SaintJacquesInfo

Les tribulations d’un évêque pèlerin de Compostelle
Le voyage en Europe de Martyr, évêque arménien au XVe siècle
Un voyage qui ne livrera pas tous ses secrets

Martyr

Résumé

Relation d’un voyage fait en Europe et dans l’Océan Atlantique, à la fin du XVe siècle, sous le règne de Charles VIII, par Martyr, évêque d’Arzendjan1. Ce récit date de la fin du XVe siècle. L'auteur a voyagé de Constantinople à Saint-Jacques en Galice en passant par Rome, Cologne, Besançon, les Flandres, l'Angleterre puis la France et nous dirions aujourd'hui le chemin de la côte vers Compostelle. Puis il s'est rendu à Notre-Dame du Finisterre. Son périple s'est étendu sur sept ans. Quels en étaient les buts en dehors de la dévotion dans les sanctuaires qu'il décrit ? Le lecteur reste sur sa faim. Comment un évêque peut-il être aussi longtemps absent de son siège ? Ce document intéressera tous les curieux et les pèlerins contemporains qui, comme Martyr, cheminent péniblement à pied sur les chemins de Compostelle. Autre question : l'auteur dit « je désirais depuis longtemps visiter le tombeau du saint prince des apôtres ». Il est parti pour Rome. Quand, sous quelles influences a-t-il décidé de pousser jusqu'en Galice en passant par le Nord de l’Europe ?

Texte intégral

D’Arménie à Rome par Constantinople et Venise

Moi, Martyr, mais seulement de nom, né à Arzendjan, et évêque, résidant dans l’ermitage de Saint-Cyriaque à Norkiegh, je désirais depuis longtemps aller visiter le tombeau du saint prince des apôtres. Quand le temps fut venu, pour moi indigne, de mériter cet honneur, que je ne cessais de désirer, sans avoir pu cependant faire connaître à personne le dessein de mon cœur, je sortis de mon monastère le 29 octobre de l’ère arménienne (1489 de J.C.). Voyageant à petites journées, j’arrivai à Constantinople. J’y trouvai par la grâce de Dieu, un vaisseau dans lequel j’entrai avec le diacre Verthanès. Nous partîmes de Constantinople le 11 juillet 939 (1490 de J.C.) ; nous montâmes ensuite sur un vaisseau franc, et nous arrivâmes dans la ville de Venise. C’est une grande et superbe ville, construite au milieu de la mer : elle contient soixante-quatorze mille maisons2 : elle est magnifique et très opulente. Il y a dans cette ville une très grande église, où il peut entrer dix mille personnes ; elle est toute ornée d’or ; c’est l’église de Saint-Marc l’évangéliste. Deux orgues sont dans l’intérieur, ainsi que deux lions ailés en or3. Il y a beaucoup d’autres églises dans la ville; on trouve aussi, dans son enceinte, beaucoup de monastères, tous bâtis au milieu de la mer. Il y a une grande place devant l’église de Saint-Marc. Bien haut, au-dessus de la porte, sont quatre chevaux de cuivre jaune, d’une très grande dimension ; ils ont chacun un pied levé4. C’est du côté du midi, qui est le côté de la mer, que se tiennent les marchands. On a aussi érigé sur cette place deux grandes colonnes5 ; sur l’un est un lion ailé6 et sur l’autre, la statue de Saint.-Georges7. La muraille qui environne le palais du doge est toute couverte d’or. Il y a encore une si grande quantité d’autres choses qu’il est impossible de décrire la beauté de cette ville. Nous y restâmes vingt-neuf jours, puis nous nous embarquâmes, et nous allâmes en treize jours à Ancône, et de là en trente jours, nous nous rendîmes dans la grande ville de Rome, que Dieu garde.

  • 1  Traduite de l’arménien et accompagnée du texte o(...)
  • 2  « Venise, à cette époque, était sans doute aussi(...)
  • 3  C’est-à-dire dorés.
  • 4  Il s’agit ici des quatre chevaux de bronze doré,(...)
  • 5  Ces deux colonnes sont en porphyre ; elles furen(...)
  • 6  Ce lion ailé, semblable au lion fantastique de S(...)

Mon séjour à Rome

Là sont les saints et tous les glorieux corps des princes des apôtres, saint Pierre et saint Paul. Nous allâmes les adorer et leur demander la rémission de nos péchés, ceux de nos père et mère, et de nos bienfaiteurs. Nous restâmes à Rome durant cinq mois et nous visitâmes tous les lieux saints. Les reliques des saints apôtres sont hors de la ville, du côté du nord. A l’occident est une petite ville, toute voisine de la ville ; le fleuve passe entre elles deux ; on l’appelle Saint-Ange8. Le portique de l’église des saints apôtres est tourné vers l’Orient ; il contient cinq portes, grandes et superbes. Celle du milieu est en métal massif ; sur l’un des battants est saint Paul, et sur l’autre saint Pierre. A l’occident de Rome, en face du palais de Néron, est le lieu du crucifiement de saint Pierre. Au milieu de la ville est la prison des apôtres. Bien loin, au dehors de Rome, est le lieu où saint Paul fut décapité. Du côté du midi, tout près de la ville, est l’endroit où J.C. vint à la rencontre de saint Pierre.9 Auprès de la ville, on trouve encore l’église Saint-Jean, où sont les têtes des deux saints Jean10 avec leurs corps entiers. Dans la ville, mais du côté du midi, est la prison de saint Grégoire d’Agrigente11, sur l’emplacement de laquelle on a fondé une église. Plus avant, toujours dans le centre de la ville, est l’église de Sainte-Hélène, où se trouvent les corps de cent martyrs. Il y a encore dans cette ville beaucoup d’autres choses magnifiques.

  • 7  Il y a ici une erreur. C’est la statue de St.Thé(...)
  • 8  Il s’agit ici du quartier ou plutôt du faubourg(...)
  • 9  « Les chrétiens demandèrent à Pierre de quitter(...)
  • 10  Saint Jean Baptiste et saint Jean l’évangéliste.(...)

Rome contient deux mille sept cent soixante-quatorze églises, et huit mille tombeaux de saints se trouvent dans son enceinte, et quatre cents au dehors. Tous les jours je visitai dix à vingt églises, grandes et belles, et tous les jours j’allai prier le prince des apôtres de m’accorder la rémission de mes péchés. Qui pourrait décrire la magnificence de ces saintes églises ? On m’introduisit trois fois auprès du pape Innocent12 qui me reçut avec bonté et avec une grâce toute particulières ; il me donna une lettre de recommandation et tout le monde fut étonné de la faveur singulière qu’il me témoignait.

  • 11  Ce saint peu connu des occidentaux est au contra(...)

De Rome à Paris, par Aix-la-Chapelle

Nous quittâmes Rome le 9 juillet 940 (1491) et longtemps après, c’est-à-dire en quarante-six jours, nous arrivâmes au pays de la nation tudesque, qui est celle des Allemands, et nous vînmes dans la grande ville de Constance, et dans beaucoup d’autres villes en suivant les bords du Rhin. Nous parvînmes enfin dans la grande ville de Bâle, où on nous arrêta comme des espions.

    Nous traversâmes beaucoup d’autres villes et nous arrivâmes à Francfort-sur-le-Main, où nous vîmes beaucoup de choses admirables. De là, en beaucoup de jours, nous allâmes à Fribourg en Brisgau.13 On dit que cette ville possède trois cent mille pieds de vignes. On nous y reçut avec de grands honneurs. Nous allâmes de là à Strasbourg, puis dans plusieurs autres villes, et, en beaucoup de jours, nous parvînmes à Capel14, où nous fûmes très bien reçus. De là, en suivant le Rhin pendant longtemps, nous arrivâmes dans la très célèbre ville de Cologne qui contient, dit-on, deux cent vingt quatre mille maisons15; elle est très grande et admirable. On y trouve le tombeau des Rois Mages. Leurs trois têtes sont placées sur le tombeau. Là aussi sont les reliques de douze mille saints ; ces reliques sont disposées dans la grande église, de telle sorte que tout le monde peut voir les corps dans le tombeau16. Il y a encore dans cette ville une très belle église, où l’on voit les corps de vingt-quatre vierges saintes, réunis dans une châsse. L’église où se trouve le tombeau des Rois Mages est couverte de peintures, les portes sont également peintes. Tout après, sur le mur extérieur de la nef et l’image de la sainte mère de Dieu, avec les ornements convenables. Le Christ, Notre Seigneur, est entre ses bras et elle a sur la tête une couronne formée de perles et de pierres précieuses d’une grande valeur. Nous demandâmes aux prêtres de l’église quel en était le prix : ils répondirent qu’elles coûtaient deux cent quinze mille florins. Sur la poitrine de la Sainte Vierge est une pomme faite de perles, chacune de la grosseur d’une noix : tout autour sont douze perles, grosses chacune comme une petite noix de galle, et toutes séparées par quatre pierres précieuses, deux rubis et deux améthystes, de la grandeur chacune d’une grosse noix de galle. Autour du maître-autel sont cinquante-six tombeaux de cuivre jaune avec des ornements en relief, six autres tombeaux simplement en cuivre jaune et enfin un autre tombeau aussi avec des ornements en relief. L’église qui est soutenue par cinq cents arceaux est haute et superbe. Tout ce qui se trouve dans le monde est représenté sur la muraille de la nef à l’extérieur. Elle a trois cent soixante cinq fenêtres, et chaque fenêtre a trois brasses de hauteur ; elles sont toutes ornées de verres de diverses couleurs. Le clocher est semblable à une grande et formidable tour, et il faut vingt-huit personnes pour remuer la cloche qui y est suspendue. Il y a encore beaucoup d’autres églises et de monastères dans cette ville ; mais il me serait impossible de mettre par écrit tout ce qui concerne la description de cette ville et de ses églises.

    • 12  Innocent VIII, élu le 29 août 1484. Il mourut le(...)
    • 13  Si notre voyageur n’a pas été trompé par sa mémo(...)
    • 14  Capel est une petite ville au-dessus de Coblence(...)
    • 15  Quoique ce nombre soit évidemment exagéré, il n’(...)

    Nous restâmes vingt-deux jours dans cette ville ; on nous y rendit de grands honneurs, et nous y demandâmes la rémission de nos péchés. Nous sortîmes enfin de la grande Cologne le 25 octobre.

      Après avoir parcouru beaucoup de villes, nous arrivâmes dans celle où se trouve la sépulture des rois de la nation allemande17. Nous mîmes de là beaucoup de temps pour aller jusqu’à la ville de Santa-Maria18, où est la glorieuse et toute bénie chemise de la Sainte Vierge ; elle est dans un magnifique bâtiment tout orné d’or. Quatre colonnes de cuivre jaune sont élevées au milieu de l’église, ainsi que beaucoup d’autres grandes colonnes jaunes avec des chapiteaux dorés, et, enfin, une grande châsse, toute d’or et de perles, dans laquelle était enfermée la glorieuse chemise de la sainte mère de Dieu. Nous restâmes dans cette ville pendant dix-huit jours, jusqu’à l’époque de l’ouverture (de cette châsse), pour notre édification, et nous y avons demandé la rémission de nos péchés et de ceux de notre père et mère, et de nos bienfaiteurs. Les chanoines de cette ville nous comblèrent d’honneurs et de bons traitements.

      • 16  Il s’agit du tombeau des onze mille vierges. On(...)
      • 17  L’auteur s’exprime, comme on voit, d’une manière(...)

      Après notre départ de ce lieu, nous fûmes longtemps en route ; nous visitâmes beaucoup de villes, et nous arrivâmes à Besançon où est la résidence du roi des Allemands19. Nous y restâmes onze jours ; on y voit le Saint-Suaire20, avec lequel on enveloppa le roi tout-puissant Notre Seigneur Jésus-Christ, au moment de la passion ; il est teint de son sang divin. Nous fûmes édifiés par sa sainte vue, et nous demandâmes la rémission de nos péchés et de ceux de nos père et mère, et de nos bienfaiteurs.

      • 18  Je crois qu’il s’agit ici d’Aix-la-Chapelle, don(...)
      • 19  Besançon faisait alors partie des domaines dont(...)

      Après avoir quitté cette ville, nous fûmes longtemps en route. Nous visitâmes avec beaucoup de peine un grand nombre de villes et nous arrivâmes au pays de Flandres. Comme nous ne connaissions pas la langue, nous éprouvions beaucoup de peine pour nous faire entendre21. Il nous fallut longtemps pour aller de là au pays d’Angleterre dont nous ne comprenions pas non plus la langue. Les habitants y sont, comme les Flamands, mangeurs de poisson. C’est dans cette mer, qui est la mer universelle (l’Océan) et qui est à l’extrémité occidentale du monde, que l’on trouve les plus grands et les plus redoutables poissons.

      • 20  Le saint suaire de Besançon était une des plus c(...)

      Après un long voyage, nous arrivâmes au pays des Français, dans la ville de Saint-Denis. C’est le lieu où se trouve la sépulture des évêques, des rois et des reines. C’est une belle et illustre ville, où il y a beaucoup d’églises22. Dans la grande église où sont les tombeaux des rois, on a placé à gauche quatre côtes de poisson, et chaque côte a cinq brasses et trois palmes de longueur.23On dit que c’est dans la mer que l’on trouve ce poisson énorme.

      • 21  Peut-être l’auteur se servait-il partout de la l(...)
      • 22  Avant la révolution, la ville de Saint-Denis con(...)

      Une description de Notre-Dame de Paris

      Nous restâmes un jour dans cette ville et de là nous nous rendîmes à la très célèbre ville de Paris, où nous arrivâmes le 19 décembre. Nous y entrâmes à midi, et le soir nous allâmes nous reposer dans une auberge. Le lendemain, assez tard, nous visitâmes la grande église. Elle est spacieuse, belle, et si admirable qu’il est impossible à la langue d’un homme de la décrire. Elle a trois grandes portes tournées du côté du couchant. Les deux battants de la porte du milieu représentent le Christ debout. Au-dessus de cette porte est le Christ présidant le Jugement Dernier. Il est placé sur un trône d’or et tout garni d’ornements en or plaqué. Deux anges sont debout, à droite et à gauche. L’ange à droite est chargé de la colonne à laquelle on attacha le Christ et de la lance avec laquelle on lui perça le côté. L’ange qui est debout à gauche porte la sainte croix. Du côté droit est la sainte mère de Dieu agenouillée et du côté gauche saint Jean et saint Étienne24. Sur la façade sont les anges, les archanges et tous les saints. Un ange tient une balance avec laquelle il pèse les péchés et les bonnes actions des hommes. A la gauche, mais un peu plus bas, sont Satan et tous les démons qui le suivent ; ils conduisent les hommes pécheurs enchaînés et les entraînent dans l’enfer. Leurs visages sont si horribles qu’ils font trembler et frémir les spectateurs. Devant le Christ sont les saints apôtres, les prophètes, les saints patriarches et tous les saints, peints de diverses couleurs et ornés d’or25. Cette composition représente le Paradis, dont la vue enchante les hommes. Au-dessus sont les images de vingt-huit rois, représentés la couronne en tête ; ils sont debout sur toute la longueur (de la façade). Plus haut encore est la sainte Vierge, mère du Seigneur, ornée d’or et peinte de diverses couleurs. A droite et à gauche sont des archanges qui la servent26. Toutes les fenêtres de l’église sont de la forme d’une aire à battre le grain27.

      • 23  Il était d’usage autrefois de placer dans les tr(...)
      • 24  Il s’agit ici des deux portes latérales de l’égl(...)
      • 25  Quelques-unes des sculptures qui décorent la faç(...)
      • 26  Ces sculptures se voyaient effectivement autrefo(...)

      Quand on entre dans l’église, on trouve à gauche28 une grande et vilaine pierre, qui représente saint Christophe et le Christ sur ses épaules. Au-dessous est le martyre de saint Christophe. La circonférence du maître-autel représente toutes les saintes actions du Christ : il y a encore beaucoup d’autres ornements, mais quel homme pourrait décrire la beauté de cette ville ! C’est une ville très grande et superbe. Deux rivières y entrent, mais il n’en sort pas la moitié.29 Mais du reste qui pourrait décrire la grandeur de la ville ? Je restai treize jours à Paris.

      • 27   Il est évident que le voyageur veut faire allus(...)
      • 28  La mémoire du voyageur est ici en défaut, ou il(...)

      De Paris à Compostelle par Tours, Fontarabie, Oviedo

      De là, avec un autre compagnon de voyage30, j’allai jusqu’à la ville d’Étampes. Je restai seul ensuite pendant seize jours et avec beaucoup de peine je parvins jusqu’à la ville de Tours ; j’y trouvai un diacre franc qui fut mon compagnon jusqu’à la ville de Châtellerault, et de là jusqu’à la grande ville de Poitiers, où sont les linceuls du Christ. Nous eûmes l’honneur de les voir. Je ne trouvai pas un autre compagnon et je restai seul. Me confiant alors aux prières de saint Jacques et à Dieu Tout-Puissant, je continuai mon voyage avec beaucoup de peine, à pied ; parcourant ainsi un grand nombre de villes, j’arrivai en Gascogne. Enfin, avec beaucoup de fatigue, et sans autre secours que celui de Dieu, j’arrivai au pays de Bayonne. Les chrétiens m’y reçurent avec une grande charité et m’y honorèrent bien plus que je ne le méritais. J’y restai pendant six jours.

      • 29  Il est difficile de bien comprendre la pensée de(...)

      Ne trouvant point de compagnon, et m’abandonnant à Dieu et à saint Jacques, je marchai pendant beaucoup de jours, et je parvins, après bien des peines, au pays de Biscaye, où l’on mange du poisson. La ville de Fontarabie est au bord de la mer. J’allai de là à Saint-Sébastien, où le maître de l’auberge et sa femme me traitèrent avec une charité sans bornes. Ils me gardèrent cinq jours dans cette ville. On fit deux ou trois fois la quête pour moi. Je n’ai pas vu une belle figure dans cette ville.

        Je partis ensuite du bord de la mer et je m’avançai pendant longtemps dans l’intérieur du pays ; je marchai, et je parcourus cinq ou six villes dans lesquelles je fus traité avec beaucoup d’honneur ; enfin après avoir encore marché pendant beaucoup de jours, je parvins à la grande ville de Portugalete, où je séjournai quatre jours. J’en sortis seul, et j’allai à Santander, puis à Santillane et ensuite à San Vicente de Barquera, au bord de la mer, où je fus traité avec beaucoup de bienveillance. Je partis de là pour aller à San Salvador31, puis à la ville de Betanzos32. De là, avec beaucoup de peines, mais soutenu par le secours de Dieu, très fatigué et affaibli, je parvins enfin jusqu’au temple et au tombeau de saint Jacques, tout saint, glorieux, et la lumière du monde. Le corps de ce saint est dans la ville de Saint-Jacques en Galice. Je m’approchai de ce tombeau : je l’adorai la face contre terre, et j’implorai la rémission de mes péchés, de ceux de mes père et mère, et de mes bienfaiteurs ; enfin j’accomplis, avec une grande effusion de larmes, ce qui était le désir de mon cœur.

        • 30  Ceci semblerait indiquer que le diacre Verthanès(...)
        • 31  Il s’agit ici d’Oviedo, capitale des Asturies, d(...)

        De Compostelle à Guéthary par Finisterre et la côte

        Le corps du saint se trouve au milieu du saint autel, dans un coffre de cuivre jaune fermé de trois serrures. Sa statue est placée sur le saint autel : il est assis sur un trône avec une couronne sur la tête ; il est recouvert par un dôme en bois. L’église est en forme de croix, et elle a une grande et magnifique coupole, flanquée de deux clochers. Elle est divisée en trois parties, soutenues sur une seule voûte33. Elle a quatre portes. En sortant de l’église par celle du midi, on trouve un grand bassin auprès duquel sont des tentes blanches où se vend tout ce qu’on peut désirer, des médailles et des chapelets. Au-devant de la porte occidentale, on trouve une fontaine qui s’épanche au bas ; au-dessus de la porte orientale, on voit le Christ assis sur un trône, avec la représentation de tout ce qui est arrivé depuis Adam, et de tout ce qui arrivera jusqu’à la fin du monde, le tout d’une beauté si exquise qu’il est impossible de le décrire. Je séjournai en ce lieu pendant quatre-vingt-quatre jours, mais je ne pus y rester plus longtemps à cause de la cherté des vivres. J’y demandai l’absolution de mes péchés, aussi bien que de ceux de mes père et mère et de mes bienfaiteurs. L’endroit où est le saint corps est environné d’une grille de fer. Il y a encore à Saint-Jacques d’autres magnificences que je ne puis retracer dans cet écrit.

        • 32  En Galice, située dans l’enfoncement de la grand(...)

        Je pris la bénédiction de saint Jacques, je partis et je parvins à l’extrémité du monde, au rivage de la Ste-Vierge, dans un édifice qui a été construit de la propre main de l’apôtre saint Paul34 et que les Francs appellent Sainte-Marie de Finisterre.35 J’éprouvai beaucoup de peines et de fatigues dans ce voyage ; j’y rencontrai un grand nombre de bêtes sauvages très dangereuses. Nous rencontrâmes le vakner36, bête sauvage grande et très dangereuse : « Comment, me dit-on, avez-vous pu vous sauver, quand des compagnies de vingt personnes même ne peuvent passer ? » J’allai ensuite au pays de Holani37, dont les habitants se nourrissent aussi de poissons et dont je n’entendais pas la langue. Ils me traitèrent avec la plus grande distinction, me conduisant de maison en maison et s’émerveillant de ce que j’avais échappé au vakner.

        • 33  L’église de Saint-Jacques contient une partie so(...)
        • 34  Quelques mots oubliés dans le manuscrit, par le(...)
        • 35  Il existe effectivement, auprès du cap Finistère(...)
        • 36  J’ignore de quel animal on veut parler. Le voyag(...)

        Je parcourus ensuite beaucoup de villes situées sur le rivage de la mer universelle (l’Océan) ; je ne pouvais entendre la langue du pays, mais avec la lettre du pape j’obtenais de la bienveillance. Enfin je parvins dans une ville auprès de laquelle, mais un peu en dessous, coule un grand fleuve avec un pont de soixante-dix huit arches38. Je poursuivis mon chemin et j’arrivai dans la grande Bilbao, où je séjournai trois jours ; j’en partis ensuite, et je marchai durant vingt-sept jours, et j’arrivai dans la ville bénie de Gétharia, où je fus fort bien traité : j’y restai durant sept jours.

        • 37  J’ignore quel est ce pays. Je crois cependant qu(...)

        Incapable de marcher je pars de Guéthary en bateau

        Je trouvai en ce lieu un grand vaisseau qu’on me dit être du port, de 80 000 quintaux. Je m’adressai aux prêtres (de cet endroit), pour dire de me recevoir dans ce vaisseau : « Je ne puis plus aller à pied, les forces me manquent tout à fait.» Ceux-ci s’étonnaient de ce que j’avais pu venir à pied d’un pays si reculé. Ils allèrent trouver le chef du vaisseau : « Ce religieux arménien nous prie, lui dirent-ils, pour que vous le preniez sur votre bâtiment : il est venu d’un pays éloigné et il ne peut s’en retourner par terre. » On lui lut la lettre du pape, il l’écouta et dit : « Je le recevrai dans mon vaisseau, mais dites-lui que je vais parcourir la mer universelle, que mon vaisseau ne contient aucun marchand et que les hommes qui s’y trouvent sont tous employés à son service. Pour nous, nous avons fait le sacrifice de notre vie, nous mettons notre seul espoir en Dieu et nous pensons que là où la fortune nous portera, Dieu nous sauvera. Nous allons parcourir le monde ; il ne nous est pas possible d’indiquer où les vents nous porteront, mais Dieu le sait. Au reste, si vous avez aussi le désir de venir avec nous, c’est fort bien ; venez dans mon vaisseau, et ne vous inquiétez pas du pain, ni du boire et du manger ; pour vos autres dépenses, elles vous regardent, ces religieux y pourvoiront. Comme nous avons une âme, nous vous fournirons du biscuit et tout ce que Dieu nous a accordé. » Lorsque je revins à la ville, on répandit parmi le peuple, pendant la célébration du service divin, la nouvelle que le religieux arménien allait monter sur le vaisseau : « Rassemblez, disait-on, des vivres pour le salut de vos enfants et pour votre propre avantage. » On apporta tant de bonnes choses surtout en provisions qu’il était impossible d’en manquer. Nous entrâmes dans le vaisseau le mardi de la Quasimodo et nous parcourûmes le monde pendant soixante-huit jours, puis nous vînmes dans la ville de l’extrémité du monde39. Nous allâmes ensuite en Andalousie, dans la ville qui est au milieu de la mer ; nous restâmes dans cette ville pendant dix-neuf jours, parce que nous avions essuyé de grandes tempêtes et que notre navire avait éprouvé des avaries que l’on s’occupa à réparer en ce lieu. Cette ville est très jolie, petite, mais pleine de magnificence40.

        • 38  Je n’ai pu reconnaître cet endroit sur les côtes(...)
        • 39  Sans doute à Sainte-Marie de Finistère, dont il(...)

        De l’Andalousie, voyage de retour sans fin …

        Nous nous séparâmes en ce lieu et j’allai à Sainte-Marie de Guadeloupe41. Je me rendis de là à Séville, où je vis la reine Isabelle. Je repartis ensuite et je m’embarquai ; il nous fallut dix-huit jours pour aller au pays de Maghreb42, à cause de la violence du vent qui était contraire et de la tempête. Enfin nous arrivâmes à Salobrena. Je ne voulus plus rester sur le vaisseau. Après m’être reposé trois jours, je me mis en marche tout seul, pour pénétrer dans l’intérieur du pays des Magrébins43, et je passai une grande montagne44, qu’il me fallut deux jours et demi pour traverser, et j’arrivai à Grenade, capitale des Magrébins, qui a été prise par la reine. C’est une grand et riche ville ; j’y restai onze jours. Après cinq jours de marche, j’atteignis la grande Jaen qui possède un suaire du Christ.

        • 40  Cette ville que l’évêque arménien néglige de nom(...)
        • 41  Lieu de dévotion très célèbre à cette époque, si(...)
        • 42  Ce nom qui est arabe et désigne l’Occident s’app(...)
        • 43  Il est évident par ce passage que la dénominatio(...)

        J’allai de là à Baeza, de là à Oulvitha, puis à San-Estevan, à Bourghous, et ensuite à Chinchila où j’éprouvai des maux d’entrailles. J’y restai cinq jours pendant lesquels le médecin me fit une ordonnance qui me soulagea un peu. J’allai de là à Almanza, puis à Faladez, à Mouthen puis à la grande Xativa, qui contient vingt-cinq mille maisons45. Je tombai une seconde fois malade en ce lieu ; j’y éprouvai de grandes douleurs d’entrailles. Les religieux de cette ville me témoignèrent beaucoup d’amitié et me rendirent toutes sortes de services jusqu’à ce que je fusse guéri. Je partis ensuite et j’allai à Alzira ; de là je mis quinze jours46pour me rendre à la grande Valence, qui contient soixante-dix mille maisons ; j’y restai quatre jours. J’allai de là en vingt-et-un jours jusqu’à la grande ville de Barcelone qui contient quatre-vingt-dix mille maisons47 ; j’y séjournai six jours. Je me rendis de là à Perpignan48, puis traversant le pays de Catalogne, j’allai pendant trente-trois jours et je parvins au pays de Sicile49.

        • 44  Il s’agit ici de la partie des Alpuzares connue(...)
        • 45  La ville de Xativa, dans le royaume de Valence,(...)
        • 46  Il faut croire que l’évêque arménien employa ce(...)
        • 47  La grandeur de Valence et celle de Barcelone son(...)
        • 48   Cette ville appartenait depuis peu de temps à l(...)

        Je parcourus ensuite beaucoup de villes du pays des Français, et après un temps considérable, je parvins au duché de Milan ; j’arrivai ensuite dans Verceil, ville gardée par Dieu. On m’y traita avec les plus grands égards, et pendant quinze jours on me fêta de maison en maison. Que Dieu les en récompense ! J’allai ensuite dans la grande Alexandrie ; puis après beaucoup de jours j’arrivai dans la ville de Gênes où je vins pour m’embarquer et retourner dans mon pays, mais la mer était si orageuse et si agitée que je ne pus me mettre sur le vaisseau et que je fus obligé de revenir sur mes pas. Enfin, après de grandes fatigues et beaucoup de temps j’arrivai à Orviette, qui a été bâtie avec de grandes dépenses.

          Je parcourus ensuite beaucoup de villes telles que Montefiascone et Viterbe ; je vis encore plusieurs autres villes et enfin j’arrivai pour la seconde fois à Rome, aux pieds du prince des apôtres, le 20 février 945 (1496 de J.-C.), pendant le grand carême. J’allai ensuite à Santa-Maria50, où je m’embarquai et j’éprouvai encore des infortunes telles que j’aurais préféré la mort plutôt que de souffrir tant de dangers.

          • 49  Il faut supposer que l’évêque arménien a entendu(...)

          Notes

          1  Traduite de l’arménien et accompagnée du texte original par M. J. Saint-Martin, membre de l’Institut, Paris, 1827. Arzendjan, sur la rive droite de l’Euphrate, est à trois journées de distance, au sud-ouest d’Arz-roum. Ce récit est le seul qu’ait composé cet auteur.

          2  « Venise, à cette époque, était sans doute aussi bien peuplée qu’à présent ; je ne crois pas cependant qu’elle ait jamais contenu une aussi grande quantité de maisons. On trouvera, dans la suite de cette relation, d’autres indications du même genre. Je remarquerai ici une fois pour toutes, qu’elles paraissent fort exagérées, et qu’elles dépassent toujours les bornes de la vraisemblance. » (Note de l’éditeur)

          3  C’est-à-dire dorés.

          4  Il s’agit ici des quatre chevaux de bronze doré, apportés autrefois de Constantinople par les Vénitiens. Ils furent enlevés par les Français le 16 décembre 1797. Ils ont, comme on le sait, décoré pendant plusieurs années la place du Carrousel, d’où ils son retournés à Venise.

          5  Ces deux colonnes sont en porphyre ; elles furent apportées d’Orient, et érigées en 1173.

          6  Ce lion ailé, semblable au lion fantastique de St.-Marc, que l’on voyait dans les armoiries fantastiques des Vénitiens, fut apporté en France en 1797, avec les quatre fameux chevaux de bronze. On l’avait placé à Paris sur la place des Invalides.

          7  Il y a ici une erreur. C’est la statue de St.Théodore, l’un des patrons de la ville. Le saint est représenté foulant aux pieds un grand serpent.

          8  Il s’agit ici du quartier ou plutôt du faubourg appelé Rione di Rorgo, qui est situé au-delà du Tibre et qui contient le château Saint-Ange. A l’époque dont il s’agit, ce quartier n’était pas considéré comme faisant partie de la ville.

          9  « Les chrétiens demandèrent à Pierre de quitter la ville. Il ne voulut pas, mais finit par céder à leurs prières et se mit en route. Il parvint donc à la porte de la ville, comme nous lisons chez Léon et Linus, qui s’appelle maintenant Sainte Marie des Pas. Il vit  alors le Christ venir à lui et dit : «  Seigneur, où vas-tu ? » Le Seigneur répondit : « Je vais à Rome pour y être crucifié une seconde fois. » Et pierre dit : «  Seigneur, faut-il que tu sois crucifié à nouveau ? » Le Seigneur répondit : « Oui, il le faut ». Alors Pierre déclara : « Dans ce cas, je vais faire demi-tour, pour être crucifié avec toi. » Quand il eut dit cela, Le Christ s’éleva dans le ciel sous ses yeux. Pierre pleura beaucoup, comprit que le Seigneur avait parlé de son martyre et alla raconter l’histoire à ses frères. » Légende dorée, ch. De saint Pierre Apôtre.

          10  Saint Jean Baptiste et saint Jean l’évangéliste.

          11  Ce saint peu connu des occidentaux est au contraire fort révéré des Arméniens, qui lui ont accordé une place distinguée dans leurs martyrologes et célèbrent sa mémoire le 23 novembre. L’évêque arménien ne pouvait se dispenser d’en faire mention.

          12  Innocent VIII, élu le 29 août 1484. Il mourut le 25 juillet 1492, un an environ après que l’évêque d’Arzendjian eut quitté Rome.

          13  Si notre voyageur n’a pas été trompé par sa mémoire, ce que je suis fort disposé à croire, il paraîtrait qu’après avoir été jusqu’à Francfort-sur-le-Main, il serait revenu du côté du midi, car la ville dont il parle ne peut être que Fribourg dans le Brisgau. Cette ville située à quelques lieues du Rhin est comprise à présent dans les états du grand-duc de Bade. Le Brisgau est célèbre encore par la grande quantité de vignes que l’on y trouve. C’est de ce pays que viennent une partie des vins connus sous le nom de vins du Rhin.

          14  Capel est une petite ville au-dessus de Coblence, sur le Rhin, dépendante de l’ancien électorat de Trêves, et qui fit ensuite partie du département de Rhin et Moselle. Elle est actuellement comprise dans le grand-duché du Rhin, soumis au roi de Prusse.

          15  Quoique ce nombre soit évidemment exagéré, il n’est pas moins certain qu’à cette époque Cologne était une grande et belle ville, visitée par un nombreux concours de pèlerins. Elle était réellement alors une des cités les plus considérables et les plus peuplées de l’Allemagne. Quoique fort déchue maintenant, son enceinte est encore très grande.

          16  Il s’agit du tombeau des onze mille vierges. On voit que l’évêque arménien s’est trompé sur le nombre.

          17  L’auteur s’exprime, comme on voit, d’une manière un peu obscure. Il est probable que la ville qu’il désigne est celle de Spire, sur la rive gauche du Rhin, et dans laquelle on voyait effectivement à cette époque les tombes d’un grand nombre d’empereurs d’Allemagne.

          18  Je crois qu’il s’agit ici d’Aix-la-Chapelle, dont la principale église porte le nom de Sainte-Marie, et où il se trouvait effectivement autrefois une relique (indusium) de la Vierge très révérée, les langes du Christ, etc.

          19  Besançon faisait alors partie des domaines dont la maison d’Autriche avait hérité de la maison de Bourgogne, et où résidait à cette époque l’empereur Maximilien Ier, encore roi des Romains. Il succéda le 19 août 1493 à Frédéric III son père.

          20  Le saint suaire de Besançon était une des plus célèbres reliques que l’on vénérait autrefois.

          21  Peut-être l’auteur se servait-il partout de la langue italienne et ne trouva-t-il personne en Flandre qui la connût.

          22  Avant la révolution, la ville de Saint-Denis contenait effectivement un grand nombre d’églises. Il y en avait quatorze plus ou moins grandes, sans compter l’église abbatiale et un hôtel-dieu…Il y avait sept paroisses et deux monastères, indépendamment de l’abbaye.

          23  Il était d’usage autrefois de placer dans les trésors des églises ou de suspendre à leurs murs les objets précieux ou les curiosités naturelles que l’on voulait conserver. Ces lieux révérés servaient alors de musées. La tradition relative aux objets dont parle notre voyageur s’est conservée jusqu’à présent à Saint-Denis. Il paraît que ces ossements furent mis dans les caves de l’église où ils se sont détruits, peu de temps avant la révolution

          24  Il s’agit ici des deux portes latérales de l’église Notre-Dame.

          25  Quelques-unes des sculptures qui décorent la façade de Notre-Dame de Paris, et particulièrement celles qui se voient au-dessus de la porte principale, présentent encore des restes de dorure.

          26  Ces sculptures se voyaient effectivement autrefois, au-dessus des vingt-huit statues de rois. Elles ont été détruites.

          27   Il est évident que le voyageur veut faire allusion à la forme des croisées de l’église ; mais je ne suis pas sûr d’avoir bien saisi le sens, car ce passage me paraît corrompu.

          28  La mémoire du voyageur est ici en défaut, ou il s’est trompé en s’orientant ; la statue colossale de saint Christophe de Notre-Dame, fort connue des Parisiens, n’était point à gauche, mais à droite en entrant dans l’église. Elle fut abattue en 1784.

          29  Il est difficile de bien comprendre la pensée de l’auteur ; on ne sait s’il veut parler des deux bras de la Seine, qui, réunis, à leur sortie de la ville, qui ne s’étendait pas alors plus loin que l’endroit où le Pont-Neuf fut depuis placé, ne formait plus qu’une seule rivière, ou s’il croyait réellement que la moitié des eaux apportées par les deux bras de la Seine se perdait ou était consommée dans la ville. Je crois que le premier sens est plus conforme à sa pensée ; son texte cependant ne peut se traduire autrement que je l’ai fait.

          30  Ceci semblerait indiquer que le diacre Verthanès, qui avait entrepris le voyage d’Europe en compagnie de l’évêque d’Arzendjan ne le quitta qu’à Paris.

          31  Il s’agit ici d’Oviedo, capitale des Asturies, dont la principale église porte le nom de Saint-Sauveur qu’elle communiquait autrefois à la ville elle-même.

          32  En Galice, située dans l’enfoncement de la grande baie qui sépare la Corogne du Ferrol, à peu près à égale distance des deux villes.

          33  L’église de Saint-Jacques contient une partie souterraine qui supporte tout le poids du reste de l’édifice. C’est sans doute de cette circonstance que veut parler l’auteur arménien.

          34  Quelques mots oubliés dans le manuscrit, par le copiste, ou l’incorrection et la négligence du style de l’auteur rendent cette phrase fort obscure. Quoi qu’il en soit, il est évident qu’il est question ici d’un endroit ou d’un édifice religieux situé à l’extrémité de la Galice et consacré à la Vierge.

          35  Il existe effectivement, auprès du cap Finistère de Galice un petit bourg de Sainte-Marie, mais je n’ai trouvé nulle part des indications sur la miraculeuse fondation dont il est question ici. Le P. Henri Scherer, jésuite, a publié en 1730 et dans les années suivantes à Augsbourg une géographie universelle intitulée : Atlas novus, en quatre volumes in-4°. La troisième partie appelée Geographia Mariana, ce qu’on pourrait traduire par Géographie de la Vierge Marie, contient une indication de tous les lieux du monde où il se trouvait des images et des statues miraculeuses de la Vierge. Cet ouvrage nous apprend qu’on révérait au cap Finistère de Galice une merveilleuse statue de la Vierge, qu’on nommait de la Barque parce qu’elle était arrivée en Galice sur une barque qui n’avait personne pour la diriger.

          36  J’ignore de quel animal on veut parler. Le voyageur veut peut-être indiquer les ours ou les taureaux sauvages que l’on trouve effectivement en assez grand nombre dans les montagnes de la Galice et des Asturies. Je pense qu’il s’agit en effet de ces derniers animaux. Il existe peut-être dans le dialecte particulier de la Galice une expression propre à désigner ces animaux sauvages, telle que Vaco ou Baquer, ou d’autres à peu près semblables dérivées du nom de la vache Vaca.

          37  J’ignore quel est ce pays. Je crois cependant qu’il doit se trouver dans la Galice ou dans la province des Asturies. Peut-être le voyageur arménien a-t-il voulu parler de la ville de Llanes, située sur sur le bord de la mer à l’extrémité occidentale des Asturies, auprès du district de Montana, dépendant de la vieille Castille et qui sépare la Biscaye des Asturies.

          38  Je n’ai pu reconnaître cet endroit sur les côtes de la Biscaye.

          39  Sans doute à Sainte-Marie de Finistère, dont il a déjà été question ci-devant.

          40  Cette ville que l’évêque arménien néglige de nommer ne peut être que celle de Cadix ; située à l’extrémité d’une langue de terre fort étroite, elle est réellement environnée presque partout de la mer.

          41  Lieu de dévotion très célèbre à cette époque, situé dans la Nouvelle-Castille, au milieu des montagnes qui s’élèvent entre le Tage et la Guadiana, sur les frontières de l’Estramadure. On y révérait une statue de la Vierge, donnée dit-on par le pape saint Grégoire le Grand à saint Léandre, évêque de Séville. Elle était noire, mais cependant fort belle. On lui attribuait beaucoup de miracles contre les Maures.

          42  Ce nom qui est arabe et désigne l’Occident s’applique ici au royaume de Grenade ou plutôt à toute la partie de l’Espagne qui avait continué à être occupée par des Musulmans, jusqu’au temps du voyage de l’évêque arménien.

          43  Il est évident par ce passage que la dénomination arabe de Magrébins ou Mogrébins, qui signifie les occidentaux,…s’appliquait également à cette époque aux Maures qui étaient restés en Espagne. Les auteurs arabes donnent de même le nom d’Algharb ou de Magreb à l’Espagne et à la partie occidentale de l’Afrique.

          44  Il s’agit ici de la partie des Alpuzares connue sous le nom de Sierra Nevada à cause des neiges qui la couvrent.

          45  La ville de Xativa, dans le royaume de Valence, fut jusqu’à l’établissement de la dynastie française en Espagne une grande et belle ville ; elle tenait le second rang dans la province. Elle embrassa avec ardeur le parti de la maison d’Autriche, et elle soutint un siège opiniâtre à la suite duquel elle fut rasée de fond en comble par les ordres de Philippe V, qui permit cependant qu’elle fût relevée plus tard sous le nom de San Felipe qu’elle porte actuellement.

          46  Il faut croire que l’évêque arménien employa ce temps à parcourir le pays environnant, car il est impossible qu’il ait mis autant de jours pour se rendre directement de l’endroit désigné à Valence. La distance est à peine de deux très petites journées.

          47  La grandeur de Valence et celle de Barcelone sont très exagérées.

          48   Cette ville appartenait depuis peu de temps à l’Espagne ; elle faisait partie du royaume d’Aragon. Charles VIII l’avait cédée en 1493 au roi Ferdinand d’Aragon.

          49  Il faut supposer que l’évêque arménien a entendu par le nom de Sicile désigner la Provence. Il n’y avait pas encore quinze ans que cette province était réunie à la couronne de France et comme elle avait été possédée pendant plus de deux siècles par des princes dont le premier et le principal titre était celui de Roi de Sicile, il serait possible que l’usage se fût établi dans les provinces environnantes de donner à la Provence le nom de Sicile ou de pays du Roi de Sicile …J’ajouterai en faveur de cette explication une autre preuve tirée de la relation elle-même dont l’auteur dit qu’après son arrivée en Sicile, il parcourut beaucoup de villes du pays des Français, d’où il se rendit ensuite dans le duché de Milan. Pourrait-il s’exprimer ainsi s’il s’était embarqué pour la Sicile ?

          50  Sans doute Ostie dont Sta. Maria est la principale église.

          Pour citer ce document

          Martyr
          «Le voyage en Europe de Martyr, évêque arménien au XVe siècle», SaintJacquesInfo [En ligne], Textes, Témoignages et récits, mis à jour le : 29/05/2009,
          URL : http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=65

          Quelques mots sur :   Martyr

          Evêque arménien du XVe siècle