SaintJacquesInfo

Aux sources des mythes et symboles jacquaires
Saint Jacques successeur des dieux Hermès et Mercure
Sources antiques des attributs du pèlerin et du rôle de « passeur des âmes » de saint Jacques

Bernard Gicquel

Abstract

Pour répondre aux besoins fondamentaux des hommes, le christianisme a puisé dans les croyances et rituels venus de l’Antiquité païenne. Pierre Saintyves l’a démontré dans Les saints successeurs des dieux. Bernard Gicquel entreprend une démonstration novatrice en partant des trois images de saint Jacques, apôtre, pèlerin et matamore. Il pense qu’elles se rejoignent en une seule, héritée de la Bible qui, en plusieurs passages, fait du saint non seulement le messager de Dieu, mais le successeur d’Hermès. Ce dernier lui aurait même légué les attributs de pèlerin et le caducée, à la fois bourdon et symbole de la transmission du pouvoir. Le Mercure romain en découle directement. Autres héritiers d’Hermès, saint Christophe et les anges, particulièrement saint Michel.

Texte intégral

Saint Jacques, messager de Dieu

Il existe dans l'iconographie traditionnelle de saint Jacques trois images : la première, que l'on peut considérer comme la plus normale, consiste à le représenter, ainsi que les autres apôtres, portant un rouleau ou une Bible dans la main, la seconde, qui est manifestement liée au pèlerinage, le figure en habit de pèlerin, la troisième enfin, dont l'importance est chronologiquement et géographiquement plus restreinte encore, lui donne l'aspect d'un « matamore », chevalier armé d'une épée et qui combat victorieusement les Infidèles1. Encore qu'elles puissent interférer, ces trois représentations typiques ont des caractéristiques suffisamment différentes et correspondent à des emplois assez distincts pour ne pas prêter à confusion. A la réflexion, elles pourront même paraître rigoureusement indépendantes les unes des autres, tant la mission apostolique, la forme de piété populaire qu'est le pèlerinage et la défense guerrière de la chrétienté menacée appartiennent à des registres séparés. Cette impression cependant risque d'être trompeuse car un principe d'unité qui n'est pas seulement fourni par la donnée commune de la foi chrétienne paraît sous-jacent à ces épiphanies du personnage et déterminé par la première d'entre elles. Le port de la Bible signifie, en effet, dans l'iconographie des apôtres, que ceux-ci ont été envoyés par Dieu pour être les messagers de la bonne parole qu'elle contient.

  • 1  Réau, L., Iconographie de l'art chrétien, t. III(...)

Hermès, messager des dieux

Or cette fonction de messager divin a connu avant l'apparition du christianisme une représentation figurale en la personne du dieu grec Hermès, dont l'une des attributions est d'être le porte-parole des dieux. Ce n'est pas, il faut l'ajouter, la qualité la plus souvent rattachée à ce personnage, qui prend aussi parfois un tour moins sérieux. Mais, si l'on s'en tient au côté sérieux d'Hermès, le seul que le christianisme ait pu reprendre en compte, on sera moins étonné de l'accueil qui lui est réservé dans l'imaginaire médiéval. Il y a en effet une excellente raison pour que le dieu grec soit susceptible à tout moment de réapparaître dans l'ombre d'un apôtre, c'est que la Bible elle-même le fait figurer en cette qualité lors de la guérison du boiteux qu'accomplit saint Paul à Lystres2 :

  • 2  Ac XIV, 11-12

« A la vue de ce que Paul venait de faire, la foule éleva la voix, disant en lycaonien : « les dieux sous une forme humaine sont descendus vers nous ». Et ils appelaient Barnabé Zeus, et Paul Hermès, parce que c'était lui qui portait la parole »

    Cette explication est évidemment réductrice : la similitude de Paul - comme de tout apôtre - avec Hermès ne tient pas seulement à la fonction de porte-parole, mais aussi, ce que le texte sacré ne pouvait dire, au pouvoir miraculeux de guérison qui vient d'être attesté.

      La transmission du pouvoir de guérison

      En effet, dans un poème de l'Anthologie Palatine, le mythe homérique d'Ulysse et Circé sert à illustrer le problème fondamental de l'homme, sans cesse déchiré entre son appartenance céleste et ses attaches terrestres, et qui s'exclame3 :

      • 3  Rahner, H., Griechische Mythen in christlicher D(...)

      « Eloigne-toi, antre obscur de Circé. Pour moi qui suis de naissance céleste, ce serait une honte de me nourrir comme un animal de tes glands. Non, je prie Dieu qu'il m'envoie Moly, la fleur guérisseuse de l'âme, le bon remède à toutes les mauvaises pensées. »

        Cette plante dont la racine est noire tandis que sa fleur est blanche symbolise ce qui se passe ici dans l'âme. Grâce à la force qu'elle dispense, l'homme s'arrache aux puissances obscures, dans lesquelles plongent ses racines, car il a été engendré par le ciel et sa fleur, son moi spirituel, s'ouvre vers le haut, blanc et pur. Mais (et c'est là un élément décisif dans ce symbolisme du mythe), il n'y parvient que parce qu'il a reçu de Dieu une aide, parce qu'il a rencontré la puissance métamorphosante d'Hermès4. Au IIIe siècle, cette image de la plante merveilleuse est reprise dans la gnose de Clément d'Alexandrie pour signifier le message de l'Eglise5 :

        • 4  Dans l’Odyssée (chant X), Hermès donne à Ulysse(...)
        • 5  ibid. p. 263-264

        « Le Christ est le véritable, l'unique Hermès, le guide qui sait. Le don qu'il possède de sauver les âmes est la Moly du message évangélique. Et l'effet de ce remède est d'assurer la divinisation, d'écarter définitivement la menace de l'animalisation »

          Chez Simon le gnostique, Moïse est le Logos, qui avec son bâton et sa puissance transforme en douceur tout ce qui est amer, comme Hermès a donné la « moly » à Ulysse6. Il existe donc, même si les témoignages ne forment pas une chaîne ininterrompue depuis les premiers siècles de l'Eglise jusqu'à la découverte du corps de saint Jacques, la possibilité d'une seconde récupération chrétienne du dieu Hermès, à partir de l'effet bienfaisant qu'il dispense en permettant à l'âme d'échapper au mal et d'accéder au bien suprême.

          • 6  Ibid p. 266

          Une troisième raison, plus spécifique encore, permet de penser qu'un rapport d'identification étroit a pu s'établir entre saint Jacques et Hermès sur la base d'une analogie initiale. Dans l'Evangile de Marc (III, 13 sqq.), en un passage qui définit justement la fonction de porte-parole impartie aux Apôtres et leur pouvoir de sauver les âmes, il est dit que Jésus « en établit douze pour les avoir avec lui et les envoyer prêcher, avec pouvoir de chasser les démons. Il établit les Douze, et à Simon il imposa le nom de Pierre ; puis Jacques, fils de Zébédée, et Jean, frère de Jacques, auxquels il imposa le nom de Boanergès, c'est-à-dire « fils du Tonnerre ». Cette qualité au moins nominale de fils du Tonnerre est bien faite pour rapprocher sous un autre aspect encore saint Jacques du dieu Hermès, puisque celui-ci est le fils de Zeus, bien connu comme détenteur de la foudre.

            L’image du pèlerin

            Entre l'image de l'apôtre et celle du pèlerin, il n'y a pas solution de continuité. En effet, le sermon pseudo-calixtin Veneranda dies souligne que tous les apôtres ont été des pèlerins parce que le Seigneur les a envoyés sans argent et sans chaussures7. Dans ces conditions, on s'attendrait à voir tous les apôtres porter le vêtement typique du pèlerin. Si celui-ci paraît assez largement réservé à saint Jacques, c'est sans doute qu'existe quelque rapport entre cette image, son tombeau et le pèlerinage qui s'y rattache. Equipé du chapeau à larges bords, et du manteau qui ne prendra pas sans raison le nom de « pèlerine », tenant en sa main le bourdon ou bâton de marche, portant en bandoulière sa besace et arborant sur ses vêtements un nombre plus ou moins élevé de coquilles, le saint se rapprochait du pèlerin chrétien au point de se confondre avec lui. Il devenait aisément une image tutélaire de ceux qui, pareillement vêtus, peinaient sur les routes de Compostelle et dont l'ambition la plus haute devait être de l'imiter dans sa sainteté. Le même sermon Veneranda dies fournit une interprétation symbolique de ces attributs. Ainsi, le bâton, troisième pied qui s'appuie sur le sol, symbolise la foi en la Sainte Trinité et l'aide qu'elle apporte pour se défendre du mal, analogue aux chiens et aux loups que chasse le bâton. Quant à la coquille, formée de deux côtés qui ressemblent par leurs nervures aux doigts de la main, elle représente la double obligation de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain à laquelle doit satisfaire le pèlerin.

            • 7  Gicquel, Bernard, La légende de Compostelle, Par(...)

            La symbolique des attributs du pèlerin

            Ce symbolisme religieux paraît, au départ, bien lourd et bien sophistiqué pour des objets aussi modestes que les attributs traditionnels du pèlerin. Du moins, une signification aussi transcendante et mystique ne paraît pas susceptible d'être à leur origine. On la verrait plutôt sous l'aspect d'une pieuse justification plaquée a posteriori sur des données préexistantes pour leur donner une sorte de plus-value religieuse. Tous ces attributs présentent, en effet, une utilité concrète non négligeable car le pèlerin ne pouvait pas plus se passer de manteau, de chapeau, de bâton que de bourse ou d'écuelle. La valeur conférée à tous ces accessoires devait donc consacrer et sanctifier un certain nombre de nécessités évidentes, en leur donnant un prolongement métaphysique qui transfigurait leur quotidienneté.

              Mais ce prolongement religieux des attributs laisse intacte la question de leur provenance. A partir du moment où l'on a pu établir un rapport relativement étroit entre l'effigie de saint Jacques apôtre et le dieu Hermès la question se pose naturellement de savoir si ce n'est pas à nouveau du côté de celui-ci qu'il pourrait être bon de rechercher une sorte de paternité à l'égard de saint Jacques pèlerin. On sait que le dieu grec est aussi le protecteur des voyageurs, des marchands et des pèlerins8. C'est lui qui incite à se mettre en route : « Un Hermès du départ » encourage les athlètes : « Allons ! Du nerf ! Chassez de vos genoux la molle indolence »9. Patron des voyageurs, « il assure leur bon retour, c'est lui qui a inventé les routes »10. Mais il ne se contente pas d'assurer une protection immobile et lointaine.

              • 8  Nous empruntons quelques-unes des références qui(...)
              • 9  Detienne, M. et Vernant, J.P., Les ruses de l'in(...)
              • 10  Dictionnaire, t. III, 2e partie, art. Mercure, p(...)

              Le chapeau/pétase et le manteau

              Comme saint Jacques deviendra après lui un pèlerin, Hermès est « devenu de bonne heure, un dieu voyageur », c'est pourquoi il a aussi « le pétase aux larges bords préservateurs »11. Ce couvre-chef « est une «coiffure de voyage» que portent les hommes de toute condition qui étaient exposés à affronter le soleil… Ce qui distingue le pétase… c'est qu'il est étalé, soit que la forme descende tout d'une pièce assez bas pour ombrager le front, soit qu'un rebord prolonge ou contourne cette forme réduite aux dimensions d'une calotte arrondie ou pointue… Ce bord s'abaisse ou se relève, se plie et se brise en tous sens : quelquefois il est échancré. Redressé devant ou derrière la forme, prolongé en visière en avant, il rappelle le bonnet, partout de mode au XVe siècle, qu'ont popularisé les images du roi Louis XI ; relevé des deux côtés, il arrive à avoir l'aspect d'un bicorne »12. Le pétase est « parfois orné de cocardes »13 bien propres à devenir des coquilles dans la version christianisée qu'en proposera saint Jacques. « Un manteau à longues pointes qui tombent comme des manches ou une chlamyde (pièce de lin fixée au cou) est agrafé sur ses épaules… Il est toujours chaussé de brodequins avec un ample retroussis antérieur qu'on a eu tort de prendre pour une aile stylisée »14.

              • 11  Ibid.  t. III, 2e partie, p. 1806
              • 12  Ibid  t. IV,1ère partie, art. Pétase, p. 421(...)
              • 13  Ibid
              • 14 Ibid. t. III, 2e partie, art. Mercure, p. 1807(...)

              Le bourdon/caducée

              L'attribut inséparable et absolument personnel du dieu « est celui qu'il tient à la main et qui a été appelé virga et caduceum en latin. D'abord il a été pâtre et un bâton court et élargi de quelque manière par en haut convient au souvenir de cette ancienne condition. Dans la poésie homérique, il a la baguette, comme la magicienne Circé. Elle endort, éveille, fait rêver les vivants, puis charme, attire et conduit les âmes des morts. Le caducée ne porte pas en lui un sens spécial : il prend tous ceux dont la personnalité d'Hermès est revêtue »15. Il semble bien qu'à l'origine, du moins sur les monuments les plus anciens, le caducée d'Hermès soit un simple bâton, celui des hérauts, comme des marcheurs, et qu'il ait pu avoir aussi quelque rapport avec sa condition de messager, voire jouer le rôle du sceptre, qui est de représenter la dignité souveraine. C'est plus tard seulement que ce bâton aurait pris l'aspect d'une baguette aux pouvoirs extraordinaires. « Cette baguette magique servait originairement à garantir la sécurité du porteur et à lui ouvrir toutes les portes »16. En outre, elle lui assurait chance et richesse, ce qui est bien fait pour rappeler que, dans sa signification première, le caducée est avant tout un symbole du commerce.

              • 15  Ibid
              • 16 Paulys Realencyklopädie der classischen Altertums(...)

              Dans la mesure où une fonction d'Hermès est, comme nous l'avons vu, de guérir les âmes en leur apportant la plante salutaire, un rapprochement a pu s'opérer ultérieurement avec le bâton entouré d'un serpent qui est l'emblème d'Asklepios/Esculape, le médecin divin, et donner à ce symbole une signification médicale et pharmaceutique. Par ce biais, la liaison s'établirait aussi entre le dieu Hermès et le saint Jacques qui a donné son nom à beaucoup d'hôpitaux. Mais cet attribut qui prend tantôt la forme légère d'un bâtonnet tenu en l'air comme un emblème royal, tantôt la forme lourde et populaire d'un bourdon appuyé sur le sol, est en outre la « verge magique qui endort les morts et les éveille »17, « attire et conduit les âmes des morts… surtout entre les mains du Psychopompe »18, c'est-à-dire de celui qui mène les âmes dans l'autre monde. L'un des rôles prédominants du dieu Hermès est, en effet, d'assurer le passage de ce bas monde au monde des morts, de l'obscurité, avec laquelle il a une affinité particulière, à la lumière, et de la déficience à la santé. A titre d'anticipation du chemin à parcourir pour quitter la terre, « il précédait et conduisait ses protégés par les chemins terrestres »19.

              • 17  Dict., t. III, 2e partie, art. Mercure, p. 1804(...)
              • 18 Ibid. , t. III, 2e partie, art. Mercure, p. 1807(...)
              • 19 Ibid., t. III, 2e partie, art. Mercure, p. 1811(...)

              La besace/pera

              Ce bâton de pèlerin ambivalent qui illustre à la fois les fatigues des pauvres gens qui se déplacent à pied et la souveraineté de leur guide sert à l'introduction dans l'imagerie pèlerine d'une composante supplémentaire, la besace, qui se dit en grec et en latin, pera et qui se chargera, elle aussi, d'une double signification. Elle se définit comme suit : « gibecière, havresac, d'ordinaire en cuir, que l'on suspendait à l'épaule par une courroie. Les gens de la campagne, les bergers, les mendiants y mettaient du pain et des provisions de toutes sortes, les chasseurs leur gibier…Ce fut avec le bâton l'insigne favori des philosophes cyniques20 ; ils voulurent montrer en l'adoptant qu'ils savaient se soumettre aux usages des classes les plus pauvres de la société »21.

              • 20  Membres d’une école de philosophie de la Grèce a(...)
              • 21  Ibid, t.IV, 1e partie, art. Pera, p. 386(...)

              Ainsi, l'attribut traditionnel du mendiant depuis Homère faisait-il son entrée dans l'iconographie du pèlerinage par le biais de l'analogie avec les sages errants dont l'une des préoccupations principales était la rupture avec la société établie. D'une certaine manière, cette modeste adjonction aux attributs divins d'Hermès pouvait aussi servir à christianiser l'image mythologique, puisque selon l'Evangile (Mat. X,10 ; Marc VI, 8 ; Luc IX, 3 et X, 4), c'était aussi le bagage du voyageur pauvre mais précautionneux. Selon le sermon Veneranda dies22 déjà cité, la besace symbolise

              • 22  Gicquel, ibid. p. 360

              « la libéralité dans l'aumône et la mortification de la chair. C'est un sac étroit, fabriqué dans la peau d'un animal mort, qui est ouvert en haut sans être fermé au moyen de lacets. L'étroitesse de la gibecière du pèlerin signifie que, confiant dans le Seigneur, le pèlerin ne doit emporter que de modestes provisions. Elle est faite de la peau d'un animal mort, parce que le pèlerin doit lui-même mortifier sa chair sujette aux vices et au désir, par la faim et la soif, le jeûne, le froid et la nudité, les efforts et l'opprobre. Elle n'est pas fermée par des lacets, mais toujours ouverte en haut, à l'image du pèlerin, qui partage au préalable ses biens avec les pauvres et, plus tard, est disposé à prendre et à donner ».

                Ce commentaire atteste que deux aspects très différents et antagonistes se rencontrent dans l'image de la besace. Destinée à recevoir les dons d'autrui, elle est d'abord à l'origine un équivalent de la sébile du mendiant, mot peut-être emprunté à l'arabe zibbil, qui signifie « panier d'osier »23. Mais, sous l'influence du Mercure romain (et non de l'Hermès grec), cette besace réceptrice devient aussi une bourse, d'où le pèlerin tirera l'argent emporté pour assurer sa subsistance et faire des libéralités aux sanctuaires rencontrés en chemin. « Comme marque spéciale du caractère exprimé par le nom même de Mercurius - qui comporte la même racine que mercator, le marchand,- les artistes romains lui mirent à la main un sac à argent, une bourse »24. Déjà pour la tradition monachique, l'escarcelle n'était pas moins liée au bâton que la besace l'était pour les philosophes cyniques25.

                • 23  Dictionnaire étymologique Larousse
                • 24  Dictionnaire, t. III, 2e partie, art. Mercure, p(...)
                • 25  Du Cange, Dissertations sur l'histoire de Saint(...)

                « Cassian, traitant des habits et des vêtemens des anciens moines d'Egypte, dit qu'ils se revêtoient d'un habit fait de peaux de chèvre, que l'on appelloit melotes, et qu'ils portoient ordinairement l'escarcelle et le bâton... J'estime que Cassian a entendu dire que ces moines, outre ce vêtement fait de peaux, avaient en coutume de porter un petit sachet et un bâton, dont ils se servoient durant leurs pelerinages... D'où il résulte que le bâton et l'escarcelle ont toujours esté la marque particulière des pelerins, ou, comme parle Guillaume de Malmesbury, solertia et indicia itineris26… Nos auteurs emploient ordinairement le mot d'écharpe au lieu d'escarcelle, parce qu'on attachoit ces escarcelles aux écharpes dont on ceignoit les pelerins... Ces escarcelles, ces écharpes et ces bourdons estoient benis par les prêtres »

                • 26  Le moyen habile et la preuve de l'itinérance

                Le Dictionnaire de l'Académie Française précise pour « escarcelle, grande bourse à l'antique », ce qui corrobore sa parenté avec l'attribut de Mercure. Nécessité pour le pèlerin d'avoir au moins quelques sous sur lui, importance économique du pèlerinage, tout cela paraît préfiguré dans ce signe que portait le protecteur du commerce, pétri du sérieux qui s'attache à l'argent.

                  La coquille

                  En outre, « dans tous les sacrifices… à l'occasion de toute fête ou de tout départ, on faisait une libation aux dieux avec la phiale »27. L'objet rituel destiné à cet usage et qui porte aussi le nom de patère était un vase. « Ce vase était un accessoire si essentiel du sacrifice religieux que l'usage s'était établi pour tout pèlerin riche, qui venait faire ses dévotions dans un sanctuaire, de laisser en partant une phiale d'argent ou d'or en hommage »28. Or il existait des vases de ce genre en forme de coquille, appelée concha, qui « pouvaient servir de coupe ou de patère pour les libations… Ceux qu'on voit représentés dans les oeuvres de l'art antique affectent la forme d'une valve plus ou moins bombée, ordinairement marquée de côtes ou de stries, telles que sont les coquilles notamment des cardiacées et des camacées »29 La référence aux cardiacées, ainsi nommés parce que leur coquille rappelle un cœur, est bien faite pour rappeler que cette conque, liée dans l'imagerie antique à la naissance d'Aphrodite, évoque à la fois l'organe de la génération et l'amour30 :

                  • 27  Dictionnaire. t. IV, 1ère partie, art. Phiale, p(...)
                  • 28  Ibid
                  • 29 Ibid., t.I, 2e partie, art. Concha , p. 1431(...)
                  • 30  Eliade, M., Images et symboles, Paris, 1952, p.(...)

                  « La naissance d'Aphrodite dans une conque illustrait ce lien mystique entre la déesse et son principe. C'est ce symbolisme de la naissance et de la régénération qui inspirait la fonction rituelle des coquillages. C'est grâce à leur puissance créatrice - en tant qu'emblèmes de la matrice universelle - que les coquillages ont leur place dans les rites funéraires. Un tel symbolisme de la régénération ne s'abolit pas facilement : les coquillages qui symbolisent la résurrection dans maints monuments funéraires romains passeront dans l'art chrétien »

                    Ainsi la coquille, investie d'un sens qui évoquait concrètement le tombeau et symboliquement la résurrection, pouvait-elle être employée à la fois pour figurer en raccourci le tombeau de l'apôtre Jacques et pour symboliser la régénération que le fidèle attendait du pèlerinage. En outre, si la patère en forme de coquille servait à faire des libations sur les tombes auxquelles on rendait visite, elle se prêtait fort bien à représenter la visite de dévotion accomplie sur le tombeau du saint. L'obligation fondamentale de l'amour chrétien que le sermon Veneranda dies met expressément en relation avec elle n'est pas une connotation étrangère à cette thématique, parce qu'elle renoue à sa manière avec l'appartenance traditionnelle de la coquille aux emblèmes de l'amour et du mariage et la rattache au culte des défunts comme à la notion fondamentale du christianisme. Sous une forme miniaturisée, ces coquillages, « pouvaient être figurés en ornements et étaient souvent placés comme amulettes », c'est pourquoi certaines coquilles trouvées dans le cimetière chrétien d'Atripalda31 « portaient deux petits trous forés à la partie supérieure, un autre trou à la partie inférieure, comme si on avait voulu les coudre à une étoffe »32 . Là encore, les pèlerins de Saint-Jacques s'inscrivaient donc plus dans une tradition immémoriale qu'ils n'innovaient.

                    • 31  En Campanie, cimetière paléo-chrétien de la coll(...)
                    • 32  Dom Cabrol et Dom Leclercq, Dictionnaire d'Arché(...)

                    Les correspondances entre Hermès/Mercure et saint Jacques dépassent le niveau d'attributs au symbolisme plus ou moins parlant dès lors que se pose la question des qualités plus abstraites qui définissent le dieu antique à partir du mot peirar, qui signifie à la fois « cheminer » et « lier »: un certain type de chemin peut y prendre la forme d'un lien qui enchaîne et, réciproquement, l'action de lier y emprunte parfois l'apparence d'une traversée, d'un cheminement. On peut en effet discerner aisément dans le pèlerinage le double aspect d'un lien au saint et à la foi qu'il représente sous la forme d'un cheminement33 vers son tombeau, et d'un chemin qui n'est pas libre ni ouvert au vagabondage, parce qu'il est orienté vers son aboutissement, relativement déterminé dans son trajet par les sanctuaires qui le jalonnent et parce que le pèlerin y est tenu par les obligations de piété à remplir en cours de route.

                    • 33  Detienne et Vernant, Ibid., p. 276. Sans doute c(...)

                    La Voie Lactée

                    Sans doute est-ce même la Voie lactée, si souvent appelée Chemin de Saint Jacques, que l'on peut rattacher par ce biais au personnage d'Hermès, dans la mesure où son action s'exerce tout particulièrement en faveur des marins obligés de se régler sur les astres pour assurer leur navigation. Deux termes sont ici fondamentaux : Tekmor et Poros, le Repère et le Trajet, qui

                      « définissent l'action d'une intelligence tout entière tendue pour échapper à l'aporie d'un monde dominé par la confusion... Dans un état primordial... Tekmor et Poros semblent avoir pour fonction de dissiper les ténèbres... et d'ouvrir les routes par lesquelles le Soleil viendra, en cheminant, apporter la clarté du jour, tandis que les voies lumineuses des constellations se déploieront sur la voûte du ciel... Naviguer suivant les points de repère fixés dans le ciel, c'est aussi, pour toute la tradition mythique... se fier aux signes envoyés par les dieux et révélés par l'intermédiaire d'un devin. La divination découvre aux navigateurs les marques lumineuses d'après lesquelles ils vont «conjecturer» leur itinéraire, c'est-à-dire reconnaître des signes, choisir des repères de manière à jeter une passerelle entre le visible et l'invisible »34

                      • 34  Ibid. p. 273

                      Ce rapport à la navigation maritime expliquerait sans doute le rôle a priori quelque peu surprenant que joue la Voie lactée dans l'imaginaire compostellan. Elle n'a pas une fonction rigoureusement pragmatique puisque les pèlerins ne pouvaient circuler que le jour et donc ne la voir au-dessus de leurs têtes qu'à leurs gîtes d'étape, mais elle leur montrait le chemin qui va d'Est en Ouest et les encourageait dans la mesure où la nature paraissait en elle rassembler ses forces pour soutenir l'effort de la piété35.

                      • 35  La Voie lactée, qui est évoquée au début du Pseu(...)

                      D’Hermès à Mercure, de Mercure à saint Jacques

                      Enfin, lorsqu'il prend la forme romaine de Mercure, Hermès semble avoir quelque rapport de préfiguration avec ce qui est sans doute l'économie du salut chrétien36.

                      • 36  Combet-Farnoux, B., Mercure romain, Ecole frança(...)

                      « Les dédicaces, les formules de reconnaissance à Mercure reflètent l'aspiration à une faveur personnelle sous forme d'un profit... Ce profit était proprement un lucrum, un gain caractérisé par l'idée qu'il représentait quelque chose d'inespéré, qu'il s'agissait d'un avantage inattendu obtenu à l'occasion d'une activité différente d'un travail ordinaire et régulier...L'essentiel du processus mercantile, qu'Hermès avait été appelé à prendre en charge, ne consistait pas dans la réalisation du profit, mais dans l'échange... Le point de départ de l'échange est le présent offert volontairement et gratuitement, qui en retour appelle obligatoirement un don compensatoire de la part du bénéficiaire »

                        Les sacrifices consentis par le pèlerin semblent aller exactement dans ce sens, puisqu'ils ne sauraient être désintéressés par rapport à l'espérance chrétienne du salut. Et, par rapport à celui-ci, saint Jacques joue, mutatis mutandis, comme Mercure le rôle d'un intermédiaire37.

                        • 37  Ibid. p. 262

                        « Cette fonction de médiation entre le plan sacré et le monde des hommes est primordiale pour le définir… Cette vocation a une portée purificatoire… qui dépassait la spécialisation opérationnelle d'un agent fonctionnel, responsable divin du simple accomplissement de l'acte mercantile »

                          Chargé de guider vers Dieu les âmes pèlerines, saint Jacques n'est pas moins, dans sa troisième hypostase, chargé d'une fonction martiale d'élimination des Infidèles qui s'opposent au déroulement pacifique du pèlerinage. On a souligné naguère que l'aspect guerrier de saint Jacques pouvait avoir été inspiré par le fait que les « fils du Tonnerre », Jacques et Jean, correspondaient dans le registre chrétien au couple de dioscures. Castor et Pollux, dont existait un sanctuaire romain en Galice. Si on isole le personnage de Jacques, car Jean ne paraît pas avoir joué ici un rôle qui lui permette de figurer aux côtés de son frère, il n'apparaîtra pas moins possible de voir à nouveau se profiler dans l'ombre du saint le dieu Hermès, souvent désigné comme Argeiphontes, pour rappeler qu'il avait tué Argus. Cette préfiguration du saint Jacques « matamore » se rattache à lui par le biais d'une christianisation préalable, celle du personnage qui, selon la légende, se trouvait debout devant le serpent, armé d'une épée étincelante et que le Christ envoya pour tuer l'empereur Julien38. Or celui-ci n'était autre que « saint Mercure exécutant les ordres du Christ, comme le dieu Mercure dans la légende païenne était censé avoir reçu de Jupiter l'ordre de tuer Argus aux cent yeux »39.

                          • 38  Saintyves, Pierre, Les Saints successeurs des Di(...)
                          • 39  Ring, Max de, « Symbolisme de saint Mercure », R(...)

                          En passant par saint Christophe…

                          Protecteur des pèlerins, saint Jacques ne pouvait manquer d'avoir quelque affinité avec le protecteur chrétien des voyageurs en général, saint Christophe. Or celui-ci est connu pour être le successeur d'Hermès sous l'aspect helléno-égyptien que le dieu a revêtu40 :

                          • 40  Saintyves, P., « Saint Christophe successeur d'A(...)

                          « Le dieu qui fait connaître les substances célestes, dit Plutarque, et qui est la raison de ce qui se passe dans les régions d'en haut, s'appelle Anubis et parfois Hermanubis. Le premier nous désigne les relations de Dieu avec le monde supérieur, le second ses rapports avec l'inférieur »

                            Ce saint Christophe présente une particularité bien remarquable par rapport à saint Jacques, c'est que sa fête est célébrée le même jour, à savoir le 25 juillet. Cette date est censée être celle de la décollation de l'apôtre, mais ne saurait y être rapportée de manière bien assurée. Puisque son supplice eut lieu à Pâques, « notre date du 25 juillet convient évidemment assez mal à cette commémoration »41. En revanche, dit encore Pierre Saintyves42 elle correspond bien à la date retenue par les Egyptiens pour célébrer Hermès.

                            • 41  Vie des Saints et des Bienheureux selon l'ordre(...)
                            • 42  Ibid

                            « La grande fête égyptienne était annoncée par le retour de la canicule, qui se levait du 19 au 26 juillet, selon le point de l'Empire d'où on l'observait. Et cette fête de joie et d'espérance correspond précisément à la fête romaine de notre saint (Christophe en l'occurrence) qui tombe, comme chacun sait, le 25 juillet. Très vraisemblablement, quelques-unes des fêtes du dieu, Hérakleia ou Hermaia, tombaient le 25 juillet, au moment des ravages du Chien… Dans le calendrier copte, figure à cette même date un saint Mercure, dont on ne sait rien de certain… En célébrant le 25 juillet la dédicace de l'une de ses églises, les Coptes eurent sans doute en vue de détruire les restes du culte d'Hermès Anubis… N'est-il pas évident que saint Mercure, comme saint Christophe à qui il a emprunté des traits frappants, a servi, lui aussi, à christianiser l'antique fête du 25 juillet en l'honneur de Sothis et d'Anubis ? »

                              Cette revue des principaux attributs de saint Jacques en relation avec les fonctions qui sont les siennes semble bien confirmer, comme nous l'avons laissé entendre d'emblée, que les caractéristiques propres à Hermès et Mercure ont pu jouer un rôle important, voire déterminant dans l'élaboration de son personnage. Il conviendrait évidemment de pousser la recherche plus loin afin de repérer comment et à quelles époques ces diverses composantes ont pu être rattachées les unes aux autres. On ne supposera pas que l'image complexe de saint Jacques qui nous apparaît aujourd'hui ait existé de tout temps sous cette forme ou qu'elle ait été constituée quelque jour par une décision autoritaire. L'assimilation des traits empruntés aux mythes d'Hermès et de Mercure est un processus historique qu'il conviendrait d'observer en lui-même à nouveaux frais. Dès à présent, il semble cependant possible de relever deux aspects complémentaires de cette approche.

                                Le premier tient au fait que saint Jacques n'est pas, on l’a vu, le seul héritier chrétien des composantes liées au personnage d'Hermès. Depuis les débuts de la pensée chrétienne, la qualité de messager qui est celle d'Hermès a incité à le rapprocher non seulement des apôtres mais aussi des anges. Aussi bien le mot grec qui désigne le messager est-il l'ancêtre de ce terme.

                                  Et l’archange saint Michel

                                  Et parmi les anges qui ont assumé le plus spécifiquement l'héritage d'Hermès, il en est qui paraît avoir joué un rôle primordial, l'archange saint Michel. Un trait fondamental le rattache, à la fois à Hermès et à saint Jacques, c'est le lien qui existe entre lui et le rocher. Hermès est un dieu des éminences, comme saint Michel se conçoit mal sans le Mont qui porte son nom et comme saint Jacques est lié à El Padron. Et sans doute, conclut la thèse de P. Raingeard43, saint Michel a-t-il assuré lui aussi une survivance d'Hermès dans le monde chrétien. « Saint Michel apparaît dans le rôle et les fonctions d'Hermès. Il est notre Conducteur et notre Protecteur... Quand saint Michel terrasse le Démon, il rappelle Hermès aux prises avec Cerbère »44 Par certains aspects, l'archange paraît même avoir un champ d'action plus vaste que celui de saint Jacques, car ses interventions ne sont pas liées à son pèlerinage. Ce ne seraient donc peut-être pas seulement des critères de commodité qui ont pu amener les routes françaises et bretonnes du pèlerinage montois à se confondre parfois avec celles de Saint-Jacques, mais une parenté cachée entre l'apôtre et l'archange.

                                  • 43  Raingeard, P., Hermès psychagogue, Paris, 1935(...)
                                  • 44 .Ibid. p. 621

                                  Enfin, si l'on rattache l'imagerie de saint Jacques à celle de Mercure, il ne faudrait sans doute pas négliger de replacer le dieu latin dans le contexte auquel il s'est largement assimilé lors de sa réception dans les pays conquis par les armes romaines. Celles-ci n'ont pas comblé un vide religieux. La mythologie celtique préexistait et sans doute s'est-elle maintenue plus fortement dans les régions situées aux confins occidentaux de l’Europe. Le dieu Mercure, en tout cas, ne s'y est pas imposé sans emprunter quelque trait aux divinités plus anciennes, par exemple au dieu gaulois Lug45.

                                  • 45  Duval, P.M., Les dieux de la Gaule, Paris, 1957,(...)

                                  « Par le nombre des documents qui attestent son culte, Mercure paraît bien être le plus grand dieu de la Gaule romaine… Ce dieu en quelque sorte national se présente souvent sous les traits du Mercure romain, lui-même héritier d'Hermès, jeune, imberbe et nu, coiffé du pétase et chaussé de sandales ailées… il a près de lui bélier, coq et tortue, il porte bourse et caducée… Mais il y a un aspect proprement gallo-romain du dieu, dans la force de l'âge, barbu et vêtu d'une tunique ou d'un manteau à la gauloise, il n'a plus du précédent que les attributs traditionnels. Pourtant l'adoption du nom latin et, souvent, du brillant et séduisant aspect gréco-romain ne doivent point faire illusion : le dieu romain a été profondément contaminé par son parallèle gaulois, qui a continué de régner sans diminution de puissance »

                                    L'utilisation chrétienne et compostellane d'attributs empruntés au dieu Hermès/Mercure n'a pas toutefois consisté à maintenir, en quelque sorte sous une autre étiquette, un héritage local venu de l'antiquité classique. « Un dieu comme Mercure n'a eu en Galice et en Asturies » qu'un rôle modeste »46 En revanche, le personnage évangélique, originairement bien pauvre en éléments distinctifs, n'a pu acquérir une physionomie spécifique qu'en s'étoffant par des emprunts au discours mythologique tenu à propos de Mercure, sous les diverses formes que pouvait prendre le dieu47 :

                                    • 46  Tranoy, A., La Galice romaine, Paris, 1981, p. 3(...)
                                    • 47  Abbé J.-P. Migne, Dictionnaire universel de myth(...)

                                    « Les mythologues reconnaissent… plusieurs Mercures… Tous ces Mercures peuvent se réduire à deux : l'ancien Mercure, ou le Toth, ou Thaut des Egyptiens, contemporain d'Osiris ; et celui qu'Hésiode dit fils de Jupiter et de Maïa… Après la mort de son père, celui-ci eut pour partage l'Italie, les Gaules et l'Espagne, où il fut maître absolu après la mort de son oncle Pluton… Quelques-uns croient qu'il finit sa vie en Espagne, où l'on montrait son tombeau ».

                                      On sait que les reliques de l'apôtre reposent sur les vestiges d'un temple gallo-romain dédié à Jupiter et que ce temple présentait les caractères propres aux grands sanctuaires de pèlerinage du nord de la Gaule, ce qui suggère au moins deux pistes de réflexion. La première consisterait à rapprocher ce fait d'une certaine interprétation de la voie lactée considérée par quelques mythographes comme « le chemin que les dieux tiennent pour se rendre au palais de Jupiter »48. Elle se trouverait donc doublement qualifiée pour montrer la voie de Compostelle. La seconde considération inviterait évidemment à voir le pèlerinage compostellan sous l'aspect d'un héritage interculturel et interreligieux passé du père Jupiter à un saint Jacques qui n'est pas sans avoir un certain air de famille avec son fils Mercure.

                                      • 48 Jehan, L.F., Dictionnaire d'Astronomie , Migne, 3(...)

                                      Notes

                                      1  Réau, L., Iconographie de l'art chrétien, t. III, Iconographie des saints, 2e partie, Paris, 1958, p. 695 : « Il faut distinguer trois types iconographiques très différents : l'apôtre, le pèlerin et le chevalier »

                                      2  Ac XIV, 11-12

                                      3  Rahner, H., Griechische Mythen in christlicher Deutung, Darmstadt, 1957, pp. 232-233

                                      4  Dans l’Odyssée (chant X), Hermès donne à Ulysse une plante magique, la Moly, antidote aux  poisons de Circé avec laquelle elle a transformé en animaux les compagnons d’Ulysse.

                                      5  ibid. p. 263-264

                                      6  Ibid p. 266

                                      7  Gicquel, Bernard, La légende de Compostelle, Paris, Tallandier, 2003, Livre I, chap. XVII, p. 363

                                      8  Nous empruntons quelques-unes des références qui vont suivre à l'ouvrage classique : Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités grecques et latines, Paris, 1877

                                      9  Detienne, M. et Vernant, J.P., Les ruses de l'intelligence, La mètis des grecs , Paris, 1974, p. 220, n. 79

                                      10  Dictionnaire, t. III, 2e partie, art. Mercure, p. 1820

                                      11  Ibid.  t. III, 2e partie, p. 1806

                                      12  Ibid  t. IV,1ère partie, art. Pétase, p. 421

                                      13  Ibid

                                      14 Ibid. t. III, 2e partie, art. Mercure, p. 1807

                                      15  Ibid

                                      16 Paulys Realencyklopädie der classischen Altertumswissenschaft,  t. XI, 1, col. 334

                                      17  Dict., t. III, 2e partie, art. Mercure, p. 1804

                                      18 Ibid. , t. III, 2e partie, art. Mercure, p. 1807

                                      19 Ibid., t. III, 2e partie, art. Mercure, p. 1811

                                      20  Membres d’une école de philosophie de la Grèce antique qui enseignait le renversement des valeurs

                                      21  Ibid, t.IV, 1e partie, art. Pera, p. 386

                                      22  Gicquel, ibid. p. 360

                                      23  Dictionnaire étymologique Larousse

                                      24  Dictionnaire, t. III, 2e partie, art. Mercure, p. 1818

                                      25  Du Cange, Dissertations sur l'histoire de Saint Louys, Diss. XV, De l'escarcelle et du bourdon des pelerins de la terre sainte, Glossarium mediae et infimae latinitatis, t. VII, p. 65 (des Dissertations)

                                      26  Le moyen habile et la preuve de l'itinérance

                                      27  Dictionnaire. t. IV, 1ère partie, art. Phiale, p. 434

                                      28  Ibid

                                      29 Ibid., t.I, 2e partie, art. Concha , p. 1431

                                      30  Eliade, M., Images et symboles, Paris, 1952, p. 173

                                      31  En Campanie, cimetière paléo-chrétien de la collégiale Sant’Ippolisto

                                      32  Dom Cabrol et Dom Leclercq, Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie , t.III, Paris, 1914, col 2905

                                      33  Detienne et Vernant, Ibid., p. 276. Sans doute conviendrait-il d'ajouter ici l'air de famille qui permet de rapprocher peirar  et pera

                                      34  Ibid. p. 273

                                      35  La Voie lactée, qui est évoquée au début du Pseudo-Turpin comme devant montrer le chemin de Compostelle à Charlemagne, s'accompagne peut-être dans ce texte de deux passages qui ne sont pas dénués de tout rapport avec le mythe d'Hermès. Le premier est celui qui raconte comment les lances fichées en terre à Sahagun ont pris racine et se sont mises à fleurir. Il pourrait avoir été inspiré par ce qui advient au dieu Hermès : « Quand…il entreprend de garroter son frère, d'entourer Hermès de liens puissants, Apollon assiste à un spectacle qui le laisse à nouveau bouche bée. Les branches de gattilier qui devaient enchaîner le coupable pénètrent dans la terre, y prennent racine, s'enchevêtrent les uns dans les autres, gagnent sans peine le troupeau et les vaches d'Apollon ». (Detienne et Vernant, Ibid., p. 289) Le motif, qui existe dans le folklore biblique (Aaron) comme dans la mythologie antique (Héraclès), se retrouve dans la légende de saint Christophe. Celui-ci « qui avait planté un bâton dans le sable, sur le conseil de Jésus, afin de s'assurer de la vérité de ses dires, le vit se couvrir de feuilles et de fleurs » (Saintyves, Ibid., p. 311). Le second concerne éventuellement la ruse, expressément soulignée comme telle, par laquelle les chevaux sont masqués pour ne pas s'effrayer du tumulte ennemi. Cela n'est peut-être pas sans rapport, encore que lointain, avec la ruse, militaire elle aussi, par laquelle le dieu donne le change à ses adversaires en faisant ferrer les chevaux à l'envers, pour laisser croire qu'ils sont allés à l'opposé de leur direction réelle

                                      36  Combet-Farnoux, B., Mercure romain, Ecole française de Rome, 1980, p. 257-258

                                      37  Ibid. p. 262

                                      38  Saintyves, Pierre, Les Saints successeurs des Dieux, Essais de mythologie chrétienne, Paris, 1907, p. 311

                                      39  Ring, Max de, « Symbolisme de saint Mercure », Revue d'Alsace, 1869, t. XX, p. 137-139

                                      40  Saintyves, P., « Saint Christophe successeur d'Anubis, d'Hermès et d'Héraclès », Revue anthropologique, 1935, p.325

                                      41  Vie des Saints et des Bienheureux selon l'ordre du calendrier  par les R.P. Bénédictins de Paris, Paris, 1949, t. VII, p. 611

                                      42  Ibid

                                      43  Raingeard, P., Hermès psychagogue, Paris, 1935

                                      44 .Ibid. p. 621

                                      45  Duval, P.M., Les dieux de la Gaule, Paris, 1957, p. 67 et svtes

                                      46  Tranoy, A., La Galice romaine, Paris, 1981, p. 325

                                      47  Abbé J.-P. Migne, Dictionnaire universel de mythologie antique et moderne, Paris, 1855, (3e Encyclopédie théologique, t.10), col. 778-779.

                                      48 Jehan, L.F., Dictionnaire d'Astronomie , Migne, 3e Encyclopédie théologique, t. 42, Paris, 1850, col. 1457

                                      Pour citer ce document

                                      Bernard Gicquel
                                      «Saint Jacques successeur des dieux Hermès et Mercure», SaintJacquesInfo [En ligne], L'apôtre, Saint Jacques un et multiple, mis à jour le : 20/05/2008,
                                      URL : http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=241

                                      Quelques mots sur :  Bernard Gicquel

                                      Agrégé de l’Université, Professeur honoraire à l’Université du Maine (Le Mans)