". "Les mesures qui nous guettent lorsqu'on atteindra le niveau 3 frisent la paranoïa. Il est bien plus facile d'accuser la voiture de son voisin que sa propre cigarette.·" »· le responsable du département .. Pollution atmosphérique " de l'OMS (Organisation mondiale de la santé), Dietricht Schwela répond dans le même article : « Nous disposons de nombreuses études dans ce domaine. Toutes indiquent qu'il existe un relation entre les fortes concentrations d'ozone et la mortalité chez les personnes fragiles, âgées, asthmatiques, et chez les petits enfants. Les pneumologues n'en voient peut-être pas les effets directement dans les services hospitaliers mais ils ne peuvent pas les nier ».

10  Comité pour le contrôle de la pollution atmosphérique dans le Rhône et la région lyonnaise.

11  Nous avons observé cette situation en janvier 1997, au cours de laquelle la pollution de l'air devient pendant deux jours l'événement majeur des quotidiens locaux . Le Progrès consacre intégralement la première page au sujet les 15 et 16 janvier 1997.

12  Entre le 8 et le 17 août 1998,huit alertes de niveau 2 à l'ozone ont été déclenchées. Les quotidiens ont accordé une certaine attention au sujet les trois premiers jours après quoi le phénomène-pollution est redevenu invisible dans la presse.

13  Marie-Noële Sicard [11], en étudiant le traitement médiatique de la crise de Bâle (pollution chimique du Rhin), a rapproché la structure du récit journalistique des grandes étapes de la tragédie grecque.

14  Jean-Luc Martin-Lagardette. Le guide de l'écriture journalistique, Éditions Syros, Paris 2000.

Pour citer ce document

Référence papier : Julien Langumier « La pollution de l'air dans la presse une représentation « dramatique ». Etude de la production des quotidiens régionaux de l'agglomération lyonnaise », Pollution atmosphérique, N° 176, 2002, p. 503-512.

Référence électronique : Julien Langumier « La pollution de l'air dans la presse une représentation « dramatique ». Etude de la production des quotidiens régionaux de l'agglomération lyonnaise », Pollution atmosphérique [En ligne], N° 176, mis à jour le : 15/12/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=2617

Auteur(s)

Julien Langumier

Laboratoire RIVES, École Nationale des Travaux Publics de l'État (ENTPE), rue Maurice Audin, 69120 Vaulx-en-Velin