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Livres lus pour vous

La bataille de l’air, enjeux économiques de la qualité de l’air, par Frédéric Gonand, Thomas Kerting et Mathilde Lorenzi


Éditions Descartes et Cie
Isabelle Roussel

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Texte intégral

Frédéric Gonand, Thomas Kerting et Mathilde Lorenzi nous livrent La bataille de l’air, enjeux économiques de la qualité de l’air, un ouvrage de 117 pages paru en janvier 20151. Selon les propos des auteurs relevés dans la conclusion : « plus que faire le point sur ce sujet injustement oublié et récemment redécouvert, ce petit livre a pour objectif de structurer la réflexion sur la dimension économique de la pollution de l’air ». Non sans une assimilation un peu rapide entre Paris et Pékin, les auteurs attribuent cette « redécouverte » de la pollution atmosphérique à la forte médiatisation des épisodes de pollution printaniers enregistrés ces dernières années. Après un bref rappel des caractéristiques des principaux polluants et de leurs effets, les auteurs insistent sur « le coût sanitaire gigantesque de la pollution de l’air qui est responsable de dix fois plus de décès que lors des accidents de la route rien qu’en Europe ». Cependant, les effets négatifs de la pollution ne se limitent pas à la santé puisqu’elle handicape la vie quotidienne des banlieusards, le tourisme et la valeur immobilière de certains quartiers.

Le chapitre VI rappelle opportunément, en synergie avec le récent rapport réalisé par le Sénat2, quelles sont les difficultés méthodologiques rencontrées quand il s’agit de monétariser le coût de la pollution. Les informations apportées par ce chapitre très didactique sont très précieuses car souvent ignorées. Selon les auteurs, l’air relève d’un « bien public pur » dont le prix ne peut être fixé par le marché puisque l’air appartient à tous et que sa détérioration n’est pas pénalisée à la hauteur des dommages induits. Ce sont donc les pouvoirs publics qui doivent intervenir pour améliorer la qualité de l’air selon différentes formes : réglementation directe, taxe environnementale ou marché des permis à polluer. Après avoir montré l’insuffisance de la réglementation, les auteurs insistent sur l’importance du marché de la dépollution : traitement de l’air, épuration, photocatalyse, matériaux absorbants, objets connectés, sans oublier l’open innovation pour découvrir de nouveaux modèles socio-économiques.

Les deux derniers chapitres ont pour ambition d’encourager les pouvoirs publics et les collectivités locales à investir dans l’amélioration de la qualité de l’air, aussi bien par la promotion de procédés propres que par la remédiation. Le livre se termine sur les moyens proposés pour assainir l’air de la ville en agissant sur les transports, l’urbanisme et les bâtiments. La rentabilité de leur mise en œuvre est assurée par la rapidité du gain sanitaire obtenu : « l’investissement public et social dans la dépollution de l’air est sans doute très rentable car la probabilité est forte pour que les bénéfices économiques et sociaux soient sensiblement supérieurs aux coûts engagés pour dépolluer l’air »(un investissement de 10 milliards d’euros permettrait de faire baisser de 100 milliards le coût de la pollution). « Cette conclusion est significativement liée à deux faits bien établis : a) la plus grande partie du coût économique de la pollution de l’air est liée à son effet défavorable sur la santé humaine ; b) une diminution de la pollution de l’air permet de diminuer rapidement et significativement la mortalité prématurée qui lui est associée ». La conclusion mentionne que le livre : « ouvre le débat au service de politiques environnementales à la fois positives et miscibles avec la logique économique la plus standard, selon une logique assez différente de la thématique relative au dérèglement climatique ». Comme pour beaucoup d’éléments trop rapidement abordés par ce livre au format réduit, comme, par exemple, la notion d’exposition, cette dernière phrase aurait mérité de plus amples explications. L’orientation résolue vers une économie bas-carbone peut-elle s’effectuer dans le cadre de la logique économique standard ? N’est-il pas nécessaire d’inverser un certain nombre de valeurs pour aboutir à cette nouvelle économie qui, en réduisant progressivement l’utilisation des énergies fossiles, sera bénéfique pour la qualité de l’air ? Est-ce que, précisément, la conjugaison des objectifs climatiques avec ceux de la qualité de l’air ne montre pas le caractère obsolète des cadres anciens ? Ce livre est une incitation à prolonger le débat…

1  Éditions Descartes et Cie

2  http://www.senat.fr/rap/r14-610-1/r14-610-11.pdf

Pour citer ce document

Référence électronique : Isabelle Roussel « La bataille de l’air, enjeux économiques de la qualité de l’air, par Frédéric Gonand, Thomas Kerting et Mathilde Lorenzi », Pollution atmosphérique [En ligne], N°226, mis à jour le : 17/09/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=5115

Auteur(s)

Isabelle Roussel