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Le défi climatique. Objectif : 2 °C par Jean Jouzel et Anne Debroise

Régis Juvanon du Vachat

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Texte intégral

Ce livre de Jean Jouzel (vice-président du GIEC) et Anne Debroise (journaliste) actualise les connaissances sur le changement climatique en tenant compte du cinquième rapport d'évaluation du GIEC, publié de septembre 2013 (groupe I : la science du changement climatique) à septembre 2014 (rapport de synthèse des trois groupes). Le fil directeur choisi est l'objectif de limitation de la température moyenne du globe à 2 °C depuis l'époque préindustrielle (1750). Ce seuil a été calculé pour que la machine climatique ne s'emballe pas avec des effets irréversibles catastrophiques (fonte de la banquise, hausse du niveau des mers…). C'est devenu aussi un engagement politique proposé pour l'accord futur de la conférence climat (Paris, 2015) et sur lequel l'Europe s'est engagée dès 1996 et qui a émergé sur le plan politique à la conférence de Bali en 2007.

Le plan de l'ouvrage, très logique, se décline en trois parties avec quatre à cinq chapitres pour chacune : Le temps des certitudes (I), Les prévisions pour demain (II) et Vers un avenir décarboné (III). La première partie s'appuie sur le réchauffement d'origine humaine qui, sans équivoque, est le constat du GIEC dans son dernier exercice. Deux chapitres retracent les leçons du passé avec les carottages de glace (Antarctique et Groenland) dont Jouzel est un spécialiste. À noter aussi un chapitre très intéressant (« Vers un consensus ») qui fait le bilan des discussions scientifiques et politiques (toujours imbriquées) de 2009 (conférence de Copenhague) à maintenant avec le Climategate (vol d'e-mails sur les calculs de température moyenne), l'échec de Copenhague, la crispation du débat en France. On y trouve aussi les réponses aux questions classiques : la hausse du CO2 précède celle des températures dans le passé, rôle de l'activité solaire, rôle des aérosols (en particulier théorie du danois Svensmark). Sur tous ces points, Jouzel conclut le débat en discutant de façon approfondie les arguments des sceptiques, parfois malveillants !

La deuxième partie présente les résultats des modèles numériques sous toutes les coutures (échelles d'espace et de temps, domaines concernés) mais aussi l'impact général sur la nature (glaces, océans, biodiversité) et sur la France en particulier où le paysage est déjà modifié. L'impact du changement climatique en France a fait l'objet en effet d'une étude récente en lien avec l'ONERC grâce à des scénarios régionalisés sur la France (12 km de résolution, 50 km outre-mer), sous la direction de J. Jouzel. Cette partie évoque aussi les surprises possibles comme ce changement brutal de température dû à la rupture d'un barrage glaciaire il y a 8 200 ans, ou le ralentissement du Gulf Stream (scénario repris dans le film Le jour d'après).

La troisième et dernière partie fait l'historique de l'action politique (« Les nations en ordre de bataille »), tout en discutant des difficultés de la négociation (marchés du carbone en panne, crise financière…). Et si l'objectif de + 2 °C était irréaliste ! Il faut savoir gré à l'auteur de quelques pages expliquant que même les experts du GIEC sont sceptiques sur les chances d'un tel accord de limitation de la température globale. Il évoque notamment le rapport annuel du Programme des Nations Unies sur l'Environnement, qui étudie de façon approfondie les relations entre les émissions de gaz à effet de serre et les températures, pour lequel il faut agir dès maintenant sans attendre 2020.

Enfin, deux chapitres sur l'atténuation des gaz à effet de serre et l'adaptation au climat futur complètent cette partie, tandis qu'un chapitre décline les progrès français en la matière : facteur quatre, Grenelle, scénarios pour la France, plan national d'adaptation.

L'ouvrage, riche et pédagogique, se conclut par un regret que l'Organisation Mondiale de l'Environnement n'existe pas pour faire le pendant de l'OMC, et en indiquant le faible coût de cet objectif de +2 °C (perte d'un an de PIB tous les 30 ans). Pour finir, un appel à l'engagement des décideurs largement poussés par la société civile qui doivent lire cet ouvrage de synthèse pour mieux comprendre les enjeux scientifiques et politiques de la conférence de Paris 2015.

Pour citer ce document

Référence électronique : Régis Juvanon du Vachat « Le défi climatique. Objectif : 2 °C par Jean Jouzel et Anne Debroise », Pollution atmosphérique [En ligne], N° 224, mis à jour le : 17/04/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=4752

Auteur(s)

Régis Juvanon du Vachat