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Les tribulations d’un chef de saint Jacques : Arras, Aire-sur-la-Lys, Cappelle-Brouck, Tours, Douai

Denise Péricard-Méa

Résumé

Le fait que saint Jacques ait été décapité permit à différents sanctuaires d’affirmer qu’ils possédaient qui le corps, qui la tête du saint apôtre. L’abbaye Saint-Waast d’Arras eut le privilège de posséder une tête, qui lui fut âprement disputée et dont il lui reste une moitié, échappée miraculeusement aux fureurs guerrières de toutes les époques puis à l’oubli. Aire-sur-la-Lys a perdu la seconde moitié mais en conserve un magnifique souvenir dans la chapelle Saint-Jacques de l’église Saint-Pierre. Cappelle-Brouck conserve pieusement une parcelle du saint chef, Douai a perdu la sienne et l’abbaye Saint-Martin de Tours ne conserve aucun souvenir du cadeau qu’elle avait pourtant réclamé en 1602.

Texte intégral

L’arrivée du chef de saint Jacques à Arras

Arras, située au milieu d’une plaine vaste et fertile, sur la Scarpe, est née de la présence du tombeau de saint Vaast, évangélisateur de la région au VIe siècle. Au siècle suivant, saint Aubert fonde au-dessus de ce tombeau une abbaye qui porte le nom du saint. Tout autour, les moines développent une activité marchande, basée sur la production des draps. Une agglomération naît et grandit.

Au XIIe siècle, une relique de l’abbaye défraye la chronique, celle d’un chef de saint Jacques le Majeur. L’histoire est rapportée par un moine contemporain des faits,Guimann1 :

  • 1 Guimann, « De capite sancti Jacobi apostoli fratr(...)

« …Quant au chef saint et vénérable de celui-ci [saint Jacques], qui est chez nous, de quelque manière et par quelque intervention que notre église le détienne, nous avons appris par le témoignage concordant des anciens que les rois de France ont toujours fait bénéficier ce lieu de leurs dévotions successives, et l'ont exalté en lui accordant des faveurs royales insignes, ainsi que force possessions et privilèges, en particulier des reliques, collectées à l'entour, des douze apôtres, de deux Innocents et de nombreux saints. Ils ajoutèrent néanmoins au profit de notre église ce don noble et plus précieux que l'or et le topaze, prélevé surleur Trésor. Les soins de nos prédécesseurs le placèrent dans les endroits les plus secrets et les plus reculés des trésors de l’église de Saint-Vaast. C’est là que, pendant une longue période d’années, il fut honoré grandement, et par les services des moines et par la dévotion des peuples, jusqu’aux temps du seigneur abbé Ledwin, d’heureuse mémoire ».

    On ne peut mieux dire qu’au XIIe siècle personne ne savait quel roi de France avait fait don de la relique. On s’en souciait à vrai dire fort peu.

      Au XVe siècle, la relique passe pour provenir de Rome, et n’est même plus celle du Majeur, mais celle du Mineur, peut-être pour ne pas faire concurrence à Compostelle. L’histoire est contée dans « Le livre de Baudoin, comte de Flandre »2, un roman en prose anonyme. A cette époque en effet, en de nombreux endroits, on commence à s’interroger sur l’authenticité des reliques multiples et on cherche à donner une identité propre à chacune. Le personnage central, Baudoin3 est le fils du comte Philippe d’Alsace, ce dernier étant intimement lié à l’histoire de la relique, comme on le verra ci-dessous.

      • 2  Splendeurs de la cour de Bourgogne, Récits et ch(...)
      • 3  Baudoin de Flandre épousa le diable dont il eut(...)

      Voici les faits tels qu’ils sont relatés dans ce roman :

        En cette fin du XIIe siècle, le comte de Flandre Philippe s’est rendu à Rome avec son armée pour aider à sa reconstruction après qu’elle ait été détruite par le Sultan. Pour le remercier, « le pape mit ses trésors à sa disposition. Le comte de Flandre ne demanda au pape qu’un objet de prix parmi les reliques de Rome. Le pape lui donna la tête de saint Jacques le Mineur. Alors le comte prit congé du pape en le remerciant. Il quitta Rome en emportant la tête de saint Jacques le Mineur ». L’armée rentre en Bourgogne en franchissant le col du Grand Saint-Bernard. Dès son arrivée, le comte apprend que le roi de France Philippe est en difficulté en Gascogne où il se bat contre les Anglais et se porte à son secours. Il confie la tête de saint Jacques aux soldats qui rentrent directement en Flandre. Ils « chevauchèrent jusqu’à Arras où ils se logèrent. Mais cette nuit-là, il tomba des pluies étonnantes ». Le lendemain, la troupe est surprise par l’eau à Baugy (une crue de la Scarpe à Saint-Laurent-Blangy, dans les faubourgs d’Arras ?), « si bien que vingt d’entre eux furent perdus. On perdit également la tête de monseigneur saint Jacques. Cette perte les affligea fort, mais par la suite Dieu permit qu’on la retrouvât ».

          Le vol de la relique pour Berclau

          L’abbé Ledwin, entre les années 1020 et 1041 où il exerça sa charge, se crut autorisé à s’approprier la relique, « en cachette du chapitre ». Il la porta à Berclau (Pas-de-Calais, ar. Béthune, cant. Cambrai, cne. Billy-Berclau), à une trentaine de kilomètres d’Arras, sur l’une de ses terres où il venait de fonder une église. Aussitôt s’instaura un pèlerinage attesté par Guimann qui constate que « les habitants du voisinage vinrent très vite y célébrer en l’honneur de l’apôtre des vigiles solennelles et y apporter de pieuses offrandes ».

            Plus d'un siècle après, en juin 1166, l’abbé de Saint-Vaast, Martin, réalise que cette relique appartient à son abbaye et prend la résolution d’aller la récupérer. A cette époque, l’abbaye est fort riche et contrôle les grands marchés drapiers internationaux. Eut-elle besoin de s'affirmer davantage ? Arras, devenue évêché au XIe siècle, se dotait depuis 1160 d'une nouvelle cathédrale. Avait-elle besoin de l'argent qu'apporteraient les pèlerins ? Etait-elle jalouse du succès du pèlerinage de Berclau ? Quoi qu’il en soit, l’abbé Martin partit en grande pompe, accompagné de l’évêque. A l’arrivée, pas de relique dans l’autel, comme le prétendaient les textes. Un moine semble trahir en promettant de la trouver quelques jours plus tard. Ce moine délateur était en fait un voleur qui avait déjà soustrait la relique et l’avait cachée dans l’église dans l’intention de la vendre. Pris sur le fait entrain de déterrer le précieux objet, il est obligé de le rendre aux moines d’Arras qui quittent l’église dans l’allégresse. C’était compter sans les habitants du lieu qui, armés d’épées ou de bâtons, obligent les moines à la retraite. Ils vont demander du secours au comte de Flandre, Philippe4.

            • 4  Philippe Ier de Flandre dit Philippe d'Alsace (1(...)

            Le vol de la relique pour Aire-sur-la-Lys

            Ils obtiennent gain de cause, arrivent à Arras et déposent bien imprudemment la relique en l’église Saint-Michel à l’entrée de la ville, d’où une procession solennelle devait venir la chercher le lendemain. C’était compter sans le comte Philippe de Flandre, fort alléché, qui prétendit que la relique lui appartenait puisqu’elle avait été trouvée sur son domaine. Il s’empara de force du trésor et le confia aux chanoines de la collégiale Saint-Pierre d’Aire-sur-la-Lys qui venaient d’achever leur église dont ils attendaient la consécration. En cette époque où la petite ville était en pleine expansion, les chanoines instituèrent aussitôt une fête solennelle en l’honneur de saint Jacques et les pèlerins se précipitèrent.

              L’abbé Martin en appela à l’archevêque de Reims qui jeta l’interdit sur l’église d’Aire. Malgré l'appui du pape, il lui fallut six longues années de transactions pour faire plier le comte Philippe. En 1172, ce dernier obtint néanmoins de ne rendre qu’une moitié du chef afin de ne pas tuer le pèlerinage d’Aire.

                Le partage de la relique eut lieu dans la salle du chapitre d’Arras, en présence du comte et de l'abbé de Saint-Vaast, à moins qu’il n’ait eu lieu sur l’autel majeur de la collégiale d’Aire (les versions diffèrent). Aire reçut le sinciput, Arras l’occiput. Selon A. Guesnon, Arras prétend un peu plus tard que Philippe d’Alsace est allé à Compostelle pour vérifier l’authenticité de la relique, ce que l’historien pense fantaisiste. Or André George a trouvé un acte de 1172 relatant les colloques présidant à la réconciliation de Henri II d’Angleterre et de Louis VII auxquels Philippe d’Alsace était présent, ce dernier ayant fait suivre sa signature de la mention « de retour de Saint-Jacques »5.

                • 5 Georges A., Le pèlerinage à Compostelle en Belgiq(...)

                Le retour de la relique à Arras. Son partage en deux

                Le retour de la relique à Arras fut prétexte à de grandes cérémonies d’allégresse en même temps qu’à une cérémonie de repentance de Philippe d’Alsace montrant que le pouvoir spirituel l’avait emporté sur le pouvoir temporel :

                  « lorsque le comte eut fait son entrée dans la ville, entouré de personnages illustres et de barons, lorsque au milieu d’une foule immense de peuple on eut organisé une procession composée de moines et de tout le clergé, tous les habitants de la ville avec leurs chefs étant présents, nous prîmes les saintes reliques et nous les transportâmes dans l’église de Saint-Vaast, au milieu de transports inénarrables de joie, des accents de prière et louanges à Dieu, des cris de triomphe et de reconnaissance, avec une dévotion pleine d’allégresse. Ceci eut lieu le 3e jour des nones de janvier. A cette même heure, le comte vint au chapitre et y parla avec beaucoup d’humilité. Il demanda en présence de tous l’absolution de son crime et l’assentiment bienveillant du chapitre pour qu’il pût posséder en paix une petite partie du chef qu’il avait retenue pour lui, après l’avoir fait scier et séparer du reste de la tête, en la présence et avec le consentement de l’abbé. Il ne nous fut pas bien difficile de pardonner au repentant et de faire immédiatement droit à une demande qui était juste. Alors il nous remercia beaucoup, nous promit que dorénavant il serait toujours bien disposé envers l’église et il sortit du chapitre absous, rentré en grâce avec Dieu et avec la plénitude de notre amour. Non, il n’est pas possible à l’esprit de se figurer ni au discours de dire combien fut grande la joie dont nous fûmes comblés en ce jour ».

                    Pour commémorer cet événement, le seigneur abbé institua une fête de saint Jacques que l’on trouve encore dans le Rituel de Saint-Vaast de 1675, sous le titre de Relation S. Jacobi, l’une des fêtes appelées duplicia in capis. Dorénavant, le pèlerinage d’Arras fut à nouveau très couru et le saint chef « honoré fort grandement ».

                      Le devenir de la relique d’Arras

                      Comment la relique d’Arras a-t-elle passé la tourmente révolutionnaire ? Le reliquaire a vraisemblablement été extraite du reliquaire et cachée car, le 13 décembre 1802, un procès-verbal de reconnaissance est fait par S. E. le cardinal de La Tour d’Auvergne Lauraguais et, le 14 août 1806 la relique est déposée dans une nouvelle châsse.

                        En 1858, une nouvelle translation a lieu, dans le reliquaire qui semble bien celui qui est actuellement conservé dans la cathédrale. Copie en fut faite par le chanoine Van Drival :

                          « Ainsi que nous l’avons constaté de nos propres yeux et de nos mains (grâce à la faveur insigne que nous fit Mgr. Parisis, évêque actuel d’Arras, de nous confier le soin de procéder à la reconnaissance de ce chef vénéré et de le déposer dans la nouvelle châsse. La relique revint à Arras dans un état bien amoindri (Aire eut toute la face, à l’exception du front).

                            … C’est le lundi de Pâques 1858, après les Vêpres du chapitre et en présence de Mgr. Parisis, évêque d’Arras qu’une commission composée de MM. Proyart, Lequette, Lambert, Van Drival et Braure, fit l’ouverture de la châsse où reposait le chef du saint, afin de le mettre dans une autre plus belle et plus digne d’un si grand trésor. Le chef fut trouvé dans un état admirable de conservation. On y voit encore les traces de la scie qui en a séparé la partie antérieure et, dans un nouvel et minutieux examen que nous en fîmes deux jours après, avec l’aide de Mr. le Docteur Dehée, nous pûmes reconnaître qu’il reste du chef entier les parties suivantes : l’os frontal moins les arcades sourcilières, les deux pariétaux, l’os occipital, la majeure partie des os temporaux, la majeure partie de l’os sphénoïde. La tête est celle d’un homme jeune encore, et bien différente de celle de saint Nicaise, martyrisé dans un âge avancé… Nous avons enveloppé le chef avec le respect et les honneurs convenables, d’abord avec un corporal, puis dans une forte soie rouge, et nous l’avons déposé dans la nouvelle châsse qui est sous l’autel de Mgr., après avoir remis en place, dans un étui spécial, tous les documents, ou instrumenta, que nous avions trouvé dans l’ancienne, en y joignant le nouveau procès-verbal de reconnaissance, dont nous donnons le texte aux pièces justificatives de ce travail. Il y a dans cette châsse, outre le chef de saint Jacques, avec cette inscription imprimée sur parchemin : caput venerandum B. Jacobi Majoris apostoli N.N.J.C., le chef de saint Nicaise, deux os de saint Willibrord et de nombreuses reliques des saints Géréon et compagnons de la légion thébaine ».

                              Relique et reliquaire existent encore, exposés dans une chapelle de l’ancienne église abbatiale, devenue cathédrale d’Arras. Le chanoine Daniel Rosiaux les y a installés après avoir retrouvé tous les reliquaires dans le grenier où ils avaient été relégués après le concile Vatican II.

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                                  Une nouvelle reconnaissance a été faite le 20 février 2002, au cours de laquelle nous avons constaté que les scellés avaient été brisés sur deux des vis permettant l'ouverture du reliquaire, preuve qu'au moins une visite en avait déjà été effectuée. La relique du chef de saint Jacques fut trouvée dans un corporal enveloppé de soie rouge, selon le descriptif de la reconnaissance de 1858. Intense moment d’émotion quand nous avons constaté qu’il s’agissait bien de l’occiput du crâne. Nous avions dans nos mains une relique qui, au moins depuis le XIIe siècle, avait été le support des prières de milliers de fidèles.

                                    Elle était accompagnée d'une enveloppe dans laquelle un document faisait état d'une reconnaissance effectuée le 25 juillet 1954, inconnue des participants. Au cours de cette reconnaissance trois morceaux avaient été prélevés, dont on ignore la destination. Des traces plus claires sur la partie postérieure droite faisant penser qu'elles marquaient l'emplacement de ces prélèvements.

                                      Le devenir de la relique d’Aire-sur-la-Lys

                                      Malgré les précautions prises, le pèlerinage d'Aire diminua beaucoup après le partage car la relique fut, bien imprudemment, mise dans un reliquaire qui ne montrait qu’un petit morceau d’os, si bien qu'au bout de très peu de temps, les pèlerins crurent que l'église d'Aire ne possédait plus qu'une relique minuscule.

                                        Un siècle plus tard, en 1272, Michel des Camps, écolâtre de Saint-Pierre d’Aire retrouva la relation des événements dans le cartulaire de l’abbaye Saint-Vaast, confirmant l’idée que les chanoines d’Aire n’avaient reçu qu’une petite partie du crâne. Cette histoire fut écrite par un autre chanoine de la collégiale, Guiard des Moulins6, qui raconte qu’on procéda immédiatement à l’ouverture de la châsse et qu’on retrouva, non pas un petit morceau, mais bien la demi-tête. Les chanoines la placèrent alors dans un buste reliquaire avec, incrusté dans l’entablement, un grand morceau de cristal de roche permettant de voir toute la relique, ce qui eut pour effet de relancer le pèlerinage pour des siècles puisqu'il fut même l'un des seuls à survivre à la Contre-Réforme. Ce reliquaire neuf était en argent, supporté par quatre anges et entouré d'un collège de chérubins figurant le Paradis, décrit par un inventaire daté de 1475 :

                                        • 6 Guiard des Moulins, Historica relatio de capite b(...)

                                        « le chief de Monseigneur sainct Jacques le Grand en ung vaissel de fin argent pesant 60 mars ou environ, parmy l’entablement quy est ymaginé autour sur lequel a 4 anges, chacun 2 œules et ung diademe doré et pierroriet, esmaillet deriere en le moienne et eune chainette d’argent pardevant. et est tout soustenu sur 4 liepars d’argent ».

                                          Une phrase était gravée sur le reliquaire7 : Beati Jacobi majoris, fratris beati Joannis Evangelistae, cognatique germani domini nostri Jesu Christi. Il fut sans doute embelli car, vers 1318, Mahaut et Thierry d’Hirson ont fait une riche offrande pour la « confection d’un reliquaire au chef de saint Jacques conservé à Aire »8. Ce même inventaire de 1475 rapporte que l’ancien reliquaire fut affecté au menton de saint Lambert « ouquel vaissel le chief monseigneur saint Jacques fut jadis ».

                                          • 7 Morand F., Un opuscule de Guiard des Moulins, Rev(...)
                                          • 8  Malheureusement sans référence, Jules-Marie Rich(...)

                                          La Bibliothèque nationale de France garde un Office chanté pour la Saint-Jacques, manuscrit liturgique réalisé au XVe siècle pour le prévôt du chapitre d’Aire, orné d’une enluminure où saint Jacques, occupé à écrire son Epître, reçoit le Christ en même temps qu’il lui tend un bourdon pendant que des anges le coiffent du chapeau de pèlerin9. A la même époque, une miniature d’une copie XVe siècle de la Bible historiale, écrite entre 1291 et 1295 par Guiart des Moulins, représente, de la même manière, saint Jacques en pèlerin, assis dans un intérieur voûté, écrivant son Epître sur un rouleau étalé sur ses genoux, son encrier et son étui à rouleau posés à terre à sa droite tandis que son bourdon, planté à sa gauche supporte sa panetière ornée de trois coquilles blanches. L’image illustre la rubrique : « Cy fine le prologue des épistres canoniques. Cy commencent les épistres saint Jaques apostre»10.

                                          • 9 Rituale ad usum ecclesie Beati Petri Ariensis, XV(...)
                                          • 10  Paris, BnF, ms.fr. 10, fol.

                                          En 1526, les chanoines vendaient des enseignes de pèlerinage en argent ou en laiton, ce qui prouve à la fois la vitalité du pèlerinage et la non-exclusivité de Compostelle dans la fabrication. Chaque 25 juillet, la ville était parcourue par une procession au cours de laquelle le reliquaire était porté par deux chanoines. En tête, les confrères de la confrérie Saint-Jacques en costume de pèlerins précédés de l’un des leurs, monté sur un cheval blanc « pour marque des victoires remportées autrefois par saint Jacques contre les Infidèles »11. Le souvenir du Matamore n’était pas loin, apporté sans doute par Charles Quint. Dans les années 1524 invoquait également l'Epître de saint Jacques dans laquelle on prie le saint pour la protection des récoltes en bénissant des pommes durant la grand-messe de la Saint-Jacques12. Le soir, des mystères étaient joués, rappelant la vie de saint Jacques.

                                          • 11 comptes de la fabrique, 1524,(...)
                                          • 12 Comptes de la fabrique,(...)

                                          En 1541, Antoine Coquel, maître es-arts compose un chant royal à la louange de saint Jacques13

                                          • 13  Louis Maillard, d’après les registres capitulair(...)

                                          En 1549, le « jour et solemnité de monseigneur sainct Jacques le Grand, duquel chief repose en ladite église Sainct-Pierre, ou pour la solemnité du jour plusieurs compaignies des villes et villages circumvoisins s’assemblent jouans jeux moraulx et faisans plusieurs passetemps… »14. Louis Maillard a ainsi relevé la présence du « prince de mal espargne » et de ses assistants venus de Béthune, celle du « prince de l’arrière et consorts » venus de Saint-Omer et celle du « roi des cornards et de ses assistants » venus de Saint-Venant.

                                          • 14 Arch. dép. Pas-de-Calais, arch. chapitre Saint-Pi(...)

                                          Le 2 août de cette même année 1549, Charles Quint fait une joyeuse entrée à Aire, lors de l’un de ses voyages dans les provinces flamandes15. Il est évident que le roi se déplace avec sa bannière sur laquelle est peint un magnifique saint Jacques Matamore (on en garde un dessin à la bibliothèque de Besançon). Tout naturellement, c’est encore le Matamore qui est invoqué par la garnison espagnole d’Aire, lorsque la ville est attaquée par le roi de France en 1641. Louis Maillard relève dans les registres du baron Dard que les Capucins et les Jésuites ont alors invoqué saint Jacques et distribué aux soldats des médailles à son effigie.

                                          • 15  Jean de Vandenesse, Journal des voyages de Charl(...)

                                          La peinture murale de la chapelle Saint-Jacques de la collégiale Saint-Pierre

                                          Le reliquaire a été placé, au début du XVIe siècle, dans une chapelle Saint-Jacques récemment adjointe à la collégiale. En 1594 estime-t-on, un chanoine qui fit décorer de peintures murales un mur entier de cette chapelle. Une série de quinze scènes raconte l’histoire de la relique d’après les textes et montre les pèlerins autour de cette relique. L’intérêt majeur de ce décor est de montrer que c’est là que sont présentes les « foules » dont on parle tant, attirées par la proximité d’un sanctuaire capable d’accueillir leurs suppliques, à l’heure du danger immédiat. On y voit les miracles ayant eu lieu devant le chef de l'apôtre, principalement des résurrections d'enfants. Un autre intérêt, moins immédiat, est de montrer que la relique ne vient pas du Trésor d’un roi de France, comme le disait Guimann, mais bien de Compostelle : la première image montre la barque sur laquelle saint Jacques décapité est parti de Jérusalem vers la Galice tandis que la seconde montre l’Empereur d’Occident à Compostelle, recevant la précieuse relique. Cet empereur ne peut être que Charlemagne, dont on sait par la célèbre Chronique de Turpin qu’il est allé délivrer le tombeau de saint Jacques. Pourquoi dit-on à partir du XVIIIe siècle qu’il s’agit de Charles le Chauve ? Mystère.

                                            Légendes des scènes

                                            La lecture est facilitée par le relevé effectuée par l’architecte Morand lors de la restauration de 184216. Elle se lit de haut en bas et de gauche à droite. Louis Maillard l’a détaillée à partir de ce dessin :

                                            • 16  Arch. dép. Pas-de-Calais, 6 Fi, C 3. Echelle 1/2(...)

                                            Tout en haut un frontispice montrant saint Jacques, en pèlerin, assis sur un trône, sous un baldaquin tendu par deux anges. Il est pieds nus et porte le manteau rouge du martyr. A ses pieds, les dix chanoines de Cappelle-Brouck qui ont « restauré » la fresque.

                                              Deo ac B. Jacobo
                                              Canonici X de Capelbruc
                                              Restaurerunt me
                                              Ad poster R memoria
                                              C'est-à-dire :
                                              A Dieu et à saint Jacques
                                              les 10 chanoines de Cappelbrouk m'ont rétabli pour que la mémoire en soit gardée pour la postérité.

                                                Le premier des 15 compartiments placés en dessous du frontispice représente le martyre de saint Jacques à Jérusalem. L'apôtre est à genoux. Le roi Hérode, sceptre en main et couronne sur la tête, est face à lui, entouré de soldats. Le bourreau lève le glaive qui va trancher la tête du saint. On aperçoit au second plan la mer et la barque où va être déposé le corps de 1'apôtre pour son transport en Espagne.

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                                                    Le deuxième des compartiments montre l'empereur d’Occident (Charlemagne ?) désigné par l'aigle noir à deux têtes présent sur un oriflamme et sur sa cuirasse. Il est à Compostelle. Un prêtre revêtu d'un large surplis et de l'étole rouge tient respectueusement, les mains couvertes d'un voile blanc, le chef de saint Jacques. Il va le remettre à l'empereur. Des rayons entourent la relique. Van Drival parle aussi de cierges allumés et de montagnes dans le lointain. Cela ne paraît guère évident sur le dessin de Magnard.

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                                                        Le troisième tableau est consacré à la remise de la relique par l’empereur à l'abbaye de Saint-Vaast à Arras. Il est debout, sur sa tête la couronne fermée avec la croix. Son manteau doublé d'hermine est bleu, semé de fleurs de lys. Il remet la tête de l'apôtre environnée de rayons à un abbé portant le costume de l'Ordre de Saint-Benoît. Il tient sa crosse. Plusieurs religieux sortent du monastère, l'un d'eux tient à la main une riche monstrance. La suite de l'empereur est rangée de l'autre côté du tableau.

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                                                            Le quatrième tableau représente la translation de la relique de Berclau à Arras. L'abbé de Saint-Vaast, Martin, emporte la relique, poursuivi par les habitants. Le dapifer de l'empereur avec ses soldats le protège. Entre la main de l'abbé et la relique, un linge a été placé et de brillants rayons entourent la tête sacrée.

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                                                                Au cinquième tableau paraît Philippe d'Alsace que l’on reconnaît à sa couronne comtale. Il emporte la tête de saint Jacques. L'abbé et ses religieux, comme les gens du peuple, manifestent respectueusement leur indignation. On voit dans le fond de nombreux bâtiments.

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                                                                    Le sixième tableau nous montre un prélat en rochet avec une chape en tissu d’or, écoutant avec attention les propos d'un seigneur à la tête d’une troupe de soldats d'où s'élève un étendard au lion de Flandre. Il s’agit de l’évêque de Reims écoutant le plaidoyer de Philippe d'Alsace. Derrière l'archevêque on distingue plusieurs ecclésiastiques en habit de choeur. Dans le lointain, une ville aux nombreux clochers.

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                                                                        Le septième tableau nous conduit à Aire. Le comte de Flandre a cédé. Il remet à l'abbé de Saint-Vaast l'occiput du chef de saint Jacques, mais il en retient la partie antérieure que tient entre ses mains un chanoine d’Aire. Les

                                                                           deux parties du chef sacré sont entourées de rayons et portées l’une et l’autre dans un voile blanc. En haut à droite on aperçoit le reliquaire déjà préparé.

                                                                            Agrandir images8

                                                                              Sur le huitième tableau, un père présente une petite fille morte, tandis que deux autres sont étendues sur le sol devant l’autel sur lequel repose la châsse de saint Jacques. Celle-ci occupe tout le fond du tableau. D'un côté des hommes sont en prières à genoux, de l'autre paraissent des femmes, des enfants portant des cierges et un prêtre avec son étole.

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                                                                                                Agrandir images13

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                                                                                                    Adam Caronselt chanoine de ceans… des quatorze enterrés cy dedan

                                                                                                      qu… un…fondé avec louable guise un obit annuel au cœur de ceste eglise.

                                                                                                        Et par chasque sepmaine une messe à l’autel de saint Jacques le Grand car son vouloir fut,

                                                                                                          selon son testament, affin que sa mémoire de luy et ses parens vive en céleste gloire

                                                                                                            mesmes ëcoire à ses fins maisre il de sa a helecque… au lors qui trépassa l’an mil six cens et quastre le dixhuiteme de mars…passans Priez Dieu pour son âme reqaisc

                                                                                                              Le douzième tableau est une scène d'extérieur. Deux femmes se lamentent devant un enfant allongé sur le sol, tandis que le père, vêtu comme un homme du peuple, exprime sa douleur. Debout, une jeune fille pleure. Son vêtement n'est pas celui d'une femme du peuple. S'agit-il de la sainte patronne de l'enfant mort ? Derrière eux un monticule de terre et au fond la chapelle. Léon Guillemin voit dans cette peinture un potier dont l'enfant est mort.

                                                                                                                Agrandir images14

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                                                                                                                        Agrandir images16

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                                                                                                                            Léon Guillemin —qui malheureusement ne donne pas ses sources— indique que la tradition donne des noms aux parents des enfants présentés à saint Jacques : Jean Carlier, Jean Monin de Neufpré, Jean Octonay de Widdebrouck, Gilles Jeyre, Pierre Hanon.

                                                                                                                              Restaurations successives

                                                                                                                              En 1741, ces peintures furent restaurées par Nicolas de Tierce, ce qui prouve encore la vitalité du sanctuaire.

                                                                                                                                En 1842 une nouvelle restauration eut lieu, due à l’architecte Magnard, qui fit le relevé en couleurs. Il a refait la polychromie. En outre, c’est à lui que l’on doit les encadrements blancs et la numérotation des images.

                                                                                                                                  Le bombardement du 8 août 1944 a détruit une partie du chœur de l’édifice qui a été privé de toiture pendant une dizaine d’années, ce qui a gravement endommagé la peinture.

                                                                                                                                    En 1995, les Monuments historiques ont procédé à une sauvegarde rapide de cette peinture par fixation des écailles de peinture, nettoyage par gommage, fixation de la couche picturale, vernis de l'ensemble. En 2004, la chapelle a été rouverte au public alors qu’elle servait de sacristie. Malheureusement les dégradations n’ont pas cessé et, en 2012, l’état du mur est mauvais rendant la peinture difficilement lisible et la chapelle n’est pas mise en valeur. Une affiche présente néanmoins le détail de la composition de la peinture.

                                                                                                                                      Pèlerins de Compostelle à Aire, XIVe-XVIIe siècles

                                                                                                                                      Lorsqu'en 1319, les échevins d’Aire-sur-la-Lys17 offrent des « courtoisies » lors d’un « retour de pèlerinage à Saint-Jacques », ce geste ne peut guère être interprété que comme un signe de la rareté de ces pèlerinages, car on n’honorerait pas ainsi un événement banal. Les choses changent lorsque la ville passe sous domination espagnole (1493-1675) : les pèlerinages à Compostelle se multiplient. La ville compte alors deux confréries Saint-Jacques, la « grande confrérie » recevant les anciens pèlerins, la « petite » les simples dévots. En 1598, on compte 58 membres à la « grande confrérie », 250 à la petite. On arrive même en 1609 aux chiffres respectifs de 177 et 500. Mais on ignore tout des pèlerins.

                                                                                                                                      • 17 Londres, British Museum, Dépenses de la ville d’A(...)

                                                                                                                                      Des morceaux détachés de la relique d’Arras

                                                                                                                                      Cappelle-Brouck

                                                                                                                                      En 1172, un pèlerinage s’est instauré à l’église Saint-Jacques deCappelle-Brouck (Nord, ar. Dunkerque, c. Bourgbourg), lorsqu’elle reçut de Philippe d’Alsace un fragment d'os prélevé sur la relique. Il attirait les pèlerins qui, Dieu sait pourquoi, venaient invoquer saint Jacques contre la coqueluche. Cette chapelle fut donnée par le comte Philippe d’Alsace aux chanoines de Saint-Pierre d’Aire, qui la gardèrent jusqu’à la Révolution. La relique existe encore, conservée dans un osculatoire d’argent, de style baroque. Une autre parcelle d’ossement est enfermée dans un buste-reliquaire du XVIIIe siècle, de style baroque, haut de 0, 50 m. Une bannière de 1920 présente un dessin rarissime d’un saint Jacques Matamore qui, semble-t-il, a été invoqué par les soldats durant la guerre de 1914-1918. si l’on en juge l’impression qui figure au dos de la bannière : « Les combattants de la grande Guerre à saint Jacques »

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                                                                                                                                        Le 4 mai 1602 le reliquaire fut ouvert et une petite partie de relique fut donnée à l’abbé de Saint-Martin de Tours qui le demandait pour consacrer un autel dans son abbatiale : Ablata sunt ex hoc capite Sti. Jacobi duæ… particulæ, quarum una major data est Reverendo Dno. Abbati et Conventui Sti. Martini Tornacensis, altera vero servata et pro dedicatione altarium et altera necessitate. Anno Domini Millesimo Sexcentesino die quarta mentis maii.

                                                                                                                                          Cette authentique a été découverte dans le reliquaire lors de la reconnaissance de relique effectuée à ma demande en 2002. C’est le seul témoignage qui subsiste de cette relique.

                                                                                                                                            Douai et sa relique aux origines hésitantes

                                                                                                                                            En 1752, l’église Saint-Jacques de Douai possédait une relique de saint Jacques. Un document des archives de l’église de Douai l’atteste :

                                                                                                                                              Frère Jo Antoine par la miséricorde divine évêque de Tusculum, Vicaire Général de son Excellence le Cardinal Guadagni, de Notre Très Saint Seigneur le pape Benoît XIV, de la Curie Romaine, et Juge ordinaire de son district, etc, etc.etc.

                                                                                                                                                A tous et à chacun de ceux qui liront nos lettres nous faisons foi et attestons que pour la plus grande gloire du Dieu Tout puissant et la vénération de ses Saints nous avons donné en don et concédé

                                                                                                                                                  la relique sacrée des os de saint Jacques le Majeur apôtre, tirée des lieux authentiques que nous avons placée respectueusement dans une boîte métallique de forme ovale pourvue d'une vitre,

                                                                                                                                                    bien close, fermée d'un cordon de couleur rouge, marquée de notre sceau, et propre à contenir celle-ci, à la remettre à autrui et à être transférée et déposée dans toute église, tout oratoire ou toute chapelle en vue de la vénération des fidèles. En foi de quoi nous avons ordonné l'expédition de ces lettres testimoniales écrites de notre main et pourvues de notre sceau par le greffier (SS. RR.) soussigné. Donné à Rome en notre siège ce jour le 15 janvier de l'année 1752. Signé : illisible

                                                                                                                                                      Elle fut reconnue authentique après la Révolution, en 1885, ainsi qu’en témoignent les lignes suivantes rajoutées au document ci-dessus :

                                                                                                                                                        Nous l'avons vue et autorisons qu'elle soit exposée à la vénération des fidèles.
                                                                                                                                                        Cambrai, le 24 juillet 1885
                                                                                                                                                        Signé : ... Mortier
                                                                                                                                                        Autre mention Felix ...illisible.

                                                                                                                                                          Cette relique venait de Rome, et c’est elle qui fut reconnue en 1885. Mais il se trouve qu’en 1858, lors d’une reconnaissance de relique effectuée à Arras, le procès-verbal stipule que « Par ordre de Mgr. [Parisis], nous avons détaché une très petite partie du côté gauche ». On ne sait pas pourquoi Monseigneur a demandé cette relique. Il a pu ainsi répondre à la demande qui lui fut adressée le 25 février 1862 par l'abbé Bataille, doyen de Saint-Jacques de Douai qui reçut cette relique en grande pompe le 9 mars 1862. L’authentique de la relique, conservée à Douai, en atteste, tout en restant très vague sur l’origine et sans rien dire de la relique ancienne :

                                                                                                                                                            Pierre-Louis Parisis, par la miséricorde divine et la faveur du Saint Siège Apostolique, Evêque d’Arras, Boulogne et Audemer ;

                                                                                                                                                              A tous ceux et chacun qui examineront les présentes lettres, nous faisons connaître et attestons, que pour la plus grande gloire du Dieu Tout-Puissant et la vénération des saints, ainsi que pour augmenter la piété des fidèles, nous avons reconnu que le petit morceau sacré de la tête de saint Jacques Le Majeur Apôtre a été retiré (extrait) de « lieux authentiques », qu’avec beaucoup d’attention nous l’avons reposé dans une cassette (étui) en argent protégée sur la partie antérieure par un cristal de forme ovale, bien fermée, ne laissant pas voir sur la partie postérieure et attachée par des fils de soie de couleur rouge et scellés de notre sceau ; et nous avons donné l’autorisation que la relique dont nous venons de parler (praelaudatam) soit exposée publiquement à la vénération des fidèles dans n’importe quelle église ou oratoire (de consensu cujus interest).

                                                                                                                                                                Donné à Arras sous le cachet de notre vicaire général et notre sceau ainsi que la contre signature de notre secrétaire épiscopal, l’an du Seigneur mille huit cent soixante deux, le vingt-huitième jour du mois de février.

                                                                                                                                                                  PROYART, vic.gen.
                                                                                                                                                                  Sceau (de l’evêque)
                                                                                                                                                                  De Mandato Ill. ac Rev. DD,
                                                                                                                                                                  Episc.Atrebatensis, Boloniensis et Audomarensis :
                                                                                                                                                                  TERNINCK, can.sec.gen.
                                                                                                                                                                  Nous avons vu, nous avons approuvé et donné l’autorisation de procéder à exécution (executioni mandari)
                                                                                                                                                                  6 mars 1862  R.F., archevêque de Cambrai

                                                                                                                                                                    Les archives de l’église attestent de la splendeur de la fête. Chaque fidèle doit réserver sa chaise. Au programme le chant d’un psaume et le Magnificat et un sermon donné par le R.P. Marie-Hippolythe, de l'ordre des Carmes. La procession n’a pas lieu à l’extérieur mais seulement dans « les nefs du lieu saint », dans l’ordre suivant :

                                                                                                                                                                      1 - la croix et deux acolytes avec la bannière Notre-Dame d'Espérance

                                                                                                                                                                        2 - les statues des saints particulièrement vénérés dans la paroisse, avec leurs reliques : le chef de saint Chrétien, saint Maurand, saint Amé avec la bannière de la reine des Martyrs

                                                                                                                                                                          3 - les élèves de Mme. de Saint-Auban

                                                                                                                                                                            4- sainte Léocadie

                                                                                                                                                                              5- 12 petites filles vêtues de blanc portant les emblèmes des apôtres, avec la bannière de la reine des apôtres

                                                                                                                                                                                6- les instruments du martyre de saint Jacques

                                                                                                                                                                                  7- la relique de saint Jacques portée par 6 frères des Ecoles chrétiennes

                                                                                                                                                                                    8 - les enfants de choeur, les chantres, les choristes, le clergé

                                                                                                                                                                                      La cérémonie s’est terminée par un court Salut et la bénédiction du Saint-Sacrement.

                                                                                                                                                                                        Hélas, la relique est aujourd’hui perdue, mais depuis si peu de temps qu’on peut espérer la retrouver. Il est vrai que l’église Saint-Jacques de Douai est désaffectée et bien abandonnée.

                                                                                                                                                                                          Bibliographie

                                                                                                                                                                                          ­­

                                                                                                                                                                                          Sources et études

                                                                                                                                                                                          Guimann, De capite sancti Jacobi apostoli fratris Sti. Johannis Evangeliste, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Vaast d’Arras (1190-1192), p.112-140, éd. chanoine Van Drival , Arras, 1875

                                                                                                                                                                                          Guiard des Moulins, « Historica relatio de capite beati Jacobi majoris apostoli » (v.1270), éd. F. Morand, Revue des sociétés savantes, avril 1861, t.V, p. 501-511.

                                                                                                                                                                                          Inventaire des reliques et joyaux de Saint-Pierre, éd. F. Morand, « Un opuscule de Guiard des Moulins »… p. 510 n.1

                                                                                                                                                                                          Rituale ad usum ecclesie Beati Petri Ariensis, xve siècle, BNF, n.a.l. 3106, f° 38

                                                                                                                                                                                          Van Drival E., « Histoire du chef de saint Jacques le Majeur, relique insigne conservée dans l’église cathédrale d’Arras », Bulletin de la commission des Antiquités départementales, t.IV, Arras, 1857, p.38.

                                                                                                                                                                                          Rouyer, Jules, « Recherches historiques sur le chapitre de Saint-Pierre d'Aire », Mémoires de la société des antiquaires de la Morinie, t. X, 1858, pp. 235-242.

                                                                                                                                                                                          Georges A., Le pèlerinage à Compostelle en Belgique et dans le Nord de la France, Mémoires de l'Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1971, t. XIII, p. 97, n. 5

                                                                                                                                                                                          Ghislain Howse, notice n° 9 du catalogue de l'exposition "Les chemins de Saint-Jacques dans le Nord de la France", Douai, 1988.

                                                                                                                                                                                          Maillard, Louis, « Les chemins de Saint-Jacques », n° spécial Aire-sur-la-Lys, Nouvelles chroniques locales, n° 19, été 1999.

                                                                                                                                                                                          Notes

                                                                                                                                                                                          1 Guimann, « De capite sancti Jacobi apostoli fratris Sti. Johannis Evangeliste », Cartulaire de l’abbaye de Saint-Vaast d’Arras (1190-1192), éd. chanoine Van Drival, Arras, 1875, p.112-140.

                                                                                                                                                                                          2  Splendeurs de la cour de Bourgogne, Récits et chroniques, éd. Danielle Régnier-Bohler, Paris, Laffont, 1995.

                                                                                                                                                                                          3  Baudoin de Flandre épousa le diable dont il eut deux filles. L’une d’elle épousa Ferrand, le grand Ferré battu à Bouvines.

                                                                                                                                                                                          4  Philippe Ier de Flandre dit Philippe d'Alsace (1143- 1191), fils du comte de Flandre Thierry d'Alsace et de Sibylle d'Anjou, fut comte de Flandre de 1157 à 1191.

                                                                                                                                                                                          5 Georges A., Le pèlerinage à Compostelle en Belgique et dans le Nord de la France, Mémoires de l'Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1971, t. XIII, p. 97, n. 5

                                                                                                                                                                                          6 Guiard des Moulins, Historica relatio de capite beati Jacobi majoris apostoli (v.1270), éd. F. Morand, Revue des sociétés savantes, avril 1861, t.V, p. 501-511.

                                                                                                                                                                                          7 Morand F., Un opuscule de Guiard des Moulins, Revue des sociétés savantes, avril 1861, t.V, p. 510.

                                                                                                                                                                                          8  Malheureusement sans référence, Jules-Marie Richard, anc. conservateur des Archives départementales

                                                                                                                                                                                          9 Rituale ad usum ecclesie Beati Petri Ariensis, XVe s., BNF, nal 3106, f° 38.

                                                                                                                                                                                          10  Paris, BnF, ms.fr. 10, fol.

                                                                                                                                                                                          11 comptes de la fabrique, 1524,

                                                                                                                                                                                          12 Comptes de la fabrique,

                                                                                                                                                                                          13  Louis Maillard, d’après les registres capitulaires du baron Dard conservés à la bibliothèque municipale d’Aire (9 volumes de copies par ordre chronologique de documents aujourd’hui disparus, en particulier ceux des registres capitulaires de la collégiale)

                                                                                                                                                                                          14 Arch. dép. Pas-de-Calais, arch. chapitre Saint-Pierre, Collectanea fol.82,

                                                                                                                                                                                          15  Jean de Vandenesse, Journal des voyages de Charles Quint, de 1514 à 1541, éd. M. Gachard, Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, t. II, 1874, p. 384.

                                                                                                                                                                                          16  Arch. dép. Pas-de-Calais, 6 Fi, C 3. Echelle 1/20

                                                                                                                                                                                          17 Londres, British Museum, Dépenses de la ville d’Aire-sur-la-Lys, ms. 11508, fol. 17v°

                                                                                                                                                                                          Pour citer ce document

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                                                                                                                                                                                          «Les tribulations d’un chef de saint Jacques : Arras, Aire-sur-la-Lys, Cappelle-Brouck, Tours, Douai», SaintJacquesInfo [En ligne], Patrimoine en péril, Patrimoine, mis à jour le : 22/06/2012,
                                                                                                                                                                                          URL : http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=1395

                                                                                                                                                                                          Quelques mots sur :  Denise Péricard-Méa

                                                                                                                                                                                          Docteur en histoire, responsable scientifique, Fondation David Parou Saint-Jacques