retour à l'accueil nouvelle fenêtre vers www.appa.asso.fr Pollution atmosphérique, climat, santé, société

N° 222

Lettre de la rédaction

Isabelle Roussel

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Texte intégral

En cette période estivale, le rythme quotidien se ralentit et permet des réflexions plus fondamentales sur les questions de l’air et du climat. C’est pourquoi ce numéro de la revue Pollution atmosphérique, climat, santé, société vous propose quelques éléments pour mieux historiciser cette période fondamentale de l’activité humaine baptisée « anthropocène ». La naissance de la société industrielle a bouleversé les possibilités de métabolisation des résidus dont le volume a dépassé les capacités d’absorption de l’écosystème planétaire, tandis que les ressources naturelles s’épuisent plus vite qu’elles ne se renouvellent pendant que l’humanité ne cesse de s’accroître. Ce déséquilibre, introduit entre autres par l’utilisation massive de la chimie et par une consommation toujours croissante, est à l’origine de la crise environnementale contemporaine qui interroge la survie de la planète et de l’humanité. Cependant, cette situation a des fondements anciens : dès l’époque moderne, la place de la science a fait débat, et la régulation de l’industrie a pris différentes formes que rappellent les contributions présentées dans ce numéro.

Stéphane Frioux, dans l’éditorial qu’il a eu l’amabilité de rédiger, indique quel peut être l’apport, encore timide, de l’histoire de l’environnement. Pourtant, les thèses et ouvrages portant sur l’histoire de la pollution atmosphérique et du climat sont de plus en plus nombreux, comme le montrent le nombre de thèses soutenues et la richesse des publications dont ce numéro donne un aperçu qui mériterait d’être complété. L’équilibre entre développement industriel et urbain, d’une part, et les progrès sanitaires, d’autre part, relève d’orientations politiques et économiques d’autant plus difficiles à cerner qu’elles ont évolué au fur et à mesure que les progrès de la technologie s’imposaient. Lionel Charles montre pourquoi, en France, la science a soutenu les progrès techniques en négligeant une approche plus qualitative de la santé que confirment les difficultés rencontrées par l’émergence de la santé environnementale. Cette difficulté que confirme l’expérience de Michel Jouan, au cours des années 1970, a une longue histoire qui se noue au moment de la Révolution, lorsque la nouvelle grammaire administrative s’impose en faisant confiance à la science et à la technique pour museler les plaintes au nom du progrès et de l’intérêt général. La notion d’environnement et sa prise en compte relèvent d’une élaboration historique complexe reflétant celle des transformations qui n’ont cessé d’affecter des sociétés en expansion soumises au processus historique de modernisation. L’histoire de l’APPA à Bordeaux en est un bon exemple. L’article sur la céruse et celui sur l’Afrique du Sud illustrent le caractère chaotique de la résolution de l’équation entre développement industriel et santé publique. La considération pour la santé au travail évolue au fil des impératifs économiques et sociaux, alors que santé environnementale et santé au travail constituent des dimensions indissociables de la santé publique qui devrait être un pilier du développent durable, celui du bien-être et de la qualité de vie des populations.

Ce regard rétrospectif pour mieux comprendre le présent, la revue le propose également dans le domaine du climat. Ce lien entre l’organisme humain et le climat mérite d’être interrogé à l’heure où l’adaptation au changement climatique se révèle être un processus complexe qui ne peut se penser qu’à une échelle locale. À travers l’histoire du climatisme, Jean-Pierre Besancenot montre l’importance du rôle que joue le climat dans les moments de bien-être que constituent les cures thermales, sans oublier les bénéfices du climatisme tombé en désuétude, comme le montrent les immenses bâtiments autrefois utilisés pour vaincre la tuberculose. La date des vendanges est un indicateur de l’adaptation aux fluctuations inhérentes à la variabilité climatique séculaire. D. Rousseau a pu ainsi préciser quelle a été l’alternance de séquences chaudes et froides depuis le XIVe siècle, montrant ainsi que, comme l’épisode de pluie acide de juillet 1783, les aléas climatiques sont antérieurs à l’anthropocène. Cependant, le changement climatique, tel qu’il a été identifié par les climatologues, se situe à une autre échelle qui impose également d’intégrer le climat à une échelle plus locale, celle du terroir viticole mais aussi celle de l’organisme humain. Le défi posé par l’anthropocène consiste, précisément, à intégrer les effets du climat aux différentes échelles, puisque l’interaction entre le local et le global, entre le passé et le futur, est une obligation qui bouleverse bien des visions anciennes trop statiques. C’est ce changement culturel que la revue se donne pour mission d’accompagner avec ce regard rétrospectif.

Pour citer ce document

Référence électronique : Isabelle Roussel « Lettre de la rédaction », Pollution atmosphérique [En ligne], N° 222, mis à jour le : 10/04/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=4548

Auteur(s)

Isabelle Roussel