SaintJacquesInfo

Une publication attendue depuis 20 ans.
Depuis la Bohême jusqu’au bout du monde ...
Traité de paix et ambassades de bonne volonté de Georges, le « roi hussite »

Martin Nejedly

Résumé

Cet article présente l‘introduction écrite par Martin Nejedly pour la publication des récits de voyage de Léon de Rozmital et du récit de l’Ambassade envoyée par le roi Georges Podiebrad auprès du roi Louis XI en 1464. Il donne le plan de cette introduction très documentée, elle-même consultable comme document PDF.

Texte intégral

Image1

L’Europe, une Vierge dont le cœur est la Bohême

(atlas de Heinrich Bünting (1545-1606) Itinerarum Sacrae Scripturae)

C’est en 1985 que René de La Coste-Messelière fit entreprendre la première étude universitaire du voyage de Léon de Rozmital à travers l’Europe, en 1466-14671. Depuis longtemps son ambition était de rassembler tous les récits médiévaux de pèlerinages à Compostelle. A cette époque où il militait pour l’inscription des chemins de Compostelle comme Itinéraires Culturels Européens, ce voyage l’intéressait particulièrement. Certes l’itinéraire ne suivait pas les fameux « chemins historiques » auxquels il était particulièrement attaché mais, pour lui, ces voyageurs venus du fond de l’Europe témoignaient de l’importance du sanctuaire galicien. Beaucoup de voyageurs européens ont en effet visité ce sanctuaire et, à cette époque, sans connaissance de la totalité de leurs récits, on a eu tendance à faire de Compostelle le but exclusif de leurs voyages. En France, les deux récits du voyage de Léon de Rozmital n‘ont donné lieu jusqu’ici qu‘à des commentaires descriptifs ou des études fragmentaires de chercheurs locaux soucieux du regard que les Bohémiens avaient porté sur leur région, la plupart de ces études restant influencées par Compostelle. Aucune n’a cherché à connaître les raisons d‘un si long périple, certaines se demandant cependant si les voyageurs étaient pèlerins, militaires ou touristes, voire même diplomates. C’est pour pallier ce manque que j‘ai fait réaliser la première traduction française intégrale des deux relations du voyage de Léon de Rozmital.

En hommage à la mémoire de René de La Coste-Messelière, je les ai choisies en premier pour figurer dans la collection Autour de Compostelle dont l’initiative revient à la Fondation David Parou Saint-Jacques. J‘ai souhaité que cette collection ne se contente pas de présenter des textes jusqu’ici impossibles à consulter dans leur entier mais offre des notes abondantes, permettant de situer les lieux mentionnés et d‘identifier les personnages rencontrés par les voyageurs. Cet important travail d‘annotations n’avait jamais été réalisé dans aucune langue et contribue à l‘originalité et à la valeur de cet ouvrage. Ce travail est aujourd’hui considérablement allégé par les ressources que le chercheur peut trouver sur Internet. Cet outil moderne offre en particulier l’accès à de nombreuses cartographies et à des documents fiables et élaborés, permettant des recoupements et des vérifications rapides. Pour un seul ouvrage, le même travail réalisé en bibliothèque demanderait des années alors que quelques mois suffisent dorénavant.

Cet ouvrage ne présente pas seulement les deux récits de voyage, je leur ai adjoint un récit légèrement antérieur, celui de l’ambassade que le roi de Bohême avait envoyée en France deux ans plut tôt, en 1464, auprès du roi Louis XI ainsi que le texte du projet d’union européenne qui s’en était suivi. Seul ce projet de traité était bien connu et étudié par les milieux spécialisés. Il avait en effet été évoqué lors de la naissance de la Société des Nations, de celle de l’ONU, et réutilisé lors de l’entrée de la République Tchèque dans la communauté européenne en 2004. Le rapprochement de ces textes éclaire d’un jour nouveau le voyage de Léon de Rozmital et lui donne sa vraie dimension.

L’ouverture des échanges avec la République Tchèque a abouti à une collaboration fructueuse née un peu du hasard et grâce, encore une fois, à Internet. A la recherche des noms des conseillers de Louis XI, j’y ai trouvé le nom d’un spécialiste, Jean-François Lassalmonie. Non seulement il m’a renseignée avec une grande amabilité, mais encore il m’a mise en relation avec un jeune chercheur tchèque, Martin Nejedly, professeur à l’université Charles de Prague. Ce dernier, avec ses étudiants, travaillait le même sujet. Messages multiples, deux rencontres à Paris ont abouti à la longue introduction qu’il nous a fait l’honneur de rédiger pour cet ouvrage. La valeur de cette collaboration est inestimable. Elle nous permet de dépasser la vision du spectateur extérieur que nous avons été, et nous fait entrer dans celle du pays de Léon de Rozmital. Là où nous n’avions vu qu’un document historique, nous découvrons des textes qui ont été pour toute une génération un symbole de liberté et un espoir de la construction d’une Europe ouverte. En témoigne de surcroît l’image choisie par Martin Nejedly pour la couverture de cet ouvrage. Le Baron Léon prend ainsi une dimension nouvelle. Il n’est plus le visiteur étranger, il devient un lien puissant avec un pays dont la France a si longtemps été séparée.

En quelques pages et quatre parties, Martin Nejedly brosse un tableau de l’histoire de la Bohême du roi Podiebrad. Il permet de comprendre les origines de l’ambassade et du voyage de Léon de Rozmital. La masse des notes bibliographiques qu’il a accumulées témoigne de l’importance attachée à cette oeuvre en République Tchèque. Quittant ensuite l’habit du professeur, Martin Nejedly nous plonge dans l’univers fermé qui fut celui de son enfance. Il nous fait découvrir à quel point les enfants nés dans les années 1960 furent élevés dans la peur de l’Occident. Il nous révèle que les aventures de Léon de Rozmital qu’ils lisaient dans une édition illustrée les ont fascinés, sans doute autant que Jules Verne pour les générations françaises du XIXe et du XXe siècle. Avec lui ils ont rêvé de voyages et de découvertes d’autant plus intensément qu’ils croyaient que l’époque en était révolue à jamais. Pour eux ces voyages n’avaient pu avoir lieu « qu’ailleurs et autrefois ».

L’utilisation des caractères tchèques non reconnus par le logiciel Lodel, dans le texte de Martin Nejedly nous conduit à présenter son article sous forme de document PDF après en avoir donné le plan ci-dessous.

Denise Péricard-Méa

Les Pays Tchèques dans la tourmente de la révolution hussite

I. « Je congnois la faute des Boesmes... »

Le projet d’union des États européens conçu par le roi hussite Georges et son conseiller français Antonio Marini de Grenoble.

II. « Le culte de la paix ne peut exister sans la justice, ni la justice sans la paix »,

Le témoignage de l’écuyer Jaroslav sur l’ambassade à Louis XI de 1464

III. « Nous avons écouté à l’une des fenetres, et entendu comme ils se disputaient au sujet du Parlement ou de la rencontre des rois et des princes. »

Le voyage de Léon de Rožmitál en 1465-1467 à travers les récits de Vaclav Šašek de Bírkov et de Gabriel Tetzel

IV. « Il est facile de se procurer de l’argent et des richesses, non pas d’acquérir une renommée durable. »

Traité de paix et ambassades de bonne volonté du roi hussite – source d’inspiration pour l’Europe du XXIe siècle ?

V. « Je plante un palmier aujourd’hui pour que, après ma mort, mes descendants profitent des fruits de mon arbre. »

Lire l´article au format PDF Version PDF

Pour citer ce document

Martin Nejedly
«Depuis la Bohême jusqu’au bout du monde ... », SaintJacquesInfo [En ligne], Pèlerinage et société, Europe et pèlerinages, mis à jour le : 29/05/2009,
URL : http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=970

Quelques mots sur :  Martin Nejedly

Maitre de Conférence habilité en histoire médiévale Université Charles de Prague