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Livres lus pour vous

Fontan J., La météo à l’origine de tous nos maux ? Vuibert, 2014, 150 p.

Isabelle Roussel

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Texte intégral

Jacques Fontan, physicien de l’atmosphère et spécialiste de la pollution particulaire, nous livre un petit recueil des interactions entre les conditions météorologiques et la santé. Il ne s’agit pas d’une compilation savante faisant l’état de l’art de la science sur cette question mais plutôt d’une interrogation sur le croisement entre le savoir profane et les preuves scientifiques. Depuis la nuit des temps, le vent qui rend fou, les ions positifs, les canicules sont autant de manifestations météorologiques avec lesquelles les habitants se sont habitués à vivre de manière très empirique. Or le physicien, même en s’appuyant sur les dernières publications écrites sur le sujet, est obligé d’avouer, à plusieurs reprises que : « Une grande sensibilité aux conditions météorologiques ne doit pas être niée même si elle n’est pas expliquée ».

Ce livre passe en revue systématiquement tous les liens pouvant exister entre les conditions météorologiques et la santé ; il commence par évoquer le confort thermique contrôlé par la combinaison complexe de la température, l’humidité et le vent ; il poursuit avec l’influence de la pression sur le métabolisme et le mal-être lié à certains vents comme le vent d’autan et l’harmattan. Il consacre ensuite une partie à la pollution de l’air qu’il considère comme relevant de la biométéorologie puisque très influencée par la situation météorologique, comme le prouve l’analyse, très actuelle, effectuée par Camille Flammarion en 18721 : « Tout en absorbant pour nos poumons la quantité d’air qui leur est due, nous respirons souvent, sans le savoir, des armées d’animalcules microscopiques en suspension dans le fluide atmosphérique… Ce n’est pas s’avancer trop que de leur attribuer une partie de l’insalubrité qui se manifeste habituellement dans les grandes agglomérations d’hommes. La mortalité qui a été considérable à Paris pendant les premiers mois de cette année 1870 par suite de la petite vérole, des pleurésies et des fluxions de poitrine s’est manifestée surtout dans les arrondissements septentrionaux, sur lesquels les vents du sud apportent les miasmes de la grande ville et où l’ozone disparaît presque complètement. La connaissance des conditions de la santé publique sera fournie en partie par l’étude de la météorologie avec les variations de cette santé qui oscille constamment avec le souffle léger des brises comme sous le faible balancement de la pression barométrique ». Il consacre une quatrième partie aux autres paramètres et situations biométéorologiques, dans laquelle il passe en revue l’influence que peuvent avoir les ondes, les événements extrêmes (canicules, orages, inondations…) sans oublier les cycles lunaires pour lesquels « peu d’études montrent une relation nette avec la santé ».

Pour de nombreux phénomènes, comme pour le bruit suscité par les éoliennes, l’auteur convoque les dires d’experts pour conclure à l’absence de risques pour l’homme. De même, la relation entre le moral, le psychisme et la santé présente « une corrélation qui n’est pas démontrée ». Pourtant, Jacques Fontan cite une étude menée par des chercheurs américains qui ont montré la relation entre des événements climatiques extrêmes et des actes de violence qui augmentent de 4 % pour les conflits personnels et de 14 % pour les conflits de groupe lors de situations météorologiques particulières.

Si la sympathie de l’auteur est sensible pour la Cerdagne ou pour d’autres stations climatiques, le physicien apparaît, entre les lignes, en faisant preuve d’une certaine réticence pour valider les bénéfices objectifs des séjours climatiques, tout en reconnaissant que ces stations « dépourvues d’acariens et de moisissures avec une saison pollinique courte » sont des lieux de séjour qui ne peuvent qu’être bénéfiques pour les asthmatiques.

Jacques Fontan nous présente donc un livre courageux à travers  lequel il reconnaît les limites d’un raisonnement scientifique peu adapté pour valider des expériences sensibles dont il ne peut nier l’existence. C’est pourquoi l’auteur se sent en phase avec Daniel Bontoux, rhumatologue, qui écrivait dans le Figaro du 5 décembre 2010 « l’influence des conditions météorologiques sur la douleur des rhumatismes est un fait d’expérience largement répandu et qu’il n’y a pas lieu de mettre en doute mais qui échappe en grande partie à l’analyse scientifique ».

On peut regretter que cette analyse assez complète des éléments de l’environnement météorologique passe aussi rapidement sur le changement climatique sans s’interroger sur l’ambivalence de la notion d’adaptation qui est un des piliers des politiques climatiques actuelles. L’auteur évacue en quelques lignes le problème, en affirmant sa confiance dans les possibilités d’adaptation de l’individu et dans les ressources de l’agriculture et de l’urbanisme pour faire face à des conditions environnementales différentes. Pourquoi ne pas convoquer cette expérience sensible et profane de la vie quotidienne pour mieux intégrer le climat et ses éventuels excès dans nos vies et dans nos territoires ?

1  Camille Flammarion, 1872, L’Atmosphère, Librairie Hachette.

Pour citer ce document

Référence électronique : Isabelle Roussel « Fontan J., La météo à l’origine de tous nos maux ? Vuibert, 2014, 150 p. », Pollution atmosphérique [En ligne], N° 222, mis à jour le : 12/08/2014, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=4514

Auteur(s)

Isabelle Roussel