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Livres lus pour vous

Et notre santé, alors ? par Générations Cobayes


Editions Jouvence, 2015, 159 p.
Isabelle Roussel

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Texte intégral

Ce livre, organisé de manière très dynamique et interactive, comporte cinq chapitres qui traitent des questions de santé environnementale les plus polémiques : les ondes électromagnétiques, les vaccins, les pesticides, les OGM et les perturbateurs endocriniens.

Ce livre est un manifeste du mouvement Générations Cobayes dont la genèse fait l’objet d’un sixième chapitre qui permet à Camille Marguin, militante de ce mouvement, de décrire la dynamique de l’association constituée autour du slogan « se faire du bien sans se faire du mal ».

L’appel qui justifie ce livre repose sur une prise de conscience des effets délétères de l’environnement sur la santé. La multiplication des cancers, des allergies, de la maladie asthmatique, des difficultés de la reproduction, provient, selon les membres de cette « génération », d’une planète qui, devenue malade, empoisonne les humains. Or les pollutions généralisées, les substances chimiques nocives, les technologies ravageuses peuvent être évitées si le respect de l’environnement et de la santé humaine devient la boussole qui guide les actions à entreprendre sous le signe du principe de précaution. Cette vision portée sur le monde actuel, apparemment très sombre, n’est pas sans espoir puisque cette jeunesse pense avoir « un rôle moteur à jouer pour inventer un avenir respectueux de notre santé et de la Terre. » Cette association souhaite mobiliser les jeunes pour « stopper l’épidémie de maladies chroniques dues aux pollutions de l’environnement ». En effet, selon les militants de cette association, la plupart des jeunes s’inquiètent pour leur santé, ils « sentent qu’il y a quelque chose qui cloche », ils s’interrogent sur les pollutions chimiques de leur quotidien, sur les produits qu’ils utilisent mais ils ne savent pas quoi faire et se résignent alors à vivre dans un monde qui, selon eux, est condamné. « Ce qui mobilise les jeunes, selon Labadie1 (2005), ce ne sont plus les grandes causes, mais la vie quotidienne et les politiques qui l’encadrent ». Pour agir, il ne suffit pas d’être conscient des menaces, il faut qu’elles soient intégrées dans la vie quotidienne. Ces pourquoi les cinq sujets abordés concernent les jeunes et les produits de consommation qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne. Ce livre, en apportant des éléments de connaissance, a alors pour ambition, sous une forme très interactive, d’apporter des informations sur des choix quotidiens possibles, susceptibles de refuser les poisons qui nous environnent pour construire un monde meilleur.

Les cinq domaines abordés le sont à partir d’une interrogation personnalisée mais qui reprend bien les commentaires entendus régulièrement dans la vie de tous les jours. Pour répondre à ces questions, cinq personnalités engagées mais compétentes dans le domaine investigué se sont prêtées au jeu des questions/réponses. Au-delà de son aspect engagé et militant, les connaissances proposées ne sont pas exposées de manière dogmatique. Bien au contraire, la santé environnementale n’est pas du tout présentée comme normative, oscillant entre le bien et le mal, le permis et le défendu mais bien plutôt entre des choix possibles dépendant des évolutions d’un contexte complexe et des options individuelles. Chaque question est replacée dans sa trajectoire historique permettant de comprendre quels ont été les mauvais choix effectués et les défaillances du système de santé publique.

Le premier chapitre, sur les ondes électromagnétiques, est confié à Michèle Rivasi. Effectivement, les jeunes générations, de plus en plus naturellement connectées, se doivent de s’interroger sur les éventuelles conséquences des ondes qui envahissent la vie quotidienne.

Le chapitre sur les vaccins est confié à Didier Lambert. Tout en dénonçant un « bêtisier » de la parole publique, il démonte la complexité de la question et la nécessaire personnalisation des choix alors que les vaccins représentent un axe majeur du développement de l’industrie pharmaceutique. Les décisions du ministère en la matière mettent des sommes colossales en jeu, d’où la nécessité de garder une vigilance individuelle éclairée.

François Veillerette traite de la question des pesticides qui sont partout et dont les effets sont insuffisamment évalués. Parfois, seul le principe actif est testé et non la formulation complète telle qu’elle est vendue. La question de leur utilisation est posée aux agriculteurs qui sont les premières victimes d’un usage sans précautions. Pourtant, est-on prêt à assumer les aléas d’une agriculture affranchie de la chimie ?

Le chapitre sur les OGM est traité sous la forme d’un dialogue avec Corinne Lepage qui rappelle les aléas de la législation française et européenne en la matière. Les dangers identifiés sur l’environnement peuvent également porter sur la santé. Pour appliquer le principe de précaution, les consommateurs devraient pouvoir éviter d’acheter des produits contenant des OGM, ce qui suppose un étiquetage satisfaisant.

Gille-Éric Séralini et Jérôme Douzelet dénoncent l’alimentation industrielle qui agresse l’organisme en empoisonnant nos assiettes. De nombreux additifs sont cachés dans le lait, les tartes, les sandwichs, le vin…

À travers les différents sujets abordés, les questions posées sont récurrentes, il est possible d’en dégager quelques-unes.

Les évolutions technologiques, susceptibles de générer des risques, reposent sur des enjeux économiques forts. Or les sommes mises en jeu tendent à masquer l’objectivité des analyses décrivant les éventuels effets délétères de ces technologies. La mise en œuvre du principe de précaution suppose non pas de revenir à l’âge de la bougie mais de développer des connaissances de manière indépendante.

Le savoir dans le domaine de la santé environnementale n’est que rarement péremptoire, et les décisions à prendre dans le domaine de la santé publique sont souvent faites de compromis, ce qui ne justifie pas les contre-vérités déclarées. Sans oublier que le doute peut être entretenu pour éviter l’action et prolonger l’inaction complice.

Les informations, même dans un contexte d’incertitude, doivent être transparentes, non pas pour faire peur ou semer le doute mais pour permettre des choix responsables.

La connaissance des effets des produits utilisés est de plus en plus complexe. La toxicologie ne peut plus reposer sur le principe de Paracelse, selon lequel « c’est la dose qui fait le poison », car les études sur les perturbateurs endocriniens mettent l’accent sur l’importance des faibles doses.

L’épigénétique a démontré que les toxiques laissent des traces sur le patrimoine héréditaire, sur l’ADN. Ainsi les gènes impliqués dans les mécanismes de développement des cancers peuvent être ainsi modifiés à long terme et avoir des effets sur plusieurs générations.

Les quelques conseils donnés à la fin de chaque chapitre relèvent souvent du bon sens et sont faciles à observer, comme celui d’éteindre le wi-fi la nuit.

De manière générale, on voit émerger une attention grandissante vers la femme enceinte et les nourrissons qui sont sans doute les plus vulnérables à ces atteintes de l’environnement envers un organisme en devenir.

On voit également surgir l’importance du médecin traitant qui doit guider les choix qui sont finalement très personnels en fonction des contextes individuels. « Une relation médecin-patient, basée sur le respect réciproque, est un gage de maturité et une assurance que les choix de santé seront les plus adaptés à la situation. »

Alors que les maladies liées à l’environnement sont le plus souvent plurifactorielles, on voit parfois le caractère orienté des questions posées : une jeune fille faisant état de ses troubles hormonaux réalise qu’à cette époque, « je déjeunais tous les midis chez moi en mangeant des plats tout prêts dans des barquettes en plastique que je faisais chauffer au micro-ondes ». La réponse n’est-elle pas dans la question ?

Chaque sujet met en évidence l’importance des lanceurs d’alerte, journalistes ou scientifiques, qui ont persévéré dans leurs investigations et ont eu le courage de tenir tête à de nombreux et puissants détracteurs.

Les gestes quotidiens et individuels doivent être couplés à la réglementation sur laquelle il convient de s’appuyer, tout en sachant qu’elle est la plupart du temps insuffisante et qu’elle devrait être renouvelée.

En conclusion, c’est un livre militant au ton alarmiste pour mobiliser. Cependant, sans être simpliste, il souligne au contraire la nécessité d’une information de plus en plus poussée et transparente pour permettre à chacun de faire des choix responsables et de mettre la santé au cœur de la construction de notre monde complexe.

Notes

1  Labadie D. (2005). « Modernité et engagement des jeunes », dans Bocquet V et de Linarès C. (dir.), Quand les jeunes s’engagent. Entre expérimentations et constructions identitaires, L’Harmattan, p. 23-33.

Pour citer ce document

Référence électronique : Isabelle Roussel « Et notre santé, alors ? par Générations Cobayes », Pollution atmosphérique [En ligne], N°228, mis à jour le : 15/04/2016, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=5427

Auteur(s)

Isabelle Roussel