SaintJacquesInfo

Une étude de reliquaires de saint Jacques
Au terme du voyage la relique
Des témoins gênants pour l’orthodoxie compostellane

Mary Sainsous

Notes de la rédaction

L’assistance à la publication des travaux universitaires fait partie des services que la Fondation rend aux étudiants qu’elle suit.

Résumé

Mary Sainsous, étudiante à l’Ecole du Louvre a été accompagnée par la Fondation pour son mémoire de 5e année, destiné l'obtention du DRA (Diplôme de Recherche Appliquée) : Les reliques et reliquaires du chef de saint Jacques en Occident, du IVe au XXe siècle. Deux aspects ont retenu son attention : l’étude d’un corpus de 79 reliquaires et leur implantation géographique notamment en France. La majeure partie des reliquaires était composée de bustes de l’époque moderne (XVIe-XVIIe siècle) de facture populaire, artisanale, souvent en bois. La modestie de l’intérêt artistique de ces objets les avaient jusqu’à présent tenus à l’écart des études en tant qu’objets d’art. Examinés en tant qu’objet de culte, ils illustrent les changements dans la façon de prier et dans le rôle accordé aux saints après la réforme tridentine. Cet article est issu de ce travail universitaire, mais actualisé et refondu.

Texte intégral

Aujourd’hui, évoquer saint Jacques, ses reliques et ses sanctuaires, ramène à Compostelle et aux quatre grands chemins définis en 1987 comme Itinéraires Culturels Européens, qui se réunissent en un seul en Espagne, le camino francés, lui-même classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1993. La manne que représente le pèlerinage pour les communes bordant ces chemins, l’audience internationale et l’aura du grand sanctuaire espagnol n’incitent guère à remettre en cause sa suprématie et son monopole contemporain sur la dévotion à l’apôtre. Mais comment ne pas interroger les « témoins gênants » que représentent les nombreux indices subsistant d’autres pèlerinages à saint Jacques, ces autres reliques de l’apôtre, dont quelques-unes ont été dignes, à un moment de leur histoire, de concurrencer Compostelle ?

Dépouillé de son rôle de balise sur les chemins de Compostelle, l’abondant patrimoine lié à saint Jacques se révèle riche d’informations sur la dévotion au saint apôtre et son enracinement dans la culture populaire. Les églises, chapelles, hôpitaux, portes, rues et faubourgs placés sous le vocable de l’apôtre qui ont été recensés, restaurés et mis en valeur l’ont été le plus souvent à dessein de les utiliser comme preuve irréfutable du passage d’un chemin « historique ». Reliques et reliquaires ont été pudiquement laissés à l’écart des grands inventaires tant ils étaient gênants pour Compostelle. Comment justifier tant de reliques alors que le sanctuaire galicien se targue de posséder le « corps entier » de l’apôtre Jacques, ce même sanctuaire étant lui-même encombré d’une seconde tête, opportunément attribuée à Jacques le Mineur, sans compter une dent supplémentaire venue de Paris au XIVe siècle ? Il a fallu la grande exposition de Gand, Santiago de Compostela, 1000 ans de pèlerinage européen, en 1985, pour que soient présentés quelques reliquaires de grande valeur. Mais combien d’autres subsistaient, empoussiérés au fond des placards de sacristies ou des resserres d’églises ?

Notre étude est partie d’un recensement des reliques de saint Jacques effectué par Denise Péricard-Méa et de quelques articles sur la question1. Etudiante à l’Ecole du Louvre, j’ai eu envie de retrouver, parmi les nombreux reliquaires existants, les bustes-reliquaires et statues-reliquaires qui avaient abrité ces reliques, ce qui m’a poussée (et me pousse encore) à parcourir de nouveaux chemins, explorer de nouvelles voies et tenter de mettre au jour une géographie du culte à saint Jacques.

  • 1  Péricard-Méa, Denise, « Saint Jacques un et mult(...)

Image1Cette étude offre un éclairage nouveau sur l’importance du culte à l’apôtre, notamment en France, en révélant une répartition très inégale sur l’ensemble du territoire. Certaines régions portent localement l’empreinte d’une forte dévotion à saint Jacques, dans leur culture et dans les traditions populaires. C’est le cas par exemple du Nord de la France (les Flandres, jusqu’à la Belgique), de l’actuelle région Midi-Pyrénées et de la Provence où les traces de ce culte abondent. Actuellement, le recensement de ces témoins matériels, encore conservés ou non, ne saurait être exhaustif. Nous le verrons plus loin, à côté de territoires bien connus, d’autres régions demandent à être mieux explorées. Elles laissent espérer de nouvelles découvertes. D’autres, telles la Bourgogne et la Franche-Comté2, résistent obstinément à livrer d’autres reliquaires.

  • 2  Recherches de Gilberte Genevois, membre de la Fo(...)

Nous allons donc oublier un peu Compostelle pour écouter ce que les reliques et reliquaires de saint Jacques nous révèlent des pratiques cultuelles des chrétiens occidentaux, notamment français, du Moyen Age au XIXe siècle. N’est-ce pas aussi un biais, inédit, pour mettre au service de Compostelle et de son succès contemporain de nouveaux éléments du patrimoine, propres à séduire à la fois les pèlerins et les instances touristiques ?

    L'hétérogénéité des reliquaires médiévaux, XIII-XVIe siècles.

    Connus par des descriptions, plus rarement par des sources iconographiques, ou conservés jusqu'à nous, les reliquaires médiévaux du chef de saint Jacques sont assez nombreux pour permettre une étude.

      Les pièces non figuratives

      Les plus anciens qui soient connus datent du XIIIe siècle et présentent une grande hétérogénéité formelle, commune à l’ensemble des reliquaires. Les reliquaires du chef de saint Jacques n’échappent pas à la règle. Les premiers s’apparentaient plutôt à des coffrets, comme celui découvert en 1448 sous l’église des Saintes-Maries-de-la-Mer, dans une crypte remontant à l’Antiquité, décrit comme « un petit coffre de plomb, dans lequel estoit une grande tête qu’on croit estre celle de saint Jacques le Mineur »3. Il a disparu à la Révolution.

      • 3  Bouche, Honoré, Chrorographie ou description de(...)

      Il existe aussi des pièces non figuratives, sachant de plus que reliquaire et relique sont relativement indépendants, le contenant pouvant être interchangeable. Par exemple, dans un inventaire de 1475, on lit au paragraphe concernant le reliquaire du menton de saint Lambert dans la collégiale d'Aire-sur-la-Lys : « ung croeux vaissel d'argent, auquel vaissel le chief de monsieur saint Jacque fu jadis »4. A Amiens, une relique du menton de saint Jacques est enfermée dans un reliquaire (disparu) en forme d’église avec quatre clochetons, un pinacle au milieu et un cristal. Sa première mention date de 1419 dans l’inventaire du Trésor de la cathédrale5.

      • 4  Cité par Rouyer, « Le chapitre et l’église collé(...)
      • 5  Durand, G., « Monographie de l’église cathédrale(...)

      Image2L'identification du contenu par le contenant s'impose progressivement. Il ne s'agit plus seulement de conserver dans une boîte richement ouvragée, mais de concrétiser, en quelque sorte, la relique. Modèle unique, le reliquaire d’Halberstadt est une plaque d’argent moulée directement sur le crâne. Venue d’Orient, la présentation de la relique n’a pas changé au moment de son transfert en Occident. Malheureusement, il n'est pas rare de trouver dans un musée ou un trésor un reliquaire médiéval sans attribution précise, le contenu ayant été vidé en des temps où la relique et les authentiques apparaissaient comme dénués de sens.

        Premières figurations de l'apôtre Jacques, vers un topos

        Puis se développent, à partir du XIIIe siècle, les reliquaires morphologiques et les statues, statuettes ou bustes à l'effigie du saint.

          Image3Le plus bel exemple est sans conteste celui du chef de saint Jacques conservé à l’abbaye St. Marienstern à Kamenz, en Saxe. Recouvert d’argent, il est sans attribut mais muni d’une inscription identitaire. Une représentation échappe à l'image soit de l'apôtre, soit de l'évêque. La figure est, en elle-même, assez neutre. Puisqu'il s'agit d'un objet conservé dans une abbaye, donc à l'écart des fidèles, le besoin d'identification a peut-être été moins ressenti par les religieux. Dorénavant, le contenant est dépendant du contenu. Le saint a un visage, l’extérieur reflète l’intérieur. Cela contribue à codifier l’iconographie et l’ancrer dans l’imaginaire collectif. Sur le plan iconographique, trois représentations se partagent la faveur des orfèvres et des sculpteurs, celles du pèlerin, de l’apôtre et de l'évêque, cette dernière étant la moins fréquemment choisie. Les artistes puisent dans les différents répertoires pour esquisser le portrait du saint, en mélangeant parfois les genres.

            Le pèlerin

            Image4L’image du pèlerin est cependant privilégiée. Dans le reliquaire offert en 1321 à la cathédrale de Compostelle par Geoffroy Coquatrix, bourgeois de Paris, la relique est une dent, portée par la statuette d’un pèlerin présentant une tablette sur laquelle est inscrit : In hoc vasi auri quod tenet iste imago est dens B. Jacobi apli. que Gaufridus Coquatriz civis Par. dedit huic ecce. Orate pro deo. Haute de 53 cm. la statuette est conservée dans la chapelle des reliques. C’est également sous la forme d’une statuette de pèlerin que se trouvait présentée une relique de saint Jacques dans la collection du duc d’Angers, en 13606 (disparue) :

            • 6  Inventaire du duc d’Anjou, 7,10,7 dans Gay, V. e(...)

            « Une ymage de saint jaques, d’argent doré, seant sur un entablement on quel a escript de lettres esmaillees c’est ymage de saint Jaques porte un os de luy mesme, et en sa main senestre tient un petit reliquaire de cristal ront garni d’argent doré, et en la destre son bourbon et son chapel sur sa teste ».

              Image5Image6On retrouve cette curieuse mise en abyme à Burgos dans une statuette de saint Jacques pèlerin du XIV siècle, conservée dans la salle des reliques de la cathédrale. La relique est dans la gourde, vitrée qui constitue comme un second écrin à l'os vénéré et le met davantage en valeur.

                A Saint-Sernin de Toulouse en 13857, le type adopté est aussi celui du pèlerin dont on retrouve les attributs traditionnels, coquille et chapeau. Il s'agit d'un buste :

                • 7  Belhomme G., Le Camayeu, Mémoires de la société(...)

                « Caput beati Jacobi Majoris inclaustratum argenti cum duobus angelis de subtus argenti dictum caput tenentibus et cum pede etiam argenteo et pileo argenteo cum armis domini ducis quondam de Berri. Il quo quidem pileo et ante ipsum in medio dictarum armarum sunt plures lapides pretiosi, scilicet quinque et quatuor perle grosse ; scilicet duo saffis duo balays et unum robi in medio et cum undecim cauquilhes de supra peltum et una cathena argenti et unum griffol in pede um alis et mihilominus. In capite est quedam cathena parva auri in collo, un qui pendet quedam bursa et nihilominus quidam saffis grossus cum quatuor perlis eidem attachis cum dicta cathena».

                  Image8Image7Le buste a disparu mais on en conserve deux pâles copies, une à Saint-Sernin de Toulouse, du XIXe siècle, l’autre à Cazères au XVIIe siècle.

                    Le buste-reliquaire de la Sainte-Chapelle de Bourges8 (disparu), commandé par le duc de Berry, était, lui aussi, muni des attributs du pèlerin,. Il devait ressembler à celui de Toulouse si l'on compare les deux descriptions, similaires à la fois par l’aspect, quoique très succinctement décrit dans l‘inventaire de Bourges, et les pierreries mises en œuvres (émaux, rubis, saphirs).

                    • 8  Inventaires de Jean duc de Berry (1401-1416), éd(...)

                    « un grant chief de saint Jaques, d’argent doré, séant sur un entablement où il a plusieurs esmailz aus armes de Monseigneur ; et en la crosille qui est au chapel a un camaïeu, quatre balaiz, cinq grosses perles ; et entour la bordure dud[it] chapel a seize petits balaiz, trois saphirs, quinze esmeraudes, trente-quatre trochets de perles, à chascun trouchet trois perles qui font cent-deux perles ».

                      Image9Image10De facture rustique on trouve le buste-reliquaire de Calahons, à Cattlàr9, datable du XVIe siècle, tout comme celui d’Asquins10 avec son chapeau de pèlerin orné d’une coquille.

                      • 9  Pyrénées-Orientales.
                      • 10  Yonne.

                      Ce que l’on observe à l’échelle des reliquaires est perceptible dans l’iconographie du saint. Les codes se mettent progressivement en place en conjuguant les différents accessoires, ceux du pèlerin, de l’évêque ou de l’apôtre. La plus ancienne représentation de saint Jacques en pèlerin qui nous soit connue à ce jour date du XIIIe siècle et figure sur la façade de l’église de Mimizan11. Au sein du collège des apôtres, il porte le livre et tient son bâton dans la main droite ; son baudrier est gravé de coquilles. Ce n’est pas un hasard si on se trouve en Aquitaine, une région où Compostelle a eu des possessions à partir du XIIe siècle. C’est l’époque aussi où le Pseudo-Turpin est largement répandu, avec sa version dite du Turpin Saintongeais12. Peut-on imaginer que Compostelle s’affirme en menant une politique de promotion par les images et les textes ?

                      • 11  Landes.
                      • 12  Chronique dite Saintongeaise, éd. A. de Mandach,(...)

                      L’apôtre-pèlerin porteur du Livre

                      Les représentations de saint Jacques alliant pèlerin et apôtre sont, en général, des XIVe et XVe siècles. Ainsi la très belle statuette de Toulouse. Jacques est tête nue, les pieds déchaussés et il porte le livre, comme l’ensemble du collège apostolique traditionnellement, mais une grosse coquille orne sa poitrine. L’on sent encore la dimension apostolique dominer. Cette ambivalence domine la production des statues et statuettes, dont les artistes se sont inspirés pour concevoir les reliquaires.

                        Dans nombre de statues connues, l’apôtre tient en effet le livre dans la main gauche. L’autre main est souvent manquante et, quand elle est conservée, elle tient le bâton ou la crosse. Les statuettes reliquaire sont déchaussées, tout comme les statues ornant les églises. Les reliquaires appartiennent donc à un type de représentation de saint Jacques qui a touché toute la sculpture de la fin du Moyen-Age. Le lien entre sculpture et reliquaire s’amenuise par la suite. Les statues et statuettes en reliquaire ne sont quasiment plus produites après le XVIe siècle. On opte pour d’autres modes de représentation. Ainsi, de la même manière que les statues et statuettes ont progressivement écarté les autres formes de reliquaire à partir du XIVe siècle, celles-ci cèdent le pas aux bustes-reliquaires. Cette coexistence des natures ?demeure jusqu’à l’époque moderne, ainsi le buste de Cazères13 au XVIIe siècle dont le pèlerin porte le Livre

                        • 13  Haute-Garonne.

                        L’évêque

                        A Amiens, l’inventaire de 1535 décrit un nouveau reliquaire14 (disparu), destiné au menton de saint Jacques, offert par le chanoine Guillaume Aux Cousteaux15. Il s’agit cette fois d’une statuette de saint Jacques, assis sur une chaire épiscopale :

                        • 14  Durand, G., « Monographie de l’église cathédrale(...)
                        • 15  Chanoine de la cathédrale † 1511.

                        « ymage de sainct Jacques le Majeur d’argent, assis en une chaielle épiscopale, reposant sur une térache à pied à 6 carrés, garni de 6 petits pilliers, dans laquelle térache sont deux angles portant les armoieries de feu Mgr. Guillaume Aux Cousteaux, qui a donné ledit ymage sainct Jacques le Majeur, encassé en cristal garny d’argent ».

                          Image11Ce reliquaire fut détruit à la Révolution mais la relique fut donnée en 1801 à l’église paroissiale Saint-Jacques d’Amiens où elle se trouve encore.

                            De même, au XVIIIe siècle, le buste-tombe de Bruges conservé à l’église Saint-Jacques, croise-t-il le bourbon et la crosse épiscopale sous un personnage mitré et porteur de la cape du pèlerin. Ces deux attributs symboliquement liés apportent une dimension esthétique qui contribue à équilibrer l’œuvre

                              Reconnaître le saint par le nimbe

                              Image12Image13Un détail iconographique qui ne survit pas au Moyen-Age est celui du nimbe, encombrant peut-être, surtout si l'on installe un large chapeau de pèlerin sur la tête de l'apôtre. Il est présent à Compostelle sur le buste de 1322, la statuette de Tongres datée du XVe siècle, à Burgos et, semble-t-il, à Aire. La mode tend, apparemment, à une plus grande simplification.

                                Ainsi, on remarque que le type pèlerin, indépendamment de son âge qui s'établit plus tardivement, s'impose progressivement dès le XIVe siècle jusqu'à devenir quasi exclusif. L'exemple d'Amiens illustre très bien ce glissement. A un reliquaire en forme d'église, plutôt anonyme, on a substitué, autour de 1400, une image de l'apôtre en pèlerin, chargé des attributs récurrents. Le topos du jacquet et le symbole du pecten se mettent donc en place à l'époque où, sur le plan historique, Compostelle se démarque de ses concurrents.

                                  Mais un autre facteur peut expliquer l’essor pris par la figuration en pèlerin : il apparaît au moment où se développe, dans l’iconographie, le Christ d’Emmaüs. Humbert Jacomet16 rattache ces deux apparitions à l’essor des ordres prêcheurs pour lesquels l’image de saint Jacques pèlerin incarnerait à la fois la pauvreté du pèlerin et la parole apostolique, la prédication (nous pensons aussi aux écrits, comme l’Epître, fort lus et qu’on attribuait alors à saint Jacques). On se rappelle aussi que Béranger de Landore était, de formation, dominicain.

                                  • 16  Jacomet 1999 p. 218(...)

                                  Le reliquaire, oeuvre d'art commune à l’Europe

                                  On ne peut être que saisi par la qualité de la majeure partie des pièces. Si souvent il n'en subsiste que des descriptions d'inventaire, insistant davantage sur leur valeur résiduelle que leur aspect, ces textes nous permettent d'en apprécier encore la richesse. Souvent, ces reliquaires étaient en argent ou en vermeil et tenaient davantage de l'orfèvrerie que de la sculpture. Les pièces en bois, comme à Cattlà, sont peu nombreuses. Au fil de ces descriptions on retrouve tout un champ lexical se rapportant aux gemmes et aux perles. Pour ne citer que quelques termes de vocabulaire, on peut mentionner : saphirs (Saint-Corneille à Compiègne, Saint-Sernin à Toulouse, Sainte-Chapelle de Paris), perles (Toulouse, Sainte-Chapelle de Bourges), camée (Sainte-Chapelle de Bourges), émeraudes (Sainte-Chapelle de Bourges, Toulouse). Des pièces de cette qualité sont beaucoup plus rares après 1600, où le bois prend le relais de l'argent.

                                    L’image que les reliquaires transmettent provient peut-être, en partie, des enseignes de pèlerinage émises par Compostelle et des coquilles de plomb, vendues en souvenir, sur le parvis. Mais il y a aussi un effet de retour. Compostelle reçoit, par les offrandes faites à son trésor, ainsi que l’illustre le reliquaire de Geoffroy Coquatrix, des figurations du saint qui ne peuvent qu’influencer les représentations locales. Il y a donc ce que Compostelle diffuse et reçoit, créant un mouvement des images, une circulation des symboles. L’image du pèlerin reflète également les représentations qu’avaient les croyants. C’est autant le témoignage de leur regard, leur imaginaire que celui d’une politique de l’épiscopat galicien.

                                      Ce style du pèlerin se met en place entre les XIVe et XVIe siècles, avec ses attributs traditionnels que sont la calebasse, le bourbon, le manteau, le chapeau, la besace et la coquille, souvent aussi le livre de l'apôtre. C'est une sorte de liste dans laquelle le sculpteur ou l'orfèvre puise librement des détails signifiants sur le plan iconographique. Il n’est pas nécessaire qu’ils figurent tous en même temps sur un reliquaire et, plus généralement, sur une représentation de l’apôtre. Mais ils sont très souvent réunis au Moyen Age, contrairement à ce que l’on observe pour l’époque moderne.

                                        Les évolutions formelles et stylistiques des reliquaires sont-elles imputables aux seules évolutions de la mode ou doit-on les croire porteuses d’un autre message ? C’est là toute la question du discours sous-tendu dans les représentations que posent les bustes-reliquaires de saint Jacques, que l’on soit sûr ou non qu’ils aient contenu des reliques du crâne. L’image de l’apôtre traduit à sa manière les évolutions, avec la montée en puissance de Compostelle, du culte à saint Jacques. Mais la représentation des bustes témoigne également d’évolutions spirituelles et iconographiques. Enfin, on peut voir là s’affirmer les codes iconographiques d’un réel topos du pèlerin dans les représentations collectives qui dépasse la simple représentation de saint Jacques.

                                          La Contre-Réforme, l'âge d'or du buste-reliquaire

                                          Image14 Le nimbe, présent à Compostelle ou à Tongres, a disparu. La distinction entre Majeur et Mineur est inexistante. Ce qui s'établit un peu plus tardivement est l'âge de l'apôtre. On trouve jusqu'au XVIe siècle la représentation de l'homme âgé, du pèlerin fatigué, tandis qu'après la réforme tridentine, on privilégie un homme jeune, barbu, aux cheveux souvent longs, à l'exception du juvénile saint Jacques de Peyruis.

                                            L'époque postérieure à la réforme tridentine se caractérise par un grand nombre de bustes. Ces reliquaires modernes sont très différents de leurs prédécesseurs médiévaux. Ce sont des objets de facture moins brillante, souvent en bois peint et doré. Autant au Moyen Age les puissants soutenaient les sanctuaires et leur donnaient les moyens de posséder des objets d'orfèvrerie particulièrement riches en gemmes, autant l'époque moderne se caractérise par la perte de ce soutien. Les reliques n’ont plus la même valeur et les dons se portent davantage sur les décors et l’architecture des édifices religieux. La commande des reliquaires incombe alors aux fidèles, au travers des fabriques et des confréries, qui confient la tâche à des artisans locaux plus ou moins talentueux. C'est un art plus populaire, plus naïf peut-être, mais aussi plus proche du croyant.

                                              Les accessoires

                                              Le chapeau

                                              Image15Le couvre-chef est un élément important des attributs traditionnels de saint Jacques. Le modèle le plus fréquent est celui d’un large chapeau, pratique contre le soleil et la pluie, dont le retroussis facial est maintenu par une coquille. La coquille est un élément d’ornementation majeur du chapeau, descendante des enseignes de plomb cousues sur le couvre-chef. Celui-ci apparaît dès le Moyen Age, avec la statuette offerte par Coquatrix ou le reliquaire de Burgos. La statuette de Tongres illustre encore un type de coiffure probablement antérieur à celle du large chapeau. En effet, ce genre de petit bonnet est porté par les pèlerins de la façade d’Autun qui date du XIIe siècle. En tout cas, systématiquement jusqu’au XVIe siècle, le chapeau est un accessoire indispensable, qu’il soit posé sur la tête ou maintenu dans le dos (Asquins) ou sur l’épaule (Louvain). C’est un détail concret du quotidien des pèlerins qui appartient à cette dimension humaine que traduit aussi le traitement réaliste des visages (du moins le rendu le plus réel possible d’un stéréotype de souffrance et de lassitude).

                                                Image16

                                                  Puis, à partir du XVIIe siècle, le chapeau devient un détail optionnel. Le caractère pratique et traditionnel de sa forme perd de son importance, ce qui permet au sculpteur davantage de liberté. Ainsi à Limoges, il arbore un fringuant chapeau à la mode, un tricorne était porté en ville par les bourgeois et les aristocrates.

                                                    Le bourdon et la calebasse. La besace

                                                    Le bourdon et la calebasse sont surtout présents dans les statuettes où l’apôtre est figuré en pied.

                                                      Image17Au Plan, la calebasse apparaît cependant comme un élément anecdotique qui apporte un relief supplémentait au buste. Elle a l’aspect habituel de la coloquinte héritée de l’époque médiévale. On ne trouve de gourde qu’à Burgos où, curieusement, elle contient la relique. Quoiqu’il en soit, la calebasse, associée en général au bourdon, disparaît quasiment des représentations dès que le buste-reliquaire devient la forme dominante. Avec le Plan, elle n’est reprise à l’époque moderne qu’à Bruges, où elle est accrochée à l’extrémité du bourdon (croisé avec la crosse épiscopale), soulignant la double identité du pèlerin et de l’évêque. Cette pièce est d’ailleurs très différente des autres bustes-reliquaires par la qualité de sa facture et sa monumentalité.

                                                        La besace connaît la même désaffection que le bourbon et la calebasse. Le buste, souvent sans bras, n’offre pas assez de surface pour inclure des accessoires, ce qui encourage l’essor de la coquille comme unique élément d’identification iconographique de l’apôtre pèlerin. La disparition de la panetière est progressive. Au XVIe siècle, le buste de la collection Van den Abbeel l’évoque encore. Une bride, légèrement en relief, marque sa présence. A Asquins, si la panetière et le bourdon muni d’une calebasse sont présents, c’est sous une forme réduite, anecdotique de part et d’autres de la logette. L’aspect fonctionnel des objets cède le pas à leur dimension symbolique ou pittoresque.

                                                          Donnazac       Les Ferres         Cappelle-Brouck           Saint-Flour

                                                            Enfin, le manteau qui, comme le chapeau, protège le pèlerin des intempéries et lui sert de couverture aux haltes. Dans les statues et statuettes, que ce soit à Cattlà ou à Donnazac, par exemple, il est représenté ample, drapé. Saint Jacques le retient d’une main. On en retrouve l’esprit aux Ferres, avec un généreux drapé, où l’on saisit le prétexte du manteau pour illustrer le goût baroque de la virtuosité dans le traitement des étoffes. Sur les bustes, en revanche, les sculpteurs privilégient la représentation d’un mantelet court, souvent orné de coquilles, qui s’ouvre sur le devant et apporte ainsi du relief à l’ensemble. Capelle-Brouck est l’exemple le plus poussé du travail des plis qui, en général, se matérialise par le soulèvement des coins du mantelet découvrant la tunique ou le buste. Ainsi à Cazères s’ouvre-t-il sur une sorte de robe serrée à la taille, semblable à un froc. Le mantelet peut aussi s’ouvrir sur la logette, comme à Saint-Flour, à la façon d’un rideau de scène qui découvrirait ce que le reliquaire a de plus précieux, la relique (la même disposition existe aussi sur le buste de saint Gérold). Ce mantelet peut seulement être suggéré, sans tendre à un résultat vraiment artistique. Au Plan, comme à Chambolle-Musigny ou Saint-Béat, le plissé est raide et sans volume. On sait que le buste est habillé par des détails au niveau du col, un bourrelet, un bouton. Mais tout cela reste très discret. Le manteau ou mantelet est un accessoire très répandu, sans pour autant qu’il soit constant. A Bruges, le buste qui somme la tombe-reliquaire porte un vêtement épiscopal.

                                                              Image22 Image23 Image24

                                                                        Chambolle-Musigny     Saint-Béat       Saint Gérold de Cologne

                                                                  Peu à peu ce n’est plus le pèlerin que l’on cherche à représenter avec ses accessoires traditionnels, mais un saint dont l’unique identifiant est la coquille. Celle-ci symbolise à la fois Compostelle, et l’image du pèlerin jusqu’à ne plus concevoir de pèlerin ne portant pas cette coquille. Il y a donc trois éléments intimement liés : la coquille, l’image du pèlerin (de tous les pèlerins) et saint Jacques. Tacitement ou non, l’un appelle l’autre. Chacun des trois éléments se réfère implicitement à ce trio parfaitement intégré dans l’imaginaire collectif, si bien intégré culturellement qu’on continue de les associer sans s’en rendre compte. Et pourtant, de nombreux exemples prouvent que ces attributs ne sont pas suffisants pour affirmer saint Jacques : ainsi en est-il de saint Gérold de Cologne.

                                                                    Styles et expressions

                                                                    Jusqu’au XVIIe siècle, on observe un traitement plutôt naturaliste des bustes-reliquaires. On est quasiment dans le domaine du portrait, de la caractérisation du modèle. Les traits du visage sont puissamment marqués : cernes sous les yeux, plis amers de la bouche, joues émaciées, travail précis des barbes et des mèches de cheveux. Le rendu est vivant. On serait presque tenté de dire réaliste. C’est la dimension charnelle de l’apôtre pèlerin qui est mise en valeur, son humanité souffrante comme souffrent les jacquets sur la route. Le plus bel exemple de cette veine expressionniste est sans nul doute le buste de la collection Van den Abbeel, où les traits tombants, les rides profondes reflètent l’épuisement de l’homme tandis que le regard, alourdi de cernes, se lève encore vers le ciel.

                                                                      Image25 Par la suite, si l’expression des traits est moins caractérisée, le regard et la direction de ce regard diffusent un nouveau message. On oublie le pèlerin fatigué pour le saint, le modèle mystique dont l’attitude exprime la prière ou le ravissement. Ainsi, à Carmaux, le regard que saint Jacques lance vers le Ciel ou le recueillement marqué de celui de Capelle-Brouck. On axe la représentation sur le rapport privilégié du saint à Dieu à travers la prière et non sur le pittoresque réaliste du jacquet fatigué. Aussi la représentation du pèlerin perd-elle de son sens et le rendu réaliste des traits devient-il de moindre importance. Parfois, comme à Saint-Béat, la coquille reste l’unique référence à saint Jacques. Peut-être le modèle du pèlerin, intégré dans l’imaginaire collectif, appartient-il moins alors à la société qu’à un certain folklore dont témoignent les défilés des confréries.

                                                                        On s’aperçoit que les statuettes reliquaires ne sont plus produites à cette époque. Il s’agit donc d’illustrer moins l’image du jacquet, devenue familière et probablement désuète comme membre actif de la société, que les effets de la foi, de la prière et de la piété sur une âme d’élection, celle du saint. Sans doute est-ce lié aussi aux nouveaux préceptes édictés par la Contre-Réforme qui insiste sur l’oraison personnelle et le culte rendu aux saints, parangons d’une existence catholique.

                                                                          L’inspiration baroque des œuvres prend alors plus ou moins le pas sur la représentation de l’homme. La recherche artistique se fait plus présente. Aux Ferres, le drapé qui enveloppe le torse de l’apôtre dessine une torsion, une spirale, reprise par le mouvement de la tête, qui est tout à fait dans le goût théâtral de la sculpture baroque. Une sorte d’élan, d’aspiration vers le haut, un dynamisme qui est également un mouvement vers le Ciel. La base est plus présente, plus ornée. Des angelots joufflus et potelés s’y ajoutent, dans le plus pur style baroque, qu’ils s’accotent le long de la base comme aux Ferres ou que deux têtes de putti jaillissent de chaque côté de la base de Capelle-Brouck. Cette base plus volumineuse, partie intégrante de l’œuvre, n’est plus seulement un simple socle. Elle reçoit en général la relique qui n’est plus dans le corps, mais dans le support. Le buste est un élément du décor qui permet d’identifier le saint dont on garde la relique dans la base, le reliquaire. On peut même dire que le buste n’est plus la matérialisation de la chair ‘vivante’, par le traitement de la sculpture et par la présence de la relique, mais une illustration qui accompagne le reliquaire. Il somme le reliquaire. C’est une image.

                                                                            Image26 Cependant l’inspiration baroque n’empêche pas certains bustes de demeurer fidèles à une figuration plus humaine de saint Jacques. Limoges ou le Plan s’inscrivent encore, moins nettement certes, dans la lignée du pèlerin fatigué. Dans certains cas, on serait tenté de parler de figuration naïve, où l’on sent que l’intérêt s’est déporté du réalisme humain, de la caractérisation, à une interprétation plus spirituelle sans pour autant que l’on puisse parler de sculpture baroque. Ceci est particulièrement frappant à Villotte-sur-Ource. Le modelé des cheveux et de la barbe est grossièrement représenté, mais les traits du visage ne sont pas caractérisés. Ils n’ont pas la puissance du buste de Chambolle-Musigny. En revanche, on sent le regard rêveur, méditatif. La base est plus ornée et l’envol du coin du mantelet dénote une certaine recherche, mais tout cela sans l’exubérance baroque qu’on retrouve aux Ferres.

                                                                              Les représentations figurées de l'apôtre dans les reliquaires, et plus particulièrement dans le cas des bustes-reliquaires, sont loin d'être toutes semblables entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Il y a une constante ré-interprétation, mise en scène des accessoires identitaires, des attributs traditionnels. L'artiste puise dans une série d'accessoires qui viennent se greffer autour de la coquille. Il les agence et les sélectionne à sa guise, avec une relative liberté. Même dans une production aussi simple, des effets de mode, stylistique et dogmatique, sont perceptibles. On évolue d’un rendu quasi naturaliste, qui traduit la lassitude de l’homme en marche, à une conception tout à fait spirituelle où la direction du regard se modifie, où le regard lui-même exprime l’extase ou la méditation. Le style suit l’expression. Au XVIe siècle, la sculpture tient du portrait, avec un travail attentif au rendu de la chevelure, de la barbe, de l’expression humaine du visage. Puis les artistes sont tentés, avec plus ou moins de succès, par la virtuosité et l’ornementation baroques alors à la mode. On dore, on ajoute des angelots, les drapés sont plus importants. Ce qui produit un grand nombre d’œuvres charnière, entre la simplicité du XVIe siècle et la recherche d’une dimension plus spirituelle vers laquelle tendent les œuvres baroques.

                                                                                La force des symboles.

                                                                                Saint Jacques est le seul exemple, à notre connaissance, d'un saint qui prenne ses codes iconographique dans la tradition populaire. C'est l'unique cas d'un pèlerinage (local ou lointain) qui déteint complètement sur l'aspect conventionnel du saint. Ainsi saint Jacques est-il le seul apôtre représenté le plus souvent chaussé. Le pèlerin est devenu un type social, une image familière. On aurait pu retenir la figure du romieu, du paulmier très connues au Moyen Age. Non seulement le jacquet a fini par incarner le pèlerinage à saint Jacques (on le retrouve dans les processions des confréries), mais aussi par incarner le pèlerin en général. On a revêtu l'apôtre des signes de l'homme et, par effet de retour, l'homme se pare des attributs de l'apôtre pour aller le prier. Il y a là quelque chose de très fort qui a sans doute beaucoup compté dans l'importance acquise par cette image et son succès populaire. C'est plus qu'un attribut, comme les clefs de saint Pierre, la roue de sainte Catherine ou les roses de sainte Thérèse au XXe siècle, c'est une figure pittoresque et familière. Chacun est à même de se vêtir comme l'apôtre à condition d‘effectuer la démarche pérégrine qui est un acte de foi engendrant d’inévitables souffrances. En adoptant l’habit de pèlerin, on se dépouille de ses vêtements ordinaires, on ‘change de peau’. Se parer, à la ressemblance de saint Jacques, c’est s’engager, se distinguer spirituellement et mériter, en fin de compte, ces accessoires-attributs qui ne sont pas, dans les représentations proposées par les bustes reliquaires, figés. On l'a constaté à Limoges, Jacques porte un chapeau à la mode. Il y a une part de folklore intemporel dans cette image, c'est évident, mais aussi de présence temporelle dans le siècle. En quelque sorte, la représentation de l'apôtre est un miroir où le croyant se reconnaît. Cette ambivalence entre humanité et sainteté, cheminement terrestre et cheminement spirituel est une des données essentielles pour comprendre le succès populaire de saint Jacques.

                                                                                  D'un côté, le costume et les attributs. De l'autre, la coquille qui s'impose à la façon d'un logo. C'est la marque de fabrique, le signe immédiatement identifiable de l'apôtre et de la Galice. Aucun autre sanctuaire n'est parvenu à imposer ainsi son image. Le pecten frappe les esprits. Jusqu'à une époque récente, la majorité de la population est rurale et vit dans les terres. Cette coquille, c'est l'exotisme, la mer, l'inconnu. La Galice est au Finistère de l’Europe. Cela double l'acte pérégrin, déjà périlleux, d'un coté aventureux, d'un exotisme auquel l'imaginaire, inconsciemment, ne pouvait pas rester insensible. Les chemins de Compostelle sont aujourd'hui encore perçus comme une aventure à vivre, quelque chose à part. Cette coquille n’authentifie pas seulement le pèlerinage, elle est tout autant, sinon plus, le signe d'un ailleurs un peu fabuleux et inquiétant dont on revient changé, une part de rêve.

                                                                                    L’image de la coquille et du pèlerin, plus que les textes produits à partir du XIIe siècle, ainsi que la Légende dorée ont contribué à asseoir l’hégémonie de Compostelle dans l’imaginaire collectif, à rendre populaire la légende et le pèlerin. On est tenté de dire que Compostelle a su communiquer, au sens moderne du terme. En dépit des enseignes de pèlerinage, répandues dans tous les sanctuaires, aucun n'a su ainsi s'identifier, se distinguer de la sorte. L'étude des reliquaires, de ce que voyaient vraiment les gens, leur environnement spirituel, rend mieux compte de la façon dont, dans l’esprit des fidèles, la différence entre Majeur et Mineur s'étiole, de façon à obtenir, à la manière d’un saint François d’Assise, un saint « Jacques-de-Compostelle » mythique, immédiatement identifiable à sa coquille.

                                                                                      L'importance d'une représentation figurée, aisément reconnaissable de l'apôtre, est l'évidente marque d'une humanisation, d'une matérialisation de la dévotion. La figure est familière, comme celle d'un proche. Ce que Le Bras17 écrit des saints locaux s'applique à saint Jacques, du moins dans les régions où sa représentation à l'époque moderne est omniprésente dans les églises : « Les saints du voisinage ont un prestige plus présent, et des reliques accessibles. Pour la masse des paysans, la pratique consiste à traiter avec ces bons génies, dont le Christ est le supérieur lointain ». L'apôtre devient un saint de proximité, un recours quotidien dont le sanctuaire de référence, où peu de croyants se rendent, est Compostelle.

                                                                                      • 17  

                                                                                      Les dissidences

                                                                                      Image27 Mais l'époque moderne a aussi ses dissidences. Les autres reliques liées au chef de saint Jacques ne sont pas systématiquement placées dans des bustes reliquaires. La dent de Kintzheim, objet de dévotion privé, est placée dans une croix-reliquaire. La nature de la relique est gravée sur l'objet, l'apôtre représenté en peinture au dos de la relique. Le propriétaire de la croix reliquaire de Kintzheim recherchait vraisemblablement davantage un bel objet pour orner sa chapelle qu’un objet figuratif plus encombrant. D’autre part, comme il pouvait tenir en main l’objet, s’en approcher pour prier, la petite image peinte de l’apôtre au dos de la croix suffisait à concrétiser l’apparence du saint. A Moissac, au XIXè siècle, une dent est conservée dans une monstrance.

                                                                                        Image28Image29 Evidemment, les « autres » saints Jacques ne sont pas représentés en pèlerins. On marque ainsi soigneusement la différence, bien qu'ils soient eux-aussi figurés en buste. Les informations manquent sur celui de Cormery, apparu en 1103, dont on sait qu'il était au XVIè siècle dans un chef reliquaire doré. En revanche, ceux de la Chapelle-d’Angillon et de Roussy-le-Village sont conservés. Dans le premier cas, il s’agit d’un saint jardinier dont seul un morceau de crâne a survécu aux guerres de Religion est représenté âgé, la barbe longue, sans attributs. Encore ce cas est-il particulier, puisqu'il est saint jardinier selon l'Eglise et saint Jacques tout simplement dans l'esprit des fidèles. Le buste est, quant à lui, d'une certaine neutralité, nu de tout accessoire distinctif. A Roussy-le-Village, le saint est Jacques de la Marche, canonisé en 1726. Le sculpteur a réalisé le reliquaire peu après. Le saint est vêtu de son habit de capucin. Son nom est mentionné sous la logette. Il regarde, pensif, la croix qu'il tient dans sa main. Aucune confusion n'est possible avec l'apôtre. En revanche, il suffirait d'une coquille pour que celui de la Chapelle-d’Angillon s'apparente à l'image de l'apôtre récupérée par Compostelle, selon le type médiéval du vieillard. Ces coquilles sont présentes sur les costumes des confrères de la confrérie.

                                                                                          Cependant, qu’un saint puisse ressembler, au point aujourd’hui de le confondre parfois, avec saint « Jacques-de-Compostelle » ne choquait pas à l’époque moderne. Les attributs du saint pèlerin se retrouvent, par exemple, dans les figurations de saint Roch, lui aussi très répandu dans le Sud-Ouest, et de saint Gérold de Cologne. Ce qui n’est pas accepté, c’est net dans l’histoire de la Chapelle-d’Angillon, c’est qu’un sanctuaire prospère s’octroie l’appellation saint Jacques concurremment avec Compostelle. Pour parler crûment, saint Roch et saint Gérold ne peuvent pas faire d’ombre à saint Jacques voulu par Compostelle, aucune confusion n’est possible, tandis que le saint de la Chapelle-d’Angillon est gênant18. D’ailleurs le type du pèlerin est fréquemment reprit dans l’iconographie chrétienne à l’époque moderne et les allusions à Compostelle font partie intégrante de sa figuration, indépendamment de la signification religieuse.

                                                                                          • 18  Péricard-Méa, Denise, Saint Jacques de la Chapel(...)

                                                                                          Image30Ainsi dans cette sculpture de l’église Saint-Jean à Saverne représentant Tobie enfant guidé par Raphaël. Tobie tient dans sa main gauche un bourbon et, sur le col de son manteau, sont posées deux coquilles.

                                                                                            Le pèlerin représente d’une façon générale le déplacement dans l’espace, le voyage, la recherche, la quête, l’homme sur les chemins, terrestres et spirituels. Indépendamment de toute référence précise à saint Jacques, le pèlerin est volontiers représenté portant des attributs « compostellans ». Le jacquet est devenu le modèle quasi universel du pèlerin.

                                                                                              Enfin, il s'agit de mentionner le reliquaire des jésuites d'Anvers, simple boîte en ébène vitrée contenant des fragments du corps de saint Jacques avec trois molaires. Sans doute la priorité était-elle d'assurer la conservation de la précieuse relique, déménagée en 1607 d'un couvent allemand de Stormele menacé par les conflits religieux. Il est probable que peu de fidèles accédaient à cet objet. Aussi, comme nous l’avions suggéré pour la tête reliquaire saxonne, l'identification du contenant par l'apparence du contenu était-elle de moindre importance.

                                                                                                Les derniers reliquaires, retour à l'hétérogénéité médiévale ?

                                                                                                Image31Les réalisations postérieures à la Révolution renouent avec l'hétérogénéité médiévale. L'image de Compostelle et du jacquet est partout communément admise. L'Église reconnaît Compostelle au XIXe siècle. Le regain d'enthousiasme pour le gothique, surtout en matière d'art sacré et d’architecture religieuse, joue peut-être un rôle dans cette nouvelle variété formelle. A Pierrefeu-du-Var on choisit la statue. A Douai en 1862 on opte pour une monstrance. Il s'agit d'un petit fragment. A Arras, où malheureusement les reliquaires antérieurs nous sont inconnus, le modèle est celui d'une église à l'architecture est plutôt classique. On ne connaît aucun pastiche médiéval, aucun reliquaire néo-gothique. Le dernier en date est celui de Douai. Au XXè siècle, les reliques existant encore ne sont pas changées de contenant.

                                                                                                  Remarques autour du reliquaire.

                                                                                                  L’artisan.

                                                                                                    Attaché au reliquaire, il reste parfois le nom de l’artisan ou la provenance de l’objet. Dans les inventaires de la Sainte-Chapelle, l’origine vénitienne des quadrilobes est précisée. Ce sont des objets d’importation. Est-ce que cette mention est un gage de qualité, au même titre que la longue description des joyaux qui ornent les reliquaires ? On a conservé le nom des créateurs de pièces exceptionnelles comme les bustes de Toulouse en 1325, Pierre Boucaut, et celui de 1322 à Compostelle, Rodriguo Eàns. Ce sont souvent les contrats ou les registres de comptabilité qui gardent la trace de ces artisans. Ainsi, à Tongres le livre de comptes du chapitre consigne que la base a été refaite par maître Johannes. A Cazères, la commande a été retrouvée et l’on sait que le reliquaire est l’œuvre de Jean Lapouge. Au fil des dépouillements, les archives livrent peu à peu des fragments de l’histoire des reliquaires.

                                                                                                    La localisation de la relique dans le reliquaire.

                                                                                                    On touche là un point essentiel de la dévotion aux reliques. Voir l’objet qu’on vénère n’est pas une évidence à l’époque médiévale. Les premiers reliquaires sont des contenants compacts, boîtes ou coffrets dans lesquels la relique est hermétiquement renfermée. Le contact direct avec un ossement est très rare. L’accès à la crypte de Compostelle n’a été autorisé aux pèlerins qu’au XIXe siècle. Que voyaient-ils avant ? Jusqu’en 1322, rien. Ce n’est que lorsque Béranger de Landore exhume la tête, qui proviendrait de Jérusalem, sous le vocable du Mineur et l’enchâsse dans un somptueux reliquaire, que les pèlerins ont quelque chose de concret devant quoi se recueillir19. Cela correspond vraisemblablement à une demande des fidèles. A Aire-sur-la-Lys, à la même époque, les chanoines constatent une baisse de fréquentation de leur pèlerinage. On peut supposer que le soutient des comtes de Flandres leur a été ôté suite au rattachement d’Aire au royaume de France. Ce qui a pu jouer, évidemment, notamment sur le plan financier. Pour répondre à cette désaffection et relancer le pèlerinage, les religieux commandent un nouveau reliquaire s’étant aperçus que la relique n’était pas assez visible dans l’ancien. Dans le buste de 1262, une logette permet d’accéder visuellement à la relique.

                                                                                                    • 19  Péricard-Méa, Compostelle et cultes de saint Jac(...)

                                                                                                    Image32 La logette, ou ‘cristal’, est primordiale dans la conception du reliquaire. Sa place dans l’objet et sa dimension ont un impact évident sur les fidèles. Ainsi, dans la description du reliquaire de Compiègne, ce qui nous laisse supposer qu’il s’agisse d’une pièce médiévale, aucune vitre n’est mentionnée. On dépasse donc, avec l’apparition de la logette vitrée, le simple souci de conservation. On tient davantage compte des attentes des fidèles, ce qui est une profonde mutation au sein des pratiques religieuses. Doit-on cependant l’imputer à cette seule attente sociétale ? On pourrait avancer une autre hypothèse, plus contextuelle. En effet, les premiers siècles du Moyen Age ont été agités et, pour transporter aisément les reliques, il était plus facile qu’elles soient dans des coffrets en plomb (ce qui est le cas de la relique des Saintes-Maries-de-la-Mer au moment de sa découverte en 1448), en bois ou en métal, qui reprennent fréquemment la forme d’un sarcophage ou d’une église, une forme compacte. Quand la stabilité s’instaure vraiment, les détenteurs de reliques peuvent se permettre de les conserver dans des supports moins solides et moins mobiles. Les progrès, aussi, de l’orfèvrerie facilitent les audaces et la réalisation de pièces plus légères, plus fragiles comme la tour de Pistoia.

                                                                                                      La localisation de la relique est variée. On la retrouve dans la base, socle ou tombe, ou à hauteur de l'abdomen, souvent dans une logette ronde ou ovale. A Catlà, elle se situe dans une croix sur la poitrine du saint. La statuette-reliquaire de Coquatrix et celle d'Angers présente la relique dans un reliquaire tenu dans la main, amusant effet de mise en abyme. A Toulouse, accrochés au reliquaire de 1385, une dent et un doigt pendent au bout d'une chaînette. On s’aperçoit cependant qu’au XVIIe siècle, la relique est très souvent logée dans la base qui constitue à proprement parlé le reliquaire lequel est sommé par le buste, ce qui a pour conséquence l’existence aujourd’hui de bustes dissociés de leur relique et dont le rattachement à un reliquaire n’est qu’une hypothèse, comme au Plan.

                                                                                                        Il s'est trouvé deux cas de reliquaires collectifs. A Saint-Corneille de Compiègne, les crânes de Saints Innocents sont placés sous le chef de l'apôtre, tandis que chez les Jésuites d'Anvers la tête de saint Jacques est en dessous des restes de la vraie Croix. Dans l'un et l'autre, il s’agit de reliques conservées dans des abbayes. On peut supposer que la vocation de ces institutions était davantage, surtout à l'époque moderne, de conserver les restes pieux qu’offrir à une dévotion de masse des reliques de grande importance. Aussi n'est-il pas gênant de réunir divers ossements, ainsi que cela se pratique beaucoup dans les tableaux reliquaires pour de petits fragments.

                                                                                                          Quand les fidèles sont les commanditaires : de l’œuvre d'art à l'art populaire

                                                                                                          L'initiative de l'entretien et des commandes de reliquaires se porte, à l'époque moderne, de façon privilégiée sur les confréries qui jouent un grand rôle dans la vie paroissiale et l'animation du culte jacquaire. Nombreuses, organisées, liées à Compostelle par le pèlerinage de tout ou partie de ses membres, elles sont le pilier du culte rendu à l'apôtre. Selon leurs moyens, elles peuvent être le commanditaire de reliquaires dignes des pièces médiévales. Ainsi en 1615 à Rabastens, la confrérie passe-t-elle commande à Estienne Vigne, orfèvre toulousain, d'un buste en argent doré orné de pierreries. A Cazères en 1653, la confrérie passe également commande auprès de Jean Lapouge, sculpteur local, d'un reliquaire semblable à celui de Toulouse (récemment réalisé, celui de 1385 ayant disparu) mais en bois. L'aspect, les matériaux, la facture de l'objet dépendent des moyens dont disposent les confrères, inégaux d'une paroisse à l'autre, mais témoignant d’une même ferveur à l'égard de l'apôtre.

                                                                                                            Entretien

                                                                                                            Le geste d’offrir un reliquaire ou de passer commande est rare. En général, le renouvellement de ce type de mobilier est une opération coûteuse et exceptionnelle. Aussi l’histoire des reliquaires n’est-elle pas faite uniquement de destructions et de créations, mais aussi d’entretien. L’usure quotidienne d’objet soumis à des conditions de conservation plus ou moins difficiles que ce soit l’humidité, la fumée des cierges, la décoloration des pigments, qui les agressent au fil des années est forte. Nous disposons de peu de renseignements sur ces travaux qui émaillent la vie des reliquaires, néanmoins on peut en retrouver traces dans les archives qui viennent étayer les constats des experts et des historiens d’art. Ainsi le buste de Villotte-sur-Ource a-t-il été restauré en 1852. On a retrouvé le devis de l’architecte local Bernard qui est intervenu pour rafraîchir peinture et dorure20. Une restauration, c’est aussi l’occasion de modifier des éléments du décor, ajouts, reprises ou éliminations, soit pour réparer, soit pour réactualiser l’objet par rapport aux nouveaux canons artistiques. A Recoules-Prévinquières, le socle de la statuette a été refait au XVIIe siècle sans qu’on connaisse exactement la nature et les raisons de ses travaux. Ce qui est aussi le cas à Tongres. Il est fait mention dans le livre des comptes du chapitre en 1516 de l’intervention d’un orfèvre sur la base de la statuette21.

                                                                                                            • 20  Dossier DRAC Bourgogne.
                                                                                                            • 21  Magistro Johanni aurifabro pro factura II pendul(...)

                                                                                                            Image33On intervient également sur l’environnement du reliquaire, ce qui révélateur d’un intérêt constant pour la relique. Ainsi Aire-sur-la-Lys en 1604 agrémente-t-on la chapelle qui conserve le demi-crâne par l’exécution de peintures murales illustrant la légende et les miracles produits par la relique. Elle est d’ailleurs restaurée et étudiée en 1840, avec un relevé précis de l’iconographie, ce qui permet de voir clairement le dessin du reliquaire. Les Monuments historiques entreprennent en 1995 une nouvelle campagne de restauration.

                                                                                                              A Rabastens, dans la chapelle Saint-Roch, les pavillons abritant les reliques de saint Roch et de saint Jacques ont été restaurés par le sculpteur Vivarès et doré par deux doreurs de Lavaur, Houillac et Cazès, en 1747. On a généralement recours à des artisans locaux, surtout dans cette région du Sud-Ouest où la production de mobilier liturgique, notamment des retables, était très importante. Ainsi arrive-t-on à reconstituer l’environnement de la relique, que ce soit une relique de collection ou une relique de pèlerinage.

                                                                                                                Un visage familier dont bénéficie Compostelle

                                                                                                                Compostelle, plutôt qu'à la prose de Gelmirez ou de Béranger de Landore diffusée dans un cercle restreint d'élites, doit son succès populaire à l'image du jacquet et au symbole du pecten. L’importance accrue et la forte diffusion de l’image figurée, ainsi que le nombre important de bustes reliquaires dans de modestes paroisses s’expliquent vraisemblablement par l’application plus stricte, dans certaines régions, des directives du concile de Trente qui, dans sa XXVe session insiste sur le culte des saints et la vénération des images22.

                                                                                                                • 22  Dieuzaide 1996 p. 9-15(...)

                                                                                                                L'époque moderne couronne le processus amorcé dès le Moyen Age. Le type du pèlerin à la coquille s'impose. Le buste reliquaire répand un visage devenu familier parmi les fidèles, sans exclure des nuances d'un reliquaire à l'autre. Les commanditaires ne sont plus les princes et les abbés, les détenteurs des reliques honorées de puissantes abbayes protégées par les rois. Elles sont au centre de la foi quotidienne, dans les églises de village, à la charge des curés et de pieux laïcs, dont les confrères. Les auteurs sont moins des orfèvres que des ébénistes de villages, des sculpteurs locaux.

                                                                                                                  Le pèlerin est à la fois l'image intemporelle, sacrée de l'apôtre et en même temps une figure du siècle, un type de la société. Les sculpteurs des bustes reliquaires ont su saisir cette double dimension, sacrée et profane, temporelle et intemporelle, en conférant à leur sujet une modernité, une contemporanéité qui insuffle aux attributs séculaires l'air du siècle, ainsi l'élégant chapeau de Limoges. Que le saint soit vêtu comme les hommes et que les hommes puissent se parer de ses attributs, soit pour se rendre dans ses sanctuaires, soit pour défiler le jour sa fête parmi les confrères, a sans doute un impact très important, difficile à évaluer, sur sa popularité. Quant au pecten, c'est réellement le principe du logo et il suffit de constater quelle force médiatique il s'en dégage aujourd'hui encore.

                                                                                                                    Si les reliquaires du chef de saint Jacques suivent les modes sans véritablement s'en distinguer, par leur forme et leur iconographie ils traduisent surtout l'environnement spirituel qui explique aujourd'hui l'importance cultuelle et culturelle de l'apôtre, son ancrage dans la culture populaire. Si on a surnommé le paysan « le Jacques » et ses révoltes des jacqueries, il n'est pas à douter que les reliquaires nous renvoient le reflet, imparfait sans doute, d'un attachement très fort au culte de l'apôtre parmi la masse des croyants. En cela, ils sont un élément important de notre patrimoine national. Si, enfin, le mythe de Compostelle attire encore nombre de personnes, pèlerins ou non, c'est qu'il touche au fond de chacun quelque chose qui tient à ses racines, au fondement de sa culture. Le pèlerin et la coquille ont répandu Compostelle et Compostelle a maintenu vivace le culte, la figure de l'apôtre bien plus présente à notre esprit, en ces temps de déchristianisation où la culture religieuse se perd, que celle des autres saints. Dominique de Courcelles écrit à ce propos que la « sculpture populaire des reliques […] constitue un élément de la mémoire du peuple chrétien »23.

                                                                                                                    • 23  

                                                                                                                    Le pouvoir de Compostelle, c'est donc une sorte de griffe, de label dont la modernité et la force nous étonnent encore. Sur des populations analphabètes et impressionnables, ceux qui ont voulu Compostelle ont sans doute pressenti le fort pouvoir des images, des représentations. Huit siècles après la Légende dorée et le premier buste d’Arras, la figure de l'apôtre nous est encore familière telle que forgée par Compostelle, par l’intermédiaire des sanctuaires locaux, au fil des siècles et diffusée par les bustes figurés de l’époque moderne.

                                                                                                                      Notes

                                                                                                                      1  Péricard-Méa, Denise, « Saint Jacques un et multiple, reliques et pèlerinages », Reliques et sainteté dans l’espace médiéval, dir. J.L. Deuffic, Paris, Pecia, 2006, p. 305-334.

                                                                                                                      2  Recherches de Gilberte Genevois, membre de la Fondation David Parou Saint-Jacques.

                                                                                                                      3  Bouche, Honoré, Chrorographie ou description de la Provence et de l’histoire chronologique du mesme pays, Aix, 1664, t.II, p. 459-460.

                                                                                                                      4  Cité par Rouyer, « Le chapitre et l’église collégiale Saint-Pierre d’Aire », Mémoires de la Société des Antiquaires de la Morinie, t. X, 1858 p. 228.

                                                                                                                      5  Durand, G., « Monographie de l’église cathédrale ND d’Amiens », Mémoires de la société des antiquaires de Picardie, t. II, 1903, p. 7-9.

                                                                                                                      6  Inventaire du duc d’Anjou, 7,10,7 dans Gay, V. et Stein, H., Glossaire archéologique du Moyen Age et de la Renaissance, Paris, 1926-1928, t.II, art. Reliquaire, p. 296.

                                                                                                                      7  Belhomme G., Le Camayeu, Mémoires de la société archéologique du Midi de la France, t. IV, Toulouse, 1841, p. 155.

                                                                                                                      8  Inventaires de Jean duc de Berry (1401-1416), éd. Jules Guiffrey, Paris, 1894-1896, 2 vol., n°668 de l’inventaire de 1413.

                                                                                                                      9  Pyrénées-Orientales.

                                                                                                                      10  Yonne.

                                                                                                                      11  Landes.

                                                                                                                      12  Chronique dite Saintongeaise, éd. A. de Mandach, Tübingen, 1970.

                                                                                                                      13  Haute-Garonne.

                                                                                                                      14  Durand, G., « Monographie de l’église cathédrale ND d’Amiens », Mémoires de la société des antiquaires de Picardie, t. II, 1903, p. 7-9.

                                                                                                                      15  Chanoine de la cathédrale † 1511.

                                                                                                                      16  Jacomet 1999 p. 218

                                                                                                                      17  

                                                                                                                      18  Péricard-Méa, Denise, Saint Jacques de la Chapelle d’Angillon, apôtre ou jardinier ?, Paris, Guénégaud, 2000.

                                                                                                                      19  Péricard-Méa, Compostelle et cultes de saint Jacques au Moyen Age, Paris, PUF, 2000, p.254.

                                                                                                                      20  Dossier DRAC Bourgogne.

                                                                                                                      21  Magistro Johanni aurifabro pro factura II pendularum argente arum de argento fabrice ad imagines sanctorum Christophori et Jacobi.

                                                                                                                      22  Dieuzaide 1996 p. 9-15

                                                                                                                      23  

                                                                                                                      Pour citer ce document

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                                                                                                                      «Au terme du voyage la relique», SaintJacquesInfo [En ligne], Sanctuaires et reliques, Saint Jacques un et multiple, mis à jour le : 29/05/2009,
                                                                                                                      URL : http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=1250

                                                                                                                      Quelques mots sur :  Mary Sainsous

                                                                                                                      Ancienne élève de l’Ecole du Louvre (promotion 2005), attachée de conservation au musée de Cluny (Saône-et-Loire), membre de la Fondation David Parou Saint-Jacques