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Pollution atmosphérique - 2015 - N°226, Juin-Septembre 2015

Lettre de la rédaction

Isabelle Roussel


Texte intégral

Après avoir consacré un numéro spécial à la biosurveillance en décembre 20111, la revue Pollution atmosphérique se fait l’écho du workshop « Biosurveillance végétale et fongique de la qualité de l’air » qui a eu lieu à Lille en octobre 20142. Grâce aux différents participants de ce workshop qui ont fait l’effort de mettre leurs recherches à la disposition de tous et à la coordination efficace de Damien Cuny et de Laetitia Davranche, la revue Pollution atmosphérique attire une nouvelle fois l’attention de ses lecteurs sur l’importance des liens qui relient la santé de l’homme avec celle des végétaux.

Ce numéro contribue à mettre à la disposition de tous des éléments de réflexion pour appréhender la complexité de l’environnement et, en même temps, le nécessaire besoin de connaissances fondamentales telles que celles qui se développent, de manière encore trop timide, dans les laboratoires.

À un moment où la France se prépare à accueillir la négociation sur le climat, il n’est pas inutile de rappeler combien les activités humaines peuvent influencer le fonctionnement des écosystèmes et du climat. Or la biosurveillance s’appuie sur la connaissance, sans cesse améliorée, des mécanismes d’interaction entre les polluants de l’atmosphère et les végétaux (R. Merlen). Cette approche nécessairement pluridisciplinaire s’inscrit au cœur même de la préoccupation environnementale qui étudie les liens insérant l’homme au sein du métabolisme planétaire pour assurer un équilibre viable et un développement durable de la planète anthropisée. Même si la recherche a encore de nombreux progrès à faire dans ce domaine, on sait que la méconnaissance des mécanismes permettant une meilleure intégration des activités humaines dans l’écosystème peut mettre dangereusement en péril la survie de l’humanité qui est liée au bon fonctionnement des écosystèmes, compte tenu des services qu’ils peuvent rendre et au rôle essentiel qu’ils jouent dans la chaîne alimentaire.

Les articles présentés montrent combien le monde végétal offre un bel exemple d’adaptation à l’évolution de l’environnement, soit en assimilant dans l’appareil foliaire des éléments exogènes (PCB, éléments métalliques…), soit en mutant ou en se déplaçant voire même en disparaissant complètement, comme le constatent les chercheurs travaillant sur la 6e extinction des espèces. L’évolution du climat modifie la phénologie des plantes (N.-J. Stapper, G.-M. Barinova) également soumises aux émissions polluantes (V. Dappe, Y. Koroleva) qui contribuent à la modification du climat au sein d’une boucle de rétroaction montrant la complexité de l’environnement et la fragilité du vivant.

La connaissance fine des réactions du monde végétal à l’introduction des activités humaines (S. Nickel) est essentielle ; elle repose largement sur la recherche universitaire telle que celle qui est développée au sein du laboratoire des Sciences végétales et fongiques de la faculté de pharmacie de Lille depuis beaucoup plus de 10 ans.

Ce laboratoire, sous la direction de Chantal Van Haluwyn puis de Damien Cuny, a su, avec l’aide de Laetitia Davranche, construire les différents maillons d’une réelle préoccupation environnementale depuis la recherche fondamentale jusqu’aux outils à fournir pour améliorer la gestion de la nature anthropisée, sans oublier la sensibilisation du public. Dans une région densément peuplée et fortement urbanisée comme l’est le Nord-Pas-de-Calais, le comportement quotidien des habitants s’enracine fortement dans un désir de nature et dans le souci d’une alimentation saine. La place de la végétation en ville présentée par M.-A. Cuny interroge fortement les urbanistes et le fonctionnement de la ville de demain.

Cette intégration de la bioindication dans la revue sera complétée, en 2016, par une présentation de la relation entre pollution atmosphérique et agriculture. Cette relation est complexe puisque les plantes, comme le montrent les différents articles présentés, subissent les méfaits des émissions anthropiques et interrogent ainsi la toxicité de l’alimentation ; en particulier, l’exposition à de fortes doses d’ozone se traduit par une diminution des rendements des cultures, mais, à l’inverse, l’amélioration des sols et des rendements des cultures peuvent pénaliser la qualité de l’air.

1  http://www.appa.asso.fr/national/Pages/article.php?art=630

2  Pour en savoir plus, le site du workshop : www.biosurveillance2014.com

Pour citer ce document

Référence électronique : Isabelle Roussel « Lettre de la rédaction », Pollution atmosphérique [En ligne], N°226, mis à jour le : 16/09/2015, URL : http://lodel.irevues.inist.fr/pollutionatmospherique/index.php?id=5113

Auteur(s)

Isabelle Roussel