retour à l'accueil nouvelle fenêtre vers www.appa.asso.fr Pollution atmosphérique, climat, santé, société

N°236

Lettre de la rédaction

Pierre Carrega

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Texte intégral

Pas à un paradoxe près …

Notre société n’en est pas à un paradoxe près, rien de bien neuf, mais cela fait parfois mal. La pollution atmosphérique ne cesse d’occuper le terrain médiatique à la première occasion, en particulier lors des crises ou des conflits avec l’Europe sur ce point, et (enfin) même en toile de fond, tant la notion de chronicité a fini par émerger et sortir du bois.

De même, le jeu des arborescences top-down mal ciblées produit des inégalités criantes dans la répartition et la destination des fonds publics : telle action de communication, telle demande d’aide à une start up bien en phase avec l’immédiat, ou encore telle étude (parfois inutile ou simplement mal diligentée) vont trouver un accueil bienveillant parfois disproportionné auprès des sources de financement.

Par contre, soyez un relais pour vulgariser en langue française les découvertes ou progrès scientifiques dans le domaine de la pollution atmosphérique, battez-vous pour prouver que le cloisonnement des domaines scientifiques ou simplement d’opérationnalité est stérile et qu’il faut à tout prix faciliter la mise en relation, les croisements, la transversalité, la synthèse, et la porte des moyens financiers se referme devant vous.

La lutte contre la dualité de la lutte contre le changement climatique encore – bien que moins – opposée à la lutte contre la pollution de l’air, la nécessité de ne pas se cantonner à une vision purement physico-chimique de la pollution, ont été l’un des axes majeurs de la revue. L’élargissement de celle-ci au contexte social et économique, géographique (les contrastes spatiaux), à l’aspect sanitaire et bien sûr au contexte climatique en témoigne clairement.

Sans oublier, bien entendu, l’ouverture sur l’immédiat et l’opérationnalité, la transmission de l’information, la diffusion de telle ou telle action, ou le court terme, la revue a misé sur le long terme, sur la réflexion, sur le recul.

Dans une situation où les carrières scientifiques « dures » ne progressent que par les publications dans les revues scientifiques en langue anglaise et à haut facteur d’impact, la revue a donc été un champ d’expression scientifique ouvert à ceux qui veulent, par leurs résumés, faire connaître leur recherche fondamentale, à ceux qui réfléchissent sur les interactions.

Elle a cherché à être un lieu de rencontres, de confrontations, de constats, de propositions, de solutions… ce qui n’empêche pas une réflexion sur son amélioration, sur certains changements envisageables, en particulier dans la forme.

Cette année 2018, la revue n’a plus de budget car plus aucune subvention publique (qui lui laissait la liberté de pensée et de parole).

Faut-il envisager des financements par la publicité, le mécénat ?

Faut-il tuer ce qui n’est pas rentable dans l’immédiat, mais contribue au changement, à la prise de conscience et à l’adaptation ?

Ce présent numéro 236 de type « varia », c’est-à-dire sans thématique affichée, témoigne ainsi de cette diversité : en plus d’informations et de documents divers, il donne la parole à des scientifiques d’origines multiples.

D. Gaye montre ainsi, après une analyse de la fréquence des journées à forte dégradation de la visibilité due aux vents soulevant sables et poussières fines au Sénégal (avec des photos édifiantes), que leurs impacts socioéconomiques sont loin d’être négligeables.

N. Belarbi et al. explorent la nature des particules en suspension au-dessus du centre d’Alger, et prouvent à la fois que ces dernières contiennent des métaux lourds, et que leurs concentrations dépendent fortement des conditions météorologiques.

Les aérosols sont aussi d’origine biologique : le Réseau National de Surveillance Aérobiologique (RNSA) surveille de près pollens et moisissures car ils engendrent des allergies. Ces dernières sont formalisées entre autres par l’indice IAS (fondé sur la consommation de médicaments), fortement corrélé avec la présence de pollens comme l’ambroisie.

I. Popovici et al. témoignent de l’intérêt de réduire la taille d’appareils de mesures puissants mais réputés volumineux : on peut maintenant caser un lidar dans une auto, ce qui rend mobile cet appareil capable d’étudier les microparticules sur la colonne d’air qui le surmonte. La continuité permise par le déplacement permet de constater de fortes variabilités spatiales, parfois sur de courtes distances.

La mesure de la qualité de l’air peut être approchée à l’aide de bioindicateurs comme les lichen ou les pétunias, dont l’observation par des personnes volontaires formées dans cette optique a pour avantage de profiter à la mesure en démultipliant les échantillons sur un grand espace, mais aussi d’impliquer les habitants et de favoriser les prises de conscience. C’est ce que montre l’étude de C.E. Dauphin et al. autour de la zone industrielle de Fos-sur-Mer.

Enfin, un exemple nous est donné par B. Brandelet montrant que l’action individuelle est possible pour réduire la pollution de l’air : celui de la pratique d’utilisation d’un appareil de chauffage domestique au bois. Ainsi l’humidité du bois, son calibre, la présence d’écorce, le mode d’allumage influencent fortement les émissions. L’allumage inversé (par le haut) réduit la plupart de ces dernières.

Un grand merci aux auteurs, ainsi qu’aux « relecteurs » qui ont contribué à faire vivre la revue jusqu’à ce numéro qui risque fort d’être l’avant-dernier.

Pour citer ce document

Référence électronique : Pierre Carrega « Lettre de la rédaction », Pollution atmosphérique [En ligne], N°236, mis à jour le : 06/03/2018, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=6532

Auteur(s)

Pierre Carrega

Rédacteur en chef de la revue et président de son Conseil Scientifique