Paris 2011

Conference Conclusions / Conclusions de la conférence

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Nicolas Froeliger

Tralogy II, conclusions et perspectives - Le cavalier, ses traces, sa course, son amour, mais pas sa mort : de l’aide à la traduction à l’aide aux traducteurs

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Notes de la rédaction

Par rapport à l’intervention de clôture du colloque, disponible en vidéo sur ce site, cette contribution a été délestée des remerciements. Le nom des différents intervenants y a par contre été ajouté, en gras et entre parenthèses, au fil du texte.

Full text/Texte intégral

1En clôture de ce très beau et très encourageant colloque, je commencerai par un acte de lâcheté : celui qui consiste à se cacher derrière les paroles d’un autre, en l’occurrence celles de Cornelius Castoriadis :

Certes nous parlons de la représentation […] et ce que nous en disons n’est pas entièrement vain. Nous le faisons en utilisant des fragments que nous fixons, qui jouent le rôle de termes de repérage, à quoi nous accrochons des termes du langage, de sorte que nous pouvons approximativement savoir quand même « de quoi nous parlons » ; mais nous […] utilisons ces termes comme un cheval qui galope utilise des plages du sol ; ce ne sont pas ces plages, c’est le galop qui importe. Qu’il y ait sol et traces, est condition et conséquence de la course ; mais c’est la course que nous voudrions saisir. À partir des traces des sabots, on peut éventuellement reconstituer la direction du cheval, peut-être se faire une idée de sa vitesse et du poids du cavalier ; non pas savoir qui était celui-ci, ce qu’il avait dans la tête, et s’il courait vers son amour ou vers sa mort. (Castoriadis, 1975, p. 377)

2On lira dans ce passage une métaphore des préoccupations qui ont conduit aux deux premières éditions de Tralogy :

  • Que traduit-on, en effet ? Des mots, de la langue, de la forme, du discours, ou de l’intention ? Du continu ou du discret ? La course, le galop, où les traces dans le sol ?

  • Comment s’y prend-on ? A partir de quoi, en procédant à quels enrichissements, avec quelles aides, quels manques, quels besoins ?

  • À qui nous adressons-nous quand nous traduisons, au nom de quoi, pour qui et dans quel but ?

3Et s’il fallait résumer ces attentes par quatre mots, ces mots – ce quarté – seraient agilité, adaptabilité, utilisateurs, partage.

Du réconfort procuré par les oppositions

4Mais d’abord, on peut tenter de se rassurer en posant la problématique en termes d’opposition. Dans ce cas, on considérera tout d’abord qu’un traducteur humain – un biotraducteur, selon un néologisme popularisé par Caroline Subra-Itsusutji au sein de la Société française des traducteurs et dû initialement à l’auteur de science-fiction Jean-Louis Trudel (2002) – s’attache à traduire le galop, ce que le cavalier a à l’esprit et la direction qui est la sienne. Il opère certes à partir des traces et du sol, mais c’est pour mieux s’en arracher. Castoriadis, encore lui, dirait que la traduction humaine est une activité qui se situe dans un au-delà des perspectives héritées du langage, en ceci qu’elle permet toujours de répondre à un usage inédit de celui-ci, c’est-à-dire de faire ou de laisser advenir la nouveauté. Au rythme et avec le panache immémorial que l’on associe à l’art équestre. Deuxième terme de l’opposition, les outils informatiques : ils peinent à s’élever par rapport au sol et aux traces, mais ils se montrent incomparablement plus rapides, sont très modulaires (Papula) et s’appuient sur une puissance de traitement en progression exponentielle, qui fait craindre à certains biotraducteurs d’être engouffrés par cette marée montante : et c’est la mort du cavalier.

5Si nous nous situions dans la logique de cette opposition, le nom Tralogy ne serait pas un mot valise – traduction et technologie –, mais plutôt un oxymore : une alliance de contraires, une chimère. Une tentation aussi, car on pourrait aisément proposer une histoire de la traduction qui soit structurée comme une succession d’antithèses qui jamais n’épuisent le sujet, mais toujours structurent le débat, cédant la place l’une à l’autre : entités discrètes ou pesée globale, lettre ou esprit, fidélité ou infidélité, sourciers ou ciblistes, équivalence d’effet ou équivalence dynamique, traduction littéraire ou traduction professionnelle, invisibilité ou affirmation… Il nous faudrait alors réfléchir et travailler dans un univers où, d’un côté, on traduit malgré la langue et, de l’autre, on traduit à partir d’elle. C’est souvent ainsi que l’on dépeint la relation entre l’humain et la technique : celle-ci amplifie nos capacités d’action, mais cette amplification peut fort bien se payer par une simplification – voire par une substitution pure et simple. Après L’homme augmenté, de Bernard Claverie (2010), viendrait alors L’homme simplifié, de Jean-Michel Besnier (2012).

6Mais ce ne sont ni notre vision ni notre choix. Nous pensons en effet qu’il est plus fructueux de raisonner en termes de complémentarité, et de se demander comment faire pour que l’humain et la machine trouvent une forme de composition grâce à laquelle le cavalier aille plutôt vers son amour – et qu’il arrive plus vite à destination. Il faut donc dépasser les binaires.

De l’intérêt d’un dépassement des binaires

7Ce dépassement, nous le considérons comme indispensable pour comprendre les professions langagières aujourd’hui et pour inventer ensemble celles de demain. Quatre ingrédients sont pour cela nécessaires :

  • il faut tout d’abord réintégrer la technique et la technologie parmi les sciences humaines, thème qui mériterait à lui seul un colloque entier et sur lequel je ne m’appesantirai donc pas. C’est cette approche, en tout cas, qui peut permettre de passer de l’aide à la traduction à l’aide aux traducteurs, comme on commence à l’entendre dire çà et là, et comme nous y exhortent ces grands penseurs de la technique que sont Georges Simondon (1969) et André-Georges Haudricourt (1998) ;

  • il faut ensuite raisonner à partir des évolutions en cours dans le monde professionnel, en se posant la question du politique, comme l’a montré la session inaugurale de ce colloque : traducteurs, spécialistes du TAL, enseignants, chercheurs, étudiants, nous avons des intérêts à défendre, des attentes, des souhaits. Mais pour nous diriger vers une vision commune qui soit cette fois au service de tous et qui suppose une mise en valeur concomitante du multilinguisme et des échanges entre les groupes humains, avec les moyens d’aujourd’hui et de demain, c’est ensemble qu’il nous faut réfléchir et travailler. Après le Canada lors de notre première édition, ce sont ici les pays baltes – Estonie, Lettonie, Lituanie – que nous avons souhaité mettre à l’honneur, notamment dans notre session 1 (Problématiques et exemples sur les rivages de la Baltique). Et ceux-ci ont répondu présents. Il s’agissait aussi, par ce choix géographique, d’aller à l’exemplarité : l’exemplarité qui peut être celle d’entités redevenues pleinement souveraines depuis peu de temps et dont les langues nationales sont dites « à faible diffusion » à l’heure où certains rapports – peut-être alarmistes – prédisent une mort prochaine à 21 des 301 langues officielles parlées au sein de l’Union européenne, ce qui pose notamment des problèmes pour la constitution de corpus comparables (Huotari) et, tout simplement, de présence dans le monde des technologies langagières. Au vu des présentations de ce colloque, on peut être raisonnablement rassuré sur ce point (Blancafort, entre autres) et sur le dynamisme des langues qui ne sont petites que par le nombre de leurs locuteurs natifs, dynamisme qui passe par des entreprises innovantes (Papula, Vasiljevs). Comment répondre au-delà ? Politiquement d’abord, ce qui suppose (Saudargas) une prise de conscience citoyenne qui conduise à replacer au cœur du processus l’utilisateur et l’accès aux ressources, mais un accès approfondi, qui ne doit pas se limiter à une langue anglaise qui n’a pas non à plus brider la manière dont nous définissons la difficulté.

  • Troisième point, il faut insérer un terme supplémentaire dans notre opposition de départ. Ce troisième terme, c’est le concept de sens. Le sens, conçu comme idée intelligible, accessible via un mode de représentation, a d’abord été laissé de côté par la linguistique classique, qui considérait que tel n’était pas son objet d’étude. Il y est revenu avec la pragmatique ou la linguistique de l’énonciation, au moment même où la théorie interprétative de la traduction en faisait son pilier porteur – au point de se faire qualifier de théorie du sens. Il s’agit aujourd’hui de l’intégrer à la traduction automatique statistique, dans une démarche qui aille au-delà de l’analyse linguistique pour formaliser et présenter des analyses sémantiques (Hajic). En somme, le sens a non seulement plusieurs sens (lexico-sémantique, pragmatique, implicite…), mais il est au carrefour de nos convergentes préoccupations. D’où le titre principal de ce colloque (Trouver le sens : quels sont nos manques et nos besoins respectifs) et en particulier sa session 2 (Sens et machine).

8On aurait pu s’attendre, ici, à entendre formuler différentes objections à la traduction automatique (TA) – et c’est le contraire qui s’est produit avec un projet d’hybridation entre machine et principes pragmatiques (Farwell) ou des réalisations concrètes pour réduire l’ambiguïté lexicale (Apidianaki), par exemple en jouant sur la granularité de l’analyse (Popescu) ou sur la prise en compte d’un contexte cognitif. Et apparemment, c’est formalisable, avec évidemment des problèmes d’intégration.

9Il reste, quatrième point, un obstacle à lever pour qu’une véritable circulation intervienne sur le carrefour du sens. Cet obstacle, c’est la relation orageuse entre traductologie et linguistique, relations qui rappellent à bien des égards celle incarnée, avec beaucoup de naturel, par Élisabeth Taylor et Richard Burton dans Qui a peur de Virginia Woolf ?

10Ce n’est pas le lieu, ici, de refaire l’historique des liens problématiques entre ces deux disciplines, d’autant qu’un colloque s’en chargera en octobre 2013, à Nancy2. Je n’en dirai donc que quelques mots. On peut très bien, depuis qu’a été dépassée la traductologie contrastive – celle qui se sert de la traduction avant tout pour étudier la langue – se passer des approches linguistiques dans bien des domaines de la traductologie. On n’en a pas besoin pour réfléchir à la part de l’interculturel, aux questions de traduction littéraire, aux stratégies intellectuelles qui mènent à un texte efficace, au rôle de la traduction et des textes traduits dans la société, à la psychologie des traducteurs, à l’insertion de la traduction dans une chaîne de communication… À l’inverse, le traitement automatique du langage, lui, travaille à partir de systèmes de pensée linguistiques et informatiques : formalisation et systématisation. Pour faire que se rencontrent véritablement biotraduction et ingénierie des langues, il faut donc accepter de réintégrer une part de linguistique dans le débat. Revoilà notre souci pour l’utilisateur – celui-ci étant soit traducteur soit, plus largement, citoyen. On l’a notamment vu dans notre session trois (TA et biotraduction).

11Celle-ci est allée beaucoup plus loin dans le concret, en faisant un détour à la fois par la psychologie et les buts des groupes considérés, ainsi que par les aspects cognitifs et ergonomiques (Carl). Cela suppose d’avoir une approche réellement textuelle (Moorkens, Doherty et al.), contextuelle et sémiotique (Honkela) – et de pouvoir faire des comparaisons, mais cette fois chiffres à l’appui, pour montrer à la fois (Peraldi) que la biotraduction a encore de beaux jours devant elle, et que la rencontre est prometteuse. Oui, la conciliation est possible, et il est des ménages à trois qui durent (Kübler).

12Au-delà, il importait de déterminer ce sur quoi biotraducteurs et chercheurs peuvent travailler ensemble – et comment. Quelles demandes les biotraducteurs formulent-ils à l’égard de développements technologiques pour augmenter leurs capacités de traduction, ou les seconder dans les activités annexes indispensables à l’acte de traduire lui-même ? Nous trouvons ici le rôle de la terminologie et de la lexicologie qui ont fourni la matière de notre session quatre (Terminologie et lexicologie, donc), avec le basculement et l’amplification très concrète de la dictionnairique par l’électronique (Bernard), ce qui suppose évidemment une part conséquente d’ingénierie (Valiukas). Ces deux préoccupations ont pour confluent la notion de service (Gornostay et al., notamment), et le cloud est leur lieu de prédilection, avec des besoins de filtrage des corpus (Blancafort).

13Autre condition pour que cette rencontre soit fructueuse, il fallait que chacun soit décidé à parler non pas tant de ce qu’il sait faire, mais de ce qu’il ne parvient pas à faire seul, comme nous y invite le sous-titre de notre colloque. Car n’oublions pas qu’une des règles élémentaires de la traduction – en tout cas de la traduction pragmatique – consiste à se mettre à la portée de son auditoire. Je rappelle que c’était une des faiblesses identifiées à l’issue de Tralogy I : nous étions certes parvenus à faire se parler traducteurs, traductologues et spécialistes du traitement automatique du langage, mais presque tous étaient restés à l’intérieur de leur logique et de leurs limites disciplinaires respectives. Avons-nous obtenu cette fois ce que nous souhaitions ? Oui, dans une très large mesure. L’adjectif imparfait est beaucoup revenu lors des présentations et des échanges. C’est bon signe. C’est le signe que nous avons besoin les uns des autres, et besoin de penser aux utilisateurs de nos recherches. On est d’ailleurs frappé par le fait que tout le monde insiste sur les insuffisances de sa spécialité considérée en termes étroits, mais que les enrichissements et hybridations proposés sont très divers : on continue de chercher, mais maintenant, on cherche à plusieurs. Bientôt, peut-être, nous chercherons tous ensemble.

14Le point de rencontre idéal à cet effet était la session six (Didactique, enseignement, apprentissage). C’est ici, en effet, que les compétences se préparent et se rejoignent – se comparent, aussi : traduction orale et traduction automatique, par exemple (Toudic et al.), mais permettent également une hybridation avec la pédagogie (Barone et Cenamo), même si, là encore, on sent bien qu’il existe des résistances, notamment vis-à-vis de la postédition (Sahin). Le mot clef, en tout cas, est ici la recherche d’une interaction (Tomaszkiewicz), fondée par exemple sur les protocoles de verbalisation, dans un univers en pleine mutation.

15C’est bien la preuve que dans les problématiques de traduction, au sens large, l’activité scientifique, la vie professionnelle et l’enseignement doivent aller de pair pour s’étayer et s’enrichir mutuellement. Et bien sûr, la recherche et la mise en application de la traduction automatique ont un coût, qui doit être placé en regard d’un service attendu, dont l’efficacité doit à son tour pouvoir être mesurée. Nous retrouvons là l’épineux sujet de la qualité, objet de notre session 5 (Mesure de la qualité en TA).

16C’est sur ce point, peut-être, que les positions de départ étaient les plus éloignées : évaluer, par exemple, la pertinence d’une traduction automatique au moyen d’un code tel que BLEU ne peut que sembler aberrant aux traducteurs humains, puisque cette démarche, quand bien même elle repose sur plusieurs traductions possibles (ce qui n’est pas le cas d’autres métriques), s’appuie, contre tous les principes de la traduction humaine, sur une équivalence posée en termes de mots3. De même, la métrique et la biotraduction n’ont pas, il s’en faut de beaucoup, la même définition du mot erreur. Beaucoup de progrès ont été faits à cet égard, notamment pour élaborer un mode d’évaluation partagé entre biotraduction et TA, en réfléchissant aussi aux obstacles à une telle ambition (Uszkoreit). On constate au demeurant, ici et ailleurs, que l’apprentissage se fait dans les deux sens et que beaucoup reste à faire pour maximiser l’accord (Yvon) et corriger les biais (Papula et Arranz et al.), en particulier grâce à la traductologie de corpus, apte à détecter, par exemple, la tendance au calque (Loock). Globalement, en tout cas, il semble qu’on commence, sur ces sujets, à parler la même langue.

17Déjà, cette session 5 nous projetait vers l’avenir, et l’avenir se bâtit à partir de la recherche. Il fallait donc ensuite envisager quelles pistes se dessinent à cet égard, et notamment dans les thèses en cours, dont certaines s’annoncent extrêmement prometteuses (session 7 : Pistes pour la recherche).

18Et il se pourrait bien que ces pistes soient cognitives : c’est par là, entre autres, que la convergence peut s’opérer, en permettant un enrichissement multimodal du langage par l’expérience afin de construire du sens, avec, dans l’enseignement comme dans la traduction automatique, le leitmotiv de l’interaction, de l’intégration (Cenamo) et de l’interdisciplinarité conçue dans un sens large, dynamique, concret et ambitieux (Sturm et Honkela).

19Agilité, adaptabilité, utilisateurs, partage, donc. Voilà nos objectifs. Notre métaphore cavalière m’a ainsi fourni l’occasion de revenir sur le découpage que nous avions souhaité pour ce colloque, pour tenter de reconstituer le galop à partir des traces. Cette manifestation devra-t-elle alors être comparée à Bucéphale, fougueux destrier d’Alexandre le Grand, ou plutôt à Bouton d’or, placide monture du jeune d’Artagnan ? C’est à ses participants et à ceux qui lisent ces actes de le dire.

20Ce que nous attendons, nous, en tout cas, de cette cavalcade, illustrée d’ailleurs par le rythme des interventions, c’est d’abord une meilleure adéquation entre nos différentes communautés – et notamment des outils d’ingénierie linguistique qui soient réellement conçus en interaction avec leurs utilisateurs. J’ai parlé tout à l’heure d’invisibilité du traducteur. Celle-ci est redoublée, on l’a vu (Uszkoreit), par une relative invisibilité des technologies langagières : les deux sont présents partout, mais encore guère visibles. Nous sommes ici pour y remédier, par le passage de l’innovation, qui est déjà là, à l’application, qui vient plus lentement.

21En 2005, Daniel Gile faisait le constat suivant : « Le périmètre sociologique de la traductologie explique que les chercheurs en traduction automatique, par exemple, ne soient perçus ni par eux-mêmes ni par le reste de la communauté traductologique comme des traductologues : ils sont en partie linguistes, en partie informaticiens, et ne cherchent pas l’interaction avec les traductologues. » (Gile, 2005, p. 242). C’est ce qui est en train de changer grâce à des manifestations telles que Tralogy : l’interaction est maintenant recherchée, et qui plus est par les deux parties. C’est une évolution plus que remarquable pour qui a en mémoire certains débats des décennies passées.

22C’est ensuite le dépassement de certains fantasmes technolâtres (les algorithmes vont remplacer les biotraducteurs) ou technophobes (les machines sont une menace et en plus elles ne peuvent pas fonctionner), et dont la version contemporaine serait de dire (Hagic) certes, les machines ont encore besoin des traducteurs humains, mais c’est seulement provisoire : elles sauront bientôt se débrouiller toutes seules, et pas seulement dans leurs modes d’apprentissage. Nous ne sommes pas sûrs d’avoir envie d’être d’accord sur ce point. Nous pensons plutôt que la traduction professionnelle aura toujours besoin de traducteurs professionnels – et estampillés biotraducteurs –, mais il existe à côté un fort potentiel de développement de la TA à bas coût, avec également entre ces deux pôles des zones d’hybridation. Notre vision, c’est celle (Kluvanec) pour qui le traducteur est le garant ultime de la qualité et du respect de l’intention initiale.

23Ce que nous attendons c’est enfin, répétons-le, un meilleur service rendu à la société dans son ensemble. Notre tâche n’est pas achevée, loin de là, notamment pour concrétiser ce qui n’existe encore qu’en laboratoire. Il y aura donc un troisième colloque Tralogy, à bâtir sur les fondations établies par les deux premiers.

Bibliographie

Bellos, David, 2012, Le poisson et le bananier. Une histoire fabuleuse de la traduction, Paris, Flammarion.

Besnier, Jean-Michel, 20122, L’homme simplifié, Paris, Fayard, Essais.

Castoriadis, Cornelius, 1975, L’Institution imaginaire de la société, Seuil, Collection Esprit, Paris.

Claverie, Bernard, 2010, L’homme augmenté, Néotechnologies pour un dépassement du corps et de la pensée, Paris, L’Harmattan.

Gile, Daniel, 2005, La traduction – La comprendre, l’apprendre, Paris, Presses universitaires de France, collection Linguistique nouvelle.

Haudricourt, André-Georges, 1988, La technologie, science humaine : recherches d’histoire et d’ethnologie des techniques, Paris, Éditions MSH.

Simondon, Georges, 1969, Du Mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier, Montaigne.

Trudel, Jean-Louis, 2002, Le Revenant de Fomalhaut, Montréal, Médiaspaul.

Footnotes/Notes

1  Nous ne parlons pas, ici, des 23 langues officielles de l’UE, mais des 30 langues qui, au sein de chaque État membre, possèdent un statut officiel (le catalan en Espagne, par exemple).

2  Linguistique et traductologie : les enjeux d’une relation complexe, à Nancy les 18 et 19 octobre 2013, sous la direction de Catherine Delesse et Yvon Keromnes, Colloque international, organisé par l’IDEA (Université de Lorraine), l’ATILF (Université de Lorraine) et le LiLPa (Université de Strasbourg).

3  Ce à quoi les spécialistes du traitement automatique du langage (Joseph Mariani, coorganisateur de ce colloque, par exemple) répondront que c’est certes une mesure imparfaite, mais qu’elle a le mérite d’exister et d’être assez bien corrélée avec un jugement humain, surtout peut-être pour les traductions moyennes ou médiocres…

To cite this document/Pour citer ce document

Nicolas Froeliger , «Tralogy II, conclusions et perspectives - Le cavalier, ses traces, sa course, son amour, mais pas sa mort : de l’aide à la traduction à l’aide aux traducteurs», Tralogy [En ligne], Tralogy II, Conference Conclusions / Conclusions de la conférence, mis à jour le : 09/03/2016,URL : http://lodel.irevues.inist.fr/tralogy/index.php?id=301

Quelques mots à propos de :  Nicolas Froeliger

Univ Paris Diderot, laboratoire CLILLAC-ARP, EA 3967
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