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L’Espagne de saint Jacques et la France de saint Louis
Article publié par ESPAÑA de Tanger le 10 Septembre 1943

Heroulano

Le ciboire que le Maréchal Pétain vient d'offrir à l'Apôtre saint Jacques, patron d'Espagne, est précieux et riche, travaillé dans le goût moderne. C'est un joyaux liturgique qui porte l'empreinte du meilleur orfèvre de Paris. Le glorieux soldat aurait voulu faire lui-même l'offrande, ainsi qu'il l'avait promis. Mais les circonstances s'imposent et il s'est vu obligé de déléguer pour l'accomplissement de cette pieuse mission l'Ambassadeur de France à Madrid, Monsieur Pietri. Il y a dans cette pieuse mission un antécédent intime et cordial qui prouve combien est profonde la dévotion pour l'Apôtre, du Chef de l'Etat français. Il arriva en Galice, pour la première fois, il y a peu d'années, alors que déjà la tragédie assombrissait le ciel de sa Patrie. Il était à ce moment là Ambassadeur de France en Espagne. Il fut épris de la beauté et de la vitalité de cette terre, riche, attirante. Et, tout d'abord, il fut charmé par le sanctuaire fameux, commencement et fin de la route millénaire des pèlerinages, le chemin français (en réalité, chemin des Francs), comme on le nommait jadis. Observateur et perspicace, il parcourut les quatre provinces saluant ses compatriotes et visitant, collèges, lycées, et résidences dirigés par des professeurs et religieux de son pays. Il parla avec enthousiasme de la sobriété, la mesure et des qualités de travail de ses habitants, ainsi que des splendides paysages de Galice. Il esquissa de curieux jugements sur certaines modalités particulières de la région galaïque, les comparant à d'autres de sa douce France, mettant dans ces si justes analogies un sentiment d'artiste. Ami sincère de l'Espagne, il sut gagner aussitôt la volonté et la sympathie de tous ceux qui l'approchèrent. Le visage grave et austère, le regard pénétrant et la prestance de son attitude, qui décèlent le militaire, même sous l'habit civil, sa simplicité et son affabilité caractéristiques, accentuèrent davantage l'affection respectueuse et l'admiration qu'inspire la haute personnalité du héros. Catholique fervent, très dévot de l'Apôtre guerrier et évangélisateur, il rappela, dans d'aimables dialogues, combien le culte séculaire à saint Jacques est diffusé en France, le voyage du Roi Saint Louis à Compostelle1, de même que celui d'autres pèlerins, roi et princesses. Il fut agréablement surpris de la fertilité du sol, de l'abondance de la pêche, dans la mer et les rivières, de la profusion d'arbres remplis de fruits murs, du nombre considérable du bétail qui paît dans les prairies et dans les vallées ombragées, malgré la crise qui commençait. Et, sincèrement il commenta : « Vous êtes heureux. Vous avez de grandes richesses de pêche, de viande, de fruits et de légumes qui contribueront à vous faire supporter la situation. Et, surtout vous avez la paix ». Pétain aime l'Espagne depuis longtemps. On peut faire noter à ce sujet que, lorsque les langues étrangères d'étude obligatoire en France furent fixées, en omettant la langue espagnole, avec un préjudice notoire pour l'avenir des étudiant français, le Maréchal, averti, répara immédiatement cette omission et envoya une lettre très affectueuse de salutation à l'Espagne. Et ce fut, dans un de ces moments d'effusion, après avoir visité la crypte où reposent les reliques de saint Jacques Apôtre, que, pour correspondre à l'honneur que le chapitre et l'archiconfrérie jacobéenne lui octroyaient, il fit la promesse d'offrir un vase sacré qui rappelle, son passage au Temple. Le séjour de Pétain en Galice, fut très court et sa mission à Madrid, ne se prolongea pas bien davantage. Cette dédicace, écrite sur une photographie : « En souvenir de l'Espagne, ou j'ai eu le bonheur de passer une année, Ph. Pétain », témoigne de son état d'esprit à son retour, (-que d'événements importants et quel rôle suprême l'attendaient !). Il écrivit dans le Livre d'Or de l'Archiconfrérie d'autres belles pensées émouvantes. L’Ambassadeur actuel, Monsieur Prançois Piétri, qu'accompagnait dans son voyage officiel, une brillante suite de Français, entendit la messe dans la vieille chapelle de saint Louis. Le saint Roi, fils d'une castillane -Blanche de Castille- fonda cette Chapelle à coté de la renommée Puerta Santa. L'offrande eut lieu, précisément le jour de Saint Louis, dans la Chapelle Majeure. L'Ambassadeur déposa aux pieds de l'Apôtre le magnifique ciboire, en même temps qu'il prononçait des paroles émues d'hommage et supplication avec la douloureuse salutation de la Nation française. Les assistants furent émus par ses invocations et ses voeux fervents pour que l'Espagne de saint Jacques et la France de saint Louis, de Clovis et de sainte Geneviève « unies comme jadis par les liens de la véritable foi, éprouvent à nouveau le bénéfice de leur union en mettant entre les mains de Dieu leurs fraternels destins ». Ce fut un moment de profonde émotion, dans cette ambiance pleine de suggestions et en présence du vénérable Archevêque de Compostelle des dignitaires de la Cathédrale et d'autres hiérarchies de la monumentale cité aux mille cloches. A travers la distance le Chef français apercevrait maintenant par les yeux du souvenir, cet oasis providentielle à laquelle, dans des jours calmes, il avait promis de revenir. C'est à peine si le fracas de la lutte effroyable parvient jusque-là. En tournant les yeux vers l’enceinte sacrée, où tout vous parle de foi, de pardon et de fraternité universelle, il le regretterait plus intensément, au milieu des troubles qui l'environnent et qui ébranlent le Monde. Et peut-être a-t-il récité tout bas, abandonnant un moment son énergie opiniâtre, une fervente prière pour demander à l'Apôtre la paix si désirée qui fasse disparaître le cauchemar épouvantable qui dure déjà depuis quatre ans.

  • 1  En fait, seule la légende fait venir saint Louis(...)

Notes

1  En fait, seule la légende fait venir saint Louis à Compostelle. Il n'y est qu'indirectement lié. La chapelle dont il est question était à l’origine la chapelle du Saint-Sauveur, chapelle axiale, qui n’est pas située à côté de la Porte Sainte. Elle a été appelée chapelle des Rois de France à partir de 1372 lorsque Charles V constitua une rente pour y célébrer six Messes quotidiennes. Cette rente prolongeait un vœu fait par Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que le nom de chapelle de Saint-Louis-des-Français lui a été donné, à Compostelle l’ancien nom de Saint-Sauveur est plus couramment utilisé.

Pour citer ce document

Heroulano
«L’Espagne de saint Jacques et la France de saint Louis», SaintJacquesInfo [En ligne], Editions et Medias, mis à jour le : 29/05/2009,
URL : http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=1132

Quelques mots sur :   Heroulano

pseudonyme de Alejandro BARREIRO NOYA