retour à l'accueil nouvelle fenêtre vers www.appa.asso.fr Pollution atmosphérique, climat, santé, société

Comptes-rendus

Salon PRODURABLE « RSE : bienvenue dans le monde réel »


Les 30 et 31 mars 2016
Élodie LAPIERRE

[Version imprimable]

Texte intégral

« RSE : bienvenue dans le monde réel ! ». Tel est l’intitulé de la 9e édition PRODURABLE, qui s’est déroulée les 30 et 31 mars 2016, au Palais des Congrès, Porte Maillot (Paris).

Ancrée dans une volonté de mettre l’accent sur « le monde réel », c’est-à-dire partager les retours d’expériences de cas concrets ; la première journée s’est ouverte sur une plénière « le dialogue parties prenantes dans le monde réel ». EPE, Entreprises Pour l’Environnement, a voulu privilégier le thème du dialogue dans le domaine de la santé environnementale, dans le prolongement de la présentation réalisée sur le sujet1. Cinq dirigeants de grandes entreprises étaient réunis pour en débattre : Arnaud Deschamps, directeur général Nespresso France ; Franck Garnier, P-DG de Bayer France ; Didier Livio, associé responsable Deloitte Développement Durable ; Éric Molinie, secrétaire général Dalkia, groupe EDF ; et Benjamin Revcolevschi, vice-président et directeur général Fujitsu France.

L’intégration des parties prenantes, en amont, dès le développement de projets, est reconnue unanimement comme un facteur essentiel pour leur réussite. Tous les intervenants partagent le même esprit d’entreprenariat selon lequel les questions concernant la thématique Santé-Environnement doivent déjà être abordées dans les processus décisionnels et opérationnels, quitte à devancer la législation. Pour le directeur général de Nespresso France, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) et le Développement Durable (DD) vont de pair avec un développement économique prospère, à l’image du mutualisme inter-espèces. De ce fait, les grandes entreprises ne sont pas les seules concernées, les PME peuvent également concilier RSE et DD pour pérenniser leurs activités. Il cite, par exemple, le cheminement suivi pour rechercher des grains de café de qualité. Arnaud Deschamps emploie le terme de « haute qualité » en référence à la « haute couture ». En effet, leur positionnement de haut standing risquait d’être concurrencé à cause de leur approvisionnement. Ainsi, en mettant en place une démarche de développement durable, l’entreprise a assuré la longévité de sa filière de production. La RSE et le DD ne sont pas assimilés à de la philanthropie, ce sont des outils pour allier productivité et stabilité sur les marchés.

Ainsi, pour ces cinq grands entrepreneurs, le message est clair : les parties prenantes font partie intégrante du paysage et doivent initier les dialogues les plus en amont possible. Cependant, une dissymétrie existe, car la société civile se représente ces multinationales comme des ogres environnementaux et sociétaux. Les parties prenantes sont constituées d’ONG militantes, d’associations scientifiques et techniques, de rassemblements de riverains, d’élus… Les crises sanitaires et écologiques, qui ont contribué à instaurer un climat de méfiance entre la société civile et les entreprises du CAC 40, sont encore très présentes dans les esprits, si bien qu’aujourd’hui la chimie en France, par exemple, arrive 35e sur 36 en matière d’image positive, d’après Franck Garnier, P-DG de Bayer France. Dans ce contexte de méfiance, Bayer France a opté pour une stratégie, qui se décline en quatre phases, pour reconquérir l’opinion publique :

  • défendre l’utilité des solutions développées le plus sincèrement, en privilégiant la transparence et le « rationnel scientifique », lequel aboutit aux autorisations de mise sur le marché ;

  • soutenir les utilisateurs des solutions développées par Bayer ;

  • dialoguer avec les parties prenantes, en ouvrant les sites de production au public ;

  • adopter des solutions alternatives dès lors qu’elles sont opérationnelles techniquement.

Les parties prenantes ont alors réussi à s’imposer face aux entreprises du CAC 40 et elles sont même devenues incontournables dès lors que le projet envisagé est d’envergure, avec de potentiels impacts environnementaux et sanitaires. D’ailleurs, ce ne sont pas les parties prenantes les plus représentatives de la société civile en termes de nombre d’adhérents et/ou de bénévoles, mais les plus expertes, autrement dit les plus pointilleuses, qui vont compter dans les négociations. Le directeur général de Fujitsu résume bien la relation avec les parties prenantes : « l’alliance entre la confiance (la transparence) et l’ingénierie (procédés optimum pour respecter la santé et l’environnement) ». Le secrétaire général de Dalkia poursuit : « le dialogue avec les parties prenantes est la clé de voûte de la RSE ». Mais justement, la défiance demeure. C’est le frein numéro un, cité unanimement par l’ensemble de ces grands patrons. Malgré leur volonté de transparence, ce bon sentiment ne semble pas avoir déteint sur les parties prenantes, à l’heure où les néocotinoïdes bousculent un peu plus les débats sur la balance profits versus risques environnementaux.

Notes

1  file:///C:/Users/roussel/Downloads/environnement-et-sante-dialoguer-avec-les-parties-prenantes-mars-2016.pdf

Pour citer ce document

Référence électronique : Élodie LAPIERRE « Salon PRODURABLE « RSE : bienvenue dans le monde réel » », Pollution atmosphérique [En ligne], N°228, mis à jour le : 07/04/2016, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=5526

Auteur(s)

Élodie LAPIERRE