Paris 2011

Session 1 - Terminology and Translation / Terminologie et Traduction

Bookmark and Share
Version imprimable
John Humbley

Terminologie et traduction une complémentarité oubliée ?

Voir la video

Full text/Texte intégral

Introduction : un partenariat naturel

1De toute évidence la terminologie joue un rôle essentiel en traduction spécialisée. Jusque récemment ce rôle était pleinement reconnu par les traducteurs comme par les terminologues.

2Ainsi, lorsque Robert Dubuc a publié en 1978 le premier manuel de terminologie en langue française, c’est un traducteur, Marcel Paré, qui a rédigé la préface pour dire que la terminologie, c’est la réponse aux rêves du traducteur.

 « Aux prises, depuis bientôt un demi-siècle, avec l’insuffisance frustrante des dictionnaires bilingues ou multilingues, j’avais souvent rêvé de consacrer une éventuelle retraite à la réalisation d’un dictionnaire bilingue qui pût satisfaire davantage le traducteur, en lui fournissant plus de renseignements et des choix plus rationnels pour chacune des entrées de ce dictionnaire. » (Dubuc 1978 : III)

Les liens qui se distendent

3Mais les temps changent et ce rapport de complémentarité n’est plus aussi évident qu’il y a trente ans.

4La terminologie, pour sa part, a trouvé de nouvelles orientations, qui lui ont permis de se renouveler, grâce à l’exploitation des corpus et aux méthodes de traitement automatique du langage. Henri Béjoint (2007) présente un panorama très complet de cette évolution, surtout par rapport à celle de la lexicographie, et constate pour les deux disciplines sœurs une nette tendance à se ressourcer dans les différents courants de la linguistique contemporaine. Ces nouvelles orientations couplées à des missions jusqu’alors inédites ont – du moins provisoirement – rompu le lien quasi organique qui existait autrefois avec la traduction.

5Nous examinerons d’abord quelques manifestations de cette évolution, qui témoignent de la dégradation de la qualité de la collaboration entre terminologie et traduction, puis nous essayerons de pointer les nouvelles voies qui mènent à une prise en compte plus directe de la complémentarité du binôme traduction et terminologie.

Nouvelles orientations de la terminologie

6L’élément le plus important de la rupture de fait entre traduction et terminologie est sans doute le changement d’orientation de la recherche fondamentale dans ces deux disciplines. Comme nous l’avons vu, la terminologie des années 70 et 80 se concevait avant tout en fonction de la traduction. Depuis une quinzaine d’année, en revanche, elle se fonde davantage sur la linguistique et s’oriente vers de nouvelles applications, en particulier celle de la gestion des connaissances. Dans les articles de recherche en terminologie, on constate ainsi que la traduction est associée au passé et l’extraction d’information dans les textes au présent et à l’avenir (« …la réflexion en terminologie est plutôt guidée, du moins à l’origine, par les besoins de la traduction … » Aussenac-Gilles, Condamines 2002)

7En effet, dès le début des années 1990, la terminologie s’est vue conviée aux recherches en intelligence artificielle. Très vite, à l’initiative des linguistes, une association est fondée, Terminologie et Intelligence artificielle, qui continue de promouvoir la collaboration entre les deux communautés. Plus récemment, en 2007, cette fois-ci à l’initiative des spécialistes de l’intelligence artificielle, une autre association prend pour nom Terminologie et Ontologie, et vise également à renforcer le travail en commun. Le couple traduction et terminologie se défait donc à la faveur d’un nouveau binôme terminologie et intelligence artificielle.

Un changement de politique éditoriale

8Pendant que la collaboration prend de l’ampleur du côté de l’ingénierie des connaissances, elle faiblit de celui de la traduction. Certaines revues spécialisées dans cette double perspective ont disparu. La revue, très appréciée, de la Commission européenne, Terminologie et traduction, dont l’orientation était plus pratique que théorique, a cessé d’exister après quinze années de bons et loyaux services. Terminogramme, de l’Office (désormais québécois) de la langue française, a également disparu, d’abord en tant que revue, ensuite comme collection. Cette publication était moins spécialisée dans la traduction que Terminologie et Traduction, mais accordait une place importante à cette problématique, avant de se tourner exclusivement vers l’aménagement linguistique, autre application majeure de la terminologie, qui se fait très souvent – à tort à notre avis – sans tenir compte des aspects traductionnels.

9En outre, certaines revues, qui prévoyaient initialement un équilibre entre traduction et terminologie, ont fini par se spécialiser dans un domaine au dépens de l’autre. C’est le cas de Terminologie, Traduction, Rédaction, la revue de l’Association canadienne de traductologie, qui comporte de moins en moins d’articles sur la terminologie. Un récent numéro spécial sur la Formation en traduction (Numéro 21 1/2, 2008) ne comportait aucun article sur la terminologie dans le premier volume et un seul dans le second. Au Canada également, la revue Meta rattrape l’anglicisme de son sous-titre (Journal des traducteurs) en précisant Organe d’information et de recherche dans les domaines de la traduction, de la terminologie et de l’interprétation. On constate avec plaisir que cette publication maintient le cap et publie encore aujourd’hui un bon tiers d’articles sur la terminologie. Toutefois, on peut regretter que les deux ne soient pas plus souvent convoquées ensemble.

10Ce que l’on constate pour les revues spécialisées est confirmé dans les manuels. Celui du pionnier Robert Dubuc conçoit la terminologie dans le domaine de la traduction. Le dernier en date de langue française, l’excellente introduction de Marie-Claude L’Homme (2004), qui prend la mesure de l’importance des industries de la langue, ne thématise pas la traduction. De leur côté, les manuels de traduction évoquent peu la terminologie, ce qui n’est pas le cas, toutefois, des encyclopédies de la traductologie. Baker (1998) y consacre plusieurs pages, et Snell-Hornby et al. (1998 [2006]) encore davantage.

Une recherche dispersée

11Il existe encore, en France tout au moins, des groupes de recherche qui se consacrent à nos deux disciplines, mais la tendance ici aussi semble être à la dispersion. Le rapport d’évaluation de l’instance de contrôle de la recherche, AERES, note ceci au sujet d’une de ces équipes pour l’exercice 2010 :

 « Le lien entre traduction et terminologie n’est pas toujours extrêmement clair. »  

12On peut par ailleurs signaler une certaine désillusion de la part des traducteurs à l’égard de la terminologie, du moins sous sa forme classique. Celle-ci s’avère en effet peu performante pour certaines tâches, notamment dans les domaines où elle n’était pas initialement prévue, comme par exemple les vastes domaines juridiques. Pour n’en donner qu’un seul exemple, on peut citer les insuffisances signalées pour la traduction des droits de l’Homme, pour la traductologie par Marianne Garre (1999) et pour la terminologie par Elsa Pic (2008). Comment en effet rendre en danois – la langue étudiée pour la première – des concepts tels que liberté du culte lorsque les équivalents danois renvoyaient explicitement ou implicitement au christianisme ? Il est permis d’en conclure que la terminologie n’est pas la panacée pour tous les problèmes lexicaux des textes spécialisés.

Raisons de cette désaffection

13Les raisons de l’absence de collaboration concernent, comme nous l’avons déjà expliqué, un changement d’orientation des buts et des méthodes en terminologie. Mais la terminologie a subi d’autres modifications encore, et à d’autres niveaux, notamment, en ce qui concerne la France, à celui de l’aménagement linguistique officiel, dirigé par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF). L’invalidation de certains articles de la loi Toubon – les plus contraignants – a sans doute joué un rôle dans la perception plus large que le public en général pouvait avoir de la terminologie. Les commissions de terminologie ont été réorganisées et un rôle plus important a été accordé à l’Académie française, signalant sans doute une orientation plus sociale que technique. Toujours est-il que les jours où une commission ministérielle de terminologie était en mesure de réunir tous les acteurs d’un secteur (chercheurs, enseignants, industriels français et étranger) pour convenir ensemble d’un plan d’action terminologique cohérent, comme dans le cas de l’informatique des années 1980, sont bel et bien révolus.

14Sur le plan universitaire, encore une fois en France, l’implantation institutionnelle de la terminologie n’a pas favorisé la collaboration avec les recherches et les enseignements de la traduction. La terminologie est une discipline relativement récente dans le paysage universitaire français, mais elle a ses racines – elles sont profondes ! – dans les recherches en lexicologie générale et spécialisée impulsées par Henri Matoré, Bernard Quemada et Louis Guilbert. C’est pour cette raison que les postes d’enseignants-chercheurs ont été créés surtout dans des départements de linguistique, où ils ont pu profiter des évolutions dans le domaine du traitement automatique de la langue. En réalité, les deux disciplines, traduction comme terminologie, sont relativement marginales dans le système universitaire français : ni l’une ni l’autre ne dispose de section CNU (Conseil national des universités) propre, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de reconnaissance et, partant, de recrutement. Plusieurs terminologues connus en France ont eu du mal à se faire habiliter parce qu’ils étaient obligés de présenter leurs travaux devant des commissions d’anglais, de portugais, de russe, ou, dans le meilleur des cas, de sciences du langage. Cette marginalisation a eu pour effet de freiner le développement des deux disciplines et de les fragiliser.

Ceux qui n’ont jamais perdu la foi

15Malgré ces conditions peu favorables, nous pouvons nous réjouir de constater que de nombreux traducteurs et terminologues continuent de faire cause commune pour faire avancer les deux disciplines. La liste qui suit n’a pas l’ambition d’être exhaustive, mais tout simplement de montrer que la recherche a bel et bien continué, souvent dans les marges, et que l’on continue de collaborer dans des chantiers communs.

16La traduction n’est peut-être plus à la mode pour les terminologues, mais ils sont nombreux malgré tout à y consacrer une part importante de leur recherche. Citons tout d’abord Jean Delisle et ses collègues, qui, à l’instigation de la Fédération internationale des traducteurs (FIT) ont rédigé un dictionnaire de traduction sous forme d’une terminologie. Leur ouvrage, Terminologie de la traduction (Delisle et al. 1999), représente ainsi une tentative d’appliquer les principes de la terminologie classique (exhaustivité, systématicité dans la présentation de la nomenclature et des définitions) à un dictionnaire destiné aux traducteurs en herbe. L’édition d’origine comportait déjà quatre langues ; depuis lors, huit autres ont été ajoutées, indication du besoin qui a été rempli. On ne peut citer la lexicographie spécialisée sans penser aux réalisations de Jeanne Dancette, tout d’abord le Dictionnaire analytique de la distribution qu’elle a réalisé avec Christophe Réthoré (Dancette et Réthoré 2000), qui non seulement élargit les missions de la terminologie (voir à ce sujet le compte rendu très détaillé de Temmerman 2003), mais qui en plus s’attaque à un domaine généralement négligé par les lexicographes et les terminologues, pour une raison que nous évoquerons plus tard. Plus récemment, notre collègue a publié, sous une forme dictionnairique plus innovante, car accessible en ligne, Les mots de la mondialisation (Dancette 2009), domaine encore plus vaste et difficile à appréhender.

17Mais certains linguistes continuent eux aussi de pousser plus loin des recherches en terminologie qui ont des répercussions directes en traduction – et qui s’intéressent activement à cet aspect de leurs travaux. Citons-en deux parmi d’autres susceptibles de représenter cet élan. D’une part, Margaret Rodgers (2004, 2007, 2008), qui depuis longtemps étudie le phénomène fondamental de la synonymie en terminologie, mais dont l’apport particulier est la répercussion de celui-ci sur la traduction spécialisée. D’autre part, Sylvie Vandaele (2002), qui n’a pas oublié en devenant rédactrice en chef de Meta qu’elle était avant tout une chercheure dont le projet principal est la métaphore en terminologie et ses répercussions au niveau de la traduction, ainsi que de la traduction en langue 1. Et en Espagne on ne compte plus les formations et les recherches en terminologie, propulsées par des instituts de traduction qui s’orientent désormais vers les sciences et les technologies : citons pour mémoire celles de l’IULA de l’Université Pompeu Fabra (Barcelone) et de Lexicon de l’Université de Grenade.

18Nous avons évoqué plus haut une certaine désillusion sur les capacités de la terminologie à résoudre les problèmes de traduction juridique. Dans le même temps, on constate que ce sont les juristes – ou jurilinguistes – qui œuvrent le plus pour constituer des terminologies juridiques plurilingues. C’est le cas bien entendu du Canada : on connaît en particulier les travaux de titan de Gérard Snow (2002) et ses collègues pour constituer une terminologie de la common law en français. Mais en Belgique également la gestion du bi- et du trilinguisme appelle des solutions terminologiques, en particulier la constitution de bases de données adaptées. Le numéro 1, 2011, de la Revue française de linguistique appliquée est consacré à ces problèmes d’interculturalité juridique et de ses conséquences terminologiques et traductionnelles, en particulier pour l’Europe, le Canada, l’Afrique et Haïti.

19Il ne faut pas oublier non plus, en faisant le bilan des continuités dans le travail fourni par les terminologues en faveur de la traduction, celui qui continue sans pour autant être bien visible, au sein des grandes banques de terminologie (IATE, Termium…) et des instances d’aménagement linguistiques qui sont derrière.

Un nouvel élan

20Voilà donc pour ceux qui continuent le travail. Examinons à présent quelques nouvelles orientations, qui ouvrent des perspectives pour la coopération terminologie-traduction. Encore une fois, le choix des quatre directions retenues ici est subjectif, car il y en a d’autres. Il nous semble néanmoins relativement représentatif. Abordons donc tour à tour le rôle de la terminologie dans la traduction automatique, les projets européens, les terminologies nouvelles, ces zones de gisements terminologiques à peine explorées, et enfin la terminologie comme voie d’accès à la phraséologie.

Traduction automatique

21La traduction automatique est sans doute le secteur qui montre le mieux la continuité dans la collaboration entre terminologues et traducteurs. Les campagnes d’évaluation des années 90 visant à mesurer l’apport des différentes méthodes de traduction automatique (on pense en particulier à Widad Mustafa El Hadi [2002] et ses collaborateurs de la Campagne d'évaluation de systèmes de traduction automatique) ont abouti, pour schématiser, à deux grands constats concernant la terminologie. D’un côté, sans terminologie appropriée le résultat était médiocre. De l’autre, il suffisait d’en injecter un minimum pour améliorer nettement la précision. On s’en doutait, mais il était utile d’en avoir la démonstration et des données susceptibles de pouvoir calibrer les données à entrer.

Les projets européens

22Ces travaux, et en particulier le second d’entre eux, ont ouvert la voie à une nouvelle vague de collaboration : les projets européens visant précisément cette complémentarité. Le dernier en date, Terminology Extraction Translation Tools et Comparable Corpora, qui est également présenté dans le cadre du colloque Tralogy, est exemplaire de ce point de vue. Puisqu’il figure déjà dans les actes (Blancafort et al. 2011), il suffit d’en signaler quelques avancées significatives. Il n’échappera à personne que la terminologie y joue un rôle central, faisant l’objet de trois sur huit modules (WP 3, 4 et 5).

Agrandir Image1

Figure 1 : Programme du projet TTC

23Une des principales innovations de ce projet est l’incorporation de langues dont les terminologies ne figurent pas dans les grandes bases européennes ou nord-américaines : le chinois et le japonais. En outre, il comporte une langue de moindre diffusion (le letton), étude pilote pour quelques dizaines d’autres langues se trouvant dans une situation semblable – c’est-à-dire particulièrement vulnérable – face au défi de la mondialisation.

La pragmaterminologie

24Le troisième exemple d’innovation concerne d’abord la terminologie. Nous avons déjà salué le dictionnaire innovant de Dancette et Réthoré (2000), qui rend compte de la terminologie d’un domaine d’activités : celui de la distribution. Or, il se trouve que les domaines tels que celui-ci, même dans les langues généralement bien outillées terminologiquement, sont délaissés par les dictionnaires et bases de données. C’est donc le mérite de notre collègue Dardo de Vecchi d’investir ce nouveau champ de recherche, et de mettre au point des méthodes de ce qu’il appelle la pragmaterminologie. Ce chercheur étudie depuis plus de dix ans les parlers d’entreprise (de Vecchi 2002), mettant en lumière le fonctionnement de ce qu’on appelle souvent les « terminologies maison », qui posent tant de problèmes aux traducteurs, livrés à eux-mêmes et à leurs interlocuteurs dans les entreprises. Depuis, de Vecchi (2005, 2009) a étendu sa recherche aux organisations en général (entreprises, administrations, associations…), et divise les secteurs en domaines de connaissances, d’activités, et d’exploitation…

25La figure reproduite ci-dessous permet de visualiser l’imbrication des domaines, illustrée par l’aviation : le domaine de connaissances est l’aviation. Il est relativement bien couvert par les ressources terminologiques. Ensuite vient le domaine d’activité, ici l’aviation commerciale, moins bien documentée pour la terminologie. Enfin le domaine d’exploitation, ici illustré par la terminologie du matériel roulant de cabine, qui n’est que partiellement accessible aux traducteurs, car il ne fait pas systématiquement l’objet de documents écrits.

Agrandir Image2

Figure 2

 (de Vecchi 2009)

26En ce qui concerne la traduction, le problème se pose d’abord au niveau de la connaissance du domaine d’activité du commanditaire, qui est bien documenté, mais peu représenté dans les bases de données terminologiques, puis à celui de son univers de mise en discours des expressions (domaine d’exploitation), ce à quoi le traducteur n’a que très partiellement accès.

27Dardo de Vecchi propose des méthodes d’étude de ces terminologies, mais également des tactiques de sensibilisation et de collaboration avec les entreprises, sans laquelle la documentation n’est pas accessible.

La base ARTES

28Le dernier exemple de rapprochement entre terminologie et traduction est une initiative de notre université, Paris-Diderot, le fruit d’un long travail initié par Claudie Juilliard et poursuivi par ses collègues, notamment Natalie Kübler et Mojca Pecman (Pecman et Kübler à paraître). Il s’agit d’une base de données, appelée Base ARTES (Aide à la rédaction de textes scientifiques) dont les deux buts principaux sont d’aider les scientifiques à rédiger directement en anglais, d’une part, et de permettre aux traducteurs de traduire des textes scientifiques et techniques très spécialisés, d’autre part. Une des particularités de cette base est le rôle central qu’elle accorde à la terminologie, un peu à l’instar de l’architecture des banques de terminologie. Il s’avère en effet que les termes constituent le point de départ de la réflexion des spécialistes et des interrogations des traducteurs

29Les retombées de projets de recherche en rédaction qui comportent un volant terminologique peuvent en effet être exploitées par la traduction. Le projet ARTES visait d’abord la rédaction d’articles en anglais pour scientifiques francophones (car on sait que la traduction scientifique a du plomb dans l’aile), avec la terminologie comme point d’entrée (parmi d’autres) dans le dispositif. Le spécialiste se pose en effet les problèmes de rédaction par rapport aux termes, spécifiques et surtout généraux. Mais ce qui sert au spécialiste qui rédige dans une langue seconde peut servir également au traducteur qui traduit lui-aussi vers une langue seconde (comme on le fait de plus en plus, en particulier en entreprise). Il s’agit maintenant d’adapter le dispositif à d’autres domaines (techniques, secteur tertiaire) où la traduction est encore importante.

Agrandir Image3

Figure 3 : Interface de la base ARTES

Des raisons d’espérer

30Tous ces exemples de collaboration permettent de penser que la période de désamour entre traduction et terminologie est bel et bien terminée. Si la terminologie a su se rapprocher à la fois de la linguistique générale et de l’ingénierie des connaissances – à son plus grand bénéfice – elle saura retrouver ses premières applications. Le colloque Tralogy est un gage en ce sens, et le climat – du moins en France – est certainement de nouveau plus propice. Le rapprochement des formations, surtout dans le cadre des PRES (Pôles de recherche et d’enseignement supérieur) fait ainsi dès aujourd’hui travailler traducteurs et terminologues dans une ambiance de confiance et de respect réciproque.

Bibliographie

Aussenac-Gilles, N et A. Condamines, 2007 : « Corpus et terminologie  ». R.T. Pédauque (ed.) : La redocumentarisation du monde ». Toulouse : Cepadues Editions, p. 131-147.http://w3.erss.univ-tlse2.fr/textes/pagespersos/acondami/livreRTPdoc.pdf

Baker Mona (1998), Routledge Encyclopaedia of Translation Studies. London, Routledge.

Bejoint, Henri (2007), « Nouvelle lexicographie et nouvelles terminologies ; convergences et divergences », in L’Homme et Vandaele (dir.), Lexicographie et terminologie : compatibilité des modèles et des méthodes, Ottawa, Presses universitaires d’Ottawa. p. 29-78.

Blancafort, Helena et al. (2011), "User-centred Views on Terminology Extraction Tools: Usage Scenarios and Integration into MT and CAT Tools", Tralogy.

Dancette, Jeanne et Christophe RETHORE (2000), Dictionnaire analytique de la distribution/Analytical Dictionary of Retailing, Les Presses de l'Université de Montréal.

Dancette, Jeanne (2009), Langage “mondial” ? : un dictionnaire ontologique et encyclopédique de la mondialisation économique, Realiter, http://www.realiter.net/spip.php ?article1725

Dubuc, Robert (1978), Manuel pratique de terminologie. Montréal, Linguatech.

García Palacios, Joaquín et Mª T. Fuentes Morán (eds.) (2002), Texto, Terminología y Traducción, Salamanque, Almar.

Garre, Marianne (1999), Human Rights in Translation. Legal Concepts in Different Languages, Copenhagen Business School Press.

Mustafa El Hadi, Widad, M. Dabbadie, I. Timimi, “Terminological Enrichment for non-Interactive MT Evaluation”. In: Proceedings of the 3rd international Conference on Language Resources and Evaluation (LREC 2002), Las Palmas de Gran Canarias, May 2002, p. 1878-1884.

Pare, Marcel (1978), “Préface de la première édition”, dans DUBUC, R. Manuel pratique de terminologie, iii-v.

Pecman, Mojca et Natalie Kübler (à paraître), “ARTES: an online lexical database for research and teaching in specialized translation and communication”.

Pecman, M. C. Juilliard, N. Kübler, & A. Volanschi (2010). Processing collocations in a terminological database based on a cross-disciplinary study of scientific texts. Cahiers du Cental. Proceedings of eLex2009, Université catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, Belgique, p. 249-262.

Pic, Elsa (2008), « Normes culturelles et manières de traduire : le cas des droits de l'homme », La tribune internationale des langues vivantes no. 45, p. 62-75.

Rogers, Margaret (2004), ‘Multidimensionality in concept systems: A bilingual textual perspective’, Terminology, 10/2, p. 215-240.

Rogers, Margaret (2007) ‘Lexical chains in technical translation: A case study in indeterminacy’. In: B. Antia (ed.) Indeterminacy in LSP and Terminology. Amsterdam/Philadelphia: John Benjamins, p. 15-35.

Rogers, Margaret (2008), ‘Terminological equivalence: probability and consistency in technical translation’. In: H. Gerzymisch-Arbogast, G. Budin et G. Hofer (eds) LSP Translation Scenarios.Selected Contributions to the EU Marie Curie Conference Vienna 2007 (30 April-4 May 2007). MuTra Journal 2/2008: 101-108 http://www.translationconcepts.org/journals.ht

Snell-hornby, Mary, Hönig, Hans G., Kussmaul, Paul, Schmitt, Peter A. (eds.) (1998), Handbuch Translation, Tübingen, Stauffenberg Verlag.(Edition 2006)

Snow, Gérard (2002), ‘Le use de la common law: étude terminologique’, Meta 47, p. 186-197

Temmerman, Rita (2003), ‘Innovative methods in specialised lexicography’, Terminology, 9/1, p. 117-135.

VandaelE, Sylvie (2002), « Métaphores conceptuelles en traduction biomédicale et cohérence », - TTR (Traduction, terminologie, rédaction) 15/1, p. 223-239.

Vecchi, Dardo de - (2002), Vous avez-dit jargon..., Paris, Eyrolles, Coll. Tendances.

Vecchi, Dardo de - (2005), “La terminologie dans la communication de l'entreprise, approche pragmaterminologique ”,in Cahiers du CIEL, Université Paris 7 EILA, pp. 71-83.

Vecchi, Dardo de - (2009), La pragmaterminologie, une terminologie culturelle de l'entreprise en évolution. Journée Realiter 2009 http://realiter.net/spip.php ?article1763

Vecchi, Dardo de - et Estachy, L. (2008), « Pragmaterminologie : les verbes et les actions dans les métiers », in Actes des Conférences Toth, Annecy : Institut Porphyre, http://www.porphyre.org/toth/

Vecchi, Dardo de - (2009), Le traducteur et la culture d'entreprise ou le besoin d'une pragmaterminologie. Le cas des fusions acquisitions ou lorsque la collocation vient de « chez nous », conférence au CLILLAC-ARP, Université Paris Diderot, le 18 mai 2009.

Revues

Terminologie et traduction, organe d'expression des professionnels de la langue, est publié deux fois par an depuis douze ans par l'Unité de terminologie de la Commission européenne.

TTR Traduction Terminologie Rédaction Études sur le texte et ses transformations

Sites

IULA Institut Universitaride Lingüística Aplicada, Universitat Pompeu Fabra, www.iula.upf.edu/

Juriterm, Banque terminologique de la common law http://www.cttj.ca/ ?page_id =722

LexiCon, Université de Grenade http://lexicon.ugr.es/

Terminology Extraction Translation Tools et Comparable Corporahttp://www.ttc-project.eu/about-ttc

Terminologie et Intelligence artificiellehttp://tia.loria.fr/TIA/

Terminologie et Ontologie (TOTh) http://www.porphyre.org/toth/

To cite this document/Pour citer ce document

John Humbley , «Terminologie et traduction une complémentarité oubliée ?», Tralogy [En ligne], Session 1 - Terminology and Translation / Terminologie et Traduction, Tralogy I, mis à jour le : 21/05/2014,URL : http://lodel.irevues.inist.fr/tralogy/index.php?id=63

Quelques mots à propos de :  John Humbley

Université Paris Diderot