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IV - La qualité de l'air, phénomène complexe et transversal, interroge aussi la gestion des sols et l'agriculture

Lutte contre l’ambroisie en milieu agricole

Laetitia MASSON et Jean-Marie VINATIER

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Résumé

En Rhône-Alpes, et notamment en Isère, des politiques de gestion coordonnées contre l’ambroisie sont progressivement mises en place par les collectivités en lien avec les Chambres d’agriculture ; celles-ci se développent et s’harmonisent au fil du temps.

Les pratiques associées à ces modèles de gestion sont diverses et dépendent des espaces sur lesquels l’ambroisie doit être gérée. Ainsi, les pratiques sur les linéaires routiers et les espaces publics ne sont pas tout à fait les mêmes que sur les espaces agricoles, même si les moyens restent toujours mécaniques ou chimiques.

Abstract

In Rhône-Alpes, and especially in Isère, coordinated management methods against ragweed are phased in by local authorities in connection with the Chambers of Agriculture; these methods are developed and gradually harmonized.

The practices associated with these management methods are varied and depend on the areas on which the ambrosia must be managed; the destruction methods on linear road and public areas are not quite the same as in agricultural areas, even if these methods are always mechanical or chemical.

Texte intégral

Introduction

L’ambroisie (photo 1) est une adventice régionale, connue depuis fort longtemps par le monde agricole. En effet, cette plante, si elle n’est pas bien maîtrisée, a une forte capacité à concurrencer les cultures et peut donc induire des pertes de rendements. Depuis déjà quelques années, les instituts techniques et les Chambres d’agriculture ont abordé ce dossier sous un angle agricole et technique, en réalisant des essais de lutte et en diffusant des conseils aux agriculteurs. Les différentes campagnes d’information et de communication surle caractère très allergisant du pollen de l’ambroisie ont fait prendre conscience au monde agricole de l’enjeu sanitaire que représente cette lutte. Cependant, le monde agricole n’est pas le seul concerné par l’infestation de l’ambroisie. Si l’objectif est de limiter le développement de cette adventice, il est apparu nécessaire de développer des actions de gestion concertée, rassemblant les principaux gestionnaires de l’espace autour de la table, ce qui s’est fait en Isère à partir des années 2000.

Photo 1. L’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia L.) est une astéracée annuelle (même famille que le tournesol)

Une plante présente sur une grande diversité de milieux

L’ambroisie est une plante rudérale1occupant les espaces perturbés par l’homme (bords de routes, chantiers de construction) ou laissés à l’abandon (gravières, friches urbaines). Elle colonise également les rives sablonneuses et caillouteuses des rivières.

Elle est décrite comme une espèce pionnière, qui ne résiste pas à la concurrence liée à la fermeture du milieu (prairie, forêt). L’ambroisie se développe sur tout type de sol, elle présente même une bonne résistante à la sécheresse.

Dans les secteurs géographiques de forte infestation historique, l’espace agricole, et notamment les grandes cultures, sont évidemment très concernées, car l’ambroisie occupe une part importante du territoire et est réimplantée chaque année (figure 1).

Figure 1. L’extension del’ambroisie dans la région Rhône-Alpes.Identifiée pour la première fois en France dans l’Allier vers 1860, l’aire de répartition de l’ambroisie s’étend en Rhône-Alpes depuis une quarantaine d’années.

Sa présence semble discrète en début de cycle (mars à juin). Elle ne devient bien visible que tard dans l’année, rarement avant les moissons des céréales ou du colza (juillet). Cette plante annuelle pose surtout des problèmes agronomiques dans les cultures de printemps, car elle lève en même temps, et sur les chaumes de cultures d’hiver.

Principal vecteur de dissémination : les activités humaines

Les semences d’ambroisie ne possèdent pas une capacité naturelle de dispersion sur des longues distances. Les activités humaines sont le principal vecteur de dispersion de l’espèce. Ces vecteurs varient très certainement entre les régions, mais restent liés à l’activité de l’homme ;

  • activement, par le transport de terre ou autre matériaux infestés, usages de semences de ferme contaminées (non réglementaires), déplacement d’engins agricoles ou d’engins de chantiers à partir de champs contaminés. Il n’est également pas exclu que les oiseaux interviennent, eux aussi.

  • passivement, en lui offrant des milieux « vides » où la compétition interspécifique ne joue presque plus (terres agricoles abandonnées, jachères non entretenues, chantiers de tailles variées…) ou des niches dans des écosystèmes perturbés à l’intérieur desquels elle arrive rapidement à s’installer et à devenir envahissante. L’eau facilite également la dispersion des semences par les cours d’eau mais aussi par le ruissellement le long des routes.

En agriculture, différentes stratégies de lutte sont mises en œuvre

En grandes cultures, la lutte contre l’ambroisie fait appel à des stratégies variées qui peuvent être chimiques (utilisation d’herbicides), mécaniques (utilisation d’outils de travail du sol) mais également d’ordre agronomique (diversification des cultures dans les rotations, décalage des dates de semis...).

Une intervention mécanique nécessaire et efficace après la récolte des cultures d’hiver pour empêcher la floraison

Dans les cultures d’hiver, comme les céréales à paille ou le colza, l’ambroisie n’est pas un problème. En effet, son développement est freiné par leur feuillage et reste à l’état de plantule. Mais, après la récolte, l’accès à la lumière facilite son développement, et elle arrive à floraison généralement à partir de la fin du mois de juillet ou dans le courant du mois d’août : la lutte contre cette adventice est donc essentielle avant qu’elle n’émette son pollen.

Elle peut se faire par un déchaumage2 (photo 2), au plus près de la récolte (technique du « faux-semis »). Un second passage est souvent nécessaire pour gérer les relevées d’ambroisie, surtout si le sol est resté nu. En dernier recours, un désherbage chimique peut être envisagé si cette lutte mécanique est insuffisante ou si des plantes vivaces (liseron, chiendent…) sont présentes sur la parcelle.

Photo 2. Démonstration de déchaumeurs sur le pays viennois, en juillet 2016 (source : Chambre d’agriculture de l’Isère).

Des interventions plus aléatoires dans les cultures de printemps

Parmi les cultures de printemps, c’est dans les parcelles de tournesol que l’ambroisie pose le plus de problèmes. En effet, l’ambroisie et le tournesol sont tous deux des astéracées au cycle de développement similaire (germination de mars à mai, floraison d’août à septembre, une grenaison de septembre à octobre). L’ambroisie s’y développe aisément, notamment parce que le tournesol est une culture peu dense, et que la levée est assez longue. Au mois de juillet, si le désherbage n’a pas été efficace, il n’est pas rare que l’ambroisie atteigne la taille des tournesols.

Le binage de ces cultures (photo 3), notamment sur l’inter-rang, peut être une solution.Cependant, cette technique est gourmande en temps de travail et nécessite d’intervenir précocement (plantules au stade 2 à 4 feuilles maximum) et d’avoir un matériel spécifique et performant.

Photo 3. Tournesol biné (source : Chambre d’agriculture de l’Isère).

Contrairement au maïs, le panel de solutions herbicides visant à contrôler l’ambroisie en culture de tournesol est longtemps resté pauvre, avec seulement un contrôle herbicide autorisé possible avant la levée du tournesol. Récemment, de nouvelles technologies herbicides sont arrivées sur le marché et permettent actuellement des traitements en post-levée. Ainsi, en cas de forte infestation d’ambroisie, les agriculteurs peuvent combiner des solutions herbicides de pré-levée avec des solutions de post-levée (chimiques ou mécaniques).

Des actions concertées pour lutter contre l’ambroisie : quelques exemples menés en Isère

En Isère, la Chambre d’agriculture, en partenariat avec certaines collectivités, a mis en place des programmes d’actions concertés intégrant des actions auprès du milieu agricole, mais également avec d’autres acteurs. Persuadés que les seules « réglementation et sanction » ne suffiraient pas, certaines collectivités territoriales ont, dès 2003, commencé à tester une démarche collective multi-acteurs, intégrant des actions de sensibilisation des différents gestionnaires de l’espace et notamment l’espace agricole.

Les collectivités comme Vienn’Agglo, la CAPI, le Pays Roussillonnais... ont ainsi mis en place des plans de gestion communaux comprenant :

  • la formation « d’élus référents ambroisie » identifiés dans chaque commune pour initier des actions d’animation ;

  • la tournée des parcelles réalisée chaque année à la fin du mois de juillet pour estimer le degré d’infestation ;

  • l’entretien des bords de route et des espaces communaux par des techniques comme le fauchage, l’arrachage ou la végétalisation ;

  • la sensibilisation du grand public par l’organisation de journées spécifiques, la diffusion de la fiche « permis de construire » lors des constructions ;

  • la rédaction de clauses« destruction de l’ambroisie » dans les appels d’offres pour la réalisation de chantiers par des prestataires.

La Chambre d’agriculture s’est également mobilisée pour sensibiliser les agriculteurs à l’importance de la lutte par la :

  • rédaction d’articles dans la presse agricole ;

  • diffusion de plaquettessur les différentes techniques de lutte ;

  • sensibilisation des relais économiques (distributeurs et négociants de céréales, entrepreneurs de travaux agricoles) ;

  • réalisation d’un « flash info ambroisie », à raison de 5 newsletters d’avril à octobre ;

  • réalisation de journées de démonstration aux périodes clés d’interventions comme sur le déchaumage.

Les « flashs info ambroisie » sont réalisés sur la base d’un réseau de suivi hebdomadaire d’une vingtaine de parcelles, essentiellement en tournesol, pour lequel la gestion du désherbage est souvent plus difficile. Y sont notés précisément le stade de la culture, le niveau d’infestation et le pourcentage de réussite du désherbage.

Des expérimentations ont également été mises en place sur des parcelles d’essais afin de tester l’efficacité des différentes techniques de lutte (désherbage mécanique, désherbinage, bande double densité en bordure, déchaumage, implantation de couvert...).

Les Chambres d’agriculture de Rhône-Alpes travaillent également directement en lien avec les communes lorsqu’il y a eu plusieurs signalements de parcelles infestées sur leur territoire par :

  • une médiation pour éviter la sanction (broyage de la culture, par exemple) ;

  • une rencontre de l’agriculteur visant à comprendre avec lui la situationsur sa parcelle et à bâtir une stratégie de lutte.

Par exemple, cette année dans l’Ain, la Chambre d’agriculture a été sollicitée par l’élu référent ambroisie d’une commune et par l’Agence Régionale de Santé, au sujet d’une parcelle de soja avec de l’ambroisie dépassant la culture : une démonstration avec un outil appelé « écimeuse » (photo 4) a été organisée pour voir si cela permettait de couper les têtes d’ambroisie sans pénaliser la culture. Le résultat a été plutôt satisfaisant ; il relève d’un compromis entre la réduction du risque sur la santé en évitant la production de pollen et le maintien de la culture en place.

Photo 4. Passage d’une écimeuse dans une parcelle de soja pour éliminer les inflorescences d’ambroisie (source : Chambre d’agriculture de l’Isère).

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Notes

1  Se dit d'une plante qui pousse dans les décombres.

2  Le déchaumage est une technique culturale consistant en un travail superficiel du sol destiné à enfouir les chaumes et restes de paille afin de favoriser leur décomposition.

Pour citer ce document

Référence électronique : Laetitia MASSON et Jean-Marie VINATIER « Lutte contre l’ambroisie en milieu agricole », Pollution atmosphérique [En ligne], N°231 - 232, mis à jour le : 09/02/2017, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=5889, https://doi.org/10.4267/pollution-atmospherique.5889

Auteur(s)

Laetitia MASSON

Chambre d’agriculture de l’Isère

Jean-Marie VINATIER

Chambre d’agriculture Auvergne Rhône-Alpes