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Les pèlerinages ont parfois été réglementés, rarement interdits.
Les réglementations des pèlerinages à l’étranger sous Louis XIV (1643-1715) et Louis XV (1715-1774)
Les contrevenants risquaient les galères

Ferpel

Résumé

Les circonstances et les modalités de ces réglementations ont été variables. En général, il s'agit de mesures prises aux XVIIe et XVIIIe siècle pour éviter que trop de personnes ne fuient la France sous prétexte de pèlerinage. Nous donnons ci-dessous copies des textes ayant promulgué des interdictions en France. Les souverains espagnols ont pris de leur côté des mesures similaires pour éviter l'arrivée de mercenaires étrangers par exemple en 1579 au moment de la succession au Portugal ou pour combattre des épidémies.

Texte intégral

Documents présentés

- Ordonnance de Louis XIV, juillet 1665

- Edit pour la répression des abus qui se commettent dans les pèlerinages. Fontainebleau, août 1671

-  Déclaration du roi qui deffend les pèlerinages sans permission du roi et des évêques diocésains. Du 7 janvier 1686

- Ordonnance du roy portant défenses à tous ses sujets d’aller en pèlerinage en pays estranger, sous les peines y contenues du 15 novembre 1717

- Déclaration du roi concernant les pèlerinages. Compiègne 1er août 1738, reg. au parlement le 5 décembre 1738

- 1769 réimpression et diffusion en France de la déclaration de 1686.

Contexte historique

A la mort de Philippe IV d’Espagne, beau-père de Louis XIV, ce dernier, en tant qu’époux de Marie-Thérèse revendique les Pays-Bas espagnols (sa dot promise en renoncement de ses droits n’avait pas été payée). Parallèlement, le roi se préoccupe de la manière dont les hôpitaux exercent l’hospitalité et ne retient que ceux dont les actes de fondation exigent de recevoir les pèlerins. Les autres sont attribués à des ordres hospitaliers : « Edit du roy donné en faveur de l’Ordre de ND du Mont-Carmel et de S. Lazare de Jérusalem. Du mois de décembre 1672. Registré au Grand Conseil le 20 février 16731… ». Les détenteurs de ces biens se défendent en essayant de prouver par tous les moyens que leur établissement exerce toujours cette hospitalité, en se réclamant en particulier du vocable Saint-Jacques qui pour eux est synonyme d’accueil des pèlerins de Galice, ce qui suscite une autre déclaration du roi2 « concernant les hospitaux des Pelerins allans et venans de S. Jacques en Galice. Du 27 septembre 1682.

  • 1  Arch. Nat. AD XIV et MM 233
  • 2  Arch. Nat. AD XIV et MM 233, Arch. Nat. AD XIV

En mars 1693 est promulgué un « Edit du roy portant désunion des biens des Maladeries, léproseries & autres revenus cy-devant unis par Edit du mois de Décembre 1672 à l’Ordre de ND du Mont-Carmel & de Saint-Lazare de Jérusalem3 ». Les biens de ces établissement devaient dorénavant être unis aux hôpitaux plus importants afin de créer les Hôpitaux généraux. Cet édit conduisit à un nouveau recensement : « Etat général des unions faites des biens et revenus des Maladeries, Léproseries, Aumoneries & autres lieux pieux aux Hôpitaux des Pauvres Malades, en exécution de l’Edit du roy du mois de mars & des Déclarations des 15 du même mois & 24 août 1693. Divisé par diocèses & par ordre alphabétique4 » et à une « Table alphabétique des maladeries, aumôneries et autres lieux hospitaliers unis par arrêts du Conseil privé aux hôpitaux et hôtels-Dieu précédemment attribués aux Ordres de ND du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, arrêts de 1694 à 17055 ».

  • 3  Arch. Nat. Bibl., H.103, in 4°
  • 4  Arch. Nat. AD XIV Arch. Nat. Inv.417, a.1864
  • 5  Arch. Nat. Inv.417, a.1864

A la mort de Louis XIV, le dauphin Louis XV a cinq ans. Jusqu’en 1723, le gouvernement est exercé par le Régent Philippe d’Orléans. C’est à sa demande qu’en 1717, une ordonnance interdit totalement les pèlerinages et l’octroi d’autorisations. Deux craintes majeures : que des jeunes soient enrôlés de force en Espagne, que des soldats désertent. Les frontières sont fermées à tous. La France vient de signer (avec l’Angleterre et les Provinces-Unies) la Triple Alliance contre l’Espagne afin d’assurer le respect du traité d’Utrecht. En 1718, l’Autriche entre dans ce qui devient la Quadruple Alliance.

    Dès 1721, Angleterre, France et Espagne concluent une nouvelle Triple Alliance. L’interdiction totale est sans doute rapportée dès cette date où sont annoncées les fiançailles de Louis XV et de la fille du roi d’Espagne Philippe V. En 1725, les fiançailles sont rompues et Louis XV épouse Marie Leszczynska, mais la paix n’est pas rompue. Officiellement, les pèlerinages ne sont plus interdits, mais soumis à autorisation.

      25 Juillet 1665, Ordonnance de Louis XIV

      Sa Majesté ayant receu diverses plaintes de la part des Bourgeois et Habitans de plusieurs Villes ou Bourgs de ce Royaume, de ce que leurs enfans, soubs prétexte d'aller en Pellerinage à Saint-Jacques de Galice, ou ailleurs hors de ce dit Royaume, se desbauchent, quittent leurs maisons, et s'accostent souvent de meschantes compagnies pour faire ces Pellerinages ; Que plusieurs desdits enfans périssent de faim et de misère en chemin, ou que faute de moyens pour pouvoir revenir dans le Royaume, ils demeurent dans les païs Estrangers : Et d'autant qu'outre la diminution que ce libertinage cause des Subjets de sa Majesté, il est important au repos des familles d'en arrester la continuation, Sa Majesté a défendu et défend très expressément à toute personne de quelque qualité et condition qu'elles soient d'aller en Pellerinage hors du Royaume, sans Passe-port expres de sa Majesté, lequel ne sera expédié à ceux qui voudront faire ces Pellerinages que sur le consentement que leurs père et mère (ou en cas de déceds d’eux, de leurs plus proches parents) auront presté par devant le Juge Royal du lieu de leur demeure, ou du plus prochain, et dont ils raporteront acte authentique, à peine à ceux qui seront rencontrez faisant de pareils voyages sans Passe-port de sa Majesté, soit en y allant soit en revenant, d'estre punis comme vagabonds, et gens sans aveu suivant la rigueur des Ordonnances.

        Enjoint pour cette fin sa Majesté aux Prévosts des Maréchaux, Vice-Baillis, Vice-Sénéchaux et autres Officiers de Robe courte, de battre la Campagne et de saisir et arrester tous et chacuns les Pèlerins qu'ils rencontreront allans ou revenans de Pellerinage hors du Royaume sans Passeport de sa Majesté. Ordonne sa Majesté aux gouverneurs de ses Villes et Places Frontières de faire garder les passages de I'estendue de leurs Gouvernements pour empêcher qu'aucune personne ne puisse sortir du Royaume soubs prétexte de Pellerinage sans avoir pareillement un Passe-port de sa Majesté : et en cas qu'il n'en présente aucuns les faire arrester et constituer prisonniers pour estre punis comme dit est.

          Veut sa Majesté que la présente soit publiée et affichée, tant en cette Ville et Faux-bourgs de Paris, qu'en toutes les autres Villes et lieux du Royaume que besoin sera, à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance.

            Fait à S. Germain en Laye, le 25 Juillet 1665, Signé LOUIS.

              Août 1671, Edit pour la répression des abus qui se commettent dans les pèlerinages.

              LOUIS6, etc. Le désir que nous avons de procurer en tout ce qu’il dépend de nos soins, et de notre autorité, la gloire de Dieu, le bien et la conservation de nos sujets, nous a obligé de chercher les remèdes convenables pour corriger les désordres qui se sont introduits dans notre royaume, sous un prétexte spécieux de dévotion et de pèlerinage, dont nous apprenons que l'abus est tel, que plusieurs soi-disant pèlerins quittent leurs parens et leurs familles contre leur gré, laissent leurs femmes et leurs enfans sans aucuns secours, volent leurs maîtres, abandonnent leur apprentissage, et suivent I'esprit du libertinage qui les a inspirés, passent le cours de leur pèlerinage en une débauche continuelle : il arrive même que la plupart des gens vagabonds et sans aveu, prenant la qualité de pèlerins, pour entretenir leur oisiveté, passent en cet équipage de province en province, et font une profession publique de mendicité ; et d’autres encore plus punissables, s’établissent dans des pays étrangers , où ils trompent des femmes, qu'ils épousent au préjudice des femmes légitimes qu'ils ont laissées en France. Nous avons cru qu’il étoit de l'intérêt public et de la police générale de notre royaume de réprimer la corruption d’une chose si sainte, sans néanmoins empêcher les bonnes intentions de ceux qui, par des sentimens sincères de piété et de mortification, voudront entreprendre des pèlerinages dont nous n’approuvons pas moins la pratique légitime, que nous voulons retrancher ce qu’il peut y avoir d’abusif. A ces causes, etc. Voulons et nous plaît que tous ceux qui voudront aller en pèlerinage à St. Jacques en Galice, à Notre-Dame de Lorette, et autres lieux saints hors de notre royaume, seront tenus de se présenter devant leur évêque diocésain pour être par lui examinés sur les motifs de leur voyage et prendre de lui attestations par écrit, outre laquelle ils seront tenus de retirer des maires, jurats, échevins, consuls, capitouls ou syndics des lieux de leurs demeures, un certificat contenant leurs nom, surnoms, âge, qualité, vacation, s’ils sont mariés ou non, et la déclaration du lieu où ils veulent aller en pèlerinage ; comme aussi retireront pareille attestation du lieutenant général, et substituts de notre procureur général, en la sénéchaussée ou bailliage d’où ils dépendent ; lesquels certificats et attestations, lesdits maires, échevins, jurats, consuls, syndics,lieutenants généraux et autres officiers seront tenus de leur expédier gratuitement et sans frais, en leur portant par lesdits pèlerins l’attestation des évêques diocésains, et d’en retenir autant dans leur greffe, pour y avoir recours si besoin est ; faisant en outre inhibitions et défenses aux dits lieutenans généraux, substituts de notre procureur général, maires, consuls, jurats, échevins, capitouls ou syndics, d’expédier lesdites attestations et certificats aux mineurs, enfans de famille, apprentis et femmes mariées, qu’il ne leur soit apparu par préalable du consentement de leurs pères, tuteurs, curateurs, ou plus proches parens, maîtres de métier, et de leurs maris ; et seront tenus lesdits pèlerins, en allant, représenter lesdites attestations et certificats aux magistrats et juges de la police des villes et bourgs qui se trouveront sur leur route, desquels ils prendront certificat de leur arrivée et de la représentation desdites attestatiosn et certificats, lesquels seront enregistrés aux greffes desdites villes et bourgs de leur passage, moyennant quoi pourront aller librement dans toutes les terres et lieux de notre obéissance sans qu’il leur soit fait empêchement, et seront reçus es hôpitaux pour ce établis suivant les conditions de leurs fondations ; et où lesdits pèlerins ne se trouveront pas munis desdites attestations et certificats , enjoignons à tous juges, magistrats, prévôts des maréchaux, vice-sénéchaux, leurs lieutenans, exempts et autres officiers, maires, consuls, jurats, capitouls ou syndics des villes et bourgs dans lesquels passeront lesdits pèlerins, de les arrêter et de les conduire dans les prisons desdites villes, ou s’ils sont arrêtés à la campagne dans celles de la ville la plus prochaine, où nous voulons que par les juges de police ils soient punis du carcan pour la première fois, nonobstant oppositions ou appellations quelconques et sans autre forme ni figure de procès, après quoi leur sera donné sauf-conduit par lesdits juges pour leur retour en leur pays. Et en cas de récidive, ou que lesdits pèlerins continuent leur prétendu pèlerinage, seront punis du fouet, par manière de castigation (avertissement) en présence et par ordonnance des mêmes juges, par les valets des concierges des maisons de ville, les geoliers des prisons ou autres personnes à ce préposées. Et en cas de contravention pour la troisième fois, leur sera le procès fait et parfait, comme à gens vagabons et sans aveu par les juges des lieux où ils auront été pris en première instance et par appel en nos cours de Parlement ; Et ne pourra être la peine être moindre pour les hommes que les galères ; nous remettant auxdites cours d’en modérer le temps, suivant l’exigence des cas et qualité des personnes. Enjoignons auxdits juges de police d’envoyer aux substituts de notre procureur général, dans la sénéchaussée dont ils dépendent les procès-verbaux de punition de carcan, ou fouet par manière de castigation, sur ceux qui l’auront soufferte, dans le mois après ladite exécution, et aux dits substitus d’en envoyer tous les six mois les extraits à notre procureur général.

              • 6  Ord. 14, 3 Y, 516. Archiv. Rec. Cass. Delamare),(...)

              7 Janvier 1686, Déclaration du roi qui deffend les pèlerinages sans permission du roi et des évêques diocésains.

              Louis, par la grace de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront : Salut. Les abus qui s’étoient glissés dans notre Royaume, sous un prétexte spécieux de dévotion et de pèlerinage, étant venus à un tel excès, qui plusieurs de nos sujets avoient quitté leurs parens contre leur gré, laissé leurs femmes et enfans sans aucun secours, volé leur maîtres et abandonné leur apprentissage pour leur vie dans une continuelle débauche ; même que quelques uns se seroient établis dans des pays étrangers, où ils se seroient mariés, bien qu’ils eussent laissé leurs femmes légitimes en France ; Nous aurions pu pouvoir arrêter le cours de ces désordres, en ordonnant par notre déclaration du mois d’août 1671, que tous ceux qui voudroient aller en pèlerinage, à Saint-Jacques en Galice, Notre-Dame de Lorette et autres lieux saints hors de notre royaume, seroient tenus de se présenter devant leur évêque diocésain, pour être par lui examinés sur les motifs de leur voyage et de prendre de lui une attestation par écrit, outre laquelle ils retireroient du lieutenant général ou substituts du procureur générale du bailliage ou sénéchaussée dans lesquels ils feroient leur demeure, ensemble des maires et échevins, jurats, consuls et syndics des communautés des certificats contenant leurs nom, âge, qualité, vacation, et s’ils étoient mariés ou non, lesquels certificats ne seroient point donnés aux mineurs, enfans de famille femmes mariées et apprentis sans le consentement de leurs pères, tuteurs, curateurs, maris et maîtres de métier ; et qu’à faute par lesdits pèlerins de pouvoir représenter lesdites attestations et certificats aux magistrats et juges de police des lieux où ils passeroient, et d’en prendre d’eux en arrivant, ils seroient arrêtés et punis pour la première fois du carcan, pour la seconde du fouet par manière de castigations (avertissement), et pour la troisième condamnés aux galères, comme gens vagabons et sans aveu ; et d’autant que nous avons été informés que plusieurs enfans de famille, artisans et autres personnes, par un esprit de libertinage, ne laissoient pas d’entreprendre de faire des pèlerinages hors de notre royaume, sans avoir observé ce qui est porté par notre dite déclaration, les uns évitant de passer dans les villes où ils sçavent qu’on leur demandera exactement les certificats, les autres se servant de fausses attestations, dans la confiance qu’ils ont que les personnes préposées pour les examiner, ne pourront pas s’en appercevoir, ne connoissant pas les signatures des évêques et juges des lieux où lesdits pèlerins font leur demeure, et la plupart se flattant que s’ils étoient arrêtés en quelques endroits, faute de représenter des certificats, on ne leur feroit subir que la peine portée pour la première contravention, par l’impossibilité où se trouveroient les juges de les convaincre d’avoir déjà été repris de justice pour le même sujet ; à quoi étant nécessaire de pourvoir pour l’intérêt public et la police générale. A ces causes et autres, à ce nous mouvant, nous avons déclaré et ordnné, et par ces présentes signées de notre main, déclarons et ordonnons, voulons et nous plaît qu’aucun de nos sujets ne puisse aller en pèlerinage à Saint-Jacques en Galice, Notre-Dame de Lorette et autres lieuxs hors de notre royaume, sans une permission expresse de nous, signée par l’un des secrétaires d’Etat et de nos commandements, sur l’approbation de l’évêque diocésain, à peine des galères à perpétuité contre les hommes, et contre les femmes de telles peines afflictives que nos juges estimeront convenable. Enjoignons à cet effet à tous juges, magistrats, prévôts des maréchaux, vice-sénéchaux, leurs lieutenants, exempts et autres officiers, maires, consuls, échevains, jurats, capitouls et syndics des villes et bourgs de nos frontières dans lesquelles passeroient les dits pèlerins, un mois après la publication de ces présentes, de les arrêter et conduire dans les prisons desdites villes et bourgs ; où s’ils sont arrêtés dans les campagnes, dans celles de la ville la plus prochaine, pour leur être le procès fait et parfait comme à gens vagabonds et sans aveu, par les juges des lieux où ils auront été pris, en première instance et par appel, en nos cours de Parlement. Si donnont en mandement à nos amés et féaux conseillers les gens tenant notre cour de Parlement à Paris que ces présentes ils aient à enregistrer, et le contenu en icelles faire garder et observer selon leur forme et teneur. Car tel est notre plaisir : en témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes. Donné à Versailles le sept janvier mil six cent quatre-vingt-six. Signé Louis. Et sur le repli, Par le roi, Colbert. Et scellé du grand sceau de cire jaune.

                15 novembre 1717, Ordonnance du roy portant défenses à tous ses sujets d’aller en pèlerinage en pays estranger, sous les peines y contenues.

                De par le Roy7 Sa majesté s’étant fait représenter les déclarations du feu roy son bisaïeul, du mois d’août 1671 et du 7 janvier 1686 portant défense à tous ses sujets d’aller en pèlerinage à St. Jacques en Galice, à Notre-Dame de Lorette et autres lieux de son royaume, sans une permission expresse de Sa Majesté, contresignée par l’un de ses secrétaires d’Etat et de ses commandements sur l’approbation de l’évêque diocésain, à peine des galères à perpétuité contre les hommes, Et de telles peines afflictives contre les femmes que les juges des lieux estimeraient convenables. Et sa Majesté étant informée qu’au préjudice des dites déclarations, plusieurs de ses sujets négligent de demander des permissions ou abusent en diverses manières de celles qu’ils ont obtenues sous le prétexte spécieux de dévotion, en quittant leur familles, leurs parents ou leurs maîtres et leur profession pour s’abandonner à une vie errante, pleine de fainéantise et d’un libertinage qui les portent souvent jusqu’au crime, ou sortant du royaume dans l’espérance de s’établir ailleurs et en trouvant pas à beaucoup près dans un pays étranger les avantages ni les secours qu’ils trouveraient dans leur patrie en s’adonnant au travail et tenant une meilleure conduite, la plupart meurent de misère sur les chemins et les autres risquent d’être enrôlés de gré ou de force pour toute leur vie dans les troupes des puissances voisines ; qu’enfin il arrive même quelquefois que des soldats engagés par toutes sortes de devoirs au service de sa Majesté se mettent parmi ces vagabonds et à la faveur de leur nombre désertent de ses troupes et passent ainsi en pays étranger. Et sa Majesté jugeant nécessaire pour le bien de son service et pour celui du public et de la police générale de son royaume, d’arrêter le cours de ces désordres, en retranchant absolument le prétexte qui les fait naître : sa Majesté, de l’avis de Mr. le duc d’Orléans Régent, a fait et fait expresses inhibitions et défense à tous et chacun de ses sujets, de quelque âge, sexe, qualité et condition qu’ils soient, d’aller dorénavant en pèlerinage à St. Jacques en Galice, Notre-Dame de Monserrat, Nostre-Dame de Lorette et autres lieux hors des terres et pays de sa domination, pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit, sur peine des galères à perpétuité contre les hommes. Et contre les femmes de telles peines afflictives que les juges des lieux estimeront convenables, déclarant nulles et de nul effet toutes les permissions qui pourraient en avoir été précédemment accordées. Enjoignant pour cet effet aux archevêques et évêques de son royaume de faire lire et publier tous les trois mois la présente ordonnance par les curés de leurs diocèses aux prônes de leurs églises paroissiales, afin qu’aucun n’en prétende cause d’ignorance. Mande et ordonne sa Majesté aux gouverneurs et ses lieutenants généraux ou commandants dans ses provinces, aux intendants et commissaires départis pour l’exécution de ses ordres dans lesdites provinces, aux gouverneurs particuliers et commandants de ses villes et places frontières, aux maires, échevins, consuls et jurats desdites villes, aux prévôts des maréchaux, vice sénéchaux, leur lieutenants et à tous autres ses officiers et justiciers de tenir la main, chacun en ce qui les concerne, à l’exécution de la présente, et de faire arrêter et conduire dans les prisons les plus prochaines tous ceux qui sous prétexte desdits pèlerinages paraîtraient disposés à sortir du royaume après la publication qui en sera faite, pour leur être le procès fait et parfait par les juges des lieux, comme à des vagabonds et gens sans aveu, sans préjudicier au surplus à l’égard des soldats, à l’exécution des ordonnances militaires rendues contre les déserteurs.

                • 7  Actes royaux, août-décembre 1717, Paris, Imprime(...)

                Déclaration du roi concernant les pèlerinages. Compiègne 1er août 1738, reg. au Parlement le 5 décembre 17388

                Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à tous ceux qui les présentes verront, Salut. Le feu roy notre très honoré seigneur et bisaïeul, voulant réprimer les abus que se commettoient sous le prétexte spécieux de dévotion et de pèlerinages, régla par sa déclaration du mois d’août 1671 les formalités qui devoient être observées par ceux qui voudroient aller en pèlerinage à St. Jacques en Galice, à N.D. de Lorette et autres lieux saints hors du royaume et ordonna que les contrevenants seroient arrestez et punis pour la première fois du carcan, pour la seconde du fouet, par manière de castigation (avertissement) et que pour la troisième ils seroient condamnés aux galères comme vagabonds et gens sans aveu. Mais ceux que l’oisiveté et la débauche déterminoient à entreprendre ces sortes de voyages aient trouvé le moyen de se soustraire à l’observation des formalités qui leur étoient prescrites et aux peines dues à leurs contraventions, le feu roy jugea à propos d’y pourvoir de nouveau et par sa déclaration du 7 janvier 1686 il fit défense à tous ses sujets d’aller en pèlerinage hors du royaume sans sa permission expresse signée par l’un des secrétaires d’Etat de nos commandements, sur l’approbation de l’évêque diocésain, à peine des galères à perpétuité contre les hommes et de telle peine afflictive contre les femmes qui sera estimée convenable par nos juges. Quoi qu’une loy si sage dut faire cesser entièrement les abus, nous sommes cependant informé qu’ils ont repris leur cours et que plusieurs femmes, enfans de famille, artisans, apprentis et autres personnes abandonnent leur famille et leur profession pour mener une vie errante et licencieuse, pour sortir de notre royaume sous prétexte de pèlerinage. Et voulant maintenir une loi si conforme à la pureté de la Religion et à l’intérêt public, nous avons jugé propre d’en ordonner à nouveau l’exécution.

                • 8  Arch. dép. Seine-et-Marne, fond Lhuillier, copie(...)

                A ces causes, déclarons et ordonnons, voulons et nous plaist : qu’aucuns de nos sujets ne puissent aller en pèlerinage à St. Jacques, Notre-Dame de Lorette et autres lieux hors de notre royaume sans une permission expresse de nous, signée par l’un des secrétaires d’Etat de nos commandements, sur l’approbation de l’évêque diocésain, à peine des galères à perpétuité contre les hommes et de telle peine afflictive contre les femmes qui sera estimée convenable par nos juges. Enjoignons pour cet effet à tous juges, magistrats, prévôts des maréchaux et leurs lieutenants, exempts et autres officiers, maires, consuls, échevins, jurats, capitouls et syndics des villes et bourgs de nos frontières dans lesquels passeroient les dits pèlerins, un mois après la publication de ces présentes, de les arrêter et les conduire dans les prisons desdites villes et bourgs où, s’ils sont arrêtés à la campagne, dans celles de la ville la plus prochaine, pour leur être le procès fait et parfait, comme à gens vagabonds et gens sans aveu, par les juges des lieux où ils auront été pris en première instance, et par appel en cour de Parlement. Si donnons mandement à nos amés et féaux conseillers les gens tenant notre Cour de Parlement à Paris, que les présentes ils aient à enregistrer et le contenu en icelles faire garder et observer selon leur forme et teneur. Car tel est notre plaisir. En témoin de quoy nous avons fait mettre notre scel à ces dites lettres. Donné à Compiègne le 1er jour d’août l’an de grâce 1738 et de notre règne le 23e. Louis.

                  Malgré ces réglementations, les routes sont fréquentées par des pèlerins, munis ou non des autorisations nécessaires. Combien vont à Compostelle ? Quelles aventures vivent-ils ? Voir l’article des portraits de pèlerins dans l’article Cythère ou Compostelle : http://lodel.demo.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=1283. D'autres réglementations ont parfois été édictées pour des raisons sanitaires, voir : Le pèlerin, vecteur de la peste

                    Notes

                    1  Arch. Nat. AD XIV et MM 233

                    2  Arch. Nat. AD XIV et MM 233, Arch. Nat. AD XIV

                    3  Arch. Nat. Bibl., H.103, in 4°

                    4  Arch. Nat. AD XIV Arch. Nat. Inv.417, a.1864

                    5  Arch. Nat. Inv.417, a.1864

                    6  Ord. 14, 3 Y, 516. Archiv. Rec. Cass. Delamare), éd. Decrusy et F.A. Isambert-Jourdan, Recueil des anciennes lois françaises depuis l’an 420 jusqu’à la Révolution de 1789, Paris, 1825

                    7  Actes royaux, août-décembre 1717, Paris, Imprimerie royale

                    8  Arch. dép. Seine-et-Marne, fond Lhuillier, copie XIXe

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                    Ferpel
                    «Les réglementations des pèlerinages à l’étranger sous Louis XIV (1643-1715) et Louis XV (1715-1774)», SaintJacquesInfo [En ligne], Les textes qui ont fait Compostelle, Textes, mis à jour le : 29/05/2009,
                    URL : http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=1201

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