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Compte-rendu du livre d’H. Prévot. « Moins de CO2 pour pas trop cher – propositions pour une politique de l’énergie »

Jacques Masurel

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Prévot Henry. « Moins de CO2 pour pas trop cher – propositions pour une politique de l’énergie ». L’Harmattan, 2013, 176 p.

Texte intégral

www.hprevot.fr

On a du mal à discerner ce qui guide aujourd’hui la politique française de l’énergie. Les objectifs de l’Union européenne mettent sur le même plan la réduction des émissions de gaz carbonique, le CO2, la réduction de la consommation d’énergie et la part d’énergie renouvelable dans la consommation. Le Grenelle de l’environnement a fixé d’autres objectifs comme la capacité de production éolienne et photovoltaïque, la rénovation thermique des bâtiments, etc. On aurait tort d’oublier les objectifs constants de toute politique de l’énergie : procurer une énergie sûre et bon marché.

Ce n’est pas tout. On lit aujourd’hui sur le site officiel du débat sur « la transition énergétique » : « La transition énergétique est le passage d’une société fondée sur la consommation abondante d’énergies fossiles, à une société plus sobre et plus écologique. Concrètement, il faut (…) aller vers un modèle énergétique (…) dans une société sobre en énergie et en carbone ».

Face à cette profusion d’objectifs multiples, on s’interroge : lesquels retenir d’abord ? Henri Prévot nous apporte une réponse dans le titre même de son livre Moins de CO2 pour pas trop cher. Cette approche concrète ne répond sans doute pas à toutes les questions posées par l’énergie mais donne des éléments dont a absolument besoin une réflexion plus large.

Pourquoi diminuer nos émissions de CO2 ? Il est probable que les désordres causés par le réchauffement climatique seront bientôt assez graves pour que les pays consommateurs soient enjoints d’une façon ou de l’autre de beaucoup réduire leurs émissions de CO2. Mieux vaut s’y préparer dès maintenant, ce qui veut dire diminuer notre consommation de produits pétroliers, gaz et charbon. Ce faisant, nous renforcerons notre sécurité d’approvisionnement. Moins de CO2, c’est donc moins de consommation d’énergie fossile et plus de sécurité d’approvisionnement en énergie : trois façons d’exprimer le même but.

Il est vrai qu’un consommateur d’énergie fossile (fioul, gaz ou carburant) pourra diminuer ses émissions de CO2 en réduisant sa consommation d’énergie, mais il est fréquent que, pour émettre moins de CO2, la meilleure méthode augmente la consommation d’énergie. Tel est le cas, par exemple, lorsque l’on remplace un chauffe-eau au gaz par un chauffe-eau à résistance électrique ou un chauffage au fioul par des pompes à chaleur ou par un chauffage urbain alimenté par de la biomasse. L’expression « une société sobre en énergie et en carbone », par l’assimilation qu’elle suggère entre deux objectifs incompatibles, est donc mensongère. Ce n’est là qu’une des nombreuses contrevérités dénoncées, explications à l’appui, par Moins de CO2 pour pas trop cher.

Il est impossible de traiter de l’énergie en France sans parler de nucléaire. Dans un autre livre, Avec le nucléaire (Seuil, 2012), Henri Prévot a abordé cette question sous ses différents aspects : la technique, les conséquences sanitaires d’un accident, les relations avec les générations suivantes, la relation avec la nature, etc. Que dire alors, en période de crise, de l’objectif d’« économie d’énergie », un objectif omniprésent, non seulement dans les déclarations de principe mais aussi dans la loi et la réglementation ? Ces objectifs sont-ils partagés par l’ensemble de la population qui, selon le principe bien connu de l’effet rebond, a tendance à mettre à profit la sobriété des appareils pour consommer plus et satisfaire de nouveaux besoins.

Moins de CO2 pour pas trop cher compare trois scénarios qui, tous trois, conduisent à diviser par trois les émissions françaises de CO2. Dans un scénario, la capacité nucléaire est stabilisée. Dans un autre, elle diminue de façon à réduire la part du nucléaire de 75 % à 50 %, conformément aux engagements pris pendant la campagne électorale par le président de la République. Dans le troisième, elle augmente de façon à minimiser les dépenses de production, de consommation et d’économie d’énergie. Les résultats sont spectaculaires : diminuer la capacité nucléaire obligerait à dépenser vingt à trente milliards d’euros par an de plus que si celle-ci était augmentée.

Ce résultat dépend beaucoup d’hypothèses sur le coût de la restauration thermique des bâtiments, de l’électricité renouvelable, des équipements permettant de remplacer l’énergie fossile par de l’électricité ou du biocarburant. Henri Prévot met donc à la disposition du lecteur ce qu’il faut pour qu’il puisse faire lui-même les calculs avec ses propres hypothèses. C’est une façon élégante de participer aux débats là où d’autres assènent des résultats qui sortent de « boîtes noires » dont on ne sait rien.

Puis Henri Prévot présente des propositions formant un tout cohérent, qui sont applicables quelle que soit la capacité nucléaire décidée par le pouvoir politique. Tout d’abord, pour distinguer ce qui est intéressant et ce qui serait inutilement coûteux, il utilise un critère qui ne dépend pas du prix du pétrole mais dépend directement de la capacité nucléaire. Si celle-ci augmentait, il suffirait de mener les actions qui seraient intéressantes si le carburant était à 1,8 ou 2 € par litre, le gaz (y compris l’abonnement) à 140 €/MWh, le fioul à 1400 €/m3. Avec moins de nucléaire, ces niveaux de prix seraient sensiblement plus élevés. Cela indique une borne au coût des travaux permettant de diminuer la consommation d’énergie. Un impôt CO2 serait créé pour élever progressivement le prix à la consommation finale du fioul, du gaz et du carburant ; il serait accompagné d’une aide aux ménages qui ont peu de revenus.

Moins de CO2 pour pas trop cher présente bien d’autres propositions – sur les marchés de permis de CO2, sur le régime de l’électricité, le financement de la sylviculture, la politique européenne en matière d’énergie notamment.

En annexe, outre plusieurs tableaux de production et consommation d’énergie selon la capacité nucléaire, on trouvera une « liste d’erreurs courantes » et une synthèse des propositions : quelques pages pour commencer la lecture de ce livre qui remet les idées en place et se signale par la cohérence de l’analyse et des propositions, souvent fort différentes de ce qui se dit le plus souvent.

Pour citer ce document

Référence électronique : Jacques Masurel « Compte-rendu du livre d’H. Prévot. « Moins de CO2 pour pas trop cher – propositions pour une politique de l’énergie » », Pollution atmosphérique [En ligne], N° 217, mis à jour le : 18/04/2013, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=855

Auteur(s)

Jacques Masurel