Paris 2011

Session 4 - Tools for translators / Les outils du traducteur

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Anne-Marie Robert

Traduction et informatique dématérialisée : une réalité non virtuelle

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Résumé

Qu'est-ce que l'informatique dématérialisée ? Comment se manifeste‑t‑elle dans l'industrie de la traduction et sous quelles formes ? Quelles sont ses conséquences sur les environnements de travail, les pratiques professionnelles et la formation en traduction ? Cet article apporte des éléments de réponses à ces questions.

Full text/Texte intégral

Introduction

1De nouvelles technologies, accessibles uniquement via Internet, entraînent de nouveaux concepts et pratiques dans tous les secteurs de l'industrie. L'informatique dématérialisée en est une manifestation dans l'industrie de la traduction qui voit à son tour fleurir de nouveaux environnements de travail virtuels. Un nouveau virage technologique est en train de s'amorcer dans la profession : le traducteur dispose de nouvelles ressources en ligne facilement accessibles et mutualisables qu'il peut apprendre à maîtriser pour devenir plus performant.

Présentation de l'informatique dématérialisée

Origine, terminologie et définition

2Le terme anglais cloud computing est apparu aux États-Unis courant 2007. Le terme équivalent n'étant pas encore définitivement lexicalisé en français, plusieurs termes désignent ce concept : « informatique en nuage », « informatique dans les nuages », « informatique dématérialisée » ou encore « infonuagique ». La référence aux nuages (cloud en anglais) vient du fait qu'Internet est souvent représenté sous la forme de nuages dans des schémas informatiques symbolisant l'interconnexion de réseaux.

3Par souci de pragmatisme et de cohérence terminologique, seul le terme « informatique dématérialisée » est employé dans cet article.

4L'informatique dématérialisée est un terme générique qui désigne toutes les ressources informatiques (infrastructures, plates-formes, logiciels, services et solutions) uniquement accessibles via Internet. L'environnement informatique ainsi accessible à distance devient donc dé-matérialisé, c'est-à-dire virtuel.

Trois niveaux de dématérialisation

5Dans la pratique, l'informatique dématérialisée s'applique à trois niveaux.

6Au niveau de l'architecte, l'Iaas (Infrastructure as a Service ou infrastructure-service) correspond à la mise à disposition de ressources par un fournisseur pour diverses applications (serveurs, espaces de stockage, systèmes de calcul, applicatifs logiciels, bases de données, etc.).

7Au niveau du développeur, la PaaS (Platform as a Service ou plate-forme-service) correspond au développement et au déploiement d'applications personnalisées dans un environnement spécifique.

8Au niveau de l'utilisateur final, le SaaS (Software as a Service ou logiciel-service) correspond à l'exploitation de logiciels accessibles via un navigateur Internet.

Nouvelle génération d'outils en ligne pour les traducteurs

Externalisation informatique

9Un traducteur peut désormais recourir à l'informatique dématérialisée pour externaliser la gestion de tout ou partie de son système informatique. Il peut, par exemple, opter pour l'infogérance à distance de son serveur qui ne sera dans ce cas plus physiquement hébergé dans son bureau, mais le sera virtuellement chez un fournisseur extérieur. Il peut également décider de louer temporairement un serveur virtuel en prévision d'un pic d'activités afin de ne pas surcharger son serveur physique en interne. Ou encore, il peut choisir d'effectuer ses sauvegardes informatiques non pas sur un disque dur externe, mais sur un espace de stockage en ligne. Il peut enfin recourir à des logiciels-services pour gérer son activité en ligne (suite bureautique Microsoft Office 365 et messagerie électronique Google Gmail, par exemple).

Logiciels-services en traduction

10Depuis 2006, le traducteur peut utiliser des logiciels-services spécifiquement développés en ingénierie linguistique pour répondre aux besoins du marché de la traduction. Il n'achète plus un produit logiciel qu'il installe sur son ordinateur conformément à une licence, mais il loue l'utilisation à la demande d'un service logiciel uniquement accessible via Internet. Aucun matériel informatique et aucun personnel de maintenance informatique ne sont désormais nécessaires pour traduire avec des outils informatiques dédiés.

11Les logiciels-services en traduction actuellement disponibles via Internet ne présentent pas de profil type, ne s'adressent pas toujours au même public et ne proposent pas tous les mêmes fonctionnalités. Pour y voir plus clair dans la diversité de l'offre, voici un récapitulatif de neuf logiciels-services avec leurs particularités :

Éditeur : ByteTranslation (Italie) – Produit : Boltran – Public visé : traducteurs occasionnels – Fonctionnalité : mémoire de traduction – Gratuit

Éditeur : Crowdin (Ukraine) – Produit : Crowdin – Public visé : localisateurs – Fonctionnalités : TAO avec mémoires de traduction, gestion de flux et outils collaboratifs – Particularité : destiné à la localisation d'interfaces logicielles et d'interfaces Web destinées à la téléphonie mobile – Gratuit

Éditeur : Google (États‑Unis) – Produit : Google Translator Toolkit – Public visé : traducteurs amateurs – Fonctionnalités : mémoire de traduction publique partagée ou création d'une mémoire de traduction non partagée ou partagée uniquement avec des utilisateurs invités (avec possibilité d'importer une mémoire au format .tmx), bases de données terminologiques, messagerie instantanée et prétraduction automatique systématique avec Google Translate – Gratuit

Éditeur : GlobalSight Collaborate To Innovate (États‑Unis) – Plate-forme : GlobalSight – Public visé : agences de traduction et de localisation, éditeurs de logiciels indépendants, traducteurs et entreprises – Objectifs : communauté de développement collaboratif d'un système de gestion de traduction libre (open source) et souple – Payant : au mois

Éditeur : Lingotek (États‑Unis) – Produit : Lingotek – Public visé : agences de traduction et entreprises – Fonctionnalités : plate-forme de traduction collaborative avec mémoire de traduction publique, bases de données terminologiques, gestion de projet et prétraduction automatique avec Google Translate et Microsoft Bing – Payant : au mois

Éditeur : GeoWorkz (États‑Unis) – Produit : Translation Workspace – Public visé : traducteurs, agences de traduction et entreprises – Fonctionnalités : TAO avec gestion de projet, conversion, mémoires de traduction, bases de données terminologiques, révision, et assurance qualité – Particularité : système hybride avec centralisation d'outils accessibles uniquement en ligne (mémoires de traduction, bases de données terminologiques, etc.) et installation d'outils sur son ordinateur (barre d'outils spécifique sous Word, logiciel XLIFF Editor pour la prise en charge de fichiers balisés, etc.) – Payant : au mois, avec différents tarifs en fonction du seuil de nombre de mots choisi

Éditeur : Wordbee (Luxembourg) – Produit : Wordbee Translator (une version Freelance et une version Team) – Public visé : traducteurs, agences de traduction et entreprises – Fonctionnalités : TAO avec mémoires de traduction, gestion de projet, bases de données terminologiques, révision, outils collaboratifs et possibilité de prétraduction automatique avec Google Translate – Payant : au semestre ou à l'année

Éditeur : Wordfast LLC (France) – Produit : Wordfast Anywhere – Public visé : traducteurs – Fonctionnalités : TAO avec mémoires de traduction et bases de données terminologiques ; mémoire de traduction publique et prétraduction automatique en option – Gratuit

Éditeur : XTM International (Royaume‑Uni) – Produit : XTM Cloud (trois versions Freelance, Small Group et LSP) – Public visé : traducteurs et agences de traduction – Fonctionnalités : TAO avec mémoires de traduction, bases de données terminologiques et gestion des flux – Payant : au mois, avec différents tarifs en fonction du seuil de nombre de mots choisi

Virtualisation de l'environnement technologique du traducteur

Vers de nouveaux modèles

12Vers un nouveau modèle de distribution en ligne de ressources. Le traducteur passe d'un environnement de travail physique à un environnement de travail virtuel et n'exerce plus avec ses propres outils installés sur son ordinateur, mais avec des outils numériques accessibles via Internet. Cette évolution facilite la vie du traducteur qui est désormais en mesure d'utiliser l'ensemble de ses outils virtuels à partir de tout ordinateur connecté à Internet.

13Vers un nouveau modèle économique. Le traducteur passe de l'achat de produits à la location de services. Il peut, par exemple, passer de l'achat de licences logicielles dont les produits sont installés sur son ordinateur à la location de logiciels-services accessibles en ligne, avec tarification à la demande ou à l'utilisation (à l'heure, au mois, à l'année, au giga-octet consommé, au volume de mots, à l'utilisateur, etc.). Le logiciel n'est dans ce cas plus un produit, mais un service, et le réel fait place au virtuel.

14Vers un nouveau modèle de gestion informatique. Le traducteur passe d'une gestion manuelle individuelle (ou externalisée auprès d'un fournisseur moyennant finances en cas de manque de savoir-faire ou de temps) à une gestion entièrement automatisée de ses ressources informatiques. Ces ressources sont accessibles en temps réel, en tout lieu et à tout moment sans que le traducteur ait à se préoccuper de leur gestion, de leur maintenance et de leur mise à jour ou à niveau, lesquelles s'effectuent en toute transparence. La gestion de l'environnement technologique du traducteur s'en trouve de fait grandement simplifiée.

15Vers un nouveau modèle de travail collaboratif. La plupart des nouveaux logiciels‑services proposent des fonctionnalités de travail en mode collaboratif (en partageant des mémoires de traduction, en mettant des bases de données terminologiques à jour de façon dynamique, en partageant des informations centralisées, en utilisant un système de messagerie instantanée intégré pour demander conseil, etc.). Le traducteur passe d'un mode de travail individuel et parfois solitaire à un mode de travail collaboratif virtuel qui lui permet d'appartenir à une communauté à l'échelle internationale. Il est ainsi en mesure de mutualiser et de partager des connaissances, des compétences et des ressources en vue d'améliorer son efficacité au travail, y compris au sein d'équipes virtuelles dans le cadre de gros projets multilingues.

Vers de nouvelles pratiques professionnelles

16L'entrée de l'informatique dématérialisée dans l'environnement technologique du traducteur amène inexorablement à de nouvelles pratiques professionnelles.

17Cette (r)évolution implique une phase de transition chez les acteurs du marché de la traduction, qui passe par la prise de conscience de la montée en puissance de ce nouveau modèle et des avancées technologiques qu'il apporte au mode d'exercice de la profession de traducteur :

  • environnement de travail réel virtualisation de l'environnement de travail

  • statisme externalisation

  • investissement en informatique aucun investissement en infrastructure

  • produit service

  • achat location/abonnement avec tarification à l'utilisation

  • cloisonnement des ressources mutualisation et partage des ressources

  • ressources statiques ressources dynamiques

  • isolement universalité

  • travail en solo communauté collaborative

  • gestion informatique humaine de tâches techniques chronophages gestion informatique automatisée

  • gestion manuelle des versions et de la compatibilité gestion transparente

  • installation sur un seul ordinateur physique aucune installation nécessaire et accès via tout ordinateur connecté à Internet

  • accessibilité ponctuelle accessibilité en temps réel

  • disponibilité sujette à des dysfonctionnements continuité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7

18Les fournisseurs et éditeurs de logiciels (y compris en ingénierie linguistique) invitent les acteurs de l'industrie de la traduction à prendre un nouveau virage technologique et à ajuster en conséquence leurs pratiques professionnelles.

Vers un nouveau type de formation en traduction

19L'informatique dématérialisée va progressivement entrer dans l'environnement technologique du traducteur. Les formations initiales en traduction, qui préparent les traducteurs de demain, seront sans doute amenées à adapter leur cursus professionnalisants à ces évolutions technologiques. L'informatique dématérialisée pourra également simplifier la gestion des salles d'informatique en assurant une évolutivité transparente ne requérant aucune maintenance et financièrement plus abordable. Dès lors, pourquoi ne pas envisager l'accessibilité de l'informatique dématérialisée également aux étudiants qui pourraient alors bénéficier de tous les outils utilisés au cours de leur formation à partir de tout poste connecté à Internet ?

20Quant aux traducteurs déjà en exercice, la formation continue pourrait les accompagner sur la voie du réseautage participatif, du travail collaboratif et de l'utilisation de nouvelles fonctionnalités dynamiques.

21La capacité d'adaptation des traducteurs d'aujourd'hui et de demain permettra une transition vers un nouvel environnement de travail qui sera, lui, une réalité non virtuelle.

Conclusion

22L'informatique dématérialisée, qui arrive progressivement dans l'industrie de la traduction et commence à bousculer les pratiques professionnelles, est synonyme de simplification, d'évolutivité, de mutualisation, de productivité et d'efficacité. Elle entraîne néanmoins une ultradépendance aux connexions permanentes à Internet et multiplie les risques de failles sécuritaires. Il s'agit là d'une autre réalité non virtuelle.

Bibliographie

Site Web de Boltran : http://www.boltran.com/home.seam

Site Web de Cloud Computing Journal : http://cloudcomputing.sys-con.com/

Site Web de Crowdin : http://crowdin.net/

Site Web de GlobalSight : http://www.globalsight.com/

Site Web de Google Translator Toolkit: https://www.google.com/accounts/ServiceLogin?service=gtrans&passive=true&nui=1&continue=http://translate.google.com/toolkit?hl%3Dfr&followup=http://translate.google.com/toolkit?hl%3Dfr&hl=fr

Site Web de Lingotek: http://www.lingotek.com/

Site Web de Microsoft Office 365: http://office365.microsoft.com/en-US/online-services.aspx

Site Web de MySaas.fr : http://mysaas.fr/tag/saas/

Site Web de Translation Workspace: https://www.geoworkz.com/

Site Web de Wordbee Translator: http://www.wordbee.com/

Site Web de Wordfast Anywhere: http://www.wordfast.net/index.php?whichpage=anywhere&lang=engb

Site Web de XTM Cloud : http://www.xtm-intl.com/xtmcloud

To cite this document/Pour citer ce document

Anne-Marie Robert , «Traduction et informatique dématérialisée : une réalité non virtuelle», Tralogy [En ligne], Session 4 - Tools for translators / Les outils du traducteur, Tralogy I, mis à jour le : 21/05/2014,URL : http://lodel.irevues.inist.fr/tralogy/index.php?id=123

Quelques mots à propos de :  Anne-Marie Robert

SFT (Société française des traducteurs, syndicat national des traducteurs professionnels)