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Actes et mort du saint apôtre Jacques, frère du saint apôtre et évangéliste Jean le Théologien.
Un texte apocryphe relatif à Jacques le Majeur

Auteur inconnu

Notes de la rédaction

Edition et traduction : Ebersolt, Jean, Les Actes de saint Jacques et les Actes d'Aquilas publiés d'après deux manuscrits grecs de la Bibliothèque Nationale, Paris, Ernest Ledoux, 1902, p. 1-43.

Texte intégral

1. En ce temps-là, Zébédée le Galiléen eut, deux fils ; le premier fut appelé Jacques, le deuxième Jean, surnommé aussi le Théologien. Ces vénérables et très saints enfants furent dès l'origine vertueux, disciplinés, très intelligents et devinrent les premiers disciples de Jean-Baptiste le précurseur. Puis, lorsque Jean le Précurseur, qui annonçait le baptême de repentance, voyant le Christ venir à lui, dit : « Voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », Jacques et Jean, entendant ces paroles, abandonnèrent Jean le Précurseur et suivirent le Seigneur Jésus.

2. Jésus, ayant été baptisé par Jean dans le fleuve du Jourdain, s'en alla le huitième jour au désert, poussé par l'esprit pour y être tenté par le diable. Les bienheureux Jacques et Jean retournèrent en Galilée auprès de leur père Zébédée. Zébédée était en effet de haute naissance, un des premiers citoyens de la Galilée, pourvu de grandes richesses, et ils vivaient, avec lui.

3. Jésus, étant revenu du désert après les quarante jours de la tentation, alla à Béthanie. Ayant appris que Jean-Baptiste avait été livré et qu'il était enfermé en prison, il s'éloigna et se rendit à Capernaoum, ville située au bord de la mer. Là il trouva tout d'abord l'apôtre André. Celui-ci amena son propre frère Simon à Jésus, qui l'appela Pierre. Ils étaient pêcheurs. Jésus étant monté dans leur barque passa à Bethsaïda et se rendit à Génésareth, prêchant et annonçant la bonne nouvelle de son règne, guérissant toute maladie et toute infirmité du peuple.

4. Alors le Seigneur, voyant les deux frères Jacques et Jean avec leur père Zébédée, les appela par leur nom, et ce jour-là il monta dans leur maison.

Notre Seigneur et Dieu y tint un discours sur le royaume des cieux ; leur mère, croyant qu'il annonçait un royaume temporaire et terrestre, s'approcha de lui, pour lui faire une requête : « Maître, dit-elle, je veux que dans ta gloire mes fils soient assis l'un à ta droite, l'autre à ta gauche ». Le Seigneur lui répondit :

 « Tu ne sais pas, femme, ce que tu as demandé ; car (le droit) d'être assis à ma droite et à ma gauche, ce n'est pas à moi de l'accorder ; ces places seront à ceux pour qui elles ont été préparées, c'est-à-dire pour ceux qui combattront pour l'obtenir par un zèle plus grand, une ardeur plus vive, des luttes et des épreuves plus nombreuses ».

5. Jacques et Jean en effet pensaient devoir être préférés aux autres disciples, parce qu'ils étaient allés les premiers au Sauveur, que celui-ci avait séjourné dans leur maison et parce qu'ils jouissaient auprès de lui d'une amitié et d'une confiance très grandes. Aussi le Seigneur dans la crainte de voir Jacques et Jean devenir plus insouciants leur dit, pour les détourner de cette pensée :

 « Il ne m'appartient pas de vous le donner, mais, si vous le vouliez, c'est à vous de l'obtenir, en montrant un zèle plus ardent pour la prédication, un travail plus actif, un empressement plus considérable. C'est en effet aux œuvres que je donne les couronnes, aux travaux que je réserve les honneurs, au labeur que je destine le prix du combat, car la meilleure recommandation auprès de moi, dit-il, c'est le témoignage qui vient des œuvres ».

Et le Seigneur les appela Boanerges, c'est-à-dire fils du tonnerre.

6. Leur père Zébédée étant mort en Galilée, leur mère se réunit à la mère du Seigneur. Tous les nombreux biens qu'ils possédaient en Galilée, ils les vendirent et achetèrent à Jérusalem ce qui est la sainte Sion, comme le dit Hippolyte de Thèbes. Caïphe remplissait cette année-là les fonctions de grand prêtre ; comme il était étranger au pays (il était originaire de Kios, ville de la province de Bithynie), les deux frères lui donnèrent la moitié de leur habitation en jouissance et dans l'autre moitié ils préparèrent la Pâque. C'est pour cela que ce disciple, qui est Jean le Théologien, était connu du grand prêtre, c'est-à-dire de Caïphe.

7. Après la divine et sainte Ascension de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ, et la descente du Saint-Esprit sur les douze disciples, ceux-ci dès lors se dispersèrent parmi toutes les nations. Le bienheureux Jacques, fils de Zébédée s'en alla dans les villes de la Judée prêchant et annonçant le Christ pendant dix ans. Il faisait publiquement beaucoup de guérisons et de grands miracles, entrait dans les synagogues, expliquait à tous les passages de la Loi et des Prophètes qu'on lisait, convainquait les Juifs par leurs propres écritures que Jésus est le Christ, le fils du Dieu vivant. Ce bienheureux apôtre du Seigneur en instruisait beaucoup ; il enseignait, avertissait, catéchisait, baptisait Juifs et Grecs, hommes et femmes, imposait les mains aux malades, aux démoniaques qui venaient à lui, leur disant : « Jésus-Christ le Nazaréen vous guérit ». Et aussitôt tous étaient délivrés de leurs maux. Beaucoup de magistrats aussi crurent grâce à sa parole et à son enseignement. Le bienheureux Jacques était en effet très savant et très éloquent et il réfutait vigoureusement, les sages juifs et grecs.

8. Aussi les Juifs misérables et pervers s'opposèrent à lui sans cesse. Ils ne supportaient pas en effet le tonnerre de sa voix dans son enseignement ni la richesse et la sincérité de ses paroles. Ils allèrent auprès d'Hérode, appelé aussi Antipas, comme Josèphe le rapporte. Celui-ci était le fils d'Aristobule, fils de Mariamne, fille du grand prêtre Hyrcan. Ces Juifs insensés et adversaires de Dieu se rendirent donc, comme je l'ai déjà dit, auprès d'Hérode avec de nombreux présents et, lui demandèrent de faire périr le bienheureux Jacques, sous Claude César, en lui donnant des biens considérables.

9. Hérode envoya un de ses soldats et fit amener Jacques à Jérusalem, comme le témoignent les Actes des Apôtres : « Vers ce temps-là, racontent-ils, c'est-à-dire sous Claude César, le roi Hérode se mit à persécuter quelques-uns des membres de l'Eglise. Il fit mourir par le glaive Jacques le frère de Jean ». Clément, l'auteur des Stromates, d'autre part dit ceci : « Le soldat, envoyé par le roi Hérode pour amener le saint apôtre Jacques à Jérusalem, instruit par celui-ci pendant la route dans la prédication du salut, confessa être chrétien. Il prit le sceau en Christ et ayant été baptisé par lui il fut mis à mort avec lui ».

10. Le roi Hérode, informé de la présence du saint et bienheureux apôtre Jacques, s'assit sur son tribunal et donna l'ordre de le faire venir avec le soldat, qui l'avait amené. Le roi, ayant jeté les yeux sur lui, dit :

« Les grands prêtres et les magistrats des Juifs ont livré à Pilate Jésus votre maître, qui se disait être roi et s'était déclaré contre César. Ils le crucifièrent et lorsqu'il eut expiré ils le placèrent dans un tombeau, puisqu'il était mort ; mais vous, vous l'avez volé de nuit et vous égarez le peuple ignorant et naïf, lui faisant croire qu'il est ressuscité des morts. Les grands prêtres, après vous avoir fait battre de verges, vous défendirent de parler à personne en son nom. Mais tu as séduit toute la Judée te déclarant contre César et attendant la royauté de Jésus ».

11. Le bienheureux Jacques allait répondre à Hérode. Mais le soldat qui était avec lui, prenant les devants, répondit en face au roi. Celui-ci, s'étant mis dans une violente colère, rendit contre eux sa sentence et aussitôt ils furent tous deux mis à mort avec des épées par les bourreaux.

12. Aussitôt après le meurtre du saint et très illustre apôtre Jacques, le roi Hérode mit en prison Pierre, le saint et bienheureux apôtre du Christ. Celui-ci fut délivré de nuit par un ange.

13. Alors le roi Hérode, étant descendu à Césarée de Straton, fit une grande fête en l'honneur du César Claude. II réunit en ce lieu ceux qui étaient sous son autorité, les consuls, les généraux, les préfets, les gouverneurs, les tyrans, les magistrats et tous les chefs de districts. Quand le peuple fut rassemblé, il monta sur un lieu élevé. Il portait un vêtement royal fait en argent ; il regarda du côté de l'Orient; le soleil se levait ; l'argent jetait un vif éclat et sa vue était effrayante. Alors le roi, comme mû par un sentiment d'orgueil et de joie, s'entretenait avec eux au sujet des Tyriens et des Sidoniens, qui avaient provoqué son courroux et avaient obtenu la paix grâce à Blastus. Ces grands personnages qui font acception des personnes lui dirent : « Jusqu'à ce moment nous te regardions comme un homme ; nous ne savions pas que tu es un dieu bienfaisant, bon, prévoyant et nous nous trompions jusqu'à ce jour ». Celui-ci, bien loin de leur faire des reproches, écouta ces choses avec plaisir assez longtemps. Puis, ayant levé les yeux, il vit au-dessus de sa tête un ange du Seigneur, tenant une épée dans sa main et sur le point de le frapper au ventre. Il poussa un grand gémissement et dit au peuple : « Moi que vous appelez un dieu, me voici puni comme un coupable », Le lendemain, ayant rejeté par la bouche et les entrailles du sang mêlé de vers, le misérable expira, ayant obtenu un châtiment digne de son blasphème.

14. Après la mort par l'épée du bienheureux et saint apôtre Jacques et du soldat qui était avec lui, les apôtres Pierre, Jean, Jacques, le frère du Seigneur et les autres se rassemblèrent aussitôt, firent de longs gémissements et de grandes lamentations sur lui et ensuite des funérailles accompagnées d'un hymne funéraire et les enveloppèrent d'étoffes précieuses le trente du mois d'avril. Des prodiges insignes, nombreux, merveilleux et surprenants se produisirent sur son tombeau non seulement sur le moment mais même encore aujourd'hui ; ils ont lieu perpétuellement à la gloire et à l'honneur de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, à qui appartiennent ainsi qu'au Père et au Saint-Esprit la gloire et la puissance maintenant et à toujours et aux siècles des siècles. Amen.

Pour citer ce document

Auteur inconnu
«Actes et mort du saint apôtre Jacques, frère du saint apôtre et évangéliste Jean le Théologien.», SaintJacquesInfo [En ligne], Textes, Les textes de Jacques, mis à jour le : 29/05/2009,
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